12 septembre 2026

Contre-courants

C’est la faute à la grappa et à DoorDash

Ne vous méprenez pas, ceci n’est pas une excuse, mais une explication. Tarabiscotée, bien sûr. Face au pessimisme ambiant, il faut bien qu’on trouve quelque part un courant contraire vers l’espoir ou du moins l’illusion (vous voyez – je ne suis pas difficile!) d’un mieux-être à venir.

Dans mon cas, ça m’est apporté par un improbable et astucieux livreur de resto pizza qui a fini par dénicher l’entrée de ma résidence (malgré tous les efforts contraires de l’entrepreneur en construction de la 4e tour du LUX Gouverneur, rue Sherbrooke est) pour me livrer un cadeau du ciel – dans l’exact esprit du “Tu m’aimes-tu” de Richard Desjardins. On fait pas mieux.

Dans le sachet qu’il dépose sur mon comptoir de cuisine, il y a Venise en personne. Pas celle des mensonges de croisière ni celle des messages écologistes alarmistes (et justifiés!), celle de la réalité jouissive qu’Azur et moi y avons trouvée quand c’était encore possible. 

Après celui du Vatican (pour ça je crois en Dieu), je n’imagine pas d’autre quartier d’une ville d’Italie – je n’ose pas dire du monde mais je le pense – qui mérite le mieux le titre de “trappe à touristes” que celui du Rialto. Nous traversions Venise à pied le long du Gran Canale, et c’est là que la fringale nous a pris. Une terrasse au bord de l’eau, un menu plastifié de la taille d’un portulan de Mercator,  des prix prémonitoires des tarifs de Trump. Azur sélectionne une piccata, je regarde autour de moi. À la table voisine, un monsieur bedonnant se délecte clairement d’une petite montagne de tagliatelles noires farcies de ne je ne sais quoi. Le garçon: “Monsieur?” Moi: “Je veux ça.” en pointant sur l’assiette du voisin. Lui: “Mais c’est pas au menu.” Moi: “Non? Pourquoi?” Lui: (silence). Moi: “Je veux ça.” (bis). 

Il tourne les talons et je désespère… bien à tort. Un quart d’heure plus tard, il rapplique avec la piccata d’Azur (je n’en parlerai même pas!) et mon petit tas de pâtes noires morvées de crème blanche et de rondelles suspectes.

Oups! Le nirvana. Les pâtes al dente à l’encre de seiche font l’amour avec une sauce crémeuse à l’ail et au citron vert, sur lesquelles des petites roues de calmars de l’Adriatique valsent avec les pattes de leurs cousines les langoustes. De ma vie, j’ai rarement mangé quoique ce soit d’aussi délicat. Avec un pinot grigio régional… 

Vient l’addition. Mes célestes pâtes coûtent 17 euros, contre les 35 euros de la très oubliable escalope d’Azur. Sourire gêné du serveur: “Bien, votre plat était dans le menu local, pas dans celui des touristes.” Et (pour se faire pardonner?) il me suggère quelques petits trucs, genre “anguille au four avec pollenta” et “gnocchis au ragoût de mouton”, que les touristes ne commandent jamais, ignorant même qu’ils existent. Le premier est hélàs introuvable à Montréal, le second il faut aller le consommer sur place.

Et l’autre à la source de tout ça? C’est précisément celui que le livreur Maghrébin débrouillard de DoorDash est venu me porter de la Pizzeria Gusto (pub gratuite!) et dont je viens de finir de m’empriffrer sans la moindre honte ni souci pour ma santé!

Et la grappa? C’est juste la potion de mémoire légèrement amère qui termine le tout et qui me permet de vous raconter tout ça…

10 septembre 2026

Civilisés... mais nombrilistes?

J'ai fait un drôle de choix hier soir. Je me suis abstenu de suivre en direct le "confessional des chefs" (c'est la description qui me semble la plus appropriée pour ce qui était le contraire quasi intimiste d’un débat ouvert), pour le regarder en reprise sur YouTube pendant la nuit. Je voulais éviter mes propres réactions sur le vif... et le spin qui allait suivre de la part des commentateurs et des partis. Par contre, j’ai suivi ce midi les tables-rondes que ça a suscitées. 

Assez curieusement, malgré leurs énormes différences idéologiques, j’ai trouvé les cinq chefs plutôt intelligents et rationnels. Et civilisés. Rien de la hargne, des “one liners” préparés d’avance et des accusations sans nuances dans les équivalents télévisés français ou américains. Des exemples: Duhaime essayant de justifier sa manie de réduire la taille de l’État non CONTRE l’opinion des autres partis, mais en mettant en évidence plutôt gentiment leurs préoccupations dans le même sens. Et l’emprunt que le chef du PQ fait à Charles Milliard d’une bonne idée, et d’une autre chez QS.  Enfin la courtoisie du libéral fédéraliste envers ses rivaux, malgré la tentation de souligner que trois d’entre eux sont ou ont été de féroces indépendantistes “anti-canadiens". 

À mon avis, c’est Mme Fréchette qui s’est le moins bien sortie de l’occasion, par ses refus de prendre position et ses diversions qui n’étaient ni justifiées ni crédibles; PSPP et Charles Milliard en ont  le plus profité. Milliard parce qu’on ne le connaissait pas, et qu’il a fait preuve de réflexion et d’un sens de la répartie imprévus – il a réussi un improbable exercice d’équilibriste entre sa clientèle anglophone et la nécessaire recherche d’une sympathie chez les francophones. Plamondon parce qu’il a montré non seulement un côté humain qui était absent de ses récentes interventions hyper-combatives, mais aussi par sa capacité d’évoluer et de s’auto-critiquer avec un certain humour qui était disparue, alors qu’elle avait justifié ses premiers succès. Duhaime était égal à lui-même, Ruba Ghazal honnête et passionnée… mais sans véritable poids dans le débat.

Le volet négatif, c’est que le seul des trois grands problèmes menaçant la planète au 21e siècle qui a été  mentionné est l’immigration… mais vu d’un point de vue étroit, partisan et profondément égoïste. Or environnement et technologie (en particulier face au problème du vieillissement et des migrations massives du 3e Monde) sont clairement cruciaux dans le paysage politique et social d’un Québec très industrialisé mais vieillissant et peu peuplé dans un gigantesque territoire fragile.

La table-ronde de Sébastien Bovet, celle que j’ai suivie de plus près, était à la fois exemplaire et inquiétante. Exemplaire, parce qu’elle contredisait tout ce que je crains de l’avenir d’une démocratie représentative élitiste, mettant en scène des ex-élus non seulement informés et lucides, mais clairement désireux de renseigner les citoyens sur la réalité des enjeux. Inquiétante, parce que ce sentiment sécurisant est trompeur face à un contexte mondial qui se dégrade à une vitesse effarante. Notre bulle est exceptionnelle et rassurante. Mais  elle est condamnée à crever un de ces jours de façon tragique.

Et je me répète sur une difficulté dont on refuse de parler qui est pour moi aiguë autant pour le Canada que pour le Québec: Marc Carney est l'homme de la situation actuelle, mais il est le contraire de ce qu'il nous faut comme gouvernant pour l'avenir.

09 septembre 2026

Ah! Quelle soirée…

Pour marquer le 4e anniversaire du décès d’Azur, j’étais hésitant. Le vivre seul avec mes souvenirs, ou réunir un groupe de proches qui l’ont bien connue? Pas évident, car famille et intimes sont dispersés en ces jours du début de septembre qui n’est presque plus les vacances mais pas encore l’automne. Mon ami Claude Normand a résolu le dilemne initial et mes instincts ont fait le reste.

Claude m’attendait chez lui sur les flancs du Mont-Royal pour un délicieux festin à deux dans le soir veillissant, au milieu de nos mementos mélangés, lui de sa Sonia del Rio, moi de ma Marie-José, amies et disparues à un an d’intervalle. À défaut d’un introuvable chinchon secco (leur poison favori à toutes deux), champagne à l’appéritif (leur second choix), suivi d’irrésistibles os à moëlle au four assaisonnés de thym et de gros sel, puis de cuisses de canard confites bien fondantes avec petits légumes, le tout accompagné d’un très bon vacqueyras. Dessert, café, après quoi j’entraîne mon hôte un peu dubitatif dans mon temple personnel de la mémoire, le pas très chic mais chaleureux P’tit Bar en face du Carré Saint-Louis.

Là, coup de chance… pour nous du moins. Ce mardi soir grisonnant, la terrasse est peu animée, la salle presque vide… et la diseuse-accordéoniste Ariana Nasr, l’artiste à l’affiche, fait la moue devant un bric-à-brac de chaises vides. On se salue entre vieilles connaissances, je lui présente mon compagnon, et lui explique pourquoi nous sommes venus. “Oh! Ta femme, la grande Martiniquaise?” - “Oui, et j’ai une demande spéciale: tu peux faire la Chanson des vieux amants de Brel? C’était NOTRE chanson pendant des décennies!”

Elle jette un coup d’oeil à son copain et co-chanteur: “Et si on vous faisait un show sur mesures, seulement pour vous deux?” Et pendant trois-quarts d’heure, c’est de la nostalgie à l’état pur, la plupart du temps guidée par nos choix: non seulement Brel et et Brassens, et Pauline Julien, et Piaf  et Ferland, et “Lili Marlene”, et… mais j’en oublie – bien sûr! À peine deux ou trois autres habitués sont venus s’égarer dans le vide du bar-couloir, sans dire un mot. Je sens presque la tête frisottée d’Azur nichée au creux de mon épaule…

Rideau.

24 août 2026

Les "beaux" dimanches?

J'allais sortir souper, mais j'ai changé d'idée. D'abord, parce qu'à l'issue d'un débat sur l'éthique de l'IA avec mon interlocuteur artificiel Claude (abonnement Anthropic Sonnet 5 avancé), j'ai senti le besoin absurde de lui préciser en quoi nos points de vue divergent fondamentalement: je vis dans la "vraie vie" d'un quartier populaire pluriculturel plutôt jeune et d'une tour d'habitation pour "retraités actifs", lui dans un gigantesque "data center" qui lui donne accès à une multitude de sources documentaires infiniment supérieures aux miennes, mais qui est totalement isolé de l'expérience du quotidien. Ce qui à mon avis est plutôt une bonne chose, puisque nos inévitables désaccords sont dus non à des idées préconçues, mais à deux façons distinctes et en grande partie complémentaires de percevoir et d'évaluer la réalité – à la condition bien sûr qu'il ne se pense pas plus fin que moi! Je dirais que son approche est plutôt aristotélicienne ou thomiste, la mienne socratique...

Deuxièmement,  une géniale et morne vidéo déposée sur Facebook par mon ami peintre Gilles Boisvert (vagues déferlantes sur une mer grise face à un champ de fleurs sauvages agitées par le vent, sans doute dans le Golfe Saint-Laurent), me replonge en esprit dans un paysage semblable de mon enfance à Trois-Pistoles: vue du quai un jour de grand vent de nordêt à la fin de l'été. Non seulement je vois, mais j'entends dans ma tête le bruissement rythmique des lames se brisant sur les cailloux de la plage en contre-bas, mon nez se délecte du mélange fantômatique d'effluves d'iode, de fumet de varech, de parfums de végétation. Irrésistible.

Troisièmement, au lieu d'un repas gastronomique en ville, l'envie saugrenue m'a pris d'une assiette de viandes froides (dont un reste de poitrine de Piri-Piri portugais – moi qui déteste le blanc de poulet!) accompagnées d'une salade mayo et de languettes de fromage fort. Heureusement qu'il y a un verre d'un fabuleux Graham's vintage 2010 pour faire passer tout ça!

Et dire que je vais me réveiller... lundi matin! 

16 août 2026

Fin de mission (6)

 Le 22 novembre 1963, vers 14h15, je viens de finir mon quart de travail comme rédacteur-reporter à la salle des nouvelles du Téléjournal; je range mes papiers, crayons, stylos, dictionnaires et je me prépare à partir pour un typique week-end dans les Laurentides avec une bande de copains. Soudain, Dédé, le commis aux dépêches, arrive à la course de la salle des téléscripteurs en brandissant un bout de papier: «Y'a des coups de feu au défilé de Kennedy à Dallas! C'est la panique!» 

Tout le monde se précipite dans le cagibi voisin, où des machines rugissantes vomissent à jets continus des flots de papier blanc, jaune, vert, rose: Reuter, UPI, AP, AFP,  Tass, la Presse Canadienne sont prises de frénésie et peu à peu se dégagent les détails de ce qui se passe. Un ou plusieurs “snipers” inconnus ont tiré sur la limousine découverte de John F. Kennedy, qui a été blessé, on ne sait si c'est grave. Le chef de pupitre m'attrape par la manche: «Toi, le petit, tu restes, et toi aussi Devirieux. Vous vous installez sur le bureau du superviseur, on vous apporte les dépêches et vous tapez sans interruption des bulletins spéciaux. Et vous alternez au visionnement pour voir ce qu'on peut y mettre comme images.»

C'est mon premier véritable «coup de feu» comme débutant à la télé, y'a pas à dire que je suis gâté: du vendredi après-midi 22 au mardi midi 26 novembre, je ne mettrai pas le nez hors de l'édifice de Radio-Canada. Pendant quatre jours complets, Claude-Jean Devirieux (qui est mort il y a quelques années après une belle carrière) et moi rédigerons la quasi-totalité des émissions spéciales sur le décès du président, l'arrestation de Lee Harvey Oswald, l'assassinat de celui-ci par Jack Ruby dans un couloir du Palais de Justice de Dallas, l'assermentation en catastrophe de Lyndon Johnson comme Président intérimaire sur le tarmac en présence de Jackie Kennedy... 

Avec les techniciens vidéo qui sont encore à l'apprentissage des magnétoscopes qui remplacent peu à peu le film 16mm, nous faisons des prodiges de montage sur le vif (il n'y a pas de synchro automatique, il faut faire les «splices» électroniques à la mitaine, sans même avoir le temps de vérifier les résultats avant d'entrer en ondes), puis nous courons en studio apporter nos scripts tout chauds, annotés à la main, aux speakers Pierre Nadeau, Gilles Moreau, Gaétan Barrette, Michel Garneau, Gaétan Montreuil, qui se succèdent devant la caméra.

Nous dormons sur place, le plus souvent sur les divans dans l'antichambre de l'émission Chez Miville au rez-de-chaussée. Nous nous nourrissons de sandwiches de la cafétéria du sous-sol et de poulet barbecue commandé au Chalet Lucerne voisin, arrosé à l'occasion d'une bière de contrebande apportée sous le manteau par un copain du Café des Artistes ou de l'Hôtel de Province en face. 

Finalement, mardi je rentre chez moi rue Lincoln, complètement vidé... pour revenir au travail tôt le vendredi matin 29 novembre. Et là, mon quart terminé vers 14h15, je range mes crayons, papiers, dictionnaires pour un repos bien mérité quand... Dédé, le commis au dépêches, arrive à la course de la salle des téléscripteurs en brandissant un bout de papier: « Y'a une grosse explosion à Sainte-Thérèse. Paraît que c'est un avion d'Air Canada qui s'est écrasé!» Et c'est reparti pour quatre autres jours…

Sur un tout autre registre, le seul des réalisateurs du Téléjournal avec qui j’ai des atomes crochus est Georges Dor, qui est également un poète, ami de Gaston Miron et de Leonard Cohen. C’est avec lui que j’ai inventé l’absurde sport du “bad-café”… et c’est lui qui un jour de la fin 1964 m’entraîne au Café des Artistes en me disant: “Y’a quelque chose que je veux te demander, mais discrètement.” Évidemment, ça m’intrigue.

Installés dans un coin du Café, avec chacun un verre de blanc, il murmure: “Tu sais, j’ai commencé à faire des chansons, à partir de poèmes. Maintenant, j'en ai sept-huit, et pis... Gilles Mathieu, tu connais ça, toi?” Le chat sort du sac: il veut que je le présente au patron de la Butte à Mathieu, qui est à l'époque LE consécrateur de nouveaux talents de la chanson. Il me fredonne quelques-unes de ses tounes, dont l'émouvant «Le très beau nom de mon amour». Impressionné, j'appelle sur le champ Mathieu, qui nous donne rendez-vous le mardi suivant. 

À travers la sloche de la route 11, on monte à Val-David («Tiens, je t'emmène souper au Petit Poucet ou au Chantecler après», promet Georges) dans sa Mercedes 190 usagée et quelque peu cabossée. Mathieu nous attend dehors à l'entrée de sa boutique d'antiquaire. On entre en face à la Butte, et on s'installe dans le minuscule foyer en bas. Je présente Georges, qui s'explique: «Ce que je veux faire, c'est combiner la poésie – surtout la mienne, mais aussi celle des autres, par exemple j'ai fait une chanson avec "Corneille ma noire" de Miron – avec la tradition bien canadienne-française des chantres d'église de campagne, comme j'en ai connu à Saint-Germain de Grantham dans mon jeune temps.»

Mathieu regarde autour: pas d'accompagnateur, et il sait bien que je ne suis pas musicien: «Tu t'acompagnes toi-même?» -- «Es-tu fou? Tout ce que je sais faire, c'est enligner trois notes d'un doigt sur un piano. Pas besoin de ça!» Les chantres de campagne, après tout, chantent le plus souvent a capella... Aussitôt, il se campe le pied sur la tortue de fonte qui est le principal système de chauffage de la Butte, et de sa sonore voix de baryton, entonne une première chanson par-dessus les objections que Mathieu se préparait à formuler. Pas exactement les meilleures conditions pour une audition, mais...

Au début, Georges est un peu nerveux, puis il se concentre sur ses chansons et reprend de l'assurance; vers la fin, en l'absence de toute réaction, la nervosité revient, et il s'interrompt tout sec en plein milieu d’un couplet, pointe en l'air un menton belliqueux: «Alors, qu'est-ce que tu en penses?» Silence. Puis la bouche de Mathieu s'ouvre en un grand sourire sous sa moustache inculte: «Peux-tu te trouver un pianiste? Je pourrais te faire passer en première partie de Monique Leyrac dans trois semaines.» Et il lui flanque une tape dans le dos avant de nous amener en face prendre un café dans sa boutique.

À son premier spectacle, un des spectateurs les plus intéressés et les plus enthousiastes était Pierre Bourgault, qui s’est précipité sur scène pour le féliciter. Après qu'il a fait deux ou trois autres boîtes, Mathieu l'a réembauché, et aux Fêtes suivantes, Dor était assez connu pour qu'il en fasse sa tête d'affiche à l'occasion casse-gueule d'un samedi du «trou» de fin d'année. 

À la veille de Noël, donc, Georges et moi montons à Val-David avec Marie-José, au milieu d'une effroyable tempête de neige; sa femme Margot est restée à Longueuil avec les quatre enfants. La Butte est à moitié vide, comme on pouvait s'y attendre, mais la chaleur des applaudissements compense pour le maigre auditoire. Sous l'effet de la bouffée de fierté que ce premier passage réussi «en vedette» lui cause, Georges décide qu'il fait trop mauvais pour rentrer en ville dans la poudrerie et nous nous arrêtons pour un réveillon impromptu qui se prolongera une bonne partie de la nuit au «Miss Ste-Adèle», un restaurant sans grand intérêt mais qui a l'avantage d'être directement en bordure de la route, avant  de retourner à Montréal aux petites heures.