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22 juillet 2020

Test décisif?

Si je croyais en une quelconque divinité, je serais sûr que l'épisode du coronavirus a été spécifiquement conçu par un être suprême malicieux comme test infaillible pour notre civilisation occidentale, au moment où elle émigre de l'ère industrielle de production matérielle vers une ère virtuelle à base de données. Et je ne vois pas comment nous pouvons être fiers de notre réaction, quelle que soit la manière dont nous interprétons l'événement: accident, affreux complot ou intervention divine.

 a) Social: le credo individualiste quasi-sacré que nous avons hérité du siècle des Lumières a été poussé à un tel extrème qu'il nous aveugle au besoin absolu de solidarité humaine qui n'est pas seulement un impératif moral, mais aussi un facteur crucial pour la survie de notre espèce en période de profonds changements et de turbulences. La pandémie à laquelle il n'y a encore aucun remède médical ne peut être affrontée qu'en prenant des mesures sociales impliquant des sacrifices personnels; notre large rejet de cette nécessité démontre clairement à quel point chacun de nous est guidé non pas par le souci du bien-être d'autrui, mais par ses propres désirs, plaisirs et préjugés égoïstes, au point de risquer la mort pour soi et pour les autres. L'un des pires cas est celui de gens intelligents qui s'accrochent à la notion que tout cela est une conspiration destinée à leur nuire; même s'ils avaient raison, le risque pour les autres est tel que leur choix de mettre tout le monde en danger en promouvant ce concept serait indéfendable. L'effort désintéressé louable d'une petite minorité de travailleurs de première ligne ne fait que souligner l'égoïsme féroce de la majorité. 
 b) Économique: Nous avons approuvé, plus ou moins volontiers, un système impérialiste axé sur le profit et la croissance, qui étend ses tentacules à travers le monde dans une mondialisation purement commerciale. Cela a curieusement faussé un mécanisme local ou régional de production et d'échanges qui tendait à limiter la portée de catastrophes telles que la pandémie. Le résultat est un système planétaire de distribution incroyablement fragile de biens et de services que toute perturbation sociale, sanitaire ou naturelle de grande ampleur met à genoux. La méthode de répartition des richesses communes par le salariat universel ne fait qu'aggraver le problème: elle prive à la fois les individus et les États de revenus nécessaires au moment où ils en ont le plus besoin, assèchant simultanément le flux de trésorerie que la consommation apporte au commerce et à l'industrie. Enfin, le recours excessif à une économie privée qui rejette (à juste titre) les investissements non rentables empêche les communautés humaines de mettre de côté des réserves suffisantes en cas de pénurie et de développer des redondances pour pallier aux services défaillants. 
 c) Politique: Notre démocratie «représentative» a été conçue à une époque où la grande majorité des adultes étaient analphabètes et mal informés des réalités sociales et économiques; restreindre le pouvoir de décision à une petite minorité de bourgeois instruits n'était guère «démocratique» au sens littéral du terme, mais était un compromis valide pendant un certain temps. Les perturbations provoquées par la pandémie révèlent à quel point cette approche a perdu son utilité. Nos élites autoproclamées ont été incapables de saisir l'ampleur et l'urgence du problème, elles ne pouvaient concevoir que des «solutions» improvisées et hasardeuses à ses effets néfastes. Il est clair que dans tous les pays développés, la masse des citoyens est désormais presque aussi bien éduquée et informée que ses dirigeants, et aurait probablement pris de meilleures décisions laissée à elle-même. Nos dirigeants élus ont été aveuglés par leurs propres intérêts et ceux de leurs amis et maîtres de la finance. Leur adhésion aux partis politiques rivaux créés par le système les a poussés à des querelles de clocher et à un refus tragique de s'unir entre eux-mêmes et avec la masse du peuple pour faire face à une adversité commune. 
 Nous échouons clairement au test, et Dieu-la-Mère doit grommeler derrière son masque sombre.

04 juin 2020

COVID-19 et voyages

Un phénomène risque d'affecter la vie sociétale, dû à la pandémie de COVID-19: la brusque et profonde rupture dans les voyages internationaux, en particulier dans les airs et sur les mers. Déjà, les menaces terroristes des deux dernières décennies avaient compliqué les choses à cet égard, imposant de dérangeantes et coûteuses mesures de sécurité dans les aéroports et les gares, à bord des avions de ligne; la piraterie en haute mer et l'insécurité à terre forçaient les compagnies de croisière à éviter certains itinéraires, à annuler un nombre croissant d'escales populaires en Afrique, en Asie, en Amérique latine. Mais cela n'était rien comparé à la paralysie quasi totale de la circulation aérienne et au maintien à quai de la flotte de plus en plus imposante des navires de passagers de toutes tailles depuis la fin mars 2020.
Même avec une reprise timide des transports aériens, la réduction drastique du trafic passager pousse les grandes lignes internationales au bord de la faillite, obligeant les gouvernements à les inonder de secours d'urgence, quand ce n'est pas à envisager leur nationalisation. Au moins jusqu'à ce qu'un vaccin efficace et économique soit développé, testé et produit en grandes quantités, les mesures de distanciation sociale nécessitées par la contagion extrême réduisent la capacité d'accueil des appareils et le confort des trajets, même là où la clientèle retrouve le goût du voyage, ce qui est encore loin d'être évident. Pendant ce temps, les croisières commencent à peine à envisager un retour à ce qui ne sera peut-être jamais une véritable normale, dû aux conditions de proximité forcée qu'impose l'aménagement courant des paquebots. Certains pays, comme le Canada, ont même complètement interdit les activités de croisière pour le reste de l'année 2020.
L'effet n'est pas que strictement économique. Bien sûr, le manque à gagner est sérieux, mais on ne peut pas négliger l'élimination presque complète, et pour une durée inconnue, des effets sociaux et culturels du tourisme et des vacances à l'étranger qui, pour un nombre croissant de citoyens ordinaires des pays riches et des classes aisées des moins riches, devenait une pratique courante. Il en découlait des échanges multipliés et parfois libérateurs à travers les cultures, les langues, les moeurs des habitants de la planète, résultant souvent en des réseaux durables d'amitiés à travers les frontières et les océans (Azur et moi pouvons en témoigner, ayant plusieurs fois eu ce plaisir qui, dans quelques cas, dure encore). Sans compter les effets plus directement financiers d'un tourisme d'affaires devenu florissant.
Même une fois la contagion maîtrisée et les remèdes rendus disponibles à la pandémie en cours, combien faudra-t-il de temps pour retrouver la mobilité insouciante qui est indispensable à la reprise de ce mouvement de populations?

12 mai 2020

Le Verdict du coronavirus

La pandémie de COVID-19 révèle une inquiétante série de faiblesses et d'erreurs dans le fonctionnement de la société américaine.
- Une idéologie néolibérale favorisant à la fois la méfiance à l'égard de l'autorité publique et un état d'esprit «moi d'abord» entrave tragiquement un mouvement national nécessaire de coordination et de solidarité.
- Les affrontements hostiles qu'un système politique bipartite dysfonctionnel a favorisés entravent tous les efforts visant à mettre en place une réponse nationale efficace à une crise urgente.
- Une façon de penser trop conservatrice, à la Maison Blanche, au Congrès et dans le public, incite à un scepticisme dangereux face à la science et paralyse les tentatives sérieuses de développer des mesures sociales innovantes et progressistes pour faire face à une situation sans précédent.
- Un système économique strictement axé sur la croissance et le profit s'effondre face à la nécessité d'un ralentissement de l'activité comme seule stratégie disponible pour lutter contre une maladie à laquelle il n'existe aucun remède immédiat.
- Un système de santé principalement privé, assoiffé de revenus et basé sur l'emploi est incapable de faire face à une crise sanitaire nationale associée à un chômage élevé.
- Un mécanisme électoral obsolète oblige les citoyens à choisir entre deux vieillards blancs presque séniles et dépassés en tant que Président pour sortir le pays d'une situation médicale, sociale et économique dramatique qui nécessitera une action décisive, énergique guidée par un esprit ouvert et agile.

08 mai 2020

Désirs et besoins

Un facteur majeur de la crise actuelle est la confusion amenée par l'idéologie libérale capitaliste entre les notions de «besoin» et de «désir». La philosophie héritée du Siècle des Lumières veut que les deux soient pratiquement synonymes: c'est à chaque individu de déterminer ses propres besoins, à partir de la perception qu'il en a par ses désirs. Mais pour la collectivité, ce raisonnement interdit pratiquement de fixer un ordre objectif de priorité entre les besoins (à l'exclusion des désirs), sur lequel fonder des choix difficiles en cas de crise.
Dans un état de relative prospérité et au sein d'une communauté assez homogène de taille réduite, il est possible que cet ordre se détermine raisonnablement par la seule action du marché, les besoins les plus pressants étant les désirs pour lesquels la majorité est le plus disposée à payer et les producteurs le plus motivés à produire. Mais la situation se gâte déjà lorsque la population grossit et se diversifie: d'une part, des inégalités apparaissent entre les moyens et le nombre des divers groupes de consommateurs, d'autre part les fournisseurs trouvent avantage à influencer à leur profit les choix du plus grand nombre par la publicité, les primes, les réductions qui toutes causent des distorsions sensibles dans les désirs, donc dans le fonctionnement du marché.
Cela devient pire encore lorsqu'une crise quelconque, naturelle ou artificielle, crée des pénuries et des interruptions dans la disponibilté des denrées: il est alors tout à fait possible qu'une majorité impose comme priorités communes des désirs qui ont peu à voir avec les besoins réels de l'ensemble de la population. Il est de plus en plus clair que c'est ce qui est en train de se produire, avec des effets déplorables, dans le déroulement de la pandémie du COVID-19. En particulier aux États-Unis, où l'idéologie est le mieux enracinée, mais aussi à des degrés moindres ailleurs, il existe une pression croissante pour sacrifier la santé et la vie de diverses catégories (aînés, malades et infirmes, travailleurs de première ligne dans la santé, la sécurité et la distribution) pour préserver le bien-être même superficiel du plus grand nombre. Pire encore, le système économique est devenu si dominant dans la vie des peuples que son maintien ou son rétablissement prend le pas même sur les mesures les plus élémentaires de santé publique visant à protéger les plus menacés: c'est la rémunération de l'emploi qui est de loin le conduit principal de la redistribution de la richesse commune, laquelle a le profit comme moteur premier de sa création. Or ce système attribue dans les décisions un poids plus important à ceux qui ont le plus d'influence sur l'enrichissement. En même temps, il n'accorde que peu de valeur à la nécessité de prévoir des réserves, des solutions de remplacement des structures et des services pour faire face à des ruptures qui ne soient pas prévues, puisque de telles mesures sont par leur nature même non-rentables et incapables de générer des profits; il n'a pas non plus de mécanismes pour pallier à une baisse brusque et temporaire de l'activité économique.
Il en résulte une extraordinaire fragilité de l'ensemble de la structure sociale, la seule réduction ou interruption du fonctionnement du capitalisme paralysant plus ou moins complètement nos sociétés aux prises avec une crise majeure de santé et, pour beaucoup, de simple survie. En effet, cela a pour effet de tarir en même temps les moyens des familles et des individus et la capacité matérielle et financière de l’autorité publique (qui dépend des mesures de prévention déjà adoptées et de la fiscalité aussi bien des vendeurs que des acheteurs) pour faire face aux problèmes et aux urgences.
Ce n'est pas seulement une crise économique que nous vivons, c'est une crise de système et de société.

05 mai 2020

Il faut jeter les vieux?

J'ai bien peur que la sortie effective de la pandémie causée par le coronavirus soit destinée à se faire sur un énorme amas de cadavres - principalement ceux des personnes âgées. Ce qui veut dire ma propre génération, bien sûr. Quatre facteurs pointent dans cette direction.
a) Il n'existe pour l'instant aucun remède efficace contre la maladie; la seule chose vraiment utile est le remdevisir, qui retarde et réduit les effets du COVID-19, mais ne le guérit en rien. Aucun autre médicament le ciblant spécifiquement n'est visible à l'horizon. Un vaccin confirmé par des essais ne sera pas disponible avant au moins la fin de cette année - la certification et la production de masse ne peuvent raisonnablement pas être attendues avant le milieu de 2021.
b) Le segment de la population le plus "à risque de mort" est de loin les personnes de 70 ans et plus. Les plus jeunes peuvent attraper la maladie, mais ont beaucoup plus de chances d'en sortir vivants.
c) Les scientifiques et la population en général craignent de plus en plus que ceci ne soit que la première vague de la pandémie - des sursauts aussi graves ou pires pourraient bien se produire cet automne et même au printemps de l'année prochaine, avant que de véritables remèdes ne soient largement disponibles.
d) Même si la science et la plupart des gouvernements ont défini et veulent imposer des codes de comportement économiques et sociaux qui réduisent considérablement le risque de contagion, il est évident qu'un nombre croissant de personnes, pour la plupart les plus jeunes, ne veulent pas sacrifier leur confort et leur mode de vie en se conformant. La pression monte sur les autorités pour abaisser ces barrières et rouvrir l'économie, quel qu'en soit le coût en vies humaines. Ce sentiment est le plus évident et le plus brutal aux États-Unis, mais il grandit dans de nombreux autres pays et risque de devenir dominant, par exemple, dans l'Union européenne.
Le résultat final logique de ces quatre tendances est qu'une grande partie de la population de la planète pourrait bientôt être prête à sacrifier de larges segments des générations plus âgées, si cela leur permet de s'en sortir avec un minimum de dommages de la pire menace à la santé (et de ses effets secondaires sur l'économie) en plus d'un siècle.
Inquiet, quelqu'un? Ou dégoûté?

02 mai 2020

Retour à la «normale»? Mais laquelle?

Si on regarde la courbe mondiale de la croissance des infections et des décès dus à la pandémie (par exemple sur wordofacts.info) elle ne varie pratiquement pas d'un iota: toujours aussi obstinément pointée vers le haut, suggérant que d'ici l'été on atteindra la dizaine de millions de malades, le million de morts.
 Les cas d'"aplatissement" des deux courbes sont soit locaux ou régionaux, soit dans les seuls pays les plus gravement atteints tôt dans la progression de l'épidémie. Ils sont contredits par des augmentations déjà en cours ou projetées dans les régions du monde moins atteintes (Amérique Latine, Europe de l'Est, sous-continent Indien, Afrique...). De plus, ils sont plus ou moins fiables, si l'on se fie aux enquêtes menées aux USA par les NY Times et le LA Times, en Europe par Le Monde: les chiffres réels seraient nettement plus élevés, car les statistiques officielles provenant surtout des hôpitaux ne comprennent souvent pas les morts à la maison ou dans les résidences pour aînés, qui grossiraient le total d'au moins 40%.
Alors à quoi correspond cette volonté manifestée aussi bien par de nombreuses autorités que par certains segments (les moins atteints, les plus ignorants?) des populations de baisser la garde des précautions raisonnables pour tenter de revenir précipitamment à une «normalité» possiblement mortifère et presque certainement illusoire?
 Il y a à cela deux explications principales: la panique émotionnelle face à une menace pour laquelle nous n'avons pas vraiment de remède et n'en aurons pas dans le proche avenir (nonobstant les mirages qu'on nous fait miroiter), le désespoir économique causé par la fragilité évidente et tragique d'un système d'emploi, de production, de distribution et de consommation qui prétendait assurer notre bien-être et souvent notre survie.
 Dans les deux cas, nos gouvernants (du moins la grande majorité d'entre eux) sont en partie responsables, pour n'avoir pas su prévoir ce qui nous pendait au bout du nez, aussi bien socialement et financièrement que médicalement, et pour n'avoir pris que trop tard et trop peu les mesures qui s'imposaient. Mais de loin le principal coupable est un régime politico-économique qui a totalement oublié que «gouverner, c'est prévoir».
 Nos sociétés dans leur ensemble ont favorisé systématiquement une fuite en avant vers la croissance et l'enrichissement à tout prix aux dépens de la sécurité et de la solidité, qui exigeaient des mesures coûteuses et, sur le moment, peu populaires d'accumulation de réserves vitales, de développement de structures alternatives capables de résister à des catastrophes imprévues, de soutien plus vigoureux aux catégories plus vulnérables des populations (les "sept vaches grasses" de Moïse).
 D'ailleurs, il est intéressant de voir où et comment prétend s'orienter le «retour à la normalité»: d'un côté, la réouverture prématurée et risquée de commerces de confort et de plaisir dont la justification première est non pas leur utilité, mais leur capacité de relancer une consommation difficilement justifiée mais jugée indispensable à la «santé économique»: restaurants, bars, coiffeurs, boutiques de mode... Et de l'autre côté, l'abandon d'un sentiment de solidarité et d'union nationale plutôt artificiel pour une reprise des querelles de parti, des accusations, des recherches de coupables, des manoeuvres politiques partisanes... (Je fais exception pour l'idée de rentrée scolaire graduelle, qui paraît plus justifiée et moins dangereuse)
 Je dois dire que vue de l'observatoire un peu particulier de mon âge et d'une sécurité que j'apprécie de plus en plus face aux dangers qui nous menacent toujours, cette «normale» vers laquelle on veut à tout prix nous ramener au plus vite ne me paraît pas aussi attirante que je l'aurais d'abord cru.

21 avril 2020

Après le magasin de porcelaine

Je vois un tas de nos grands penseurs écoutés de nos gouvernants qui commencent à dire qu'il faudra être prudents et modestes dans les réformes à envisager au lendemain de la pandémie. C'est peut-être vrai que nous vivions dans un magasin de porcelaine... mais ce qu'il a en rester comme débris après le passage de l'éléphant COVID-19 va-t-il mériter qu'on le préserve précautionneusement? Pas sûr du tout!
Il faudrait peut-être suggérer à cette tribu des «sur-la-pointe-des-pieds» d'examiner ce qu'il est resté de l'empire romain après les invasions barbares (rien: la féodalité), du Moyen-âge chrétien après la Peste noire (rien: la Renaissance et la Réforme protestante); de la monarchie «de droit divin» et de l'aristocratie terrienne après 1776, 1789 et la Révolution industrielle (rien: la démocratie bourgeoise et le capitalisme).
C'est ce qui me fait croire que le réalisme d'après la pandémie ne sera pas celui des petits pas, mais celui de chercher à reconstruire courageusement sur les ruines avec une architecture plus solide et plus résistante aux secousses subites.

08 mars 2020

Une crise sur mesures?

C'est à se demander si la crise du coronavirus n'a pas été conçue (par l'Être Suprême???) comme un test sur mesures pour embarrasser le Président DonaldTrump.
a) C'est un dossier complètement en-dehors de la sphère politique partisane, donc imperméable aux dénonciations et aux procès d'intentions.
b) Il a une dimension globale qui empêche toute perspective étroitement locale ou nationale.
c) Il affecte un secteur d'activité, celui de la santé, où le rôle de l'État est clairement prépondérant face à celui du secteur privé.
d) C'est de plus un secteur où le Président s'est montré particulièrement incompétent et inefficace, réduisant au minimum les ressources et les services publics.
e) Il implique des compétences techniques et scientifiques pour lesquelles le Président se montre ouvertement méprisant sinon hostile.
f) La crise a pris naissance en Chine, un pays avec lequel le Président a aggravé une relation déjà méfiante et agressive, alors qu'un rapport de collaboration et de relative confiance serait essentiel.
g) Enfin, elle exige un lien de confiance et de véracité entre les citoyens et leur État, alors que Trump gouverne sans vergogne sous le signe du mensonge, de la propagande partisane et de la confusion volontaire.
Tout cela fait que «l'Empereur se retrouve tout nu» à la veille de sa campagne de réélection, sans aucun des oripeaux dont il peut habituellement masquer son incompétence face à ses propres partisans.

16 avril 2019

Lendemain de la veille

Je regarde sur la télé française les premières images de l'intérieur de Notre-Dame de Paris au lendemain de l'incendie: ça serre le coeur, le sol couvert des débris de la flèche et du toit et la lumière qui descend par les parties effondrées de la voûte. Indubitablement, la reconstruction va demander des fortunes et des années, probablement des décennies.
Un souvenir très clair me revient du jour, il y a une quarantaine d'années, où Azur et moi avions attaqué l'interminable escalier en colimaçon de la Tour sud, éclairé ici et là par d'étroites meurtrières. C'est avec un mélange de fascination, d'oppression claustrophobique, d'essoufflement que nous avons gravi par étapes les quelque 400 marches étroites de pierre usée pour déboucher sur le belvédère qui coiffe la façade principale. Nous avons ensuite emprunté les passerelles qui faisaient le tour d'une partie du toit en pignon, avec une vue fabuleuse d'un côté sur le quartier du Marais et de l'autre sur la Seine, par les interstices entre les incroyables gargouilles, chimères et statues qui coiffent les murs.
Une extraordinaire expérience que, sur le moment, nous nous trouvions un peu fous d'avoir entreprise, mais dont on se dit maintenant que nous n'aurons jamais la chance de la revivre... et bon nombre d'entre vous non plus, hélas!

21 janvier 2019

Mme Duceppe

Nous sommes très touchés par la mort de la maman de Gilles Duceppe. C'était la femme du comédien Jean Duceppe, j'ai plusieurs fois été invité à manger chez eux quand j'étais jeune célibataire bohème à mon arrivée à Montréal; plus tard, Azur a joué avec lui au TNM. Des gens merveilleux. Dire qu'elle habitait la tour voisine de la nôtre, sans qu'on soit au courant... et mourir de froid dans un appartement de luxe, quelle atroce ironie! (note: en réalité, elle est morte parce qu'elle est sortie dans le jardin derrière la maison en chemise de nuit en plein hiver, sans que personne ne s'en rende compte) Je ne parviens pas à comprendre ce qui s'est passé. C'est sans doute arrivé pendant que nous faisions le pied de grue dans la bibliothèque du rez de chaussée de la résidence LUX, dans la nuit de dimanche: il y avait une panne du chauffage qui a répandu du monoxyde de carbone dans notre immeuble, nous obligeant à le quitter sur l'ordre des pompiers entre 4 et 9 heures du matin!