08 juillet 2026

Fin de mission?


Toute ma vie depuis l’âge de 7 ans, j’ai été en mission. Et le dernier quart de ma vie, depuis 2004, je suis Cadet Roussel, oui, çui-là qui a trois maisons. Et tout-à-coup, à la veille de mes 85 ans, ces deux priorités de mon existence arrivent à terme. En même temps, avec une brusquerie catastrophique, sur un balcon surchauffé de Montpellier, face à la Méditerranée et à la Montagne de Sète.

La première mission était simple et brutale: survivre et retrouver ma place dans le monde. Elle m’a été révélée par deux religieuses hospitalières qui conversaient à voix basse près de mon lit d’hôpital sur le Chemin Sainte-Foy à Québec. Ignorant que j’étais éveillé, elles discutaient des détails de mes prochaines funérailles. Victime à la veille de mes 7 ans d’une fièvre infectieuse à laquelle on ne connaissait aucun remède, j’étais condamné. Mais des doses massives de deux miraculeuses drogues expérimentales, auréomycine et streptomycine, m’ont littéralement tiré des rives du fleuve Styx.

Sept mois de convalescence ont eu deux effets imprévus: un féroce désir d’apprendre et de rattrapper mon retard sur les gamins de mon âge (j’avais perdu une année scolaire), et une passion pour l’art inspirée par le fabuleux paysage de la baie de Trois-Pistoles que je contemplais de ma chaise-longue d’enfant débile sur le balcon de notre chalet, c0mbinée avec la magique influence de notre gardienne d’enfants, Édith Martin, immense rénovatrice de l’artisanat québécois (tissus, tapisseries, émaux) et peintre subtile et pédagogue. 

Rentré à Québec, j’ai pris à bras-le-corps mon retard scolaire. Deux ans plus tard, je sautais une classe pour rattrapper les écoliers de mon âge… et deux ans de plus, je sautais une nouvelle année, leur passant devant. Tout en suivant avec passion des cours innovateurs de peinture pour enfants au Musée des Beaux-arts des Plaines d’Abraham, sous la direction de Denys Morrisset - exposé non seulement aux impressionnistes et aux fauvistes européens, mais aux brillants créateurs québécois, Marc-Aurèle Fortin, Riopelle, Borduas, Pellan…

La seconde étape de mission a naturellement enchaîné: aîné d’une famille bourgeoise québécoise (même si c’était d’une branche appauvrie), je me devais de briller. Mes parents m’inscrivent au concours d’admission du tout nouveau Collège des Jésuites - on n’avait pas les moyens de payer les frais de scolarité, c’était une «bourse d’excellence» ou rien. Question piège: Le nom Champollion, ça vous dit quoi? Réponse prévue: un paquebot français qui vient de faire escale au pied du Cap Diamant. La mienne: le savant français qui a déchiffré les hiéroglyphes de la Pierre de Rosette. Surprise de l’examinateur, mais normal pour moi: papa organisait les soirées documentaires de l’Institut canadien de Québec, et les prestigieux conférenciers venaient parfois souper à la maison, les enfants étant exceptionnellement présents à table. On y écoutait baba des échanges avec des gens comme le commandant Cousteau, l’ornithologue de l’Audubon Society Roger Tory Peterson, l’explorateur Thor Heyerdahl du Kon-Tiki, un biologiste russe expert en épidémies, etc. Pas besoin de dire que j’ai eu ma bourse au collège.

Et la passion d’apprendre n’a fait que s’accentuer. Avec des maîtres maniaques comme le frère de Marcel Dubé, qui insistait pour nous enseigner le grec classique à 12 ans, et des Jésuites clairement plus braqués sur la science et la culture que sur l’Évangile. Je ne sais plus lequel nous a mis au défi, comme examen de fin d’année en Versification, d’écrire un recueil de poésie. Je me suis donc plongé dans Baudelaire, Rimbaud (pourtant très mal vus chez les cathos), Apollinaire, Rielke, Whitman, Garcia Lorca… Résultat peut-être prévisible: un second prix de poésie au premier Concours des jeunes auteurs de Radio-Canada — et une irrésistible envie de recommencer. D’autant plus que ça m’a fait découvrir qu’il y avait des revues littéraires qui payaient la somme pharamineuse de 5 ou 10 dollars pour publier un sonnet boîteux d’un auteur inconnu! De quoi financer mes abonnements au club de tennis voisin des Saints-Martyrs et aux monte-pente de ski du Lac Beauport, mes deux sports de prédilection!

En même temps se développait une autre piste de mission. La famille élargie était intensément politique, à la fois «bleue» et «rouge»: un cousin archévêque très conservateur, un oncle député de Charlevoix puis ministre de Duplessis, un autre beau-frère du chef libéral Jean Lesage, un grand-oncle notaire éternel candidat progressiste défait dans le Bas-du-Fleuve, etc. Il n’était donc pas inconcevable qu’à 13 ans, je me mette à tenir un «scrapbook» non pas des vedettes du sport, du film ou de la chanson, mais de tout ce que je pouvais trouver comme articles sur l’invasion du Canal de Suez et de l’Égypte nassérienne par les troupes franco-anglaises. À côté d’une collection de timbres du monde entier soigneusement organisée dans un album pour nourrir mes envies de voyage.

Pendant tout ça, fermentaient les prémisses de la Révolution tranquille, dont j’attrappais le virus – et un approfondissement de mission – par deux principales sources: l’ami d’enfance Yves Préfontaine, originaire de Trois-Pistoles, poète précoce fanatique de jazz et fils du créateur de la Faculté de Biologie de l’Université de Montréal, et Gilles Vigneault, poète émigré de la Côte Nord devenu prof atypique à l’Académie de Québec, avec qui moi et quelques autres collégiens vivions des après-midis magiques à arpenter l’ancien Quartier Latin en discutant de folklore, tradition et littérature. De là à fréquenter assidûment (et souvent subrepticement) les hauts-lieux de la bohème locale (la galerie La Huchette, le café-chansonnier L’Arlequin, le bistrot La Grande sous-le-cap, le resto l’Aquarium, etc.), il n’y avait qu’un pas. En y croisant à l’occasion des René Lévesque, Jacques Languirand, Edmund Alleyn, Jacques Parizeau, etc.

Juste comme je perdais la passion maniaque des études (à la Faculté de Philo de Laval où mon prof était l’ainé des frères de Konincke, mythique inspirateur du personnage du Petit Prince de Saint-Exupéry, puis à la toute nouvelle École d’architecture), sont survenus trois évènements quasi simultanés. 

D’abord, ma première vraie aventure amoureuse. Nadia était une magnifique danseuse de ballet d’origine ukrainienne, fiancée à un peintre en vue de Toronto. Paniquant à la veille du mariage, elle avait fugué à Québec, où elle susbsistait en posant comme modèle pour les peintres, notamment à l’École des Beaux-Arts. C’est là que je l’ai découverte, lors d’un cours de dessin pour les étudiants en architecture: la première femme nue que je voyais de ma vie… et quelle femme! Je lui fais la cour, ma timidité (sans doute) l’émeut, et elle me donne une initiation à l’érotisme sans commune mesure avec les furtifs attouchements que permettaient les petites bourgeoises de la Haute-ville. Après la Noël 1960, elle est repartie à Toronto épouser son peintre, me laissant un peu moins ignorant.

Ensuite la découverte dans Garcia Lorca d’une oeuvre dite mineure, El Retable de Don Cristobal, un scénario pour marionnettes basé sur un conte populaire andalou, écrit pour un copain à lui qui faisait des shows pour enfants dans le parc du Retiro de Madrid. Enfin l’amitié de l’adorable et génial Sylvain Lelièvre, que j’avais connu jadis chez les sept frères Brousseau, ses voisins à Limoilou, et retrouvé comme confrère à l’École d’architecture. 

Deux poussées inverses ont alors changé mon existence – et ma mission. D’une part, le texte de Lorca m’a inspiré l’idée saugrenue non pas de l’imiter, mais de suivre son exemple dans un autre contexte: prendre une légende enfantine québécoise, en faire un théâtre de marionnettes avec chansons et danses; le résultat était une piécette de 45 minutes intitulée «Les Mains de Croquemitaine» dont j’étais plutôt fier. À peu près en même temps, Roger Dastous (futur architecte du Château Champlain et de l’aéroport de Mirabel), un de nos profs à l’École, nous convoque Sylvain et moi: «Les ti-gars, j’ai une bonne et une mauvaise nouvelle: vous êtes parmi mes meilleurs élèves… mais vous ne serez jamais architectes. Vous êtes trop impatients, pas assez méticuleux. Le parcours du combattant de 12-15 ans vers la profession, c’est pas votre style. Allez faire autre chose!»

La suite au prochain chapitre…


29 juin 2026

La Nation et le Monde

Comme je pioche sur la façon d’adapter mon concept de Démocratie citoyenne à d’autres contextes que le francophone, ça me plonge dans une réflexion sur l’apparent conflit entre nationalisme et mondialisme.

Apparent? Aucun doute. 85 ans de vie me sont la preuve que non seulement on ne peut pas de bonne foi être uniquement nationaliste ou mondialiste, mais qu’on ne peut pas être véritablement l’un sans l’autre. L’arbre ne peut pas vivre sans racines… et ne peut pas rejeter la forêt. Et je me remémore:

1977. Nous étions six le cul dans le sable de la plage de la Petite Anse d’Arlets, à minuit passés. Ma chère Azur et moi, le franco-californien Jean-Marie Deschamps et sa Véronique, l’ami Francisco et sa guitare créole et Gilles Vigneault (sans compter deux ou trois bouteilles de rhum du meilleur cru), chantant à pleine gueule sous les étoiles des tropiques martiniquais:

 « De mon grand pays solitaire Je crie avant que de me taire A tous les hommes de la terre Ma maison c'est votre maison Entre mes quatre murs de glace Je mets mon temps et mon espace A préparer le feu, la place Pour les humains de l'horizon Et les humains sont de ma race. »

Et c’est ÇA qui était le plus naturel et le plus sain au monde! T’as compris, Trump?

11 juin 2026

Un Boyau de Jouvence

Ce n’est pas une douce fontaine de jeunesse que m’offre ce retour rapide à Montpellier, mais un jet d’eau sous haute pression!

Le vol sur Air Transat de Pierre Elliott-Trudeau vers Charles-de-Gaulle a été étonnamment agréable, dans un fauteuil large et très rembourré — mais pas assez penché vers l’arrière pour bien dormir — avec une voisine discrète mais gentille. 

À Roissy, hier matin ça se gâte: pas une seule place libre sur tous les trains vers Montpellier ce mardi. Donc taxi imprévu vers Paris, habilement piloté à travers les interminables embouteillages par une rondelette et diserte Camerounaise avec qui j’échange en cours de route des souvenirs épars de son compatriote Yannick Noah; elle de son enfance africaine, moi de la période antillaise 2006-2008 où je le croisais quand nos bateaux étaient voisins de ponton à la marina du Marin.

Gare de Lyon, triste mine du guichetier de la billeterie: tous les trains vers le sud  sont bondés aujourd’hui et demain… «Mettez-moi sur la liste d’attente! » - « Vous êtes pas sérieux? » (pour les parigots, l’étranger ne l’est jamais). - « Oui, tabarnak! » Il finit par me prendre au sérieux. Appel à ma vieille copine Facebook (jamais rencontrée en personne) Luisa, sicilienne devenue éditrice d’un mensuel parisien, pour la prévenir que je ne pourrai probablement pas la voir comme prévu ce soir.

Je déniche par pure chance l’ascenseur habilement dissimulé qui monte à la grandiloquente et enchanteresse brasserie du Train bleu qui surplombe la gare et obtiens à l’arrachée, pour moi tout seul, une table pour deux dans la grande salle. Turbot beurre blanc (toujours sublime!) et planche de fromages, et belle surprise: appel in extremis de la billeterie: “ Si vous êtes toujours là, le siège 174 Première classe du TGV 6223 pour Montpellier s’est libéré, départ à 16h56.” Et comment! 

J’ai failli le rater, le trop bon repas du Train bleu suivi d’un digestif au bar m’avait précipité dans les bras de Morphée, où je renouais en rêve avec un de nos meilleurs souvenirs de voyage: la petite ville côtière de Geelong en Australie, patrie du premier copain de ma nièce Geneviève et site unique au monde par sa collection de centaines de “bollards” (bittes d’amarrage) en bois transformés par des peintres ludiques en groupes de personnages humoristiques absolument irrésistibles. Par pur hasard (qui fait bien les choses…), mes voisins de table au resto en étaient originaires! 

C’est le garçon solennel qui m’avait servi au bar qui m’a sauvé la mise en me secouant par l’épaule pour me réveiller. Donc quatre heures de TGV, adoucies de somnolences et de la contemplation ravie du changement graduel du paysage et de la végétation, des plaines vallonnées d’Île de France vers les rangs quasi militaires de peupliers de Lombardie, les lances noires des ifs, la dentelle vert sombre des cèdres du Liban,  les boules gris-vert des oliviers et les dômes légèrement penchés contre le vent des pins parasols entourant les carrés de vignes de raisin muscat doré. Tout le charme incomparable du Midi.

 Aux trois-quarts du chemin, un appel sur mon cellulaire: “Je suis à l’appartement et vous attends. À  quelle heure?” La Chilienne Ingrid, notre indestructible et éternellement fiable ménagère, ne doute de rien même après deux ans de mon absence presque sans contact. À ma surprise, le chef de train de la SNCF a prévu un jeunot sympathique et débrouillard pour s’occuper de mes bagages à l’arrivée à la Gare Saint-Roch et me déposer (quelque peu groggy de pas loin de 24 heures de déplacement continu) dans un taxi. Ingrid me récupère maternellement à l’entrée de l’immeuble #2 des Palmiers (il fait presque noir et y’a plus de palmiers), me réapprivoise avec l’essentiel du condo et promet de revenir pour la suite vendredi. 

Ce matin, bataille épique avec une machine à café savante mais retorse pour la convaincre qu’un espresso allongé n’est pas une trahison à ses principes, et avec un micro-ondes aux détails oubliés qui croyait qu’un croissant de la veille était meilleur frette que réchauffé. Et découverte que le frigo de la cuisine, même une fois allumé, refuse obstinément de frigorifier. Pas d’autre choix, dans ces conditions, que de sortir manger au resto. 

Je monte peu après midi (sans billet, y’a pas que les étudiants fauchés qui peuvent resquiller!) dans le premier tramway qui passe et me dépose Place de la Comédie, au coeur battant (et piét0nnier) de la ville. En cherchant des yeux une terrasse ouverte  je tombe sur une vue miraculeuse — mais pas complètement imprévue: maintenant tout blanc de barbe et de chevelure, mon guitariste de rue préféré depuis 20 ans, Fethi Merad, officie au milieu de la place. Je m’approche: “Une demande spéciale: Jeux interdits, s’il te plaît!” - “Arrête, tu vas me faire avoir une syncope!” et nous reprenons le fil de notre vieille amitié québéco-algérienne métissée d’occitan…

Je fais l’erreur de commander le plat du jour au proche Café des Trois Grâces: des moules tout juste correctes dans une fade sauce au cari qui ne l’est pas — à peine sauvées de la catastrophe par un bon muscat à l’apéro, une excellente bière blanche en cours de route et une fondante mousse au chocolat en finale. Les serviettes en papier respectent la dure loi des terrasses: plus y’a du vent, plus elles sont légères! J’en perds deux, idem mon voisin de table, un édenté local à barbiche grise, improbable fan de Charlebois qui me cite comme air favori “Je reviendrai à Montréal” — faut le faire!

Culpabilisé par mon absence de jugeotte quant au menu, je vais payer tribut au patron de la vraie moulerie montpelliéraine, Chez Régis de la Place Jean-Jaurès. Il me tombe dans les bras, quasiment la larme à l’oeil: “D’où tu sors, on te pensait mort!” Sa femme et le Noiraud de service se joignent au concert, et je me retrouve assis au milieu de la place, pratiquement forcé d’ingurgiter une interminable   succession d’espressos bien tassés accompagnés d’autant de puissantes et goûteuses verveines du Velay, et de souvenirs parfois un peu olé-olé! 

Je finis par m’en extirper vers 16 heures, un peu chambranlant et muni d’un gros sac de glaçons (j’ai eu le malheur de mentionner ma panne de frigo), redescends tant bien que mal par la Rue de la Loge (bien-aimée de Rabelais en son temps) jusqu’à la station de tram de la Comédie. Là, c’est un réfugié serbe qui oblige sa gamine à me céder son siège dans la prochaine rame (légalement cette fois, j’ai trouvé le tour d’acheter un passe 7-jours)… à côté d’une autre réfugiée, ukrainienne celle-là, qui me parle dans un français parfois hésitant de sa maison incendiée par un missile sauce Poutine et de l’hospitalité languedocienne…

Comment peut-on ne pas revenir à Montpellier?

03 juin 2026

La fin d'une ère

Mon vieil et cher ami Alex Cressan, décédé samedi dernier au Diamant, était l'ultime survivant du groupe de remarquables et fantasques copains qui m'avaient chaudement accueilli à mon premier séjour en Martinique en 1967; ils se surnommaient "le Cercle de la Malmaison" parce qu'ils se réunissaient quelques midis par semaine autour d'une table ronde de ce bar et restaurant renommé face à la Savane de Fort-de-France (l'immeuble est maintenant un musée, semble-t-il).

Le suave Alex avait joué un rôle important dans le film "Tamango" à la fin des années 1950, quand il était étudiant en Europe; le grand acteur Kurt Jurgens l'avait pris en amitié et lui avait fait avoir la rentable concession des voitures et motos BMW pour les Antilles. Alex était aussi l'ami de coeur de Marie-José en Martinique avant que je la rencontre en 1964. Ce qui a exigé quelques ajustements dans la suite de nos relations amicales, qui se sont poursuivies jusqu'au décès de ma compagne, notamment au bord de la piscine de la villa des Cressan qui surplombait la baie du Diamant.

Les autres membres du Cercle:

Francisco était un musicien et chanteur aussi talentueux que charmant et volage; venu loger chez nous pour un spectacle ou une télé à Montréal vers 1971, il a aussitôt séduit ma secrétaire Diane et l'a convaincue de le suivre peu après aux Antilles... où, c'était à prévoir,  leur relation n'a pas duré longtemps!

Hermann Siniamin, d'origine libanaise, était le marchand de chaussures haut-de-gamme de Fort-de-France, jovial amateur de bonne chère et de plaisirs divers, mais probablement le plus sobre du groupe.

Le très élégant Câlin (j'ai toujours ignoré son vrai nom) était le Donjuan antillais par excellence, un épicurien dandy tiré à quatre épingles qui entretenait ouvertement deux maîtresses (chez qui il nous recevait à l'occasion) en plus de sa légitime.

Le fébrile moustachu Georges Brival était un entrepreneur audacieux et parfois peu scrupuleux, créateur et premier animateur du Tour des Yôles à voile, propriétaire avec Francisco d'une éphémère discothèque à la mode, puis fondateur (avec entre autres mon ami guadeloupéen Robert Belaye) de Radio-Caraïbes.

Raymond Marie était le fils gâté d'une famille cossue qui a rapidement flambé son héritage à faire la fête, se retrouvant simple fonctionnaire à la Mairie du Marin sans rien perdre de sa superbe; il devait plus tard prendre charge de notre catamaran le Bum Chromé à la Marina du bourg.

Berly Glaudon, le benjamin du groupe et lointain cousin de Marie-José, était l'héritier des patrons de l'Hôtel Impératrice (voisin de la Malmaison), fanatique de voile –nous avions navigué avec lui jusqu'à Sainte-Lucie par une magique nuit de pleine lune!–  et pharmacien (?), mort trop jeune d'une crise cardiaque.

Je n'oublierai jamais le fabuleux méchoui qu'ils nous avaient improvisé sur la plage des Salines quelques jours après notre arrivée: un mouton entier acheté vivant chez l’habitant, cuit à la broche en bord de mer, et dégusté les pieds dans le sable avec abondance de gros vin rouge, de rhums fins et la guitare et la voix unique de Francisco...

Je me rappelle aussi un épisode qui m'avait fait particulièrement apprécier Alex. Une bonne partie des voitures sport et motos allemandes de luxe qu'il vendait aux Martiniquais étaient payées... avec les subventions d'assistance familiale du gouvernement français! Lorsque ma presque belle-mère Élia (Yaya) Lagrancourt, alors patronne locale de la Sécurité sociale, a convaincu la ministre de l'époque, Simone Weil, et le Président de Gaulle que les chèques devraient être émis aux mères des enfants plutôt qu'à leurs pères (pas toujours légitimes), elle a encouru la colère de bon nombre de ceux-ci – qui comptaient sur ce pactole pour s'offrir des BMW. Alex est allé la voir pour lui dire: "Madame, vous allez me coûter pas mal d'argent... mais vous avez raison et je vous soutiens!"

Ciao, Alex et toute une tranche de ma jeunesse!

02 mai 2026

Moi et vous autres

Curieux choc. C’est paradoxalement un segment anodin d’info sur CNN qui vient de me faire comprendre une réalité fondamentale de notre époque: il faut sortir de notre vision manichéenne et dépendante. Une maman américaine poursuit OpenAI pour avoir mené son fils au suicide. Au fond, et je n’ai aucune sympathie pour la bande de crétins rapaces d’OpenAI, pourquoi pas? Ma réaction originale a été : “Qu’ils paient pour ce qu’ils ont fait!” 

Sauf que les tordus d’OpenAI sont en réalité bien moins coupables dans cette affaire que les p0liticiens et leurs bailleurs de fonds (OK, dont OpenAI, Google, Microsoft, Meta et Apple, hélas) qui se sont convaincus, en tant que nous les avons élus pour gérer la société à “notre” profit, que ce profit se confond avec celui d’OpenAI, Google,Microsoft, Meta et Apple (hélas bis).

Ni la vision tordue des Elon Musk, Zukerberg, Tim Cook, Sam Altman et cie, ni celle des Trump, Macron, Le Pen, Carney, Erdogan et cie, ne va nous mener vers un avenir vivable pour la grande majorité d’entre nous. Peu importe leur altruisme et leur bonne volonté (douteux au mieux!). La seule vision qui a une (très) mince chance d’être pertinente pour notre avenir commun, c’est la vôtre ET DONC LA MIENNE. 

Et ça, c’est une sacrée responsabilité à assumer. Sommes-nous de taille?