mardi 16 mai 2017

Plein emploi, piège à c...

La Révolution de l'information et le dérèglement de l'environnement sont deux phénomènes récents dont les implications économiques sont évidentes, mais qui étaient totalement inconnus et imprévisibles de la fin du 18e siècle au début du 20e, à l'époque où s'est développée la théorie «classique» qui est la pierre d'assise du capitalisme contemporain. 
La première a un impact important sur la production et la distribution des biens et donc sur l'emploi, le second pose dans des conditions nouvelles et urgentes la question de l'exploitation des ressources naturelles et de la croissance industrielle continue. 
Parmi plusieurs effets malsains de notre mauvaise gestion publique (partiellement due à l'ignorance) de ces deux domaines, je porte à votre attention ce paradoxe jamais mentionné bien qu'il soit absolument évident: bien qu'alliés en principe et en fait, la classe politique et les gens d'affaires poursuivent des objectifs diamétralement opposés dans la gestion de la main d'oeuvre. 
Alors que nos élus même les plus libéraux et les plus favorables à l'entreprise s'acharnent à atteindre le plein emploi et clament sa nécessité, leurs amis dans le secteur privé ne sont vraiment heureux que quand ils peuvent congédier à pleins bords au nom de l'efficacité économique; à peu près le seul cas où ils se réjouissent d'embaucher est lorsque cela s'accompagne de subventions publiques ou d'allègements fiscaux. 
Bien que ça me coûte de l'admettre, il est clair que là-dessus, ce sont les employeurs qui ont raison: se débarrasser d'un tas de boulots salissants, souvent mal payés et socialement avilissants ne peut être qu'une bonne chose. Nos grands politiques feraient mieux d'oublier le mirage du chômage à 3%, de réorienter nos économies pour faire plus avec moins de travailleurs… et de convaincre leurs associés du privé de réinvestir une partie de leurs bénéfices ainsi accrus dans des formules permettant aux heureux affranchis de l'esclavage du travail de vivre convenablement... et de consommer.

mardi 25 avril 2017

Contre qui ou quoi voter?

Emmanuel Macron affirme haut et fort qu'il veut qu'on vote «pour lui et pour son projet», non contre Marine Le Pen. Je respecterai rigoureusement son voeu, je ne voterai pas contre Marine Le Pen, je voterai sur la base d'un projet. Mais je ne voterai pas pour le projet d'Emmanuel Macron, dans lequel je ne me reconnais en rien. 
Dans mon cas, et dans le cas de millions de gens qui souhaitent un vrai changement, non un retour encore plus agressif vers un libéralisme qu'il présente en France comme une innovation mais qui est plutôt une vieille recette des années 1980 en fin de course dans la plus grande partie du monde, il n'en est pas question. 
Dans mon cas et dans celui de millions de gens qui croient que l'avenir de la planète et de ses habitants est plus important que celui des banques et des grandes entreprises prédatrices et qu'il y a une différence fondamentale entre les deux, il n'en est pas question. 
Dans mon cas et dans celui de millions de gens qui comprennent que face au double défi de l'écologie et de l'automatisation du travail, le plein emploi n'est qu'un dangereux miroir aux alouettes et qu'il faut s'attaquer en priorité à la tâche colossale de faire vivre dignement une forte minorité ou même une majorité de chômeurs permanents, il n'en est pas question. 
Dans mon cas et dans celui de millions de gens qui croient que le citoyen d'aujourd'hui, instruit et informé, est capable de choisir son propre destin sans qu'il lui soit dicté par les «consignes de vote» d'une élite prétentieuse et anachronique, il n'en est pas question. 
Dans mon cas et dans celui de millions de gens qui croient que l'Europe dictatoriale et fonctionnarisée telle que la conçoivent Emmanuel Macron et Angela Merkel court à sa perte, il n'en est pas question.
Je voterai blanc et je soupçonne que nous serons des millions à le faire.

Yves Leclerc

lundi 24 avril 2017

Le bébé avec l'eau du bain?

Une chose m'inquiète dans cette folle frénésie du tout-sauf-Marine universel et bien pensant. C'est très joli de charger Mme Le Pen de tous les péchés d'Israël (sans compter Attila, Hitler, Daech et quelques autres), mais on ne va pas me faire croire que l'électorat FN est entièrement composé de 7 millions et plus de racistes xénophobes anti-européens bouchés par les deux bouts. Holà. 
On est en train d'évacuer presto les préoccupations, les peurs, les inquiétudes souvent compréhensibles et justifiées d'une masse importante de gens qui, même s'ils font fausse route, sont des citoyens français et européens parfaitement légitimes et, par la même occasion, on jette par-dessus bord tout effort pour les comprendre et tenter d'y répondre. 
Les solutions des frontistes ne tiennent pas la route c'est vrai; mais de l'autre côté, tout le programme de Macron est construit pour plaire aux banquiers et aux boursicoteurs tout en somniférisant les classes moyennes et en séduisant les intellectuels par ses tours de passe-passe idéologiques et son vocabulaire à saveur techno pseudo-innovant. 
Rien là-dedans pour les ouvriers, les retraités pauvres, les intérimaires, les chômeurs de longue durée – sauf la dangereuse illusion d'un retour du plein emploi. Rien sur la collision imminente entre écologie et technologies et leur effet probablement dramatique sur la main d'oeuvre, rien sur le cul-de-sac où s'enfonce l'Europe de l'après-brexit. Rien que des certitudes arrogantes vêtues en habit de soirée; pas le moindre questionnement, la moindre incertitude, rien que la prétentieuse assurance que la seule solution est une dose encore plus forte et indigeste de ce qui n'a pas marché depuis dix ans, une sorte d'hyper-hollandisme pimenté d'un peu de sarkozysme servi «à la moderne». 
Et on voudrait que je m'en réjouisse et que je me joigne au choeur de louanges? Non merci.

vendredi 31 mars 2017

Populisme?

Une réaction à chaud à ce qui se passe un peu partout dans le monde. 
Il faut que la gauche cesse de réagir négativement contre le populisme — ce qui revient à laisser le champ libre à l'extrême-droite dans les classes populaires — et le prenne à bras-le-corps. C'est de ce côté que résident les vrais instincts des «gens ordinaires», la vraie perception des difficultés qui ruinent leurs vies, la vraie et puissante source de transformation qu'est leur colère profonde et justifiée. 
Oublions nos débats, si intelligents soient-ils, de bien-pensants et notre savante recherche dans les vieux textes gauchistes pour de vieilles réponses à leurs problèmes nouveaux et urgents. Il ne faut pas leur proposer des sauveurs charismatiques ni perdre du temps à dénigrer ceux qui les égarent. Il ne faut pas leur prêcher des solutions miraculeuses venues d'en haut. 
Il faut inciter TOUS les protestataires (y compris ceux qu'on juge «répugnants», même racistes, même xénophobes, même sexistes, ce sont sans doute ceux qui en ont le plus besoin et, qui sait, ceux qui auront les apports les plus utiles) à créer eux-mêmes des solutions nouvelles, appropriées, aussi satisfaisantes émotivement qu'intellectuellement. Le rôle vraiment efficace des militants progressistes est de leur offrir en toute humilité toute l'aide possible pour y arriver et d'accepter d'avance qu'il y aura forcément des erreurs et des dérives parfois douloureuses à corriger. 
Dans notre monde en pleine crise, en pleine mutation, c'est la seule démarche qui aujourd'hui me paraisse authentiquement «de gauche».
-----
Pour ce qui est de la France, je pense que la démonstration est faite que malgré la bonne impression qu'il faisait au début (y compris à moi), le programme d'Emmanuel Macron n'a rien de nouveau ni de «réaliste»: au pire c'est un assemblage hétéroclite de demi-mesures contradictoires pour faire plaisir à tout le monde — surtout aux banquiers rétro, au mieux la poursuite de la «stratégie du pédalo» de Hollande, dont le dernier quinquennat nous a démontré la valeur. Ce qui est confirmé par la bande de vieux schnocks qui y adhèrent goulûment. 
Par contre, Hamon, qui avait de loin la stratégie la plus innovante et audacieuse, a complètement raté le coche. À regret, j'en conclus que la seule façon de récupérer quelque chose de positif de cette bizarre campagne est que Hamon se rallie à Mélenchon, puisque son rêve de réunir une vraie gauche progressiste et non-sectaire sous le parapluie socialiste s'est avéré un cauchemar. 
Il pourrait obtenir en échange un statut de dauphin (ce qui ne veut rien dire mais conforterait son égo) et l'intégration à la plate-forme «insoumise» de ses meilleures idées, notamment le revenu universel, la prise en compte de la fin du plein emploi d'ici une génération, une 6e République dessinée par les électeurs et une sérieuse rénovation démocratique de l'Union européenne – dont l'orientation ultime (plus ou moins d'Europe) sera définie non par les chefs ou les élites, mais par les citoyens. 
Ce ne sera pas assez pour gagner la présidentielle, mais permettra de former aux législatives un groupe parlementaire significatif et cohérent. Mieux que rien.

dimanche 12 mars 2017

Avertissement solennel

 à: Gérard Collomb, Bertrand Delanoé, Daniel Cohn-Bendit, Robert Hue, Eric Jalton, François de Rugy, Jean-Louis Touraine, Philippe Saurel, Bernard Kouchner... et tous les autres qui se prétendent de gauche et qui s'allient à Emmanuel Macron

Mesdames et messieurs,
* Considérant que la gauche a un candidat qu'elle a élu, Benoit Hamon, et un autre auto-proclamé, Jean-Luc Mélenchon;
* Considérant que ces deux candidats ont fait la preuve, sur plusieurs décennies et chacun à sa façon, de leur engagement à gauche et de leur volonté de promouvoir le bien du peuple;
* Considérant que ces deux candidats ont des programmes clairement de gauche possédant bon nombre de points communs;
* Considérant que le candidat Emmanuel Macron est un transfuge du parti et du gouvernement socialiste et qu'il se proclame ouvertement «ni de gauche ni de droite»;
* Considérant que le candidat Macron n'a jamais démontré son attachement au bien du peuple, mais a toujours défendu les avantages et privilèges des entreprises et du patronat;
* Considérant que le «programme Macron» est un ensemble flou de propositions «libérales» qui ne constituent en rien un programme de gauche:

Sachez que le fait de déserter les deux candidats progressistes légitimes pour appuyer Emmanuel Macron ne peut être qu'une TRAHISON ENVERS LA GAUCHE et UN REFUS DE LA DÉMOCRATIE.
Rien ne vous justifie de rejeter le choix démocratique de deux millions d'électeurs du peuple de gauche, effectué dans une primaire dont la plupart d'entre vous s'étaient engagés à respecter le résultat.
Rien ne vous justifie de considérer le choix politique comme une simple excursion de shopping dans un vague BHV des idées neuves pour y piger librement celles qui vous plaisent personnellement. La gauche est un engagement envers le peuple, non un caprice individuel.
Rien ne vous justifie de prétendre que votre jugement personnel, souvent influencé par des considérations d'ambition et de vanité, prime sur l'opinion éclairée de plus d'un million de militants de gauche désintéressés.
Rien ne vous autorise à renier vos engagements et votre parole et à souiller votre honneur et le nôtre par opportunisme et par prétention de savoir mieux que le peuple ce qui est bon pour le peuple.
Tenter de mettre sur le même pied les désaccords de MM. Mélenchon et Hamon avec le parti socialiste, l'un de l'extérieur, l'autre à l'interne et tous deux comportant des sacrifices importants dictés par des questions de principes, avec le départ d'Emmanuel Macron de ce parti et de son gouvernement pour des raisons d'égocentrisme et de pure ambition électoraliste, est une honte et un mensonge.
Vous imaginer qu'un Emmanuel Macron, transfuge sans expérience, sans parti, sans véritable organisation, sans programme articulé, financé principalement par le patronat de droite, est une solution «de gauche» pour empêcher une victoire d'une Marine Le Pen aguerrie et appuyée par une solide organisation relève de l'hallucination, non du réalisme politique. Au contraire, tout authentique candidat de la gauche unie qui parviendra au second tour a de sérieuses chances de l'emporter contre tout candidat de droite et particulièrement contre l'extrême-droite.
Votre trahison met en danger la possibilité imprévue qu'a la gauche de reprendre véritablement le pouvoir en France après un intermède malheureusement entaché d'un excès de social-démocratie sans doute sincère mais d'inspiration de centre-droit. Elle est un obstacle majeur à un véritable rapprochement de l'ensemble des forces de gauche pour parvenir à un regroupement à l'élection présidentielle.
Votre trahison a pour effet que les électeurs de gauche ne pourront plus jamais se fier à votre parole et à vos engagements, en particulier lorsque viendra le temps de leur demander d'appuyer vos efforts pour vous faire élire ou réélire. Réfléchissez-y: même sur le plan de vos ambitions personnelles, cette faute majeure de jugement compromet votre avenir et vos espoirs de carrière publique. N'espérez pas que vos électeurs vont l'oublier ou vous le pardonner. D'autres se chargeront, à bon droit, de le leur rappeler. Et votre crédibilité pour vous défendre se retrouvera à zéro.
Pensez que le temps presse pour racheter votre erreur. Vous pouvez encore faire amende honorable, abjurer un engagement néfaste dans un projet qui ne peut d'aucune façon être considéré de gauche, et rallier le camp de ceux qui défendent réellement le bien du peuple et l'avenir du pays. Vous pouvez encore accepter que l'opinion du peuple de gauche a plus de poids et de valeur que votre vanité personnelle. Vous pouvez, vous DEVEZ vous associer à l'ensemble de ceux qui luttent pour un véritable regroupement de la gauche où enfin Jean-Luc Mélenchon, Benoit Hamon et leurs partisans pourront travailler ensemble à la victoire.
Chaque jour qui passe où vous vous obstinez à ne pas voir la vérité en face met encore plus en danger l'avenir de la gauche, l'avenir du pays... et vos propres projets. On ne gagne jamais rien à trahir.
Pensez-y.

Yves Leclerc, simple citoyen de Montpellier