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17 janvier 2024

Un «Cygne noir» perturbant la politique américaine?

 Une pandémie globale. Une émeute au Capitole. Une star de la télé-réalité à la Maison Blanche. Ces dernières années, on a vu l'impensable devenir réel. On pensait qu'on avait une bonne compréhension de l’avenir, en politique et au-delà, puis quelque chose de gigantesque et d’imprévu a changé la donne. Donc, il faut peut-être déployer un peu plus d'imagination avant de supposer qu’on sait ce qui va se passer en 2024. Il semble certainement que nous nous dirigeons vers un match revanche de Donald Trump contre Joe Biden et une élection déplorable. Mais l'histoire récente nous apprend que quelque chose d'inattendu pourrait être au tournant de la rue. Le magazine Politico a demandé à un éventail de futuristes et de technologues, d'historiens, de politologues, d'analystes et d'autres prognosticateurs avertis: quel pourrait être le «cygne noir» événementiel qui perturbe la campagne de 2024?

Ian Bremmer, président-fondateur de Eurasia Group et de Gzero Media: une élection perturbée jugée inéquitable, dans la foulée de l’insurrection du 6/1/2021.

Mathew Burrows, du Stimson Center: un conflit ouvert avec la Chine, suite à l'élection spectaculaire d’un président nationaliste à Taiwan et à une déclaration d’indépendance.

Julia Azari, professeure de science politique à l'Université Marquette: une manifestation violente faisant des morts au cours d’une assemblée publique de Donald Trump.

Alec Ross, auteur et cadre du Secrétariat d'État sous Obama: un ouragan spectaculairement destructeur qui se déchaîne dans le pays peu de temps avant l'élection.

Avi Loeb, chef du projet Galileo, ex-président du département d'astronomie de Harvard: la découverte ou révélation d’un objet technologique provenant de l'espace interstellaire.

Charlie Sykes, rédacteur en chef et hôte du podcast Balwark: un virus numérique mondial paralysant les satellites et le système bancaire, vaporisant des milliards de dollars.

Bill McKibben, environnementaliste et auteur: un sursaut du réchauffement climatique causant incendies, inondations, tempêtes, sécheresses, vagues de chaleur meurtrière.

Bill Scher, journaliste à Politico, au Washington Monthly et à «The DMZ»: un coup d’État mettant fin au régime de Poutine et affectant les équations politiques à travers le monde.

Robert L. Tsai, professeur de droit à l'Université de Boston: une décision impopulaire de la Cour suprême relançant violemment le débat sur le droit à l’avortement.

Jeff Greenfield, analyste et auteur de télévision: Maladie, blessure grave, attentat à la vie d’un des deux candidats qui auront un âge combiné de 160 ans le jour du scrutin.

Joshua Zeitz, écrivain contribuant au magazine Politico: le désordre mondial croissant (Ukraine, Moyen-Orient) provoquant un conflit armé aux répercussions mondiales.

Reynaldo Anderson, professeur d'études afro-américaines à l'Université Temple: L’ordre mondial perturbé par l’Afrique accédant au statut de pouvoir politique international.

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Pour ceux qui veulent en savoir plus, voir le site de Politico à: < https://www.politico.com/news/magazine/2024/01/05/unpredictable-events-2024-election-turmoil-experts-00133873>

20 août 2020

Une Drôle d'expérience

 J'étais plutôt sceptique quant à l'intérêt d'une Convention de nomination américaine virtuelle... mais la formule trouvée par les Démocrates est fort convaincante. Il y manque sans doute l'excitation causée par les foules, les banderolles, les ballons, etc. En contre-partie, les trois premières soirées ont été bien plus riches en information pertinente et en perception des personnalités en cause que ne l'aurait permis le format traditionnel. 

 Première remarque: le couple Michelle-Barack Obama est une force politique redoutable, combinant l'émotion sincère de l'une avec l'intelligence aiguë et la savante éloquence de l'autre. Je soupçonne que leur double intervention, l'empathie de Madame contrastant et humanisant la charge féroce de Monsieur, pourrait avoir un effet décisif sur les Démocrates tièdes à l'égard de Joe Biden et les «indépendants» encore indécis. 

 Deuxièmement, Kamala Harris s'est fort bien tirée de l'impossible mission de succéder à l'ex-Président à la tribune. Son choix de jouer sur le sentiment et sur sa propre histoire plutôt que de s'en prendre à l'adversaire (le rôle habituel du candidat à la vice-présidence) était astucieux, surtout après la sortie atypique de BarackObama. 

 Troisièmement, le fait de reléguer le couple ex-présidentiel Hillary-Bill Clinton en marge de l'heure de plus grande écoute montre à quel point leur étoile pâlit et leur influence sur leur parti et sur la politique dans son ensemble est en train de se dissiper... surtout si on compare avec l'importance accordée aux Obama.

 Quatrièmement, l'idée de parsemer les trois soirées de courtes interventions de «citoyens ordinaires» (sans doute soigneusement choisis) était efficace, et a donné lieu à certains des moments les plus ftappants de toute l'expérience. 

 Enfin, les ripostes de Donald Trump sur Twitter et de ses partisans déclarés de FoxNEWS à l'écran sont jusqu'ici d'une faiblesse et d'une mesquinerie navrantes, impossibles à ignorer sauf si l'on est un partisan sourd et aveugle du Président.

 Il n'y manquait qu'un parfum de scandale, généreusement fourni par l'ex-conseiller préféré de la Maison Blanche et champion des théories du complot, Steve Bannon, accusé (et par le Service postal, curieuse coïncidence!) de fraude grossière... avec pour prétexte le financement de la construction du Mur anti-immigrants. Difficile de faire mieux.

12 février 2020

Réactions «post-impeachment»

J'ai attendu une semaine après la fin abrupte du processus d'«impeachment» de Donald Trump pour permettre à mon esprit de décanter un peu les multiples réactions qui me provenaient de toutes parts et les réflexions que cela m'inspirait. Maintenant que je crois y voir un peu plus clair, voici:
1. Les Démocrates ont commis plusieurs erreurs importantes dans leur approche; certaines étaient évidentes dès le départ, d'autres sont plus perceptibles après coup. Certaines n'ont trait qu'à l'«impeachment» même, d'autres pourraient affecter les suites électorales de l'évènement. (a) En voulant jouer à coup sûr, ils ont été trop restrictifs dans le choix et la rédaction de leurs articles d'accusation. Ceux-ci ne tenaient pas compte de la variété et de la multiplicité des transgressions du Président: mensonges éhontés et souvent ridicules, défense opiniâtre de collaborateurs clairement coupables, obstructions répétées et attaques publiques contre la Justice et les magistrats, détournement de fonds votés par le Congrès pour d'autres fins (notamment «le Mur»), infractions aux lois du financement électoral, utilisation évidente de sa fonction pour son profit personnel et celui de sa famille, etc. Il aurait à tout le moins fallu ajouter un article d'«entraves à la justice» exploitant les découvertes contenues dans le second volume du Rapport Mueller. (b) Ils se sont limités à des offenses ayant trait à la politique étrangère, un thème qui a peu de résonance dans la masse de la population. Leurs efforts pour lier cela à la politique intérieure en alléguant un effet néfaste sur le processus démocratique étaient insuffisants et peu convaincants pour les partisans de Trump et les indépendants. Par le fait même, ils n'insistaient pas suffisamment sur le caractère criminel de plusieurs actes du président et de l'entourage immédiat sur lequel il avait le controle direct et dont il était responsable juridiquement. Ces deux premières lacunes ont empêché une population souvent politiquement peu informée de voir la taille réelle du problème. (c) Malgré le risque de prolonger le processus, il était probablement nécessaire qu'ils testent devant les tribunaux au moins certains des multiples refus de Trump et de son administration de collaborer à leur enquête; même sans aboutir, de tels efforts auraient mis en lumière la duplicité de l'entourage présidentiel et auraient privé les défenseurs de la plupart de leurs arguments contre les défauts du processus d'«impeachment». (d) Ils ont sous-estimé la partisanerie des élus Républicains, faisant trop confiance à leur habituel puritanisme conservateur et aux précédents des épisodes Nixon et Clinton. Ce faisant, ils n'ont pas fait tous les efforts possibles pour rendre l'ensemble de la démarche bi-partisane; il aurait fallu trouver les bons arguments et effectuer les démarches nécessaires pour attirer et conserver dans leur camp au moins un petit groupe de dissidents du GOP, aussi bien à la Chambre qu'au Sénat. Je crois qu'ils n'avaient pas bien pris la mesure du changement de mentalité dans le parti adverse ni de l'emprise qu'y exerçait Donald Trump.
2. Je soupçonne que les Républicains, par opportunisme à courte vue, ont gravement endommagé la réputation de leur parti auprès de l'électorat en général. D'une part, ils se sont montrés pusillanimes, laissant voir la terreur que leur inspire la simple menace d'un courroux présidentiel. De plus, leur refus systématique d'aborder le fond du problème et leur mauvaise foi dans la critique de la démarche des Démocrates devraient entacher leur crédibilité auprès des électorats (majoritaires) qui ne leur sont pas déjà acquis. Le tout a culminé dans leur refus d'intenter à Donald Trump un véritable procès, limitant la session du Sénat à un simple échange de plaidoiries, sans la moindre présentation de preuves matérielles ni de témoignages; leur argument que les preuves avaient déjà été présentées à la Chambre par les Démocrates était d'une faiblesse désolante, d'autant plus qu'ils avaient eux-mêmes vertement critiqué la manière dont cela s'était passé. Le «cas Bolton», celui d'un ex-proche du Chef d'État qui se disait prêt à prêter serment comme témoin direct de faits pertinents à l'accusation, était particulièrement flagrant. Les effets de cet épisode sur le Parti républicain se feront sans doute sentir surtout après que le Président Trump aura quitté le devant de la scène, et donc relâché le contrôle qu'il exerce sur ses partisans. Peu importe que ce soit dans un an ou dans cinq.
3. En même temps, les deux partis auront contribué à démanteler l'équilibre des pouvoirs qui est au coeur du système politique américain, en particulier la tension salutaire qui existe entre les pouvoirs propres au Congrès et ceux de l'administration sous l'autorité de la Maison Blanche. La faute des Démocrates est involontaire; c'est d'avoir échoué dans leur tentative de destitution d'un Chef d'État qui le méritait pourtant mais qui a maintenant les mains beaucoup plus libres pour agir sans contrainte ni opposition. Celle des Républicains, plus grave à mon avis, est d'avoir sciemment (quoique sans doute à regret pour plusieurs) collaboré à cet échec. Le «Troisième Pouvoir», celui des tribunaux, ne s'en sort pas non plus indemne, victime d'une part des attaques vicieuses du Président contre son intégrité, d'autre part du soupçon de partisanerie aggravée qui plane sur lui, dû à une série de nominations douteuses et biaisées par Donald Trump de magistrats de haut niveau.
4. Les suites immédiates de l'«impeachment» raté n'ont pas tardé à apparaître: basses vengeances de la Maison Blanche contre certains des témoins les plus crédibles de la poursuite, recul de la Justice sur la sentence réclamée contre Roger Stone, un complice de longue date du Président; dommage évident à la candidature de celui qui apparaissait comme le rival le plus crédible à la réélection présidentielle, Joe Biden. Il fait peu de doute que d'autres feront surface dans un proche avenir qui s’annonce plutôt inquiétant, mais riche en rebondissements.

18 novembre 2019

La fausse piste ukrainienne

Pourquoi la thèse d'une interférence ukrainienne dans l'élection américaine de 2016 est-elle un leurre?
a) La pénétration dans les serveurs des Démocrates n'est qu'un élément relativement mineur dans l'ensemble des interventions étrangères dans la campagne. Voir les paragraphes (f) et (g) ci-dessous.
b) Le Rapport Mueller offre des preuves factuelles et techniques très crédibles que cette opération a été le fait de hackers russes: les noms des responsables, les adresses utilisées, le logiciel employé, les dates et les lieux d'où est partie l'attaque cybernétique.
c) En contre-partie, les partisans de la thèse ukrainienne n'offrent que des preuves circonstancielles et limitées.
d) Le candidat Trump lui-même a invité les Russes, non les Ukrainiens, à dévoiler les e-mails de Hillary Clinton et du DNC. On peut supposer qu'il savait de quoi il parlait.
e) Le président russe Poutine n'a jamais caché sa détestation de Mme Clinton et son désir de voir Donald Trump l'emporter; en revanche, les dirigeants et les oligarches ukrainiens ont toujours ménagé, sinon flatté, quiconque était au pouvoir à Washington, peu importe son parti.
f) Les multiples publicités pro-Trump et anti-Clinton sur Internet ont été créées et payées par des entreprises et des groupes russes, notamment l'IRA, ce qui est solidement documenté. On n'a aucune preuve de publicité ou de propagande comparable de la part d'Ukrainiens.
g) Des milliers de tweets favorisant Trump contre Clinton sont venus d'intervenants russes clairement identifiés et de leurs complices et ont été repris par Trump et son entourage; aucune activité de ce genre n'a été créditée aux Ukrainiens, même par les plus fervents défenseurs de la thèse conspiratoire.
h) L'idée même d'une responsabilité ukrainienne a été suggérée non par des observateurs objectifs, mais par des agents russes, notamment Constantin Kilimnik.
Face à cet ensemble de faits, il est impossible de nier que, même si quelques activités suspectes sont venues d'Ukraine, la véritable opération massive d'interférence a été commandée et effectuée par Moscou. La théorie ukrainienne ne peut être qu'une fausse piste.

25 septembre 2019

Et maintenant le Kievgate?

Réactions à chaud sur les révélations de ce matin quant à la conversation Trump-Zelensky du 25 juillet:
- L'effort flagrant de Donald Trump d'impliquer en sa faveur un gouvernement étranger dans sa campagne électorale donne une toute autre crédibilité au Rapport Mueller: la manoeuvre ressemble de près aux attaques contre Hillary Clinton en 2016, sauf que cette fois, les mots sont ceux du Président lui-même. Cela réduit presque à rien la possibilité que le Russiagate n'ait été que le résultat d'un complot anti-Trump.
- La transcription partielle et ses effets secondaires (le rapport et le témoignage imminent du lanceur d'alerte) sont une première fissure dans le mur de défense de la Maison Blanche; ils pourraient bien mener à une brèche plus large qui exposera d'autres manoeuvres condamnables.
- Et si la Présidence ukrainienne avait, elle, enregistré l'appel téléphonique au complet? Je ne serais pas étonné que les commissions du Congrès sur l'«impeachment» tentent d'en obtenir la transcription de Kiev.
- Trump a probablement commis cette gaffe parce qu'il se sentait faussement en sécurité, vu le peu d'impact du Rapport Mueller sur l'opinion publique. 
- Trump ne peut compter avec certitude sur le soutien des élus républicains. Ils l'ont appuyé jusqu'ici par peur et par opportunisme, mais leur loyauté est suspecte, car beaucoup le détestent en réalité. S'ils sentent qu'il devient un obstacle à leur réélection et que sa capacité de leur nuire ne survivra pas au processus de destitution, ils pourraient bien déserter son camp en masse en peu de temps.

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(Jeudi midi le 26:) Le début de la fin pour Trump?
Difficile de ne pas être captivé par le témoignage du directeur de la sécurité des USA devant le Congrès. Avec quelques réserves, Joseph Maguire valide en grande partie la signification de la conversation Trump-Zelensky et le sérieux du rapport du lanceur d'alerte (maintenant rendus publics). 
Son explication du retard à publier l'alerte, la possibilité d'un «privilège exécutif» de la Maison Blanche, est plausible – et n'affecte en rien la crédibilité de l'accusation, qu'il reconnaît à fond. Il révèle aussi, ce qu'on ignorait, que l'affaire était jugée assez sérieuse pour qu'une demande d'enquête à ce sujet soit immédiatement envoyée au FBI. Enfin, il insiste lourdement sur le caractère exceptionnel de l'affaire et sous-entend clairement que si le suspect n'était pas le Président des États-Unis mais un membre de la communauté du renseignement, l'alerte aurait été aussitôt soumise aux commissions pertinentes du Congrès.

Il est au moins aussi remarquable qu'à mesure que la séance progresse, la défense du Président Trump par les Républicains est de plus en plus incertaine et, dans certains cas, réticente.

08 juin 2019

Le «Russiagate», un complot?

Beaucoup de nos amis progressistes européens -- et quelques Américains marginaux -- ont cru que parce qu'il n'était pas un politicien traditionnel, Donald Trump serait en tant que Président une bonne chose pour son peuple. Hélas, ses actes démontrent le contraire: il demeure à la Maison Blanche le même type menteur, malhonnête et rapace qu'il était comme homme d'affaires, d'autant plus qu'au lieu de conseillers compétents qui pallieraient à ses évidentes lacunes comme gouvernant d'un grand État, il s'entoure principalement de personnages douteux et réactionnaires. Nos amis de gauche ont de la difficulté à l'admettre et sont donc alléchés par l'idée que l'enquête à son sujet n'est qu'un complot destiné à salir un brave homme... alors qu'en réalité, il s'agit d'une guéguerre entre deux bandes rivales plus ou moins tricheuses.
La raison pour laquelle la classe politique américaine est si captivée par le sujet est simple: la nature humaine. Lorsqu'un pickpocket ou un cambrioleur se fait voler à son tour, il est cinq fois plus choqué qu'un honnête homme: «Vous ne pouvez pas me faire ça, c'est moi qui suis censé vous le faire!» Comme les États-Unis ont l'habitude d'intervenir sans vergogne dans la démocratie des autres peuples, ils sont encore plus insultés quand ce sont les Russes haïs qui leur jouent le même tour.
Enfin, même si d'autres acteurs ont pu jouer un rôle mineur dans les manipulations qui ont marqué l'élection de 2016, le Rapport Mueller, en particulier sa description des analyses techniques des opérations frauduleuses sur Internet, démontre clairement que ce sont bien des Russes, aux ordres de leur gouvernement, qui sont les principaux coupables. C'est confirmé indirectement par le fait que Vladimir Poutine a répété à maintes reprises qu'il souhaitait que Hillary Clinton perde ce scrutin.
Je me demande aussi si mes amis européens ne sont pas plutôt contents de laisser ce sujet les distraire des résultats fort décevants pour eux de la récente élection au Parlement européen.

29 mai 2019

Mueller clarifie

Dans son intervention publique au Ministère de la Justice à Washington ce matin, Robert Mueller résume en 10 minutes son rapport, sans la moindre ambiguïté: (a) il confirme l'intrusion russe dans la campagne pour nuire à la candidate démocrate, (b) il rejette une probable complicité de l'équipe Trump dans cette action, (c) il refuse d'innocenter le Président quant à une obstruction à la Justice, enfin (d) il affirme l'intégrité et l'objectivité de son personnel et de son enquête. Deux choses me frappent: 
Un, Mueller contredit directement ceux qui voient le «Russiagate» comme un complot du Deep State de Washington: il met toute sa réputation d'intégrité dans la balance en insistant que son équipe et leur travail ont été scrupuleusement honnêtes, sans influence externe, et qu'il y a indubitablement eu des efforts multiples et illégaux de la Russie pour influencer l'élection contre Hillary Clinton (et donc, forcément, en faveur de Donald Trump). 
Deux, il renvoie la balle au Congrès en disant qu'il lui était impossible de poursuivre le Président pour obstruction à la Justice, mais qu'il ne pouvait non plus le blanchir de cette accusation; donc, le seul recours est politique, sous la forme d'une procédure de destitution.
Pour répondre à la mention de «documents ukrainiens et italiens» selon lesquels la campagne de Mme Clinton aurait infiltré chez Trump des agents pour fabriquer des preuves d'intervention russe, il faut préciser ceci: (1) Ces documents «prétendent montrer», ils ne présentent pas des faits concrets, jusqu'à preuve du contraire. (2) Le mandat de Mueller (donné par des dirigeants républicains pro-Trump du Ministère de la Justice à un enquêteur lui aussi républicain) le limitait à examiner des interventions RUSSES -- toute tentative portant sur des actions internes aurait outrepassé ce mandat et vicié son rapport, lui donnant un biais partisan. (3) Les actions russes ont été si nombreuses, si variées et si bien documentées que tout effort des démocrates pour en ajouter n'aurait pas changé grand chose à la réalité.
Il faut en déduire que la seule façon dont les promoteurs d'un complot du Deep State washingtonien pour fabriquer un Russiagate peuvent faire avancer leur cause est désormais une attaque frontale sur l'intégrité de Robert Mueller.
Enfin, parce que Mueller n'a pas trouvé de preuve formelle de «collusion» de la part de Trump, cela ne veut pas dire qu'il n'a rien trouvé d'important. Au contraire, il a accumulé des preuves nombreuses et solides, consolidées par plusieurs témoins et éléments matériels, d'activités russes pour influencer la campagne, soit secrètes (vol de courriels, fausse représentation de messages de citoyens américains...), soit ouvertes (publicités sur Internet et convocation d'assemblées publiques pro-Trump); il documente aussi clairement au moins onze cas d'obstruction à la Justice par le Président Trump et son équipe qui, normalement, seraient jugés des «crimes». Le rapport comprend plus de 2000 notes factuelles et est accompagné d'une masse de documentation d'appoint à l'appui de tout cela. Impossible de le comparer, comme le voudraient certains critiques, aux preuves limitées et peu documentées de la présence d'armes de destruction massive chez Saddam Hussein en 2003.

10 mai 2019

Pour en finir avec Mueller

Même si l'affaire est loin d'être enterrée comme le souhaiterait le Président Trump, le sujet peut devenir lassant à la longue. J'essaie donc d'y apporter ce qui pour moi est une conclusion (au moins temporaire?) avec ce résumé traduit du Web, qui offre de manière concise une liste des constats les plus significatifs quant à la possibilité de «collusion» entre Trump, son entourage et les Russes:
«Le Rapport Mueller, même censuré, démontre de manière importante que les gens de la campagne Trump ont facilité, encouragé ou ont donné un soutien aux activités d'intervention de la Russie et de Wikileaks dans l'élection de 2016. Le Rapport documente les faits suivants:

1. Trump était réceptif à l'initiative de son conseiller de sécurité nationale (George Papadopoulos) de créer un canal de communication discret (back channel) avec Poutine.
2. Des agents du Kremlin ont fourni à la campagne des prévisions du plan russe pour distribuer des e-mails volés.
3. Le président et le vice-président (Paul Manafort et Rick Gates) de la campagne ont sciemment fourni à un espion russe des résultats de sondage et des informations sur certains États-clés; et le président de campagne a travaillé avec cet espion sur un «plan de paix» pro-russe pour l'Ukraine.
4. Le président de campagne a partagé avec l'espion des données internes avec l'espoir qu'elles seraient transmises à un oligarche proche de Poutine, Oleg Deripaska.
5. Le président de campagne escomptait qu'une victoire de Trump aurait pour effet que Deripaska l'emploierait (Manafort) pour promouvoir les intérêts de l'oligarche aux États-Unis et ailleurs.
6. La rencontre du 9 juin à la Trump Tower: (1) ayant reçu un e-mail offrant de l'information nuisible à Clinton de la part d'un fonctionnaire Russe, Donald Trump Jr. «semble avoir accepté cette offre»; (2) des membres de la campagne avaient parlé de la rencontre à la Trump Tower avant sa tenue; (3) Donald Trump Jr. a dit aux Russes pendant la rencontre que Trump pourrait revoir le Magnitsky Act une fois élu.
7. Un membre de la campagne a déclaré au Procureur Spécial qu'il s'était «senti obligé de contester» un changement à la plate-forme du GOP sur l'Ukraine parce qu'il contredisait les voeux de Trump; cependant, l'enquête n'a pas établi que ce membre (Gordon)  obéissait à un ordre du candidat.
8. Des hackers militaires russses auraient réagi à la déclaration publique de Trump du 27 juillet 2016: «Russie, si vous m'écoutez...» dès les heures suivantes en ciblant le bureau de Clinton pour la première fois.
9. Trump a demandé à son personnel d'obtenir les e-mails de Clinton, à la suite de quoi un individu qui semblait agir en accord avec la campagne s'est vanté d'avoir réussi à contacter des hackers russes.
10. La campagne — et Trump lui-même — paraissait avoir connaissance d'avance des publications de Wikileaks.
11. La campagne coordonnait clairement ses communications publiques en tenant compte des prochaines publications de Wikileaks.
12. Michael Cohen a, au moins jusqu'en juin 2016, négocié pour l'Organisation Trump un projet de Trump Tower à Moscou, impliquant directement l'entourage immédiat de Poutine.
13. Durant la transition à la Présidence, Jared Kushner et Eric Prince ont communiqué en secret avec des agents russes. (1) Kushner a suggéré à l'ambassadeur de Russie d'utiliser un téléphone sécurisé dans son Ambassade pour le faire parler à des généraux russes. (2) Prince et Rick Gerson, un ami de Kushner, ont tenu des réunions discrètes avec un agent de Poutine pour élaborer un plan de relations U.S.A.-Russie.
14. Durant la transition à la Présidence, en accord avec d'autres membres de l'équipe de transition, Michael Flynn a parlé à l'ambassadeur russe pour empêcher une réaction symétrique de la Russie à l'imposition par Obama de sanctions pour l'interférence dans l'élection américaine; Moscou a accepté de ne pas répliquer disant qu'ils souhaitaient établir de bons raports avec la prochaine administration.
15. Pendant 2016, les membres de la Campagne Trump n'ont rapporté aux agences américaines de sécurité aucune des approches des Russes ou de WikiLeaks, ont nié tout contact avec les uns et les autres et ont encouragé activement le public à douter que la Russie soit responsable du «hacking» et de la révélation des e-mails volés. [...]
Une part importante de l'information requise a échappé aux enquêteurs de Mueller pour quatre raisons. D'abord, dit le Rapport, «plusieurs individus affiliés à la campagne Trump ont menti au Bureau d'enquête [...] ces mensonges ont faussé effectivement la recherche sur l'interférence russe dans l'élection». Deux, l'ingérence du Président Trump dans l'enquête semble aussi avoir handicapé celle-ci; un exemple clé en est l'absence de collaboration de Paul Manafort avec le Procureur Spécial parce qu'il avait été incité à croire qu'il obtiendrait un pardon présidentiel de Trump. Trois, certains individus ont utilisé des communications chiffrées ou effacé leurs échanges. Enfin, certains de ceux qui acceptaient en apparence de coopérer avec l'enquête (entre autres Steve Bannon) se sont avérés peu fiables dans leurs déclarations au Procureur Spécial; ainsi certains «oubliaient» les contenus de conversations importantes avec Trump ou d'autres interlocuteurs. Le Rapport précise que «même quand ils témoignaient ou acceptaient d'être interviewés, plusieurs ont fourni une information fausse ou incomplète».» 
(Ryan Goodman, sur le site Web «Just security»)

16 mars 2019

Politique et vie privée

Je suis frappé par le degré auquel le débat politique américain est étroitement lié au problème crucial de l'opposition entre confidentialité et transparence posé par la Révolution de l'information numérique. Non seulement les individus (en particulier les personnages publics) mais les institutions vivent désormais dans une «maison de verre» où les données sont aussi susceptibles de dévoilement intempestif que de falsification. Des exemples:
a) Le Russiagate, sur la probabilité de complicité entre la campagne de Donald Trump et le Kremlin, porte principalement sur des échanges d'information stratégique, du piratage de messages confidentiels et des jeux de propagande électorale.
b) Le rôle de l'avocat de Trump, Michael Cohen, a consisté entre autres à dissimuler des faits intimes; les amis du Président au magazine National Enquirer ont acheté les mêmes informations pour ensuite empêcher leur diffusion.
c) Les difficultés d'Hillary Clinton sont nées entièrement de sa négligence à assurer la sécurité de ses courriels.
d) Le FBI et le Ministère de la Justice sont accusés d'avoir révélé des faits découverts (ou fabriqués?) dans le but d'influencer le Congrès et l'électorat.
e) Le camp Trump reproche aux médias traditionnels de manipuler les nouvelles à des fins partisanes («fake news»).
f) Le réseau social Facebook admet avoir vendu les données confidentielles de plus de 50 millions d'utilisateurs à une firme de sondages liée à Steve Bannon, conseiller et organisateur politique du candidat Trump.
g) Trump lui-même est un fervent usager de Twitter, un outil numérique qui lui permet de s'adresser tous les jours au grand public sans passer par le filtre des médias. Il est aussi clairement coupable de fréquents mensonges et distorsions de la réalité des faits.
h) L'affaire Julian Assange/Wikileaks se fonde directement sur des activités de piratage et de dévoilement de données institutionnelles et financières confidentielles, dont des secrets d'État.
De tout cela (et d'autres indices encore), je déduis que tous ceux qui s'intéressent à la politique américaine et à ses effets sur la planète devraient se pencher avec encore plus d'attention sur le conflit vie privée/transparence rendu plus aigu par la Société de l'information.

28 janvier 2019

Déroute trumpienne

C'est un peu tôt, mais il est tentant, après une semaine chaotique, de faire le point sur l'état de la Présidence américaine. Voici comment j'analyse la situation ce dimanche midi:

a. Indubitablement, Trump s'est effondré. Il a beau prétendre que non, il est clair qu'il a accepté un «deal» qui est nettement moins bon que celui qu'on lui offrait en décembre avant le «shutdown» et qu'il a rejeté (ne l'oublions pas) sous la seule pression d'une minorité d'extrême-droite et contre l'avis de ses alliés parlementaires.
b. La journée de jeudi a montré à quel point ses appuis au Congrès ont commencé à s'effriter. Les votes aussi bien à la Chambre qu'au Sénat ont été bi-partisans, oui, mais à sens unique: pour une ou deux défections chez les Démocrates, il y en a eu trois ou quatre fois plus chez les Républicains... sans compter la valse-hésitation de plusieurs autres, préoccupés de l'effet négatif de leur appui au Président sur leurs chances de réélection en 2020.
c. À l'opposé, la même journée a marqué le triomphe de la stratégie de son adversaire la plus expérimentée et la plus intraitable, Nancy Pelosi. Elle a réussi non seulement à maintenir solidement l'unité de ses troupes, mais même à en dissimuler les inévitables dissensions internes entre conservateurs, modérés et gauchistes du parti. Dans une deuxième bataille, il lui sera d'autant plus facile de faire accepter la poursuite de sa stratégie par la Chambre où elle est majoritaire et de rétablir l'unanimité du bloc Démocrate minoritaire au Sénat.
d. En-dehors du Congrès, M. Trump a clairement perdu l'appui ferme d'une partie de son propre personnel (Maison Blanche, Cabinet) et surtout de sa base de partisans de la droite dure, dont plusieurs des porte-parole l'ont carrément accusé de trahison de leur cause, les autres faisant preuve d'une fidélité de façade qui manque clairement d'enthousiasme et de conviction.
e. Il est illusoire de croire qu'en trois semaines, face à des adversaire ressoudés et sans une sérieuse force de négociation, M. Trump va obtenir un compromis qui sera même minimalement acceptable pour ses partisans les plus acharnés.
f. Les six dernières semaines ont confirmé et renforcé une majorité d'Américains de toutes obédiences dans l'opinion qu'un Mur mexicain n'est pas nécessaire ou, à tout le moins, ne constitue pas une priorité urgente méritant des mesures extrêmes.
g. Il est donc relativement facile pour les Démocrates de proposer une formule qui démontre leur adhésion à la défense des frontières (personnel plus nombreux et mieux équipé, outils technologiques de pointe, règles juridiques) sans offrir un seul sou pour une barrière physique. Et il sera difficile pour les élus Républicains de refuser une telle proposition, et tout aussi difficile pour le Président d'invoquer un pouvoir d'exception lui permettant de financer son Mur sans l'autorisation du Congrès.
h. Les évènements extérieurs à venir (enquête Mueller, témoignages publics des «repentis» du Trumpisme, action des tribunaux, nouvelles révélations) risquent beaucoup plus de nuire à l'image et à la position du Président que de les favoriser.
i. Le fait d'avoir nommé systématiquement dans les tribunaux fédéraux de haut niveau des juges ultra-conservateurs risque de se retourner contre lui: écartelés entre leurs préférences idéologiques et leur soumission maniaque à la lettre de la loi, il est fort possible que ceux-ci optent pour cette dernière, comme la Cour suprême vient de le faire en rejetant son recours dans le cas du DACA.

Dans les circonstance, je doute que nous devions attendre même les trois semaines du délai prévu pour voir comment le vent va tourner.

01 décembre 2017

De Watergate au Kremlingate

L’épisode Michael Flynn me replonge dans mes souvenirs de journaliste politique. Pour avoir vécu le précédent épisode de près entre 1972 et 1974, je note plusieurs ressemblances entre l’ère Nixon et celle de Trump, mais trois différences me frappent.
a) Le Watergate ne mettait en cause que des crimes de droit commun à l’intérieur du pays; des cambriolages mal ficelés qui n’auraient jamais fait la manchette s’ils n’avaient pas eu des incidences électorales. Le coeur de l’affaire actuelle porte sur des relations illicites de haut niveau et des échanges d’information stratégique avec une puissance étrangère, potentiellement ennemie, qui risquent de déboucher sur des accusations de trahison. Donc, des méfaits infiniment plus graves même sans tenir compte des aspects électoraux.
b) À l’étape correspondante de l’enquête du Watergate, les révélations ne mettaient en cause que des personnages très périphériques au cercle restreint de la Maison blanche. Ce n’est qu’une quinzaine de mois plus tard (début 1974) que les intimes du Président ont été directement touchés par le scandale. Alors qu’aujourd’hui, les personnages impliqués depuis le début font presque tous partie de l’entourage immédiat de Donald Trump: ses conseillers séniors, son ex-directeur de campagne, deux des membres ou ex-membres de son Cabinet, son fils et son gendre.
c) Tout au long de l’enquête du Watergate, le Vice-président Gerald Ford avait gardé le plus possible ses distances par rapport à Richard Nixon, ce qui lui a permis de prendre la succession sans créer de sérieux remous après la démission du Chef d’État. L’actuel vice-président Mike Pence est directement et activement impliqué dans la défense du Président Trump et dans sa guerre contre les médias et ses accusateurs; je me demande quelle légitimité il aura pour devenir Président advenant une démission ou une destitution de son patron. À la limite, cela pourrait provoquer une crise constitutionnelle.

30 octobre 2017

WaterTrump?

Voyant ce qui se passe à Washington et les parallèles évidents avec le Watergate de Nixon en 1972-74 (que j’avais couvert étroitement, d’abord à distance, puis «en direct» dans le Beltway pendant sa phase finale), je ne puis m’empêcher de faire les réflexions suivantes:
A) Ce qu’on reproche à Trump et à son entourage est beaucoup plus grave que ce dont son prédécesseur s’était rendu coupable. L’un avait magouillé pour influencer à l’interne une élection qui était pratiquement gagnée d’avance; l’autre aurait fait appel à une puissance ennemie, la Russie de Poutine, pour subvertir la démocratie américaine afin de renverser en sa faveur le résultat d’une élection qu’il était pratiquement certain de perdre.
B) Nixon n’a jamais remis en cause la Justice des États-Unis ni tenté d’en fausser le déroulement; Trump s’en est pris systématiquement aux juges qui s’opposaient à lui et exploite tout le pouvoir de la Présidence pour empêcher le fonctionnement normal du système judiciaire.
C) Nixon a menti seulement pour se protéger et lorsqu’il était acculé dans des positions intenables; Trump ne cesse de dire des faussetés flagrantes — y compris à ses propres associés — alors même que rien ne l’y oblige, à tel point que ses intimes en viennent à douter quotidiennement de sa parole et vont chercher des confirmations même chez leurs adversaires et dans les médias qu’ils détestent.
D) Pendant toute l’enquête du Watergate, on a cru qu’il fallait trouver à tout prix le «smoking gun», le «pistolet fumant» démontrant sans le moindre doute la culpabilité du Président Nixon; dans la pratique, cela ne s’est pas produit, et Nixon a quand même été forcé de démissionner. On se pose la même question dans le cas de Trump, et à mon avis la réponse ultime sera la même: pas besoin de «smoking gun», l’accumulation des preuves circonstancielles et des témoignages concordants suffira.
E) Lorsque Nixon a congédié le procureur spécial Archibald Cox, il croyait étouffer l’enquête et le scandale, alors qu’en réalité cela n’a fait que relancer la curée contre lui. Il est de plus en plus clair que Trump envisage de suivre le même chemin face au procureur d’aujourd’hui Robert Mueller... avec probablement le même résultat.
F) La grande différence entre les deux scandales est que le système judiciaire et le Congrès de l’ère Nixon étaient beaucoup plus divisés et moins soumis à l’influence de la Présidence que ne le sont les trois majorités conservatrices actuelles au Sénat, à la Chambre et à la Cour suprême. Le danger que les contre-pouvoirs traditionnels se prêtent au jeu d’une perversion du système politique est nettement plus réel maintenant. C’est d’ailleurs ce que traduisent de nombreux appels angoissés récents à la défense du régime démocratique, des appels qui n’avaient aucun équivalent dans les années 1970.
G) En échange, la forte majorité des grands médias d’information contemporains et les organismes d’enquête sont beaucoup mieux équipés que leurs prédécesseurs d’il y a 45 ans pour rechercher la vérité des faits et la faire connaître... et ils semblent nettement plus résolus à le faire, à quelques exceptions près.
H) La naïveté coupable des Démocrates dépasse toutes les bornes. Non seulement ils ont refusé de voir à quel point leur propre candidate Hillary Clinton était peu crédible et vulnérable, non seulement ils n’ont pas admis que leurs électeurs (et une bonne partie des voteurs indépendants) étaient prêts à basculer à gauche pour Bernie Sanders — ou pour tout candidat opposé à l’establishment, mais encore ils ont sous-estimé autant la duplicité vicieuse de Donald Trump que le profond ras-le-bol d’une citoyenneté bien plus consciente que son élite de la détérioration de l’état social et économique du pays. Et rien n’indique qu’ils en sont plus conscients maintenant.
I) Enfin, connaissant le patriotisme étroit et le moralisme rigide des milieux conservateurs traditionnels américains, le fait que l’équipe de Trump se compose en bonne partie de personnages pour le moins douteux et n’ait aucun scrupule à faire appel à une puissance étrangère détestée pour parvenir à ses fins risque de jouer, à terme, contre le Président. Il suffira probablement que ce dernier trébuche une fois de trop dans ses efforts pour imposer les mesures sociales et économiques rêvées par ses partisans pour qu’il se produise dans leurs rangs déçus un retournement brusque et brutal qui pourrait le déboulonner.