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18 novembre 2019

La fausse piste ukrainienne

Pourquoi la thèse d'une interférence ukrainienne dans l'élection américaine de 2016 est-elle un leurre?
a) La pénétration dans les serveurs des Démocrates n'est qu'un élément relativement mineur dans l'ensemble des interventions étrangères dans la campagne. Voir les paragraphes (f) et (g) ci-dessous.
b) Le Rapport Mueller offre des preuves factuelles et techniques très crédibles que cette opération a été le fait de hackers russes: les noms des responsables, les adresses utilisées, le logiciel employé, les dates et les lieux d'où est partie l'attaque cybernétique.
c) En contre-partie, les partisans de la thèse ukrainienne n'offrent que des preuves circonstancielles et limitées.
d) Le candidat Trump lui-même a invité les Russes, non les Ukrainiens, à dévoiler les e-mails de Hillary Clinton et du DNC. On peut supposer qu'il savait de quoi il parlait.
e) Le président russe Poutine n'a jamais caché sa détestation de Mme Clinton et son désir de voir Donald Trump l'emporter; en revanche, les dirigeants et les oligarches ukrainiens ont toujours ménagé, sinon flatté, quiconque était au pouvoir à Washington, peu importe son parti.
f) Les multiples publicités pro-Trump et anti-Clinton sur Internet ont été créées et payées par des entreprises et des groupes russes, notamment l'IRA, ce qui est solidement documenté. On n'a aucune preuve de publicité ou de propagande comparable de la part d'Ukrainiens.
g) Des milliers de tweets favorisant Trump contre Clinton sont venus d'intervenants russes clairement identifiés et de leurs complices et ont été repris par Trump et son entourage; aucune activité de ce genre n'a été créditée aux Ukrainiens, même par les plus fervents défenseurs de la thèse conspiratoire.
h) L'idée même d'une responsabilité ukrainienne a été suggérée non par des observateurs objectifs, mais par des agents russes, notamment Constantin Kilimnik.
Face à cet ensemble de faits, il est impossible de nier que, même si quelques activités suspectes sont venues d'Ukraine, la véritable opération massive d'interférence a été commandée et effectuée par Moscou. La théorie ukrainienne ne peut être qu'une fausse piste.

08 juin 2019

Le «Russiagate», un complot?

Beaucoup de nos amis progressistes européens -- et quelques Américains marginaux -- ont cru que parce qu'il n'était pas un politicien traditionnel, Donald Trump serait en tant que Président une bonne chose pour son peuple. Hélas, ses actes démontrent le contraire: il demeure à la Maison Blanche le même type menteur, malhonnête et rapace qu'il était comme homme d'affaires, d'autant plus qu'au lieu de conseillers compétents qui pallieraient à ses évidentes lacunes comme gouvernant d'un grand État, il s'entoure principalement de personnages douteux et réactionnaires. Nos amis de gauche ont de la difficulté à l'admettre et sont donc alléchés par l'idée que l'enquête à son sujet n'est qu'un complot destiné à salir un brave homme... alors qu'en réalité, il s'agit d'une guéguerre entre deux bandes rivales plus ou moins tricheuses.
La raison pour laquelle la classe politique américaine est si captivée par le sujet est simple: la nature humaine. Lorsqu'un pickpocket ou un cambrioleur se fait voler à son tour, il est cinq fois plus choqué qu'un honnête homme: «Vous ne pouvez pas me faire ça, c'est moi qui suis censé vous le faire!» Comme les États-Unis ont l'habitude d'intervenir sans vergogne dans la démocratie des autres peuples, ils sont encore plus insultés quand ce sont les Russes haïs qui leur jouent le même tour.
Enfin, même si d'autres acteurs ont pu jouer un rôle mineur dans les manipulations qui ont marqué l'élection de 2016, le Rapport Mueller, en particulier sa description des analyses techniques des opérations frauduleuses sur Internet, démontre clairement que ce sont bien des Russes, aux ordres de leur gouvernement, qui sont les principaux coupables. C'est confirmé indirectement par le fait que Vladimir Poutine a répété à maintes reprises qu'il souhaitait que Hillary Clinton perde ce scrutin.
Je me demande aussi si mes amis européens ne sont pas plutôt contents de laisser ce sujet les distraire des résultats fort décevants pour eux de la récente élection au Parlement européen.

29 mai 2019

Mueller clarifie

Dans son intervention publique au Ministère de la Justice à Washington ce matin, Robert Mueller résume en 10 minutes son rapport, sans la moindre ambiguïté: (a) il confirme l'intrusion russe dans la campagne pour nuire à la candidate démocrate, (b) il rejette une probable complicité de l'équipe Trump dans cette action, (c) il refuse d'innocenter le Président quant à une obstruction à la Justice, enfin (d) il affirme l'intégrité et l'objectivité de son personnel et de son enquête. Deux choses me frappent: 
Un, Mueller contredit directement ceux qui voient le «Russiagate» comme un complot du Deep State de Washington: il met toute sa réputation d'intégrité dans la balance en insistant que son équipe et leur travail ont été scrupuleusement honnêtes, sans influence externe, et qu'il y a indubitablement eu des efforts multiples et illégaux de la Russie pour influencer l'élection contre Hillary Clinton (et donc, forcément, en faveur de Donald Trump). 
Deux, il renvoie la balle au Congrès en disant qu'il lui était impossible de poursuivre le Président pour obstruction à la Justice, mais qu'il ne pouvait non plus le blanchir de cette accusation; donc, le seul recours est politique, sous la forme d'une procédure de destitution.
Pour répondre à la mention de «documents ukrainiens et italiens» selon lesquels la campagne de Mme Clinton aurait infiltré chez Trump des agents pour fabriquer des preuves d'intervention russe, il faut préciser ceci: (1) Ces documents «prétendent montrer», ils ne présentent pas des faits concrets, jusqu'à preuve du contraire. (2) Le mandat de Mueller (donné par des dirigeants républicains pro-Trump du Ministère de la Justice à un enquêteur lui aussi républicain) le limitait à examiner des interventions RUSSES -- toute tentative portant sur des actions internes aurait outrepassé ce mandat et vicié son rapport, lui donnant un biais partisan. (3) Les actions russes ont été si nombreuses, si variées et si bien documentées que tout effort des démocrates pour en ajouter n'aurait pas changé grand chose à la réalité.
Il faut en déduire que la seule façon dont les promoteurs d'un complot du Deep State washingtonien pour fabriquer un Russiagate peuvent faire avancer leur cause est désormais une attaque frontale sur l'intégrité de Robert Mueller.
Enfin, parce que Mueller n'a pas trouvé de preuve formelle de «collusion» de la part de Trump, cela ne veut pas dire qu'il n'a rien trouvé d'important. Au contraire, il a accumulé des preuves nombreuses et solides, consolidées par plusieurs témoins et éléments matériels, d'activités russes pour influencer la campagne, soit secrètes (vol de courriels, fausse représentation de messages de citoyens américains...), soit ouvertes (publicités sur Internet et convocation d'assemblées publiques pro-Trump); il documente aussi clairement au moins onze cas d'obstruction à la Justice par le Président Trump et son équipe qui, normalement, seraient jugés des «crimes». Le rapport comprend plus de 2000 notes factuelles et est accompagné d'une masse de documentation d'appoint à l'appui de tout cela. Impossible de le comparer, comme le voudraient certains critiques, aux preuves limitées et peu documentées de la présence d'armes de destruction massive chez Saddam Hussein en 2003.

10 mai 2019

Pour en finir avec Mueller

Même si l'affaire est loin d'être enterrée comme le souhaiterait le Président Trump, le sujet peut devenir lassant à la longue. J'essaie donc d'y apporter ce qui pour moi est une conclusion (au moins temporaire?) avec ce résumé traduit du Web, qui offre de manière concise une liste des constats les plus significatifs quant à la possibilité de «collusion» entre Trump, son entourage et les Russes:
«Le Rapport Mueller, même censuré, démontre de manière importante que les gens de la campagne Trump ont facilité, encouragé ou ont donné un soutien aux activités d'intervention de la Russie et de Wikileaks dans l'élection de 2016. Le Rapport documente les faits suivants:

1. Trump était réceptif à l'initiative de son conseiller de sécurité nationale (George Papadopoulos) de créer un canal de communication discret (back channel) avec Poutine.
2. Des agents du Kremlin ont fourni à la campagne des prévisions du plan russe pour distribuer des e-mails volés.
3. Le président et le vice-président (Paul Manafort et Rick Gates) de la campagne ont sciemment fourni à un espion russe des résultats de sondage et des informations sur certains États-clés; et le président de campagne a travaillé avec cet espion sur un «plan de paix» pro-russe pour l'Ukraine.
4. Le président de campagne a partagé avec l'espion des données internes avec l'espoir qu'elles seraient transmises à un oligarche proche de Poutine, Oleg Deripaska.
5. Le président de campagne escomptait qu'une victoire de Trump aurait pour effet que Deripaska l'emploierait (Manafort) pour promouvoir les intérêts de l'oligarche aux États-Unis et ailleurs.
6. La rencontre du 9 juin à la Trump Tower: (1) ayant reçu un e-mail offrant de l'information nuisible à Clinton de la part d'un fonctionnaire Russe, Donald Trump Jr. «semble avoir accepté cette offre»; (2) des membres de la campagne avaient parlé de la rencontre à la Trump Tower avant sa tenue; (3) Donald Trump Jr. a dit aux Russes pendant la rencontre que Trump pourrait revoir le Magnitsky Act une fois élu.
7. Un membre de la campagne a déclaré au Procureur Spécial qu'il s'était «senti obligé de contester» un changement à la plate-forme du GOP sur l'Ukraine parce qu'il contredisait les voeux de Trump; cependant, l'enquête n'a pas établi que ce membre (Gordon)  obéissait à un ordre du candidat.
8. Des hackers militaires russses auraient réagi à la déclaration publique de Trump du 27 juillet 2016: «Russie, si vous m'écoutez...» dès les heures suivantes en ciblant le bureau de Clinton pour la première fois.
9. Trump a demandé à son personnel d'obtenir les e-mails de Clinton, à la suite de quoi un individu qui semblait agir en accord avec la campagne s'est vanté d'avoir réussi à contacter des hackers russes.
10. La campagne — et Trump lui-même — paraissait avoir connaissance d'avance des publications de Wikileaks.
11. La campagne coordonnait clairement ses communications publiques en tenant compte des prochaines publications de Wikileaks.
12. Michael Cohen a, au moins jusqu'en juin 2016, négocié pour l'Organisation Trump un projet de Trump Tower à Moscou, impliquant directement l'entourage immédiat de Poutine.
13. Durant la transition à la Présidence, Jared Kushner et Eric Prince ont communiqué en secret avec des agents russes. (1) Kushner a suggéré à l'ambassadeur de Russie d'utiliser un téléphone sécurisé dans son Ambassade pour le faire parler à des généraux russes. (2) Prince et Rick Gerson, un ami de Kushner, ont tenu des réunions discrètes avec un agent de Poutine pour élaborer un plan de relations U.S.A.-Russie.
14. Durant la transition à la Présidence, en accord avec d'autres membres de l'équipe de transition, Michael Flynn a parlé à l'ambassadeur russe pour empêcher une réaction symétrique de la Russie à l'imposition par Obama de sanctions pour l'interférence dans l'élection américaine; Moscou a accepté de ne pas répliquer disant qu'ils souhaitaient établir de bons raports avec la prochaine administration.
15. Pendant 2016, les membres de la Campagne Trump n'ont rapporté aux agences américaines de sécurité aucune des approches des Russes ou de WikiLeaks, ont nié tout contact avec les uns et les autres et ont encouragé activement le public à douter que la Russie soit responsable du «hacking» et de la révélation des e-mails volés. [...]
Une part importante de l'information requise a échappé aux enquêteurs de Mueller pour quatre raisons. D'abord, dit le Rapport, «plusieurs individus affiliés à la campagne Trump ont menti au Bureau d'enquête [...] ces mensonges ont faussé effectivement la recherche sur l'interférence russe dans l'élection». Deux, l'ingérence du Président Trump dans l'enquête semble aussi avoir handicapé celle-ci; un exemple clé en est l'absence de collaboration de Paul Manafort avec le Procureur Spécial parce qu'il avait été incité à croire qu'il obtiendrait un pardon présidentiel de Trump. Trois, certains individus ont utilisé des communications chiffrées ou effacé leurs échanges. Enfin, certains de ceux qui acceptaient en apparence de coopérer avec l'enquête (entre autres Steve Bannon) se sont avérés peu fiables dans leurs déclarations au Procureur Spécial; ainsi certains «oubliaient» les contenus de conversations importantes avec Trump ou d'autres interlocuteurs. Le Rapport précise que «même quand ils témoignaient ou acceptaient d'être interviewés, plusieurs ont fourni une information fausse ou incomplète».» 
(Ryan Goodman, sur le site Web «Just security»)

01 août 2018

Les arbres et la forêt

Dans le «Trumpgate», la plupart des analystes examinent à la loupe chacun des arbres et arbrisseaux qui composent une véritable forêt de combines, magouilles et tromperies... et ils cherchent des justifications ou des preuves d'illégalité pour chaque branche, brindille et bourgeon... alors que la fourberie et l'idiotie de l'ensemble crèvent les yeux. Les arbres, comme dit le vieux dicton, leur cachent la forêt.
Il ne s'agit pas de savoir si le Président lui-même a commis quelque peccadille justiciable, mais si (comme le niait un très large consensus à la veille de son élection, y compris dans son propre parti), l'individu Donald Trump avait la compétence et les qualités morales pour prendre la tête d'un grand pays... ou même d'une commission scolaire d'un trou perdu du South Dakota!
Or à cela, la réponse était et demeure NON. Considérez seulement:
- L'individu Donald Trump, depuis son élection, a été pris 3000 fois et plus en flagrant délit de mensonge ou d'ignorance crasse de faits évidents.
- L'individu Donald Trump a confié des postes clefs dans des secteurs stratégiques à tous les membres de sa famille immédiate, dont aucun n'avait la moindre qualification pour en remplir les fonctions -- un cas de népotisme caractérisé qui disqualifierait même un shérif de village fantôme du désert de l'Arizona.
- L'individu Donald Trump a rempli la Maison Blanche d'une bande de personnages aux moeurs et à l'honnêteté pour le moins douteuses, dont l'activité principale est de se livrer à des batailles vicieuses pour les faveurs du patron, alors que les tâches qu'ils devraient accomplir sont négligées ou confiées sans surveillance à des sous-fifres.
- L'individu Donald Trump maintient en poste ces personnages jusqu'à ce que de multiples interventions de la Justice, les révélations des médias et une grogne populaire justifiée l'obligent à les congédier, clairement à regret.
- L'individu Donald Trump, contrairement aux règles élémentaires de la vie publique, conserve la mainmise sur la gestion de sa fortune personnelle, profitant sans vergogne du prestige de la Présidence pour continuer à s'enrichir.
- L'individu Donald Trump est, depuis le lendemain de son élection (et même avant) l'objet d'une série d'enquêtes sur la forte probabilité que lui-même et son entourage ont conspiré avec une puissance étrangère (qui est une quasi-dictature hostile) pour contribuer à son élection en menant une cabale contre sa principale rivale; les péripéties judiciaires et policières de son règne occupent nettement plus de place dans l'actualité que ses activités légitimes.
- L'individu Donald Trump fait des efforts systématiques pour détruire ce qu'avaient fait de bon ses précédesseurs immédiats (y compris ceux de son propre parti), notamment dans les secteurs de la santé publique, de la protection des consommateurs et de la défense de l'environnement. Ces activités priment de loin, dans son emploi du temps, sur la poursuite de politiques nouvelles favorisant le bien du peuple et du pays.
- L'individu Donald Trump mène une campagne de salissage et de démolition contre les institutions de justice et de sécurité publique du pays, leur causant des dommages irréparables à la seule fin de court-circuiter les enquêtes (pourtant justifiées) menées à son sujet.
- L'individu Donald Trump mine sans arrêt de manière vicieuse la crédibilité du seul pouvoir ayant la capacité et la volonté de s'opposer à ses actions amorales ou inconsidérées, celui de la presse indépendante.
- L'individu Donald Trump mène une politique économique basée sur des notions dépassées et un mépris inculte des réalités, dont le seul objet est de profiter de l'ignorance de l'électorat en flattant ses préjugés pour améliorer dans l'immédiat ses propres chances de réélection. Les cadeaux fiscaux aux plus riches, une stratégie de l'emploi qui néglige les changements profonds en cours dans le monde industriel et une guerre commerciale à coups de pénalités douanières vont laisser le pays en très mauvaise position face à l'évolution des choses à moyen et à long terme.
- L'individu Donald Trump mène une politique étrangère fondée sur des relations d'amitié avec certains des pires dictateurs de la planète, quitte à sacrifier des liens durables et profitables avec ses meilleurs alliés. Cette stratégie ne peut avoir pour effet que de réduire considérablement i'influence et la réputation de son pays à l'échelle planétaire.
Même s'il n'avait commis aucun acte répréhensible selon la loi (ce qui est encore loin d'être certain), l'accumulation de ces constats rend évident le fait que l'individu Donald Trump ne mérite pas d'être Président des États-Unis et que tous les moyens légitimes devraient être pris pour corriger l'erreur grossière qu'a été son élection.

22 juillet 2018

Trump, trompeur et trompé

On ne peut pas regretter que la Présidence absurde, incompétente et réactionnaire de Donald Trump se retrouve en difficulté et que le parti qui le soutient soit en voie de perdre le pouvoir au Congrès.
Mais il me semble nécessaire de souligner que les deux principales causes de leurs ennuis sont parmi les caractéristiques les moins admirables de la Nation américaine: le puritanisme des Chrétiens fondamentalistes (hypocrite apologie de la fidélité conjugale, mais aussi campagnes contre le droit à l'avortement et pour la libre possession des armes à tir rapide) et la paranoïa anti-Russe héritée de l'anti-Soviétisme de la Guerre froide (réactions au sommet d'Helsinki).
Les vraies raisons de s'en prendre à Trump et à ses alliés sont tout autres: le Président ment constamment à son peuple et l'induit volontairement en erreur sur la plupart des grands dossiers de politique interne et extérieur; il s'attaque sur plusieurs fronts aux capacités de l'État de fournir aux citoyens des services essentiels (santé, sécurité sociale, pensions, justice et paix intérieure); il adopte des stratégies qui risquent de laisser le pays en très mauvaise posture face à la dégradation de l'environnement et du climat, au remplacement des ressources et énergies non-renouvelables et aux effets négatifs des progrès technologiques sur l'emploi et sur la redistribution de la richesse commune; il sème le chaos dans les relations internationales: ambassade à Jérusalem, sanctions contre l'Iran, critiques nocives de ses meilleurs alliés (Canada, Union européenne, Royaume-Uni), copinage gênant avec les pires dictateurs (Kim, Poutine), guerre commerciale planétaire à coups de tarifs douaniers, sortie de l'accord de Paris sur les changements climatiques... Mais il va sans doute falloir se résigner à ce que, si un changement positif pour le pays et pour le monde se produit en politique américaine, ce soit pour les mauvaises raisons. Mieux vaut cela que rien du tout.

25 mars 2018

La première salve?

Il est clair que CNN, la plus puissante chaîne d'information continue aux USA (et probablement au monde) est désormais en guerre ouverte avec le Président Donald Trump. CNN avait une attitude critique à l'égard du chef d'État depuis son élection il y a un an et demi, mais elle a nettement durci ses positions dans les deux derniers jours.
Hier, son antenne principale a consacré le gros de sa diffusion aux manifestations des étudiants en faveur du contrôle des armes à feu, endossant à fond la critique des manifestants que le Président avait cédé à la pression du lobby pro-armes (notamment la NRA). Ce matin, un des patrons de la chaîne est venu à l'écran accuser explicitement le Président de mensonge et d'incompétence. Ce soir, après avoir présenté il y a quelques jours les aveux de rapports sexuels avec M. Trump d'un modèle de Playboy, la chaîne diffuse avec un énorme battage publicitaire les révélations en direct de la star porno Stormy Daniels sur sa propre relation avec le Président, malgré la menace de ce dernier que toute révélation était passible d'une amende d'un million de dollars.
Je crois que cette agressivité accrue est due au constat que depuis plusieurs semaines le Président, qui était généralement en mode «attaque» depuis son arrivée au pouvoir, est maintenant en retraite sur presque tous les fronts:
1. Il a exempté conditionnellement le Canada et le Mexique et absolument l'Union européenne et plusieurs autres pays des tarifs douaniers «universels» qu'il avait annoncés sur l'acier et l'aluminium.
2. Il a accepté de rencontrer le dictateur Kim Jong Un en tête-à-tête sur sa seule affirmation d'une ouverture à l'abandon de son programme nucléaire, alors qu'il avait fait de la dénucléarisation nord-coréenne une condition sine qua non de toute négociation.
3. Il a signé la loi votée par le Congrès prolongeant la capacité de dépenser du gouvernement américain, après avoir annoncé son intention d'y opposer son veto.
4. Il a reculé face à la NRA et au lobby du 2e Amendement après avoir ouvertement promis d'adopter des mesures restrictives au droit de posséder des armes de combat.
5. La défaite d'un candidat au Congrès qu'il avait personnellement soutenu, dans un comté de Pennsylvanie qui avait voté pour lui à 60% il y a un an et demi, a jeté la panique dans les rangs des élus conservateurs et semé de forts doutes sur sa capacité de mener son parti à la victoire (ou du moins de limiter les pertes) à l'élection de mi-mandat de cet automne.
6. Ses alliés Républicains et plusieurs membres de son entourage ont condamné publiquement sa décision de féliciter l'autocrate Vladimir Poutine pour sa réélection à la tête de la Russie.
7. Il a renoncé à ajouter l'agressif Joe diGenova à son équipe juridique dans le dossier russe et n'a pas trouvé de remplaçant prestigieux à son défenseur démissionnaire John Dowd.
8. Il a congédié son ministre des Affaires étrangères Rex Tillerson et son conseiller en affaires internationales H.R. McMaster après avoir assuré qu'il n'en ferait rien.
9. Le nombre de mises à pied et de départs récents dans son entourage immédiat (48% du conseil des ministres et de son cabinet personnel en un an) est un fort indice d'un désarroi croissant dans le personnel de la Maison Blanche.
10. Son principal soutien médiatique, le réseau FOX, a commencé à prendre ses distances à son égard et à véhiculer des opinions moins systématiquement favorables.
11. Sa décision d'imposer à la Chine des tarifs douaniers d'une valeur pouvant atteindre 60$ milliards suscite une véritable levée de boucliers dans les milieux d'affaires qui lui étaient jusqu'ici presque unanimement favorables.
12. La chute brutale des indices boursiers, à deux reprises depuis deux mois, montre que les cercles financiers sont de moins en moins prêts à l'appuyer sans réserves.
Malgré tout, CNN joue gros dans cet affrontement. Je doute qu'ils s'y seraient lancés sans avoir analysé soigneusement la situation, et sans avoir obtenu la garantie implicite d'un appui de plusieurs autres médias de premier rang, notamment le NY Times, le Washington Post et la chaîne généraliste NBC, tous aussi très critiques de M. Trump.
Il sera intéressant de voir dans les prochains jour si d'autres poids lourds s'ajoutent à la curée, et plus spécifiquement si le solide front commun pro-Trump du Parti républicain ne commence pas à se fissurer.

07 mars 2018

Viser les bonnes cibles?

Je crois que dans plusieurs cas, les critiques de Donald Trump se trompent de cibles. Et ses partisans aussi. Je tente ci-dessous une relecture en ce sens de quatre thèmes majeurs des reproches que l'on fait au Président américain.

1. La Personnalité
Accuser Donald Trump de mensonge et d'incohérence est une perte de temps. Bien sûr, il ment sans le moindre scrupule ni remords. Bien sûr, il part dans toutes les directions sans la moindre logique. Mais ses électeurs le savent très bien et s'en fichent totalement: ils sont probablement même heureux d'avoir enfin un Président imparfait, qui mène sa vie et le pays comme ils le font eux-mêmes, à coups de tête et de subites volte-faces, en disant ou «tweetant» ce qui lui passe par la tête, quitte à se contredire dix minutes plus tard.
La même chose est vraie de ses vantardises, de sa roublardise, de son machisme flagrant et de ses poussées (inconstantes, mais réelles et relativement fréquentes) de racisme. Au lieu d'insister d'un ton moralisateur et sans résultat sur les défauts de caractère eux-mêmes, il faudrait démontrer plus clairement les retombées négatives qu'ils ont sur le moral et l'évolution du pays et de la société. Ce n'est qu'à ce niveau que le Président américain est vraiment vulnérable.

2. Le Fonctionnement de la Maison Blanche
De même, reprocher à Donald Trump son népotisme et son comportement brouillon et à son équipe son manque d'expérience politique et sa manière anarchique de gérer les affaires publiques néglige deux réalités pourtant évidentes: le Président a été élu non pour assurer la continuité, mais pour brasser la cage et exercer ses fonctions autrement que ses prédécesseurs, aussi bien Républicains que Démocrates; et le vrai problème est non pas le style de gestion, mais la médiocrité des résultats.
Évidemment, le chaos permanent à la tête de l'État a quelques chose d'inquiétant, qui exaspère visiblement journalistes et commentateurs habitués à plus de régularité et de constance. Mais tant qu'une partie de l'électorat aura l'impression que cela produit des effets positifs, cette critique sera sans conséquence. Il serait bien plus pertinent de faire la preuve que ces effets sont un trompe-l'oeil qui masque assez habilement de profondes lacunes dans la vision et dans l'approche de l'exécutif américain face à un ensemble de réalités nouvelles. 
Dans la protection de l'environnement, dans l'évolution du marché de l'emploi face aux ruptures causées par les progrès technologiques, dans la solution du problème complexe et crucial de l'immigration et dans la nécessaire rénovation des infrastructures, en plus d'un an au pouvoir, M. Trump soit n'a obtenu aucun résultat tangible, soit a nagé dangereusement à contre-courant. Ses deux seules «réussites», une baisse des impôts qui favorise fortement les riches en appauvrissant l'État et la nomination systématique de magistrats réactionnaires aux plus hauts niveaux des tribunaux du pays, sont pour le moins contestables. Quant à son action dans les affaires internationales, elle est incohérente... mais ce n'est généralement pas là un thème qui passionne l'électorat américain, sauf lorsqu'il se sent menacé par un «ennemi» réel ou inventé.

3. Le Malentendu républicain
Parce que Donald Trump a été élu sous la bannière du Parti républicain, à tendance nettement conservatrice, les commentateurs (et les Républicains eux-mêmes) ont tendance à croire qu'il est lui-même conservateur et soucieux de réaliser le programme du parti. La réalité est tout autre. Trump n'a ni ligne idéologique cohérente, ni adhésion ferme à un parti quel qu'il soit. Il a été longtemps apolitique, puis Démocrate plutôt de droite; il est devenu Républicain par pur opportunisme, parce que c'était la seule option qui lui donnait des chances de se faire élire et qu'il avait instinctivement perçu un vide de leadership à la tête du GOP après les épisodes des Bush père et fils et d'un John McCain vieillissant et malade.
Quant à sa pensée, elle n'a aucune permanence mais comporte un curieux, souvent contradictoire mélange d'intuitions personnelles fortement influençables et de lectures primaires de l'opinion publique; elle va donc fluctuer sans cesse au gré d'une part de ses rencontres avec des «penseurs» le plus souvent iconoclastes et simplistes (Steve Bannon, Michael Flynn) et d'autre part des courbes de sondages. La résultante est un salmigondis d'idées de droite et d'extrême-droite et de projets populistes favorisant les petites entreprises et même les classes ouvrières. Il est clair que le «mainstream» du Parti républicain s'y reconnaît de moins en moins et commence à douter que le Président ait réellement l'intention de réaliser son programme — sauf là où cela peut contribuer à le faire réélire.

4. L'Enquête Mueller
Le procureur spécial Robert Mueller est en principe chargé de déterminer l'étendue et les responsables de l'intrusion du Kremlin dans le processus électoral américain en 2016, et plus particulièrement les liens entre l'équipe de campagne de Donald Trump et les agents russes qui ont mené cette opération. Il faut souligner que cette démarche a lieu en parallèle avec des investigations menées par des commissions de la Chambre des représentants et du Sénat, toutes deux contrôlées par le parti présidentiel et donc procédant avec une forte réticence.
Dans un premier temps, l'enquête a démontré clairement la réalité de l'intervention russe pour déstabiliser la candidate démocrate Hillary Clinton et donc favoriser l'élection de Donald Trump. Même les plus féroces partisans du Président l'admettent aujourd'hui. Là où il y a désaccord, c'est sur le rôle joué par son entourage immédiat. Y a-t-il eu «collusion» ou complicité consciente? M. Trump et ses défenseurs affirment que non... et il est vraisemblable qu'ils ont raison. Non pas que l'alors candidat républicain ait fait preuve de clairvoyance et de patriotisme, mais simplement parce que son organisation de campagne était beaucoup trop sommaire et brouillonne, sans structure de commande ni capacité de planification discrète et subtile, pour lui permettre de mener pareille opération en collaboration avec des agents étrangers sans que cela soit immédiatement ébruité.
Il est probable que le procureur spécial en est déjà arrivé à cette conclusion; c'est ce qui expliquerait la stratégie qu'il a adoptée et qui semble dérouter beaucoup d'observateurs. Habile manoeuvrier, M. Mueller sonde systématiquement les points faibles de l'entourage immédiat de Donald Trump, à la recherche de leviers (souvent dans des dossiers qui n'ont rien à voir avec l'élection de 2016) qui lui permettront de faire pression et d'obtenir des aveux non pas de collusion ou de complot, mais de manipulations dont les proches du Président auront été victimes de la part des agents du Kremlin. De telles admissions (par exemple de la part du fils et du gendre du Président) pourraient mener à des accusations de complicité plus ou moins involontaire avec une puissance étrangère pour fausser le fonctionnement de la démocratie américaine.
Cette conclusion serait peut-être insuffisante pour déclencher un processus de destitution de Donald Trump, mais elle réduirait considérablement ses capacités d'action (et de nuisance) d'ici la fin de son premier mandat et poserait un obstacle majeur à sa réélection en 2020. Il me paraît assez vraisemblable que c'est vers un tel objectif que s'oriente aujourd'hui le procureur Robert Mueller.

16 février 2018

Montagnes russes

Un vrai spectacle de fête foraine, cette enquête sur l'intervention russe dans la politique américaine. Mais à suivre de près, car tout indique que les conséquences peuvent être beaucoup plus sérieuses que la rigolade actuelle.
a) L'accusation que 13 agents et de trois agences de renseignement russes ont oeuvré en faveur du Président Trump et contre Hillary Clinton en 2016 ne touche pas directement la Maison Blanche... sauf que le procureur spécial Mueller entrouvre la porte en affirmant que les accusés ont été en contact avec des membres «naïfs» de la campagne de Donald Trump.
b) Si jamais par la suite, il s'avérait que ces naïfs aient inclus un des trois proches du Président (Kushner, Trump Jr., Manafort) qui ont participé à la rencontre avec des représentants russes à la Trump Tower de NY en juin 2016, le fil d'Ariane des complicités – volontaires ou pas – s'approcherait à un seul pas du bureau présidentiel et de son occupant.
c) Le sous-ministre de la Justice Rod Rosenstein, en présentant l'accusation en tant que superviseur du FBI et du procureur Mueller, prend clairement ses distances avec M. Trump, qui vient de critiquer violemment l'agence policière fédérale. Et son patron Jeff Sessions, ministre en titre, se tient en retrait en prenant bien garde de soutenir les positions présidentielles.
d) FOX News, de loin le grand média américain le plus trumpien, accorde une importance majeure à cette histoire, et sur un ton critique, au lieu de l'enterrer sous une foule de simili-scandales mettant en cause l'opposition démocrate comme il le fait habituellement. Si jamais FOX lâche ouvertement Donald Trump, ce dernier sera d'autant plus handicapé que sa capacité d'influencer l'opinion publique repose en grande partie sur une présence positive dans les médias grand public, notamment ceux que suit l'électorat de droite.
e) Sur d'autres sujets, la majorité Républicaine au Sénat est de moins en moins soumise aux ordres venant de la Maison Blanche. Sur deux thèmes chers à M. Trump, l'immigration et la sécurité publique, des blocs bipartisans sont en train de se former qui prônent des approches qu'a déjà rejetées le Président. Et plusieurs élus conservateurs sont clairement mal à l'aise face aux multiples rumeurs de scandales (notamment sexuels) qui tourbillonnent autour du Bureau ovale...
f) Malgré une petite remontée dans les sondages, les majorités républicaines dans les deux chambres du Congrès sont visiblement menacées lors de l'élection «mid-term» de novembre... et M. Trump est vu par plusieurs comme un obstacle, plutôt qu'un soutien, à leur survivance. Si jamais cet automne le parti de droite perd ne serait-ce que le contrôle d'une des deux chambres, une rébellion interne débouchant sur une procédure de destitution n'est plus à écarter.

01 décembre 2017

De Watergate au Kremlingate

L’épisode Michael Flynn me replonge dans mes souvenirs de journaliste politique. Pour avoir vécu le précédent épisode de près entre 1972 et 1974, je note plusieurs ressemblances entre l’ère Nixon et celle de Trump, mais trois différences me frappent.
a) Le Watergate ne mettait en cause que des crimes de droit commun à l’intérieur du pays; des cambriolages mal ficelés qui n’auraient jamais fait la manchette s’ils n’avaient pas eu des incidences électorales. Le coeur de l’affaire actuelle porte sur des relations illicites de haut niveau et des échanges d’information stratégique avec une puissance étrangère, potentiellement ennemie, qui risquent de déboucher sur des accusations de trahison. Donc, des méfaits infiniment plus graves même sans tenir compte des aspects électoraux.
b) À l’étape correspondante de l’enquête du Watergate, les révélations ne mettaient en cause que des personnages très périphériques au cercle restreint de la Maison blanche. Ce n’est qu’une quinzaine de mois plus tard (début 1974) que les intimes du Président ont été directement touchés par le scandale. Alors qu’aujourd’hui, les personnages impliqués depuis le début font presque tous partie de l’entourage immédiat de Donald Trump: ses conseillers séniors, son ex-directeur de campagne, deux des membres ou ex-membres de son Cabinet, son fils et son gendre.
c) Tout au long de l’enquête du Watergate, le Vice-président Gerald Ford avait gardé le plus possible ses distances par rapport à Richard Nixon, ce qui lui a permis de prendre la succession sans créer de sérieux remous après la démission du Chef d’État. L’actuel vice-président Mike Pence est directement et activement impliqué dans la défense du Président Trump et dans sa guerre contre les médias et ses accusateurs; je me demande quelle légitimité il aura pour devenir Président advenant une démission ou une destitution de son patron. À la limite, cela pourrait provoquer une crise constitutionnelle.

20 décembre 2016

Poutine et Trump

Il est plus que probable que Vladimir Poutine soit derrière le hacking russe des communications des Démocrates américains, qui a contribué à faire élire Donald Trump à la Présidence des USA le mois dernier. On s'est dépêché d'en conclure que le quasi-dictateur du Kremlin voulait ainsi s'assurer une influence directement à la Maison Blanche.
Mais si son objectif était tout autre? Si ce qu'il visait était plutôt de réduire l'influence américaine dans le monde et, à la limite, de pousser les États-Unis vers la sortie en tant que puissance planétaire? S'il préférait améliorer sa propre position en rendant à Washington la monnaie de sa pièce pour la manière dont Ronald Reagan avait manœuvré dans les années 1980 afin d'amener Michael Gorbatchev à une politique d'ouverture pour, au moment crucial, le laisser brutalement tomber, précipitant ainsi la chute de l'empire soviétique?
En effet, plusieurs arguments militent contre l'intérêt pour Poutine d'exercer, ouvertement ou pas, une influence sur la politique de Washington à travers son nouvel «ami». En premier lieu, la visible incompétence du Président élu: Trump n'a jamais acquis l'expérience du pouvoir politique et ne connaît rien des rouages du Secrétariat d'État, de la CIA, de la NSA. La qualité des diplomates qu'il nommera dans les principales ambassades (choisis probablement sur la base de ses amitiés et affinités personnelles) est sujette à caution. 
Deuxièmement, le manque de fiabilité de Trump. Son tempérament bouillant et sa façon de fonctionner par coups de tête sous l'effet de l'émotion en font un complice d'une stabilité et d'une efficacité très incertaines. Et ils sont tout le contraire du caractère froid et calculateur de Vladimir Poutine (ancien patron du KGB, ne l'oublions pas) et de la dimension machiavélique de sa vision des affaires planétaires.
Troisièmement, surtout au début, il est certain que Donald Trump sera sous haute surveillance de la part de tout l'appareil américain des relations internationales et de l'ensemble de la classe politique (en particulier dans son propre parti), tout spécialement quant à ses rapports avec le Président russe. Cela ne peut que compliquer un possible jeu de combinaisons diplomatiques Kremlin-Maison Blanche.
Quatrièmement, il ne sera pas facile pour Poutine de convaincre les dirigeants des autres puissances, particulièrement les Allemands et les Chinois, de lui laisser exercer une influence directe et particulière sur la Présidence américaine. Tout ce qu'il pourra gagner comme avantage à ce jeu pourrait bien être annulé par un accès de méfiance et d'hostilité à son égard dans le reste du monde.
Cinquièmement, il est indubitable que l'hégémonie politique et militaire de Washington sur la planète est en baisse continue depuis une douzaine d'années et, vu le manque d'expérience et la réputation plus que douteuse du prochain Président, elle risque de diminuer encore au cours de la prochaine décennie: l'exercice par le Kremlin d'un ascendant sur Washington sera probablement d'un rendement décroissant.
En revanche, et l'inexpérience de Donald Trump et le peu de sympathie que lui portent les autres leaders internationaux peuvent rendre éminemment rentable pour Vladimir Poutine une stratégie poussant le futur Président américain à accumuler les gaffes, les maladresses et les gestes agressifs ou arrogants qui placeront son pays dans des situations désavantageuses et lui attireront de multiples inimitiés politiques, diplomatiques et économiques. Et il ne fait aucun doute qu'une telle ligne de conduite, si elle ne fait pas l'unanimité ailleurs, sera sûrement vue avec une cynique sympathie dans bon nombre de capitales que la prétention américaine à la toute-puissance et à l'hyper-compétence irrite depuis longtemps.
Que cela soit une bonne nouvelle pour le reste de la planète est cependant loin d'être certain, ne serait-ce que pour l'instabilité politique que cela risque de provoquer. Seul l'avenir le dira.