dimanche 22 juin 2014

Folie de jeunesse?

Hier soir, c'était la Fête de la Musique, diffusée directement par France 2 depuis une immense scène déployée au bout de la Place de la Comédie de Montpellier. De quoi nous inspirer un brin de folie... et nous faire oublier pour quelques heures que nous sommes vieux.
En conséquence, nous sommes partis comme des jeunes vers 19h par le tram bleu pour aller souper en ville. Négligeant la probabilité ou plutôt la certitude que la circulation tout autour de la place serait interrompue pour la soirée, y compris celle des tramways. Il a donc fallu rester à bord pour contourner le centre et descendre à l'autre bout, du côté des Beaux-Arts; de là, remonter à pied une interminable rue aux pavés inégaux à travers les vieux quartiers, bouillonnants de jeunes et d'orchestres en train de s'installer sur des dizaines de scènes extérieures, jusqu'à la petite Place Pétrarque. 
Là se trouve un de nos lieux de fête favoris, La Diligence, qui abrite sa gastronomie et sa remarquable collection de scotchs single-malt sous de fabuleuses voûtes gothiques de pierre dorée du 14e siècle et dans une cour intérieure ceinturée de trois résidences moyenâgeuses aux fenêtres géminées et aux arches drapées d'ombres mystérieuses. À mon avis le plus beau restaurant de Montpellier et un des plus beaux de France.
Installés sur des fauteuils de velours cramoisi autour d'une belle table ronde blanche et scintillante, ragaillardis par la présence de voisins italiens extravertis et gourmands, nous avons fait honneur d'abord à un muscat de st-jean de minervois et à un Balvenie single-barrel. Ont suivi une étonnante charlotte rouge et blanche au foie gras pressé et une tielle sétoise à la seiche, puis un filet de pagre poêlé au mélange de petits légumes et petits fruits et un carré d'agneau désossé enrobé d'anis, arrosés d'un pic-st-loup 2009 rouge, léger mais savoureux. Et pour compléter, un moëlleux au chocolat et un très bon plateau de roquefort-munster-brie.
Ce qui nous a mis en excellente forme pour redescendre la rue de la Loge à travers une foule festive jusqu'à une Comédie déja bondée de monde. Par chance, nous avons déniché deux «places assises» les pieds pendants le long d'un des quais de la station de tram hors service. Partout autour des familles entières, plusieurs avec des bébés dans les bras ou dans une poussette, et des bandes de copains et copines se déchaînant sur les rythmes tonitruants projetés par la scène à l'autre bout.
Disons que la musique n'était pas tout à fait dans nos goûts. La preuve, d'une dizaine de «vedettes nationales et internationales» présentées en fanfare par l'animateur Patrick Sébastien, pas un nom que nous connaissions sauf Yannick Noah, l'ancien tennisman devenu star du rock. Ça n'a pas empêché l'irrépressible Azur d'y aller de son numéro de danse tantôt avec un père de famille trentenaire rigolard, tantôt avec un jeune punk médusé...
Nous avons tout de même tenu le coup jusqu'à pas loin de minuit, avant de descendre le boul. Victor-Hugo vers la médiévale Tour de la Babote transformée en délirante disco. De là, un tram (version vieil or cette fois) nous a ramenés jusqu'au portillon de la résidence, serpentant à travers des quartiers en liesse dont les pavés résonnaient comme une seule gigantesque grosse caisse frappée par des centaines de maillets échevelés. Fête de la Musique ou fête tout court? Peu importe.
Le mois dernier s'est passé ultra paisiblement, sauf pour une sortie avec le voisin du dessous et des reprises de contact avec les copains français. Nous avons eu un gros moment d'inquiétude en constatant que le téléphone du vieil ami Dréan ne répondait plus — c'est rarement bon signe à nos âges, surtout que lui avait déjà été gravement malade deux fois depuis quelques années. Heureusement, son voisin chanteur de charme Roland Bertier nous a rassurés: Jean-Pierre a bien été de nouveau opéré, et il a dû déménager dans une résidence mieux adaptée à son état, mais il est toujours là. Nous irons le voir à Aniane avant de reprendre le chemin de Montréal d'ici quelques semaines.
Pour le reste, la bohème Marine des Savonet est rentrée en bon état de ses six mois de stage de peinture et dessin au nord du Vietnam (nous avons failli la rencontrer en mars lors de notre passage en croisière à la Baie d'Along); les Euvrard sont à Paris en attendant leur migration annuelle à la maison qu'ils partagent avec leur fils jazzman en Ardèche, Janine récupérant de son fascinant mais dur voyage en Palestine en avril.
Nous avons fait refaire le carrelage et le plafond de notre terrasse par un jovial et compétent artisan tunisien, qui nous a de plus fait cadeau d'un joli ensemble à salade berbère en forme de main de Fatma. Les tuiles plus claires donnent au balcon un véritable bain de jouvence. De quoi tenter même Azur d'aller s'y prélasser...
Enfin Raymond Marie, de Martinique, nous signale que le Bum chromé est en excellent état et sera loué par un client «corporate» pour la semaine du Tour des Yôles fin juillet. Sa femme Ginette — tout comme notre cousin Daniel — a attrappé la chikungunya, dont une épidémie douloureuse mais pas trop dangereuse (transportée par des moustiques vicieux) sévit aux Antilles... et vient de déborder vers la France.
On va essayer de filer d'ici avant de se faire piquer!