samedi 20 juillet 2013

Dure(s) semaines(s)

«Enfin samedi!», aurions-nous envie de dire. Les derniers 15 jours, et surtout la dernière semaine, n'ont pas été faciles. Nous nous y attendions bien un peu, mais ça n'a pas rendu les choses moins pénibles.

Nous étions venus de Montréal à Montpellier plutôt qu'en Martinique, à la fin juin, parce que notre voisine du dessous et dynamique amie Michèle Chantefort souffrait d'un cancer à la hanche incurable et, d'après ses médecins, n'en avait plus que pour quelques mois. L'amitié nous dictait d'être auprès d'elle et d'André aussitôt que mes genoux me permettraient de voyager.
Nous avons bien fait, car nous avons à peine eu le temps de lui rendre une visite à l'hôpital dix jours après notre arrivée. Sa fille Caroline nous a accueillis: elle était venue de Californie sitôt qu'elle avait appris la mauvaise nouvelle et s'était fait installer un lit de camp dans la chambre de sa mère à Saint-Éloi pour lui tenir compagnie nuit et jour pendant deux mois. Émouvant.
Michèle était éveillée et consciente, mais incapable de parler ni même de bouger, sauf pour nous signaler qu'elle nous reconnaissait et nous entendait par des clignements des yeux et de légères pressions de la main. Elle qui, en décembre dernier quand nous avons été dîner ensemble à la Grande-Motte, était si vive, pleine d'activités et de projets!
Nous devions retourner la voir au début de la semaine dernière, mais le lundi midi, André frappe à notre porte, catastrophé: «Mes amis, c'est fini. Elle est partie ce matin...» Je l'ai revue une dernière fois le surlendemain dans son cercueil; Azur n'en a pas eu le courage, elle préférait en garder le souvenir de la femme riante et animée d'il y a si peu.
Selon sa volonté, ce mardi nous nous sommes embarqués avec la famille (dont ses deux enfants et quatre de ses petits-enfants) au port de Palavas-les-Flots, la villégiature préférée des Montpelliérains, où elle avait passé ses étés d'enfance. Une fois au large, au milieu des hors-bord, voiliers et planches à voile des vacanciers nouvellement arrivés, Caroline a jeté l'urne contenant ses cendres dans la Méditerranée, accompagnée d'une pluie de fleurs qu'on nous avait distribuées. Un adieu presque festif sous un grand ciel bleu, dans la vague et le vent, qui nous a paru correspondre exactement à la personnalité ensoleillée de notre amie. M'a traversé l'esprit ce vers final de la «Supplique» de Brassens: «... l'éternel estivant(e) qui passe sa mort en vacances».
Par ailleurs, puisque les mauvaises nouvelles, comme disait je ne sais plus qui, «arrivent toujours en compagnie», dans l'intervalle m'est tombé dessus un courriel de mon frère Antoine, de sa lointaine Gaspésie. Arthrose avancée dans les deux hanches, opérations imminentes, la première en juillet, la seconde au début de l'automne. En principe, nous serons de retour au Québec pour la convalescence. Sa copine Lucie va bien, sa fille Geneviève est rentrée de près de quatre semaines de séjour de travail en Europe, son fils Vincent se prépare à une tournée théâtrale en Asie quelque part en novembre.
Nous nous sommes parlé un bout de temps avant-hier, il avait le sourire aux lèvres et garde quand même le moral. Il faut dire que, même si j'étais plutôt sceptique sur l'intérêt de la chose, le mode vidéophonie de Skype est un vrai plaisir quand il permet de retrouver la tête et l'expression d'un parent ou ami éloigné qu'on n'a pas vu depuis un bout de temps.
Nous projetions d'aller la semaine prochaine visiter les Euvrard, Janine et Michel, dans leurs quartiers d'été de l'Ardèche, pas loin de Montélimar (Tiens! voilà du nougat!). On les appelle pour fixer les détails, et tragédie! Leur nièce de Bruxelles était arrivée en visite avec son gamin et son conjoint la veille... et le midi suivant, le conjoint est victime d'un arrêt cardiaque. À 53 ans, c'est pas beaucoup. Pendant que les parents tentaient de consoler la nièce, leur fils Philippe (jazzman de qualité) prenait le TGV pour la Belgique avec le cercueil de son très bon ami, exactement au milieu du week-end de la grande migration française vers le soleil et les vacances. Inutile de dire que la visite à Alba-la-Romaine est remise à des jours plus propices.
Pour le reste, train-train et petits travaux. Nous sommes sortis un soir et Azur a trouvé le tour d'oublier sa clef engagée dans la serrure de sûreté par l'intérieur. Impossible de rentrer chez nous. Il a fallu ameuter les voisins, faire venir le serrurier qui a peiné pendant plus d'une heure pour finalement tout arracher à la perceuse, au ciseau et au marteau dans un vacarme infernal. Évidemment, ça voulait dire une serrure neuve... avec un loquet à l'intérieur cette fois, juste au cas où.
Nous nous sommes enfin résolus à installer un chauffage moderne avec thermostat pour remplacer les vieux radiateurs. En réalitė il s'agit d'une climatisation réversible (Mitsubishi 4.5 Kwh) avec unité extérieure sur la terrasse et souffleuse intérieure discrète et quasi silencieuse. Un charme — et pas un luxe, avec des températures frôlant les 35 celsius à l'ombre ces jours-ci. Pourquoi avoir tant attendu? Mystère! Ajoutez à ça un volet électrique dans la chambre et la découverte d'un truc pour empêcher iTunes de s'éteindre tout seul pendant que nous écoutions béatement Vivaldi sur Apple TV, et voilà pour les travaux.
Sur un registre plus léger, quelques balades en ville en tramway, agrémentées d'apéros au Café des Trois-Grâces sur la Comédie, souvent avec l'ami guitariste attitré de la Place, Fethi. Et, pour ne pas totalement oublier la gourmandise, redécouverte (deux fois, mon père) de La Diligence, bonne table raffinée et surtout, lieu à classer facilement parmi les plus beaux restaurants de France, avec ses velours, ses voûtes de pierre dorée du XIVe et sa terrasse fleurie engoncée entre les murs et les arches soigneusement ravalés de trois immeubles moyen-âgeux donnant sur une petite place piétonne.
La cuisine tient parfaitement le cap même si elle a changé de patrons il y a quatre ou cinq ans, le précédent étant décédé d'une crise cardiaque en plein service — fallait-il vraiment que je termine aussi sur une note macabre? Mes plus plates excuses...