mercredi 17 mars 2010

17 mars 2010

Mézanmi mézanmi! Bondié kel semèn! comme on dit en Martinique.
Entre Montpellier en tête du football français après avoir passé des années en seconde division, Sarkozy plus ou moins cocu par Carla (mais plus que moins, paraît-il), la Gauche ressuscitée -- par défaut -- aux élections régionales françaises et l'incroyable deuil de la "France profonde" à la mort de Jean Ferrat, où donner de la tête… et du coeur?
Commençons par l'essentiel: le printemps est arrivé au Languedoc. Après la bizarrerie d'une tempête de neige au bout d'une semaine d'un mars modérément clément, le temps s'est réchauffé et le soleil nous a ramené un climat auquel nous étions habitués, et qui nous avait attirés ici. Les terrasses se repeuplent, les musiciens de rue réoccupent la Place de la Comédie, les façades de nos restos favoris sourient de nouveau -- même si nous avons découvert ce midi que Mimmo, le patron d'un de nos chouchous, le Verdi, a émigré du côté de Chambéry, laissant la cuisine aux mains de son frère et la salle à son fiston barbu, jeunot mais gentil. Faudra toujours voir ce que ça donne à la longue, d'autant plus qu'il y a lieu d'être méfiant: un de nos plats préférés, le somptueux osso bucco à la milanaise sur rizzotto au mascarpone, a disparu du menu!
Pas de doute que ce qui nous a le plus touchés ces temps-ci, c'est la mort de Ferrat. À l'exception probable de Moustaki (et peut-être d'Anne Sylvestre, dirait ma soeur Marie, mais je n'en suis pas si sûr), c'est le dernier des géants de la grande chanson française, celle qui avait jailli dans le Saint-Germain des Prés d'après-guerre, qui disparaît.
Comme tant d'autres, nous connaissions par coeur des dizaines de ses refrains, autant ceux de combat et de militance que d'amour et de poésie, autant de ses propres mots que de son poète fétiche Aragon: "Nuit et brouillard", "la Montagne", "Aimer à perdre la raison", "Potemkine", "C'est beau la vie", "Nous dormirons ensemble", "Camarade", "J'entends, j'entends", "Maria", " On ne voit pas le temps passer", "A Brassens", "Neruda"…
Ce que nous n'imaginions pas, c'est la déferlante d'émotion spontanée qui a bousculé la France à l'annonce de son décès -- sans doute au grand dam du régime sarkozyste, pour qui ça ne pouvait pas tomber plus mal. Je parle non pas des témoignages prévisibles de personnalités (quoique certains étaient bien sentis), mais d'une marée populaire de sentiment étonnante pour un artiste modeste, timide malgré son militantisme (communiste) affirmé et critique, qui n'était pas monté en scène depuis 1973 et qui avait été à toutes fins pratiques interdit de télévision pendant des décennies. Je pense que par la nature même de l'homme et le caractère intimiste d'une grande partie de son oeuvre, chacun croyait être seul dans son coin à l'avoir aimé et apprécié, et que la découverte de ce gigantesque partage de la "douleur du partir" a encore amplifié le mouvement.
Je l'ai rencontré deux fois lors de passages à Montréal. La première m'avait marqué, et me semble éclairer à la fois ce qu'il était et la raison majeure pour laquelle son public avait avec lui cette relation d'amitié plutôt que d'adulation.
Je l'interviewais pour La Presse dans la suite qu'il occupait dans le modeste hôtel Europa de la rue Drummond, vers 1970. Après l'entrevue formelle qui avait porté autant sur son voyage à Cuba, sur Mai 68 et sur le communisme face au Printemps de Prague que sur ses chansons et son spectacle, il me demande: "Vous êtes pressé?" - "Non…" - "Bon, je fais monter un verre et on cause un peu d'autres choses, d'accord?"
Cinq minutes plus tard, il me servait un "communard" (un kir fait avec du vin rouge au lieu de bourgogne blanc) et se mettait à m'interroger à son tour: sur le mouvement indépendantiste émergent et ses connotations nationalistes dont il se méfiait, sur le syndicalisme nord-américain et ses relations pour lui illogiques avec le politique, sur le journalisme de spectacle et le journalisme en général, sur les boîtes à chansons et les chansonniers (il devait d'ailleurs plus tard se définir comme "un chansonnier dans le sens où les Québécois le disent"). Une conversation à bâtons rompus qui a duré deux bonnes heures, où j'avais l'impression d'être un vieux copain alors que nous ne nous étions jamais vus auparavant.
Quoi qu'il en soit, nous (comme sans doute des dizaines ou des centaines de milliers d'autres) avons passé les trois derniers jours en grande partie à réécouter ses chansons et à regarder obsessivement les émissions à sa mémoire -- dont une magnifique lundi soir sur la 3e chaîne, qui a attiré cinq millions de téléspectateurs en pleine heure de grande écoute.
Les funérailles télévisées hier midi étaient d'autant plus touchantes qu'elles n'avaient rien de "national": seulement quelques milliers d'amis rassemblés sur la place de son village perdu de l'Ardèche, les larmes aux yeux et la chanson à la bouche, sans un seul discours officiel. Adios, Ferrat!
Par son ampleur et son caractère imprévu, l'événement a mis en sourdine le pourtant spectaculaire revirement de l'électorat français au premier tour des élections régionales: sans avoir rien fait pour le mériter, le Parti socialiste se retrouve clairement au premier rang, en position même de rafler les deux seules des 22 régions du pays qui échappaient à son contrôle: Corse et Alsace. Toute une claque pour Sarkozy, sa mégalomanie, ses réformes mal amorçées et mal menées (même là où elles se justifiaient) et ses stratégies autocratiques.
Le résultat met aussi en lumière toutes les bizarreries de pensée et de comportement de la classe politique ici. D'une part, la direction socialiste parade comme si elle avait eu quelque chose à voir là-dedans; de l'autre la "majorité" présidentielle enfouit profondément son long et souple cou d'autruche dans le sable propice du "haut taux d'abstention" pour ne pas admettre l'évidence d'un échec et d'un rejet d'autant plus patents qu'il n'y avait à proprement parler pas d'opposition valable. Et pour insister obstinément que, la Droite étant "unie" et la gauche divisée, rien n'est joué pour le second tour dimanche prochain… en oubliant bien opportunément qu'à droite, pas mal de poignards sont dès maintenant sortis de leurs étuis et cherchent les dos "responsables de la déroute" dans lesquels se planter. Un sondage plaçant le premier ministre François Fillon, inodore, incolore et insipide, bien au-dessus du président en cote de popularité a même poussé certains des jadis inconditionnels partisans de Sarkozy à muser devant les caméras que ce dernier "ne serait peut-être pas le meilleur porte-drapeau de la droite à la prochaine présidentielle" dans deux ans. Fallait le faire!
Pour le vieil observateur politique que je suis, il y a par contre des évidences que personne, mais personne, n'a eu l'idée de mentionner dans le débat depuis le vote, dimanche soir: d'abord, dans une élection, ceux qui sont "contre" sont toujours plus motivés que ceux qui votent "pour" (sauf en présence d'un chef charismatique), ce qui explique sans doute en bonne partie le taux d'abstention record. Combiné avec le fait que la quasi totalité des présidents régionaux semblent en voie de réélection facile, cela signifie clairement que la plupart des électeurs, peu importe leur couleur politique, sont plutôt satisfaits de la manière dont la Gauche dirige les régions.
Cela confirme donc l'émergence aussi bien d'une France "à deux vitesses" que d'une gauche "à deux étages". Les Français, à mon avis, sont résignés à laisser par défaut le pouvoir central et les grandes orientations à la Droite, mais pour ce qui touche leur quotidien (de la voirie à l'éducation, en passant par la formation professionnelle et les transports publics), ils font bien plus confiance à l'autre camp. Corollaire important, le destin du PS risque de se jouer plutôt au niveau de dirigeants locaux et régionaux populaires, efficaces et solidement ancrés qu'à celui de leaders dits nationaux (lire "parisiens") qui se sont largement déconsidérés eux-mêmes par leurs jeux de coulisses emberlificotés, leur ambitions patentes et leurs querelles intestines. La "patronne" Martine Aubry peut bien sourire de toutes ses dents, qu'elle a fort grandes, au lendemain de cette victoire, je soupçonne qu'elle se rendra bientôt compte qu'elle flotte comme un bouchon sur de vigoureux courants centrifuges qu'elle ne contrôle en aucune façon.
Le résultat ici au Languedoc est, à cet égard, exemplaire. Après avoir expulsé du parti le président sortant Georges Frêche pour des propos "racistes" (qui en fait ne l'étaient pas, seulement politiquement incorrects, et d'assez réjouissante manière), elle est partie en campagne contre lui, obligeant même son ancienne adjointe, qui lui a succédé à la mairie de Montpellier, à prendre face à lui la tête d'une liste "socialiste" concoctée au dernier instant. Résultat: la mairesse Mandroux n'a recueilli que 7% des voix contre 35% pour Frêche, et aucune des deux autres listes de gauche (écolos et divers gauches) n'a atteint la barre des 10% qu'il fallait pour se maintenir au second tour. Évidemment, face à la droite toujours présente à 20% et à l'extrême-droit à 13%, le PS n'a plus d'autre choix que d'appeler à voter Frêche dimanche prochain… mais bien entendu sans jamais le nommer. Ce que, cependant, ne se sont pas privés de faire aussitôt plusieurs des ténors du parti, certains suggérant même qu'"au vu du choix des citoyens", ce ne serait pas une si mauvaise idée de le réintégrer dans les rangs. Oups.
Que la plupart des analystes des médias, face à ce genre de résultat, parlent d'une "nette victoire" pour Mme Aubry en dit plus sur l'indigence du débat politique français que sur leur intelligence.
Face à ces intermèdes de pure comédie, la rumeur persistante d'une prochaine séparation entre Sarkozy et sa vedette de femme fait presque figure de nouvelle significative. Ce sont des journaux britanniques (toujours en quête de ragots juteux) qui ont lancé le ballon, allégrement repris par une partie des médias français, qui se sont même mis à accoller aux noms des deux intéressés ceux de potentiels partenaires actuels ou futurs… dont la plus jolie des jeunes ministres, également championne d'arts martiaux -- as-tu peur, Carla?
Chose sûre, si c'est vrai, soit on le saura très bientôt, soit ça sera balayé sous le tapis au moins jusqu'en juin 2012. En politicien pragmatique, le "petit Nicolas" sait qu'il a tout avantage à désamorcer l'affaire immédiatement, le plus longtemps possible avant le scrutin, s'il ne peut pas la repousser après -- comme il l'avait fait de son divorce avec sa précédente épouse, Cécilia.
Bon. Passons aux choses sérieuses. Le club de football (soccer) de Montpellier, pourtant sans grandes vedettes et stagnant depuis des années en seconde division, a été promu à la première ligue au tout dernier match de l'année dernière. Et voilà que dès la saison suivante, et presque en fin de calendrier, il caracole en tête du classement national, nez à nez avec le champion de l'an dernier Bordeaux et devant les puissants aspirants Marseille et Lyon, qui devraient pourtant le dévorer tout cru. Après une période de compréhensible incrédulité, les sportifs du coin ont délaissé leur club chéri du rugby à XV (également en première division, mais dans une saison sans gloire) pour s'enthousiasmer pour l'équipe Cendrillon de ce qui est habituellement, ici, le sport numéro deux.
Cédant à la curiosité, samedi soir dernier nous nous sommes rendus au stade de La Mosson (immense et magnifique, construit pour le Mondial du Rugby il y a deux ou trois ans) pour assister à un match contre Auxerre, l'autre équipe montante de la ligue. Nous n'avons eu aucune raison de le regretter, ayant assisté à une très jolie partie dont le score, 1-1, réflétait bien l'égalité entre deux formations audacieuses au jeu plutôt offensif. Auxerre a marqué un but bien mérité en toute fin de première demie, Montpellier a répliqué de manière tout aussi convaincante au milieu de la seconde mi-temps, et le reste du jeu a été émaillé d'assez belles attaques et occasions de marquer pour soutenir l'intérêt d'un public bruyamment partisan.
Au milieu du match, une de nos jeunes et jolies voisines, voyant notre enthousiasme, s'est tournée vers moi: "Si vous êtes amateur, j'espère que vous allez venir nous soutenir mercredi prochain!" Il se trouve que toutes deux font partie de l'équipe montpelliéraine de football féminin qui dispute ce soir un match international (Ligue féminine des clubs champions) contre un club suédois, pour le droit d'accéder aux demi-finales européennes. Non, nous n'y allons pas, mais ce n'est pas l'envie qui manque.
Je m'arrête ici, et à moins d'imprévu, la prochaine fois que je reprendrai le blogue sera du cockpit du Bum chromé dans la baie du Marin, Martinique.

lundi 8 mars 2010

8 mars 2010

Voyez (photos) pourquoi on préfère passer la fin de l'hiver et le début du printemps à Montpellier:
- le temps doux,
- les mimosas et les pâquerettes,
- pas de sloche.
Enfin, la plupart du temps. Pour l'instant, mimosas et pâquerettes sont bien là, mais il faut nous croire sur parole. Ils sont cachés sous une espèce de poudre blanche qui fait penser à Montréal et qui, en fondant, va donner quoi? de la sloche, of course.
Quant au temps doux, croirez-vous qu'on mangeait dehors aux terrasses par 20° au soleil il y a une semaine? Avec un peu de patience et le réchauffement planétaire, ça va revenir! Entre-temps, 10 cm de neige en mars, ça ne s'était jamais vu à Montpellier de mémoire d'homme!
Hier soir, quand Azur m'a appelé à la fenêtre: "Hé, il y a une vraie tempête de neige!", ma première réaction a été "Ben voyons!". Tout ce que nous avions vu d'hiver ici depuis cinq ans, c'est un peu de sucre à glacer sur les palmiers du parking un soir de janvier 2009, qui avait fondu le lendemain matin.
Mais cette fois, ça y était pour de vrai: de gros flocons qui tombaient à plein ciel, assez serrés pour cacher la montagne de Sète et les tours d'habitation au loin. Et ça a duré une partie de la nuit, si bien qu'au réveil, les toits, les parterres et même une partie des rues étaient tout blancs. Y'a que la piscine (chauffée?) du voisin d'en face qui gardait un petit air méridional. À l'heure de pointe, les voitures des chauffeurs peu habitués à ça -- et sans pneus d'hiver, va sans dire -- patinaient et zigzaguaient que c'en était une joie à contempler: un manège d'autos-tamponneuses n'aurait guère fait mieux.
Notre projet d'aller faire un gros marché au nouveau centre commercial Odysseum (directement au-dessus du terminus du tram, une bénédiction!) est reporté au moins à demain; heureusement, il nous reste de quoi manger -- et boire. Faudra-t-il nous équiper de bottes d'hiver au prochain séjour?
J'ai envoyé un mot (images à l'appui) aux copains d'ailleurs pour leur faire part des joies du printemps languedocien. Première réplique, celle de mon frère Antoine, bien au chaud du côté de Malaga: "Jean-Pierre Ferland avait raison!" Il pensait évidemment à: 'Il a neigé à Port-au-Prince, il pleut encore à Chamonix - On traverse à gué la Garonne, le ciel est plein bleu à Paris. - Ma mie, l'hiver est à l'envers, ne t'en retourne pas dehors - Le monde est en chamaille, on sue au Sud, on gèle au Nord'.
Pour le reste, pas des masses de choses à raconter depuis notre retour de Californie, effectué directement à partir de Sonoma, sans l'escale prévue à San Francisco.
Le voyage s'est étonnamment bien passé, le trajet en voiture jusqu'à l'aéroport court et confortable, et Air Canada se montrant (un peu à notre surprise) au moins trois coches au-dessus des lignes américaines pour la qualité de service! En classe "affaires", les sièges et surtout la bouffe étaient nettement supérieurs à ceux de la "première" sur United. La gestion des bagages, en particulier lors de la correspondance à Toronto, était efficace au point d'en être invisible. Le seul bémol était que, décalage horaire aidant, nous avons débarqué rue Wilderton vers minuit.
Le samedi suivant, c'était la nouba combinée (anniversaire de Marie, fêtes du Nouvel An et surtout anniversaire du frérot Antoine, que nous n'avions pas célébré depuis des années) chez Jean et Marie. Azur avait eu l'idée brillante de proposer (pour ne pas dire imposer) qu'au lieu de tout préparer nous-mêmes, nous fassions appel à un service de traiteur pour l'essentiel, nous contentant de compléter avec fromages, boissons et peut-être desserts.
Grâce à Marie et à sa profonde connaissance des ressources "socio-gastronomiques" montréalaises, succès total: la soeurette a déniché une équipe communautaire spécialisée dans la préparation de réceptions pour associations, syndicats et autres groupes aux appétits aiguisés et aux budgets restreints.
Nous avons eu droit à la mise en place personnalisée d'un "buffet dinatoire" consistant en un assortiment fabuleux de tapas de toutes espèces, plus originales et savoureuses les unes que les autres, pour un prix défiant toute concurrence. Et comme les Leclerc avaient comploté avec leur gourmandise caractérisée pour assurer la partie liquide plus les fromages, ça a donné une fiesta d'autant plus mémorable qu'elle n'a occasionné pratiquement aucun effort de préparation… ni de nettoyage après coup, le traiteur venant tout récupérer, y compris verrerie, coutellerie et vaisselle. Ouaouh! Une formule à revisiter.
Ça me fait presque oublier (oups! pardon, Lucie) qu'Antoine en a profité pour nous présenter sa nouvelle compagne québécoise (de Québec), sympathique et décontractée. Rien à voir avec le premier contact -- aoutch! -- avec Mireille en son temps. Nous la reverrons avec plaisir, pour autant que la relation résiste aux pénibles frictions de six semaines de farniente en Espagne ;-). Compris, frérot? En passant, c'est pas si souvent qu'on pense à prendre des "photos de famille", alors en v'là une (remarquez bien le premier plan!).
Dans l'intervalle, il y avait eu la catastrophe haïtienne, qui nous a plongés dans la douleur et l'angoisse. Qui de nos multiples amis haïtiens étaient là-bas en ce moment, sinon lesquels avaient perdu des parents, des proches? Nous nous sommes dépêchés d'offrir un peu d'aide financière en passant par la Croix-Rouge, puis nous nous sommes mis sur le téléphone pour tenter de toucher tous les vieux copains.
Dans la plupart des cas, soulagement: le romancier Dany Laferrière y était, mais il avait survécu et se préparait à revenir, les poètes Serge Legagneur et Anthony Phelps se trouvaient à Montréal et n'avaient perdu aucun proche, idem pour l'avocat Serge Moïse. La seule perte qui nous touchait directement était le sympathique écrivain et professeur Georges Anglade, que j'avais rencontré lors d'un Salon du Livre avec Legagneur il y a moult années. Le beau côté de cette médaille plutôt sombre, c'est que nous avons repris contact avec plusieurs vieux amis, que nous nous sommes promis de revoir dans les plus brefs délais.
Pour marquer le coup, nous avons décidé de n'offrir à la fête chez Marie que des présents d'origine haïtienne, que nous avons trouvés sans douleur à la boutique "Dix mille villages" rue Saint-Denis, avec l'aide de deux vendeuses hyper-gentilles. Comprenne qui voudra, et fin de la pub.
Nos cadeaux mutuels pour les Fêtes ont été un superbe fauteuil tournant et berçant en cuir brun authentique qui remplaçait le mien, confortable mais usé jusqu'à la corde et craquant de tous ses membres après une douzaine d'années d'usage intensif, et (comble du chouchoutage éhonté) un incroyable robot gris, chrome et noir vibrant, triturant et massant dans tous les sens, déguisé en chaise de dentiste montée en graine, équipé d'une télécommande indéchiffrable et signé Panasonic! Il a fallu une bonne semaine pour apprendre à s'en servir correctement, mais alors quelle jouissance!
Avant de repartir de Montréal, nous avons commencé à prospecter une future résidence pour "retraités actifs" suite à un cahier spécial sur le sujet dans La Presse. Nous en avons vu deux fort intéressantes et sympathiques, l'une sur la Rive Sud face à l'Île des Soeurs, l'autre dans l'Est derrière le Stade olympique… Feuilleton à suivre.
Il y a aussi eu deux ou trois séances très "travail" avec des représentants de la Banque, qui nous transféraient gentiment mais fermement de notre bonne vieille succursale de Côte-des-Neiges à laquelle nous étions habitués depuis pas loin de vingt ans, vers un nouveau service réservé aux clients "haut de gamme". Comme sur Côte-des-Neiges, suite aux départs de Lydia Haziza et de notre conseiller favori Abdel Taïr, nous ne connaissions presque plus personne de toute façon, pourquoi pas? Mais le déménagement, tout virtuel qu'il fût, ne s'est pas déroulé sans quelques anicroches... Quelques comptes impayés sont passés entre les craques, le mécanisme de calcul et de paiement des impôts s'est avéré un peu imprécis, mais bon. Mal placés pour nous plaindre, nous sommes!
De Martinique, nouvelles du Bum chromé par Raymond Marie. Le bateau lui-même est en très bon état -- un ou deux bidules électroniques demeurant à vérifier --, mais nous perdons de nouveau notre skipper, le rasta Marc, qui a décidé d'émigrer en France retrouver sa (ou une de ses) copine. Comme remplacement, Raymond a contacté l'ancien comparse de Gérard Pancrate, Marc Éloré, qui depuis notre périple européen avec lui a acquis ses titres de noblesse comme capitaine de voilier de plaisance. Reste à savoir comment nous nous entendrons.
Enfin, cap sur Montpellier. Par la magie de la carte Centurion d'AmEx, une limousine luxueuse et gratuite est venue nous chercher à la maison pour nous emmener à Dorval, première étape d'un vol Air France pour Paris-CDG. Trajet sans histoire, débarquement dans la pénombre de l'aube et d'une aérogare encore endormie. Par chance, le resto du Sheraton-aéroport était ouvert pour le petit-déj. et une charmante Sénégalaise nous a dorlotés pendant les deux heures où nous attendions le train pour Montpellier qui devait nous cueillir à la gare juste dessous.
Il faisait un peu gris à l'arrivée, mais ça s'est corrigé tout de suite le lendemain. Quelques jours de flânerie, quelques bons repas dans le voisinage, confirmation de la réservation de billets par Internet pour le prochain Roland-Garros.
Comme Azur faisait du cocooning et que j'avais la bougeotte (maladie québécoise archi-connue), je l'ai délaissée deux ou trois jours pour une agréable mais solitaire escapade par TGV et train local à l'Île de la Lagune de Saint-Cyprien, en bord de mer près de la frontière espagnole. Immense chambre (ou mini-suite) extra-confortable, décor enchanteur, temps un peu frais mais magnifique, gastronomie impeccable.
Le chef étoilé Jean-Pierre Hartmann a conservé de ses origines alsaciennes un tour de main certain pour la choucroute (tous les jeudi midi, et le restaurant est alors si achalandé qu'il faut réserver, voir ci-contre) et une précision admirable dans le traitement des menus plus méridionaux que lui inspirent depuis une bonne décennie les produits de la région.
Sur le chemin du retour, arrêts à Elne, belle petite ville médiévale dotée d'un marché animé et fourni, d'un cloître roman admirable et d'une belle cathédrale romane aussi (sans compter un petit resto accueillant sur les remparts, Cara Sol) et à Perpignan, où j'ai vagabondé quelques heures dans la vieille ville avec un plaisir un peu esseulé.
Reprise de contact avec les voisins Chantefort du dessous; nous avons raté de justesse leur fille Caroline, rentrée à Montréal la veille de notre arrivée, et André était juste en transit entre Séville et Bogota. Jean-Pierre Dréan, lui, avait déménagé dans l'intervalle de sa maison de Gignac dans un appartement plus cozy au petit bourg voisin d'Aniane. Il s'est empressé de nous inviter à partager avec lui un festin de fruits de mer à la "Côte Bleue" de Bouzigues, qu'il nous a vantée, non sans raison, comme "le meilleur restaurant marin du Languedoc".
Nous y avons débarqué par une belle journée, un peu frisquette, pour nous attabler face à une vue imprenable du Bassin de Thau et de ses cultures ostréicoles:
de longues cages d'huîtres en suspension à perte de vue, surmontées par le Mont Saint-Clair de Sète juste en face. Soupe de poisson plantureuse, plateaux de fruits de mer de très haut niveau, loup grillé au beurre blanc, le tout arrosé de ce voluptueux muscat sec que nous avions découvert avec Jean et Marie à Fontjoncouse chez Gilles Goujon (qui vient de décrocher trois étoiles au Michelin, ma soeur a décidément du nez dans son choix de "petites auberges sympa").
Autres nouvelles du bateau. Marc Éloré était dans un premier temps malade, dans un second capricieux: il voulait avoir le contrôle sur tout, quitte à nous séparer de gens (Henrietta et son fils, notre vieil ami Raymond) qui nous donnent parfaitement satisfaction. Pas question. Avant de le confronter sur place pour voir s'il est quand même possible de nous entendre sur une autre base, nous apprenons avec plaisir que l'autre Marc (Saint-Albin) sera disponible à notre arrivée aux Antilles pour nous emmener dans la longue virée que nous espérons vers le nord jusqu'aux Îles Vierges. Ouf.