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23 juin 2024

Ma Semaine des quat’jeudis

Jeudi, j’ai joué au couche-tard, transformant un court épisode de divertissement sportif en une longue et fatigante expédition style «quat’jeudis dans une seule journée», peu indiquée pour un jeune homme de mon âge.

J’ai quitté mon douillet mais solitaire appartement du LUX Gouverneur vers 14h30 pour me rendre à une «taverna» (style grec ou ibérique) dans un sous-sol de la rue St-Denis avec l’unique intention (1er jeudi) de regarder le match de football Italie-Espagne sur grand écran dans l’atmosphère plus chaude et conviviale d’un groupe d’aficionados… mais une fois arrivé, j’ai appris que la cuisine d’Ibericos demeurait ouverte toute la journée pour l’occasion et me suis laissé tenter (2e jeudi) par de délicieuses tapas: croquettes de jamon serrano, pan amb tomate, oeufs brouillés à la diable avec papas bravas, truffes noires, chorizo, etc. et deux ou trois chopes de bière Estrella – un vrai lunch espagnol à l’heure espagnole!

La partie de foot s’est avérée plutôt décevante (1-0 Espagne) mais j’ai découvert que j’avais comme voisins de table deux amateurs de beaux-arts dont un ancien copain d’Armand Vaillancourt et Serge Lemoyne, qui m’ont entraîné ensuite (3e jeudi) au Centre culturel du Plateau sur Mont-Royal pour une expo de tableaux «XL». Les oeuvres y font souvent preuve d’une grande virtuosité technique, mais sans profondeur perceptible (pour moi, du moins) de contenu; au fond pas vraiment mon genre, mais le public jeune et d’âge moyen était nombreux et critique, donc ce n’était quand même pas sans intérêt. 

En cherchant un taxi vers 1930h pour rentrer sagement chez moi, je me suis égaré dans le tout proche Quai des Brumes (bière  blanche incluse, et 4e jeudi) où un quatuor de  musiciens trentenaires et sympas, encadrés d’une escouade de jolies femmes, préparait un concert de jazz swingant qui m’a incité à rester jusqu’à la fin des deux sessions. Retour au LUX loin passé minuit plutôt qu’avant 18h comme prévu, et maux de tête  garantis le lendemain…


13 mai 2023

Dormir? Quelle idée!

Y’a des nuits où je suis frustré de ne pas trouver le sommeil. Et d’autres comme celle-ci où je n’en ai pas la moindre envie. 

En sortant du bain vers minuit, j’allume au hasard la télé sur Classica, puis sur Mezzo. Pan! Sur grand écran en HD et son Dolby, trois heures de «Marta Argerich and Friends» dans une salle baroque de Hambourg… et les «friends» s’appellent Maria Joao Pires (2e piano à la Portugaise), Mischa Maisky (violoncelle à la Russe) et Anne-Sophie Mutter (violon à la Suisse, bien sûr). Fan inconditionnel des mains argentines ridées mais toujours magiques de Marta, je suis incapable de résister. 

Et juste comme ça se termine, une splendide messe chorale de Mozart sur l’autre poste, le temps de patienter pour revenir au début d’un festival Schumann-Brahms à Baden-Baden avec le génial gnome lavallois Yannick Nézet-Séguin et l’Orchestre de chambre de l’Europe. Parlant de chambre, la mienne ne me verra pas de sitôt, surtout sous l’influence du dernier polar vénitien de Donna Leon et d’un calva Père Magloire drôlement velouté de 20 ans d’âge…

 Bof. Y’a une baille que je n’avais pas vu un lever de soleil sur Montréal!

10 février 2020

Oisiveté et spiritalité

Une «amie Internet» colombienne de Medellin, Clara Gutierrez, a réagi de façon très constructive à la lecture sur Facebook de mon «Manifeste citoyen», ce qui en retour m'a inspiré des suivis de réflexion dont j'ai envie de partager ici les deux suivants, sur l'impact social de l'atrophie de l'emploi et sur la place de la religion dans le vide spirituel créé aussi bien par le socialisme athée que par le capitalisme matérialiste.
a) Ce que les personnes exclues du marché du travail par des facteurs économiques et technologiques peuvent et doivent faire de leur vie est, pour moi, l'un des problèmes non résolus les plus importants auxquels l'humanité est confrontée, avec la santé de la planète et la crise migratoire. Le revers de cette médaille est le statut qu'une classe inactive en permanence peut avoir dans nos sociétés obsédées par le travail et les salaires. 
 Je n'ai pas de solutions toutes faites. Les deux questions doivent être traitées non seulement par les gouvernements et les économistes, mais par les sociologues, les psychologues, les travailleurs sociaux et, en fin de compte, les philosophes. 
 Les historiens peuvent également jouer un rôle utile en examinant le fonctionnement quotidien des cultures passées dominées par les «classes oisives» telles que celles soutenues par le servage ou l'esclavage: la Grèce antique et l'Empire romain, la caste mandarine de Chine, l'aristocratie et les sociétés «gentrifiée» de l'Europe et de la Confédération sudiste aux U.S.A., etc. Comment vivaient les personnes qui ne travaillaient pas, que faisaient-elles qui était utile ou gratifiant, comment amélioraient-elles et préservaient-elles leur statut, etc.? De telles études pourraient révéler à la fois des voies possibles et des erreurs à éviter.
b) Sur un autre plan, la question de la religion touche non seulement au vide spirituel du capitalisme et du socialisme, mais aussi au mélange explosif de croyances et coutumes contradictoires induites dans les pays industrialisés par l'immigration massive récente de cultures très différentes, notamment celles de l'Hémisphère Sud et de l'Islam. 
 Mon court texte "À quoi sert la religion" n'est qu'un premier pas dans ce qui doit être une démarche de réflexion beaucoup plus profonde sur le sujet. Il cherche à montrer que même les athées et les agnostiques peuvent et doivent jouer un rôle dans ce débat, autrement que par leur condamnation trop fréquente de la foi en tant que pure superstition. 
 D'un autre côté, il est essentiel pour la paix et l'harmonie mondiales que les croyants abandonnent, ou du moins réduisent considérablement leur rejet souvent condescendant et parfois violent de toute foi sauf la leur - y compris l'option "aucune foi" (dont je fais partie). Sur une planète de plus en plus mondialisée, la tolérance mutuelle devient non pas une simple vertu, mais une nécessité absolue. 
 Un corollaire assez difficile à admettre pour certains est que les gouvernements doivent devenir totalement laïques, ne privilégiant ni une croyance en particulier, ni l’absence de croyance; d'autre part, ils doivent exiger des dirigeants de toutes les hiérarchies une promesse explicite de tolérance à cet égard – ce qui, dans certaines religions, est considéré comme un blasphème. 
 Quant au ou aux rôles spécifiques que la spiritualité peut et doit jouer dans nos vies individuelles et collectives, j'ai été principalement influencé par deux auteurs. Albert Camus, dans «La Peste», a montré qu'il peut exister une morale humaniste en dehors de toute croyance religieuse - l'«impiété» ne doit être vue ni comme un crime ni comme un échec moral. Amin Maalouf, dans «Les Identités meurtrières», a mis en garde contre le danger spécifique d'intolérance inhérent aux grandes religions monothéistes, notamment le judaïsme, l'islam et le christianisme. La croyance en un seul Dieu conduit trop souvent au rejet de toute autre divinité ou entité spirituelle ... tandis que les polythéistes acceptent généralement plus les croyances diverses des autres.

16 décembre 2019

Adieu, Monique

Monique Leyrac (décédée dimanche dernier) était moins une amie qu'une sorte de "ma tante" souriante, complice de mes fugues du début des années '60. Je l'ai connue par Pierre Thériault qui, quand il ne jouait pas à Monsieur Surprise, promenait avec elle un joli numéro de cabaret mélangeant humour et chanson française aux quatre coins du Québec. Et ils m'entraînaient à l'occasion dans leur sillage, de l'Outaouais à Matane...
Ce fut notamment le cas lors d'un fameux 14-juillet (en '61 ou '62?) dans la maison de Monique et Jean Dalmain en Estrie; après un spectacle à la Marjolaine, nous nous y étions retrouvés, François Piazza et moi, sous et avec les étoiles: les frères Gascon, Guy Hoffmann, Paul Buissonneau, Clairette, Hubert Loiselle, Dyne Mousso et une scintillante brochette de gens du spectacle... sans compter quelques tonneaux de vin rouge bien français qui ont fourni le carburant d'une des premières cuites majeures de ma jeune carrière. Un souvenir quelque peu brumeux... et pourtant encore vif!

16 avril 2019

Lendemain de la veille

Je regarde sur la télé française les premières images de l'intérieur de Notre-Dame de Paris au lendemain de l'incendie: ça serre le coeur, le sol couvert des débris de la flèche et du toit et la lumière qui descend par les parties effondrées de la voûte. Indubitablement, la reconstruction va demander des fortunes et des années, probablement des décennies.
Un souvenir très clair me revient du jour, il y a une quarantaine d'années, où Azur et moi avions attaqué l'interminable escalier en colimaçon de la Tour sud, éclairé ici et là par d'étroites meurtrières. C'est avec un mélange de fascination, d'oppression claustrophobique, d'essoufflement que nous avons gravi par étapes les quelque 400 marches étroites de pierre usée pour déboucher sur le belvédère qui coiffe la façade principale. Nous avons ensuite emprunté les passerelles qui faisaient le tour d'une partie du toit en pignon, avec une vue fabuleuse d'un côté sur le quartier du Marais et de l'autre sur la Seine, par les interstices entre les incroyables gargouilles, chimères et statues qui coiffent les murs.
Une extraordinaire expérience que, sur le moment, nous nous trouvions un peu fous d'avoir entreprise, mais dont on se dit maintenant que nous n'aurons jamais la chance de la revivre... et bon nombre d'entre vous non plus, hélas!

21 janvier 2019

Mme Duceppe

Nous sommes très touchés par la mort de la maman de Gilles Duceppe. C'était la femme du comédien Jean Duceppe, j'ai plusieurs fois été invité à manger chez eux quand j'étais jeune célibataire bohème à mon arrivée à Montréal; plus tard, Azur a joué avec lui au TNM. Des gens merveilleux. Dire qu'elle habitait la tour voisine de la nôtre, sans qu'on soit au courant... et mourir de froid dans un appartement de luxe, quelle atroce ironie! (note: en réalité, elle est morte parce qu'elle est sortie dans le jardin derrière la maison en chemise de nuit en plein hiver, sans que personne ne s'en rende compte) Je ne parviens pas à comprendre ce qui s'est passé. C'est sans doute arrivé pendant que nous faisions le pied de grue dans la bibliothèque du rez de chaussée de la résidence LUX, dans la nuit de dimanche: il y avait une panne du chauffage qui a répandu du monoxyde de carbone dans notre immeuble, nous obligeant à le quitter sur l'ordre des pompiers entre 4 et 9 heures du matin!

02 août 2017

Un survol miraculeux

À 12 000 mètres d'altitude dans un Airbus, j'écoute Monk égrener les 10 minutes de «Functional» sur le disque Thelonious-Coltrane (1962?) et c'est magique, l'essence même de ce sortilège qu'est la musique. On entend presque Coltrane, silencieux et pourtant très présent dans le studio, mais bouche bée, qui pense «Mais comment je vais intervenir là-dedans?» et qui décide: «Pas touche. On écoute.» Deux génies à l'oeuvre avec pour fond de scène les noires montagnes et les côtes ciselées du Groënland, écharpées de glaciers éclatants, qui filent sous nos ailes.
Voyage de retour un peu échevelé grâce surtout à la grande pagaille de la SNCF, qui a démarré il y a trois jours à la Gare Montparnasse et qui au lieu de se corriger contamine maintenant tout le réseau, TGV compris. Pour faire court, notre trajet de train Montpellier-Charles-de-Gaulle 2 a pris plus de cinq heures, au lieu de moins de quatre, et le personnel d'assistance à la mobilité réduite, habituellement serviable et sympa, était sur les dents, grognon et inefficace.
À Montpellier il a fallu monter à bord avec nos bagages par nos propres moyens, à CDG le jeune homme qui nous attendait n'avait pas de fauteuil roulant, et le bureau d'aide auquel il nous a envoyés nous a refoulés d'un bref «Au moins 3/4 d'heure d'attente»... alors que notre avion décollait tout juste une heure plus tard! La préposée d'un autre bureau un peu plus loin a choisi de répondre en priorité à un type grossier qui a profité de ma lenteur pour me couper, et elle a eu le culot de m'engueuler parce que je protestais.
Le ton a monté, et un miracle s'est produit. Un jeune Guadeloupéen des services d'entretien m'a entendu et s'est approché: «Non, on ne traite pas les voyageurs comme ça». Il a pris les choses en main, abandonnant sa tâche pour dénicher à Azur un fauteuil roulant de première classe, et à moi un chariot à bagages, avant de nous entraîner au pas de course à travers les aérogares 2E, 2C et 2A.
«Ça ne sert à rien, a-t-il pourtant commenté; les enregistrements sont fermés une heure avant le départ, même si le personnel d'Air Canada est encore au comptoir, ils ne vont pas vous prendre.» Mais nous avons persisté, jusqu'à un second miracle: la directrice du comptoir était en train de fermer les ordis quand elle nous a vus arriver avec tout juste 25 minutes de jeu. «Désolée, c'est trop tard», a-t-elle d'abord dit, puis, consultant du regard la dernière préposée encore sur place, elle a changé d'idée: «Appelle l'avion et demande-leur.»
Cinq minutes plus tard, l'ordi rallumé et les bagages enregistrés en catastrophe, nous galopions de nouveau vers la police des frontières (expéditive) puis les barrières de sécurité, où le personnel averti au téléphone s'est montré d'une spectaculaire gentillesse. Nous sommes enfin montés à bord trois minutes exactement avant l'heure programmée du départ — non sans avoir entendu au moins trois fois les haut-parleurs tonitruer dans tout l'aéroport «Dernier appel! Dernier appel! Les passagers Azur et Leclerc doivent se présenter de toute urgence à la porte A38...»
Et c'est comme ça que, miraculeusement, j'ai pu écouter Thelonious me pianoter «Functional» au-dessus du paysage fantasque du Groënland.
Grand merci à la Guadeloupe et aux gens d'Air Canada... et au diable la SNCF!

20 juillet 2017

Plus français que ça...

(Repris de vendredi dernier:) Je regarde sur France-2 le Tour de France s'égailler dans les lacets des Pyrénées, tout en buvant une Suze et grignotant un saucisson sec d'Auvergne. Les portes sont grandes ouvertes sur ma terrasse donnant au loin sur le Mont Saint-Clair, cher à Brassens, qui vibre sous un soleil de canicule heureusement tempéré par un souffle de mistral et traversé par la stridence des cigales... Que demander de plus?
Et ça me fait penser à Mauriac — pourtant pas un de mes poètes favoris, mais:
«Aux jours où la chaleur arrêtait toute vie,
Quand le soleil, sur les labours exténués,
Pressait contre son coeur le vignoble muet,
A l’heure où des faucheurs l’armée anéantie
Écrasait l’herbe sous des corps crucifiés, —
Seul debout, en ces jours de feu et de poussière,
En face du sommeil accablé de la terre,
Assourdi par le cri des cigales sans nombre,
Je cherchais votre coeur, comme je cherchais l’ombre.» 
Chanté par Gréco, c'est mieux encore.
(Ce matin:) Nous retrouvons graduellement le rythme de vie languedocien, une sorte de farniente actif: rien de spécial à faire, mais le train-train quotidien nous oblige à bouger pour aller au marché, manger à une terrasse, retrouver des copains pas vus depuis un an... La chaleur intense a posé problème pendant quelques jours, mais depuis le week-end la température est plus modérée même au grand soleil (300 jours par an ici).
La disparition de Max Gallo me fait un petit chagrin, sans plus. Il était sympathique et d'une scrupuleuse politesse lorsque nous nous étions croisés dans un Salon du Livre (Paris?), mais ses grosses briques historiques (j'ai son De Gaulle devant le nez) me laissaient un peu indifférent, tout comme le foisonnement de «la Baie des Anges» et son parcours politique m'énervait souvent. Par contre, le modeste — en apparence — «Que sont les siècles pour la mer» m'avait enchanté il y a bientôt 40 ans, avec son ample fresque méditerranéenne curieusement peuplée uniquement de petites gens. C'est le meilleur souvenir que je garde de lui.

11 juillet 2017

En grand deuil!

Serge Legagneur. Un puissant rayon de soleil haïtien qui depuis 1965 ouvrait la littérature et la pensée québécoise de la Révolution tranquille au reste d'un monde francophone et bigarré. 
Un discret omniprésent et extraverti, un imperturbable ultra-sensible et ultra-chaleureux qui a enchanté nos nuits du Perchoir d'Haïti et de l'Assoç Espanola de sa poésie un peu mystérieuse, en même temps sévère et charmeuse, un éternel ami trop rarement revu — nous nous étions pourtant juré au téléphone, en début d'année, des retrouvailles fastueuses cet automne à notre retour. 
"Si l'un d'entre eux manquait à bord, (...) Jamais son trou dans l'eau ne se refermait", disait Brassens. Le trou que laisse Serge dans le sillage du Bum chromé où nous voguions au large de la Martinique pendant que le cancer l'emportait à Montréal est immense. Et je pleure.
Cette nouvelle, relayée avec un peu de retard par ma soeur Marie à partir d'un bel article du Devoir, a assombri un retour plaisant mais  un peu difficile des Antilles à Montpellier, où nous attendait un appartement chaudement ensoleillé et propret, grâce aux soins de la chère Ingrid Segura.
La phlébite dont Azur se croyait débarrassée à Montréal a semblé refaire des siennes sous le climat tropical à la fois humide et torride du début de la saison des tempêtes; sa jambe gauche se remet à enfler et manque de force. Heureusement, nous retrouvons près de notre second chez-nous Manuel, le sympathique médecin montpelliérain de l'amie Denise Boucher, qui saura bien trouver le remède approprié.
La fin du séjour en Martinique s'est plutôt bien passée, les cousins et amis Raphaëlle et Charles Larcher sont d'abord venus déguster à bord du Bum Chromé, dans la Petite Anse d'Arlet, le court-bouillon final du quasi monstrueux barracuda pêché deux jours plus tôt; puis, l'avant-veille du départ, ils nous ont emmenés au Diamant, le village natal d'Azur, qui tient toujours à passer au cimetière où sont enterrés sa grand-mère Cécé et une bonne partie de sa parenté. Visite couronnée par un dîner antillais (féroce de hareng, petits pâtés et colombo de poisson) concocté par Raphaëlle et épicé d'un vif débat politique avec leurs copains Marlène et Yves, sur leur délicieuse terrasse qui surplombe toute la plage diamantinoise.
Le vol de nuit du Lamentin à Paris sur Air Caraïbes (bon menu conçu par notre ami Jean-Charles Brédas) s'est très bien déroulé, grâce notamment à un exemplaire service d'assistance à l'embarquement/débarquement, mais c'est au matin à Orly que ça s'est gâté: pas d'accès à un salle d'attente, seulement un buffet médiocre surachalandé de familles en bruyant et remuant départ de vacances... et par surcroît la navette pour Montpellier avait pas mal de retard. Cela a étiré à six longues heures un hiatus que nous trouvions déjà interminable entre les deux vols, jusqu'à la grimpette des hautes marches de l'escalier depuis le tarmac vers un Bombardier étroit et congestionné.
Pas un bon plan, ce tout-en-avion. La prochaine fois, on revient finir le trajet en confortable et presque toujours ponctuel TGV.

05 décembre 2009

Charlebois, champignons et Coupe Grey

(5 décembre 2009) Faut que je réveille le blogue au moins le temps de vous parler de la soirée exceptionnelle d'hier. Vous allez me dire que ça n'a rien de bien original, pourtant: nous avons redécouvert Charlebois!
C'est Ingrid Saumart qui, pour fêter nos deux anniversaires avec un temps de retard, nous a invités avec la copine de toujours Nadia Fauteux (dont le Michel a disparu l'été dernier) à une sorte de "revival" rock de Robert au Théâtre des Variétés sur Papineau.
En route, nous nous sommes arrêtés boul. Saint-Laurent pour une courte visite au salon funéraire où était exposé un autre vieux de la vieille, le cinéaste Gilles Carle, mort en début de semaine. Curieusement, pas grand monde que nous connaissions, et pas grand-monde tout court: Paul Buissonneau, qui gesticule moins mais parle toujours autant, l'incontournable Francine Grimaldi, l'ex-danseuse de Flamenco Sonia del Rio, un ancien photographe de presse dont le nom m'échappe, une Renée Claude presque desséchée… et bien sûr Chloé Sainte-Marie, que nous avions vue la dernière fois que nous avions croisé Gilles sur la rue Sainte-Catherine, il y a quatre ou cinq ans. Funérailles nationales demain matin, on les regardera à la télé.
Rendus à Papineau-Mont-Royal, le Théâtre des Variétés n'a pratiquement pas changé depuis les jours de gloire de Gilles Latulippe. Nous nous retrouvons au premier rang du balcon, vue imprenable sur une collection impressionnante de guitares étalées par toute la scène en bas. Cékoiça?
Sous un seul spot, Charlebois vient s'asseoir et chante "Lindbergh" en s'accompagnant seul au piano, suivi de "Je reviendrai à Montréal". Bien joli, mais est-ce que c'est parti pour un récital intimiste et nostalgique de vieilles tounes?
Pas du tout. Trois musiciens complètement fous viennent l'entourer, il se lève, prend le micro… et miracle! Tout d'un coup, c'est le Charlebois iconoclaste, pétant d'énergie et de rythme des années 68-75 qui resurgit, aux acclamations d'une foule de vieux comme nous et de jeunes qui le découvrent avec stupeur. Azur, elle, est debout et danse sur place. NOTE: La photo, prise du balcon avec un iPhone, est pas géniale, mais bon!
"Garou" (l'original, pas la copie récente) est vraiment en pleine forme. D'abord, depuis que nous l'avions revu brièvement, grognon et bouffi, au lancement du show Calvé-Létourneau-Gauthier sur les boîtes à chansons au printemps, il a littéralement fondu: d'au moins 15 kilos, retrouvant presque sa taille de jeune homme. Ce qui lui permet de retrouver aussi les gestes et les contorsions de jadis, qui appellent en retour l'ancienne voix costaude, syncopée, un peu râpeuse.
Suit un mélange de nouvelles chansons (certaines chargées d'une énergie recouvrée, comme celle sur l'avènement de ses 65 ans!) et des vieux tubes dont la plupart n'ont pas pris une seule ride: "Egg Generation" de Marcel Sabourin, "Vivre en ce pays" de Calvé, le "Tout écartillé" du premier show parisien à l'Olympia, "les Ailes d'un ange" (repris en choeur par la salle), "Dolorès", "Chus d'dans", "Ent'deux joints" et j'en passe.
Après l'ovation debout, méritée, il revient en douceur avec le "Marie-Noël" écrit avec Gauthier, l'inévitable "Ordinaire" de Mouffe, et une nouveauté sur la mort et le couple, à partir d'un texte de… Saint-Augustin. Sacré Robert, et sacrée soirée!
La vie depuis notre retour à Montréal a été plutôt calme, marquée surtout par une géniale "mycolade" à Saint-Roch de l'Achigan que nous ont offerte Marie et Jean, et à laquelle est venu se joindre in extremis le neveu Mathieu.
C'est ma soeur qui a découvert ces "Jardins Sauvages" entourant une vieille maison transformée en auberge, le long d'une rivière traversée par un pont suspendu qui oscille vertigineusement au moindre pas. Coup de chance, nous y arrivons par un dimanche ensoleillé du début novembre, en plein été indien (très) tardif. Table face à une fenêtre ouverte sur le jardin et la rivière, service un peu amateur mais chaleureux, rencontre sympa avec la patron François Brouillard et la chef Nancy Wilson, toute petite et vive.
Suit un menu somptueux, digne d'un temple gastronomique et entièrement basé sur les champignons, depuis la marinade en hors-d'oeuvre, en passant par une fabuleuse soupe crémeuse, des ravioles fondantes, pintade ou chevreuil aux chanterelles, etc. Jean avait choisi judicieusement une collection de belles bouteilles (c'est un "apportez-votre-vin"), dont un surprenant riesling canadien du Niagara et un magnifique châteauneuf-du-pape, auquel j'ai ajouté au dessert un tokay hongrois '94 6-puttyonos aux arômes de prune sèche, de fleurs d'automne et de vieux caramel, qui m'avait été recommandé par l'ex-premier ministre Jacques Parizeau en personne et que je gardais précieusement pour une telle occasion. Pas gourmands pour un sou, les Leclerc.
Il faut dire que nous avons eu un mois de novembre quasi magique. L'été indien sur lequel nous comptions en octobre s'est bien laissé désirer, mais il s'est enfin pointé à la Toussaint et s'est prolongé jusqu'au beau milieu du mois. Pas aussi chaud que d'habitude mais qui va cracher sur des 12-15 degrés sous un soleil doux et filtré, mais omniprésent, quand normalement nous aurions dû geler?
Nous en avons profité pour quelques promenades et deux spectacles bien agréables. Je devais aller voir une de mes vieilles idoles, le bluesman anglais John Mayall, avec Piazza, mais la santé capricieuse de son Andrée lui a fait déclarer forfait. C'est donc Azur qui m'a accompagné par défaut, un peu à son corps défendant, mais à sa propre surprise elle a bien aimé le mix de vieux tubes classiques des années 60 et de blues "dirty" plus récents.
Mais c'est Geneviève Jodoin, la choriste de l'émission Belle et Bum, qui nous en a mis plein la vue lors de son premier récital en solo à l'occasion du lancement de son disque "G". La salle intimiste de l'Astral, face au trou laissé par le défunt Spectrum, était surtout occupée par des parents et des copains de l'artiste (nous partagions une table avec sa cousine). Cette fille a une voix remarquable, mélange de puissance et d'émotion raffinée, et les chansons qu'elle écrit lui vont comme un gant. Ce qui ne l'empêche pas de chanter d'autres auteurs (normal, comme ex-choriste d'une grappe d'auteurs-compositeurs), le plus imprévu Plume Latraverse, qui lui a écrit une très jolie mélodie, aux antipodes de ce qu'il chante lui-même par le ton, mais fidèle par l'esprit.
Dmanche dernier, visite à une exposition collective des élèves du cours de peinture du quartier Rosemont, à laquelle participait une copine martiniquaise, Juliette Quantin, que nous avions accueillie quant elle avait débarqué des Antilles il y a bien 40 ans. Quelques maladresses mais pas mal de jolies choses, d'une variété étonnante dans les circonstances, ce qui en dit beaucoup sur le respect accordé au tempérament de chacun par un prof remarquable, Richard Morin.
Et pour couronner le tout, retour à la maison juste à temps pour voir la Coupe Grey, championnat du football canadien, et cet invraisemblable (et probablement immérité) triomphe de nos Alouettes sur de vaillants Rough Riders de la Saskatchewan APRES la fin du match! Pour ceux qui n'ont pas vu -- par exemple pour cause de vagabondage en Italie ou aux Antilles! -- je résume les circonstances:
À une seconde de la fin du match, alors que les Montréalais tirent de l'arrière par deux points, leur botteur tente un placement de trois points, qu'il rate. La Saskatchewan au complet envahit le terrain pour célébrer la victoire… mais l'arbitre les ramène à l'ordre. Leur équipe avait trop de joueurs sur le terrain (13 au lieu de 12), et il faut reprendre le jeu, alors que le temps est bien épuisé au chronomètre officiel depuis plusieurs secondes. Et cette fois, le ballon passe entre les poteaux et Montréal l'emporte 28-27. On aura tout vu.
Ah! oui, j'oubliais. Des nouvelles du Bum chromé, qui a finalement retrouvé son petit bout de mer du cul-de-sac du Marin et son amarrage au ponton N°6 après un mois et demi hors de l'eau. C'est le temps qu'il aura fallu, à travers les mutiples averses qui empêchaient de travailler, les petits défauts découverts sur la coque et dans certaines pièces d'accastillage, et les atermoiements de toutes sortes, typiquement martiniquais, pour gratter, recouvrir de gel-coat puis revêtir d'une jolie couche de cuivre poli (en principe garantie contre les algues et les coquillages) nos deux coques.
Ouf. Le pire c'est qu'on ne verra sans doute pas le résultat avant quelques mois, puisque nous allons d'abord faire un tour à San Francisco et Sonoma pour le début de l'année (avec un détour à Noël par Washington), suivi une halte à Montpellier au temps des mimosas et enfin un retour aux Antilles vers la mi-mars. Sauf accident.