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23 juin 2024

Ma Semaine des quat’jeudis

Jeudi, j’ai joué au couche-tard, transformant un court épisode de divertissement sportif en une longue et fatigante expédition style «quat’jeudis dans une seule journée», peu indiquée pour un jeune homme de mon âge.

J’ai quitté mon douillet mais solitaire appartement du LUX Gouverneur vers 14h30 pour me rendre à une «taverna» (style grec ou ibérique) dans un sous-sol de la rue St-Denis avec l’unique intention (1er jeudi) de regarder le match de football Italie-Espagne sur grand écran dans l’atmosphère plus chaude et conviviale d’un groupe d’aficionados… mais une fois arrivé, j’ai appris que la cuisine d’Ibericos demeurait ouverte toute la journée pour l’occasion et me suis laissé tenter (2e jeudi) par de délicieuses tapas: croquettes de jamon serrano, pan amb tomate, oeufs brouillés à la diable avec papas bravas, truffes noires, chorizo, etc. et deux ou trois chopes de bière Estrella – un vrai lunch espagnol à l’heure espagnole!

La partie de foot s’est avérée plutôt décevante (1-0 Espagne) mais j’ai découvert que j’avais comme voisins de table deux amateurs de beaux-arts dont un ancien copain d’Armand Vaillancourt et Serge Lemoyne, qui m’ont entraîné ensuite (3e jeudi) au Centre culturel du Plateau sur Mont-Royal pour une expo de tableaux «XL». Les oeuvres y font souvent preuve d’une grande virtuosité technique, mais sans profondeur perceptible (pour moi, du moins) de contenu; au fond pas vraiment mon genre, mais le public jeune et d’âge moyen était nombreux et critique, donc ce n’était quand même pas sans intérêt. 

En cherchant un taxi vers 1930h pour rentrer sagement chez moi, je me suis égaré dans le tout proche Quai des Brumes (bière  blanche incluse, et 4e jeudi) où un quatuor de  musiciens trentenaires et sympas, encadrés d’une escouade de jolies femmes, préparait un concert de jazz swingant qui m’a incité à rester jusqu’à la fin des deux sessions. Retour au LUX loin passé minuit plutôt qu’avant 18h comme prévu, et maux de tête  garantis le lendemain…


27 mars 2024

Montagnes russes… à l’Italienne

Pour me consoler que ma hanche droite fasse des siennes et m’empêche de voyager du moins à court terme, j’ai puisé dans mes souvenirs de nos époques de vache maigre, pour reproduire un des repas de «comfort food» inventés par mon irremplaçable Azur: un gros bouillon parfumé d’un quart d’oignon, de persil, de romarin, de cuillerées de pesto et de chili sec, qu’on écume pour y plonger aussitôt une bonne poignée de spaghettis pendant sept minutes, tandis qu’on râpe une demi-livre de cheddar vieux. Vider la marmite, y jeter un quart de tasse d’huile d’olive et deux gousses d’ail écrasées, et y reverser les pâtes al dente en mélangeant à feu élevé pendant deux minutes. Servir dans des assiettes creuses en couvrant de bonnes pincées de fromage odorant et déguster jusqu’à ce que les plats soient pratiquement nets – vous ne pourrez pas vous en empêcher –, avec un verre de sangiovese. Ça, c’est quand on était fauchés; comme je ne le suis plus, j’ai coiffé le tout sans le moindre remords d’un double espresso Lavazza de luxe, «corrigé» d’un ballon de grappa Poli Cleopatra. Dur, la vie.

24 mars 2024

Un dimanche comme les autres?

Un dimanche bien ordinaire, où Montréal continue sa valse-hésitation entre l’hiver et le printemps. Le menu de la salle à dîner du LUX est sans intérêt (comme trop souvent), idem celui de la télé. Grand Prix vroum-vroum en Australie, embrouilles financières de Trump sur CNN, 3e manche d’un tournoi de tennis so-so à Miami. Mais pendant que je regarde le Torontois Shapovalov se battre lui-même face à ché-pus-qui, on annonce la venue d’un de mes vieux favoris, l’Écossais Andy Murray contre un jeune tchèque en pleine ascension, Tomas Machac. Mieux que rien. Un regard dans l’armoire aux provisions s’accroche sur un paquet de lasagnes vertes qui doivent traîner là depuis des années. Mieux que rien, bis. Avec une sauce alfredo en bocal, quelques tranches de mozzarella, un rien de jambon et d’ail et une couche de parmesan râpé pour gratiner, pourquoi pas?

Pendant que la lasagne niaise dans le four (200°C, 25 minutes), je sirote un deuxième gin-tonic, un oeil blasé sur Miami qui transpire sous un ciel grisonnant. Et tout-à-coup, ça devient palpitant. Murray et le tchèque s’échangent des coups fumants avec un acharnement superbe – et presque pas d’erreurs, ce qui est rare de nos jours. Le temps que ça sente drôlement bon dans la cuisine, ils ont chacun gagné une manche serrée (7-5). Ce qui aurait dû être rivalité de routine se transforme en un superbe pas-de-deux d’une étrange harmonie qui me rappelle la grande époque des McEnroe, Navratilova, Federer et cie. 

Je profite de l’entre-acte pour sortir le plat du four et le transférer dans une assiette déposée sur un plateau de bambou avec un verre de rouge… Retour au match, où le Tchèque, astucieux et plus énergique, mène 5-2 contre un Andy quasi quadragénaire qui serre les dents dans une grimace opiniâtre: la fin est proche. Mais oups et double oups! La première fourchettée de lasagne qui a bien oublié sa date de péremption est un pur délice fondant d’une douceur toute florentine, tandis que le tennisman écossais «vintage» se découvre une seconde jeunesse et multiplie les coups d’éclat – imité par son jeune rival un moment décontenancé. Le temps de déguster religieusement mon chef-d’oeuvre culinaire improvisé, ils en sont à 6-6 au bris d’égalité du 3e set d’un des meilleurs affrontements que j’ai vus depuis le mémorable Wimbledon  de 2009. Murray perd à la fin… mais c’est inévitable pour un chant du cygne, non?

Un dimanche comme les autres? Pantoute!

17 juin 2019

La vie à bord du Bum chromé...

Une seconde semaine à bord beaucoup plus dynamique. Dimanche soir, un des restos du front de mer offrait un spectacle «live» d’un couple chanteuse-guitariste mélangeant vieux favoris (Piaf, Nicoletta, Dassin) et blues plus récent (Tom Watts), nous avons grimpé sur le skybridge pour y assister à distance.
Lundi, nous avions planifié divers magasinages... oubliant qu'en territoire français «laïque», le lundi de la Pentecôte est férocement férié. Donc, repos forcé.
Mardi, branle-bas de combat à bord, deux techniciens ont débarqué dans la matinée pour rafistoler le système électrique un peu défaillant. Midi venu, Twiggy et moi avons réussi à convaincre Azur de l'attrait gastronomique des «pierrades» de l'Annexe voisine; nous avons sorti le fauteuil roulant (loué à la pharmacie du coin) et sommes allés déguster des aiguillettes de canard et de la cuisse d’agneau grillées sur des pierres chaudes, une (bonne) idée sans doute inspirée de la cuisine coréenne. Ensuite, Azur, qui n’avait quasiment pas voulu bouger du bateau pendant huit jours, a décidé qu’elle en avait assez «d’être enfermée à bord» et le taxi Rodolphe est venu nous prendre sur la marina pour une balade le long de la Côte Atlantique.
Une fois rendus au Vauclin, nous avons pensé qu’il n’y avait pas si loin jusqu’au lotissement près du bourg du François où habite le cousin Daniel. Nous sommes donc allés le surprendre dans sa jolie maison pratiquement rétablie des affres de l’inondation qui, au début de l’année dernière, avait dévasté le jardin fruitier et potager, défoncé le solarium vitré et projeté la voiture vers les rochers du bord de mer.
La cousine Edmée, convalescente d’un AVC récent, dormait, mais Daniel était tout heureux de nous accueillir, il a sitôt sorti le rhum (un bon LaMauny vieux) qu’il garde strictement pour «la visite», ni lui ni sa femme ne consommant d’alcool. Sortant de chez lui, nous nous sommes arrêtés au plus proche grand magasin Carrefour pour effectuer les courses prévues la veille avant de rentrer au Marin dans une heure de pointe somme toute civilisée.
Mercredi, Raymond Marie devait m’emmener avec Twiggy au Nouveau Centre commercial de Ducos où se trouve la seule boutique martiniquaise vendant des produits Apple; au moment de partir, Azur se pointe: «Je vais avec vous»… mais la deux-portes sportive de Raymond est incapable d’accommoder quatre adultes plus un fauteuil roulant. C’est donc encore une fois Rodolphe qui vient nous chercher, disant que «de toute façon, on trouvera bien à manger à Ducos, au Centre commercial». Penses-tu! Y’a que des salades, pizzas et autres hamburgers dignes d’un shopping center USA!
Heureusement nous dénichons in extremis – il est bientôt 15h – un charmant et délicieux poly-asiatique (chinois, thaï, viet et nippon), le Nagoya, dont exceptionnellement toutes les cuisines sont bonnes: nos choix combinent avec bonheur nems, crevettes tempura, pieuvre au sel de mer et boeuf en ragoût d’aubergines.
La météo de la semaine s’annonçant capricieuse, nous reportons à plus tard la sortie en mer envisagée et nous contentons de flâner à bord et sur les pontons voisins jusqu’au week-end. Heureusement, j’ai trouvé à Ducos un chargeur pour mon Apple Watch et un «hub» USB3 pour le MacBook Air dont le manque de connectique me fait rager. De plus, Mme Labelle du LUX Gouverneur me confirme qu’elle m’a expédié (à prix d’or plus) mes iPhones (canadien et français) oubliés sur ma table de travail montréalaise au départ dimanche dernier. En attendant, notre seul moyen de communication est le vieux portable rachitique et pratiquement illisible que nous avons retrouvé au fond de la valise d’Azur, mais sur lequel le répertoire téléphonique est vierge! Ah! La technologie…
Samedi soir, re-spectacle (mélange souk-rock’n roll cette fois) contemplé du haut du skybridge, d’où il nous faut dégringoler en catastrophe quand survient une de ces courtes mais brutales averses typiques de la saison. Nuit bercée par quelques coups de vent et tambourinages de pluie sur le pont de la coque tribord au-dessus de nos têtes.
Hier dimanche, dans l’éclaircie qui survient en fin d’après-midi, nous repartons sur les pontons pour un apéritif suivi de tapas au «Numéro 20», le bar chic et confortable que le copain Bernard du Ti-Toques a installé à l’étage de la nouvelle marina, face à la Capitainerie. Très bon planteur, Campari correct (on finit par «se tanner» du rhum si bon soit-il, hein!) et une superbe assiette de dégustation fort variée: foie gras sur toast, accras de morue, nems, cassolette de fruits de mer, chorizo, tartiflette, samosas, etc. dont nous ne viendrons même pas bout.
Retour à bord paisible dans le début d’une nuit tropicale baignée de clarté lunaire…

08 juin 2019

Les Bums chromés sont repartis!

Après de longues hésitations et quelques péripéties médicales, nous nous sommes rembarqués dimanche matin pour un de nos habituels périples triangulaires d'au moins deux mois: Montréal-Le Marin-Montpellier-Montréal.
Aux (toutes) petits heures pluvieuses et frisquettes, un sympathique taxi est venu nous prendre au LUX Gouverneur pour nous déposer à l'aéroport de Dorval à peine le jour levé. Assistance impeccable à l'embarquement: deux préposés nous attendaient avec un fauteuil roulant pour Azur et un coup de main pour les bagages; passage prioritaire à l'enregistrement, puis à la sécurité, et moins d'une heure d'attente pour prendre un confortable vol d'Air Canada jusqu'au Lamentin, où nous avons tout de suite été pris en charge par notre chauffeur préféré, le Marinois Rodolphe Bongo, secondé par l'incontournable Twiggy.
Grand soleil sur le ponton H (après trois jours de pluie, dit-on) où nous attend le vieil ami et homme de confiance Raymond Marie, et un Bum chromé en bon état où Henrietta avait impeccablement rangé nos affaires -- vêtements, toilette, cuisine... Même la télé fonctionne (onze chaînes numériques seulement, mais pour la vie à bord, c'est bien suffisant). Les deux frigos sont assez bien garnis (oups! il manque le citron vert pour le traditionnel ti-punch d'arrivée, mais bof!). Fin de journée au ralenti, souper léger au son de la musique syncopée provenant d'un des restaurants sur la rive voisine. La nuit est chaude, malgré un coup de clim' pour rafraîchir la cabine, et il faut nous réhabituer au double matelas de mousse bien différent du lit d'eau montréalais.
Lundi, Azur se prélasse presque toute la journée au lit sauf pour un apéro, une bouchée de poisson grillé et une douche rapide; elle subit le contre-coup de la fatigue du voyage d'hier. Le skipper Ignace, du Diamant, passe en coup de vent pour enfiler trois rhums vite-fait et nous donner ses disponibilités si nous voulons partir en mer (pas avant une dizaine de jours, sans doute).
Mardi débarque Henrietta avec un complément de vêtements, des produits d'entretien, des nouvelles de nos amis... et quelques conseils qu'Azur avale d'abord de travers avant d'en admettre le bon sens. Au menu, accras, thazard frais et gambas flambées au rhum vieux, avec un rosé corse en cubilitre (vinier) fort agréable. Le nouveau technicien à l'entretien, Raymond, vient résoudre deux ou trois petits problèmes: écoulement défectueux de la douche, ampoule brûlée dans notre cabine, un loquet cassé d'une des écoutilles au plafond du carré.
Mercredi, Twiggy prend le relais, alors que Raymond et le cousin Daniel viennent faire le point sur l'état du bateau et des comptes de banque. En soirée, belle surprise: la copine de longue date Véronique Deschamps (née Balaire), veuve de notre vieux pirate d'ami Jean-Marie, se pointe au coucher du soleil, resplendissante de santé et d'énergie malgré ses 70 ans passés. Elle est revenue de Californie vivre (définitivement?) en Martinique, surtout pour se rapprocher de sa fille Alexandra, qui enseigne ici et a épousé un Martiniquais. Alex a fait une difficile fausse-couche et est de nouveau enceinte, sa maman joue les mère-poule et on la comprend.
C'est enfin jeudi et vendredi qu'Azur renoue vraiment avec le rythme de vie antillais: se coucher tôt et se mettre debout peu après le lever du soleil, pour profiter au maximum de l'air (relativement) frais du matin, puis faire la sieste dans le coup de chaleur de l'après-midi. Le comptoir de la cuisine déborde de fruits frais apportés par tous les copains: bananes naines, mangues bien mûres, un joli melon, des maracudjas odorants...
Nous nous délectons des superbes crêpes au saumon fumé du comptoir de l'Annexe, accompagnées par une copieuse salade niçoise et re-rosé corse, le tout couronné de crèmes glacées rhum-raisin. Et dire que ça va être comme ça pendant un mois (soupir...)!

03 septembre 2018

Fin d'épisode

Et voilà déjà que l'épisode Martinique est terminé. Mercredi nous sommes passés à la banque nous assurer que tout était en ordre financièrement pour les prochains mois, puis à l'agence de voyage voisine pour confirmer nos réservations sur Air Caraïbes vers Orly et acheter nos billets de TGV de Paris à Montpellier. Jeudi, visites d'adieu de Philippe Ursulet et Charles Larcher et dernier repas créole «gastronomisé» au Zanzibar.
Vendredi matin, Twiggy et Henrietta sont venus ranger nos affaires et nous donner un coup de main pour préparer les bagages, encore une fois réduits au minimum. À midi, taxi de Rodolphe jusqu'au Lamentin, embrouillamini pour la remise du fauteul roulant et l'assistance-embarquement, suivis d'une longue attente assez orageuse au Salon Madras pour un départ retardé d'une heure. Pour une fois, cuisine décevante à bord malgré les efforts d'un personnel chaleureux. Samedi matin à Orly, autre taxi (un tunisien ultra-loquace) pour la Gare de Lyon, où nous sommes arrivés juste à temps pour prendre le TGV vers Montpellier. En milieu d'après-midi, nous retrouvons enfin l'appartement voisin de la Mairie qu'Ingrid, notre Chilienne de prédilection, nous a douillettement aménagé comme si nous l'avions quitté hier plutôt qu'en juillet de l'an dernier. Grand repos complet...
La semaine dernière, nous avions finalement pris la mer pour une ballade de quatre jours, assez mouvementée. Le nouveau skipper, Ignace, est un Diamantinois d'âge mur, joyeusement porté sur le rhum, qu'il enfile blanc et sec, en-dehors des heures de travail, heureusement. Mardi matin peu avant neuf heures, nous avons largué les amarres pour sortir du Cul-de-sac du Marin et mettre les voiles à l'ouest, poussés vers Sainte-Luce et le Diamant. Beau temps et brise légère, entrecoupés d'averses brusques mais courtes.
À la demande de Marie-José, nous avons longé la plage du Diamant et passé entre le Rocher et la pointe du Morne Larcher. Comme le clocher sonnait midi, nous avons accosté au quai des Anses d'Arlet. Baignade rapide au milieu d'un mélange détendu de touristes et de locaux, puis bon lunch les pieds dans le sable d'une paillotte familiale de bord de plage. Comme Azur ne se sentait pas en forme pour la courte ballade à son village natal, farniente à bord, petit souper et nuit bercée par la houle lente du mouillage bien protégé.
Peu après le lever du soleil, nous avons levé l'ancre par une brise assez surprenante de constance et d'intensité tout le long de la Côte Caraïbe jusqu'à l'anse de Saint-Pierre, où nous avons débarqué juste à temps pour que Twiggy puisse se précipiter au marché faire des provisions de produits frais, de boulangerie et d'amuse-gueule pour le ti'punch du midi.
Une fois ce cérémonial expédié dans les règles, nous avons gravi en taxi les contreforts de la Montagne Pelée jusqu'au grandiose portail bordé de puissants palmiers royaux de la distillerie Depaz, toute de bâtisses d'une élégance ancienne nichées dans des champs de canne vallonneux d'un vert rutilant. Après un bon repas dans un Moulin à Cannes transformé en temple de la gastronomie antillaise, j'ai refait mes habituelles provisions de rhum vieux (millésimes 2002 et XO) et paille, que nous avons ramenées à bord.
La sieste d'après-midi nous a ménagé une fâcheuse surprise: j'ai été tiré de ma somnolence par un piaillement de voix discordantes -- une bonne douzaine d'invités aussi imprévus qu'indésirés, mélange de pierrotins, diamantinois et métropolitains, avaient envahi le cockpit et Azur, avec son incorrigible bonhommie, avait cru bon de leur offrir un verre. Brusquement réveillé, j'ai piqué un crise que Twiggy, diplomate dans l'âme, a déguisée en urgence: «Désolé, mesdames et messieurs, mais le patron vient de se rappeler que le bateau doit appareiller dans quelques minutes pour rentrer dans la Baie de Fort-de-France avant la nuit.» Dix minutes plus tard, nous nous détachions du ponton et, après une courte et vive discussion, décidions de rentrer dare-dare au Marin, quitte à naviguer de nuit.
Paradoxalement, le voyage de retour dans le crépuscule et une obscurité constellée a été un enchantement. Il était près de minuit quand nous avons choisi de ne pas tenter une délicate rentrée, à l'aveugle ou presque, dans la marina, mais de jeter l'ancre pour la nuit sous la falaise du cimetière de Sainte-Anne, où est enterré le père de ma compagne.
Au lever du jour, conciliabule: pourquoi retourner au bercail, alors que la capitainerie ne nous attendait pas avant au moins deux jours? Nous sommes donc repartis vers le sud et l'ouest, doublant la pointe des Salines, l'Ilêt Cabrit et la Table du Diable; après avoir hésité un moment devant la tentation d'une plongée dans le miroitement turquoise des eaux éternellement calmes de la Baie des Anglais, nous avons remonté la Côte Atlantique, longeant le Vauclin protégé par sa ceinture de récifs de corail, pour pénétrer dans le chapelet de petits îles semi-désertes qui enserrent les Fonds Blancs du François et la mythique Baignoire de Joséphine.
Là, nous avons mis l'ancre assez loin du bourg, avec l'intention de rendre visite au cousin Daniel Philémont-Montout. Mais ce dernier étant indisposé, nous avons plutôt expédié Twiggy au restaurant de Leroy Mongins, sur l'Islet Thierry, d'où il nous a rapporté un plantureux déjeûner, pris dans le cockpit après la traditionnelle baignade apéritive sur les fonds de sable immaculés. Re-plongée dans les irrésistibles eaux-miroirs avant le coucher du soleil, puis contemplation béate d'un ciel brillamment étoilé (grâce à l'éloignement de toute agglomération éclairée et malgré une quasi-pleine lune) et sommeil sans histoire.
Vendredi enfin, retour à notre ponton du Marin après une dernière escale face à la plage de Sainte-Anne pour savourer les délices de la Cour Créole, un comptoir de cuisine traditionnelle à emporter dont on nous avait vanté les mérites, avec raison. Et pour mettre un terme agréablement harmonieux à cette virée, Azur et moi nous sommes laissés séduire par une voix «bluesy» un peu rauque qui nous parvenait de la rive dans l'obscurité. Rhabillés à la hâte, nous nous sommes retrouvés attablés devant une pierrade d'agneau de l'Annexe, à écouter, sur les accords d'un bon guitariste barbu grisonnant, une talentueuse chanteuse locale (dont le nom nous a hélas échappé) qui égrenait un répertoire éclectique dans un style à mi-chemin entre notre Marjo québécoise et ma vieille copine folk américaine Melanie Safka.
À la prochaine?

30 septembre 2017

Frustration flamande

(Écrit lundi) Pas de chance cette semaine: je me suis étiré ou déchiré un muscle du mollet gauche en promenade à Rotterdam, le médecin me condamne à trois jours et plus de repos sans excursion. Du haut du bar Galileo, après avoir annulé in extremis la virée prévue à Bruxelles, j'ai été forcé de contempler avec dépit le superbe vieux centre-ville d'Anvers. Il y a le beffroi, la bourse, la cathédrale, les belles maisons à pignon comme dans un tableau de Vermeer... et surtout la façade presque à portée de la main du «Maritime», reconnu comme le divin temple anversois de la moule-frite-bière, où je m'étais juré d'aller faire mes dévotions ce midi. Il va falloir nous contenter de l'ordinaire de bord, avec de l'autre côté du hublot toutes ces jouissances. Merdre!
(Ajouté aujourd'hui) Même frustration le lendemain à Douvres, où nous n'aurons admiré les fameuses falaises de craie que du pont-promenade, à travers un brouillard diffus qui les a rendues encore plus blanches que nature. Moi qui m'étais juré d'aller visiter le puissant château-fort et le Prieuré en haut du cap, des merveilles que je n'avais jamais vues qu'en passant, lors de traversées de Paris à Londres en train.
Heureusement, nous nous sommes repris ensuite à Honfleur où, bravant les ordres du toubib, j'ai franchi en boitillant les 200 mètres qui séparaient notre échelle de coupée de la gare maritime. Là, un agent d'immigration (pourtant français et fonctionnaire!) dont la  barbichette frivole soulignait une gentillesse pleine d'humour a poussé la marchette d'Azur à bon port (aller-retour) jusqu'au stand de taxi voisin, où il nous a fait venir un chauffeur jovial et sa luxueuse Lexus.
Apprenant que c'était ma première visite en Normandie, celui-ci nous a pointés vers l'Absinthe, excellent restaurant en terrasse face au port; Azur s'y est délectée de délicieux rognons en crème aux fèves vertes et champignons (un genre de cuisine qu'on ne trouve jamais à bord, où les abats semblent tabous) et moi d'une somptueuse sole... de Douvres, bien sûr, mais dans une cuisson meunière raffinée dont les Anglais d'en face sont bien incapables. Ont suivi un soufflé au Grand Marnier aux airs de chapeau haut-de-forme et une petite assiette de bleu d'Auvergne, époisses, deauville et reblochon sans peur et sans reproche. Et comme je faisais remarquer au patron qu'il avait oublié d'inscrire sur l'addition la jolie bouteille de gewurstraminer, il nous a remerciés par un chaleureux calva du coin. Dont je me suis par la suite procuré une bouteille chez le premier caviste rencontré.
Le chauffeur est venu nous reprendre à la minute près, pour nous balader au tour d'un bourg de Honfleur grand comme un mouchoir de poche, mais dont le vieux port de pêche incrusté dans la ville et les petites rues tortueuses sont d'un charme fou, avec leurs façades ici de brique, là de bois plein ou de bardeaux (notamment le rustique clocher de l'église Sainte-Catherine), plus loin encore de pierre surmontée de torchis à colombages apparents et aux toits hérissés de pignons fantaisistes.
Je reviens sur la Scandinavie, la Baltique et Saint-Pétersbourg, de manière un peu paresseuse. Ce sont des pays où nous étions passés précédemment avec grand plaisir, mais où nous avions de telles attentes que la déception était sans doute inévitable. J'avais déjà arpenté à satiété les quelques rues d'Alesund à la saveur quasi-victorienne, et même si par exception la célèbre pluie de Bergen s'est fait attendre jusqu'en fin de journée, je m'y suis contenté d'une courte trotte du côté du marché aux poissons, face aux sévères façades des vieilles maisons de bois, vestiges du passé hanséatique de la ville. Ni concert de Grieg, ni téléférique cette fois-ci, et Azur est restée à bord. À Oslo, je rêvais de retourner voir le Parc Vigeland et ses centaines de nus de granit et de bronze, un de mes émerveillements de notre premier passage il y a une dizaine d'années, mais les deux heures de marche (au minimum) que cela demandait m'en ont découragé.
Des trois jours à Saint-Pétersbourg, ne ressortent qu'une très agréable promenade en bateau-mouche à travers les paisibles canaux et les bras de rivière fourmillant d'activité et une bizarrerie reconstatée: Ce n'est pas n'importe où qu'on peut prendre son petit-déjeuner face-à-face avec un sous-marin. Saint-Pétersbourg est sans doute une des seules villes au monde à offrir ce plaisir. Comme je savourais  mon café au miel et mes oeufs au miroir, juste de l'autre côté du hublot de la salle à manger du 7-Seas Navigator, un submersible noir à tourelle allongée, très style «guerre froide 1970», se prélassait au flanc d'un petit navire de guerre rouillé. Et pour ne pas être en reste, un autre sous-marin tout gris, beaucoup plus grand mais d'un genre plus ancien (tourelle à hublots et canon de pont) était amarré au bout du quai flottant où nous étions  accostés, en pleine ville! Lors de notre premier passage ici, je croyais que les sous-marins de Saint-Pétersbourg (j'en avais compté au moins cinq) étaient une bizarrerie temporaire, mais dix ans plus tard, ils y sont toujours... et je soupçonne même que certains sont les mêmes que jadis..
Riga, capitale de la Lithuanie, aura été une des belles surprises du voyage. Ne sachant comment faire venir un taxi au port de croisières, nous avons joué d'astuce en allant prendre un verre à bord d'un restaurant flottant voisin, dont le barman polyglotte et fanatique de jazz classique nous a ensuite fait venir un sympathique jeune chauffeur qui parlait un anglais fort acceptable. Paavel nous a trimballés pendant près de deux heures dans tous les coins d'une ville de taille moyenne animée et chaleureuse, à l'architecture variée (mélange étonnant de slave médiéval, de germanique de la Hanse, d'art nouveau élégant du tournant du 20e siècle, de soviétique stalinien et d'ultra-moderne), des deux côtés de la large rivière que franchissent trois ponts. Tout cela pour moins de trente euros au compteur — plus un pourboire bien mérité!
Nous avons à regret fait l'impasse sur Szczecin la Polonaise pour cause de mauvais temps et de fatigue intermittente, nous sommes contentés d'un tour de taxi dans l'allemande Bremerhaven, et nous sommes risqués dans une excursion officielle du bateau à Rotterdam. Laquelle est surtout remarquable comme exemple d'une reconstruction à peu près totale après sa destruction à 95% d'abord par les Allemands puis par les Alliés entre 1940 et 1945. Ville presque toute contemporaine, donc, où ne surgissent ici et là que quelques pâtés de maisons et quais de pêcheurs «oubliés» par les multiples bombardements. C'est justement dans un coin du pittoresque vieux port que je me suis bousillé le mollet gauche. Je me demande si ça en valait vraiment la peine!

11 septembre 2017

Ballade en mer... houleuse

Arrivée cahoteuse ce midi à Helsingborg, Suède. Même protégée par un long brise-lames, la zone portuaire demeure agitée de vagues écumantes et balayée d'un fort vent. Nous accostons avec près de deux heures de retard (dû au traitement prioritaire accordé par les autorités à un cargo en difficulté) et une fois à quai, le 7-Seas Navigator demeure secoué par le ressac.
Il fait gris et pluvieux, et comme l'escale n'a rien d'exceptionnel (c'est surtout le point de jonction avec le voisin danois, Helsingbor, à 2-3 km par traversier), nous avons décidé de faire l'impasse sur les excursions du jour. D'ailleurs, depuis une bonne semaine, la croisière a pris pour nous des allures de longue ballade en mer, tout juste agrémentée de sorties rapides dans quelques ports.
À Reykjavik, Islande, un taxi d'une grande courtoisie mais à l'anglais rudimentaire (nous aurions dû choisir son collègue d'origine ghanéenne, beaucoup plus explicite) nous a fait faire un vaste tour de la ville, avec des arrêts au musée municipal, à l'immense mais austère cathédrale luthérienne de béton nu, à l'Althing, le «plus vieux parlement du monde», créé en 930, et dans un très joli parc, mais avec bien peu d'explications. J'en ai tout de même profité pour m'équiper d'un minimum de matériel de dessin (acrylique, feutres et aquarelle), qui me manquait cruellement. Trouvé pour Azur une paire de pantoufles de feutre brodées de bleu et blanc d'un confort luxurieux, je m'en veux de n'en avoir pas pris aussi pour moi.
Akureyri, le centre urbain le plus au nord du pays (tout près du cercle polaire), est une jolie petite ville de 18 000 habitants au climat assez tempéré, bien à l'abri au fond d'un fjord. Un centre-ville coquet doté de plusieurs bistrots et terrasses — chose assez rare en Islande — rayonne sur des rues assez abruptes dont les places et les trottoirs forment un extraordinaire musée en plein air de sculptures modernes de très bon niveau, où je me suis promené avec grand plaisir, seul (Azur n'était pas trop en forme) et en partie à pied.
Ballade à pied également à Torshavn, surprenante et avenante mini-«capitale» des Îles Féroé, un des trois «pays» du Royaume du Danemark. Le temps était doux, et la bière Okarra prise avec un demi-sandwich de viande de mouton sur une terrasse de vieille brasserie, excellente; d'ailleurs, nos barmen en ont fait provision sur le bateau, et plusieurs voyageurs l'ont aussitôt adoptée.
Les premières escales norvégiennes, Alesund et Bergen, que nous avions déjà visitées par le passé, étaient affectées d'un temps froid et incertain, peu propice aux sorties — nous nous sommes contentés de les contempler du haut du pont supérieur.
À Bergen, nous devions descendre à terre pour un souper de gala et un concert de piano à la résidence-musée du grand compositeur local Edvard Grieg, mais la brusque averse qui s'est abattue sur le port juste au moment de sortir nous a fait changer d'idée; dommage, car un compatriote de Gatineau qui s'y est rendu nous a dit que le concert avait été très bon et le repas succulent... et que le temps s'était amélioré pendant la soirée.
Tant pis, nous avons quand même dignement célébré le Xième anniversaire d'Azur par un souper au champagne de grande qualité au Compass Rose, la principale salle à dîner du bord. Je vous fais grâce du menu, ma soeur Marie dirait encore que c'est «à faire ch...».
Par contre, j'ai ensuite trouvé le tour de me perdre dans l'écheveau de rues tortueuses et pittoresques de Stavanger où se tenait une vigoureuse foire en plein air... et dans le fascinant dédale des étalages de Sostrene Grene, un immense bazar exotique d'accessoires et décorations domestiques qui mélange des productions artisanales locales élégantes et peu coûteuses avec des montagnes d'importations de tous les coins du monde. Je suis remonté à bord tout juste à temps pour le départ, complètement vidé par deux bonnes heures de marche.
Ce qui fait que la journée d'hier à Oslo, que nous connaissions déjà, en a été une de grand repos, autant pour cause de fatigue que d'averses brusques et violentes. Je regrette seulement de n'avoir pas pu retourner au Parc Vigeland, le quasi monstrueux chef d'oeuvre du plus grand sculpteur norvégien, qui y a semé des centaines de massives statues de granit et de bronze dépeignant pratiquement toutes les étapes et variétés de la vie et de l'expérience humaine. Nous y avions passé une bonne demi-journée à notre précédent passage, mais ce n'était pas assez pour moi.
Nous avons d'abord été soulagés de voir que le féroce ouragan Irma a dévié vers le nord, épargnant Martinique et Guadeloupe... puis atterrés des dégâts et des pertes de vie qu'il a causés à Saint-Martin, Saint-Barthélémy, Barbuda et maintenant en Floride. Décidément, la saison des tempêtes 2017 aura été une des plus dramatiques de l'histoire récente.

31 août 2017

De préhistoire en gastronomie

Le fjord que nous avons parcouru hier matin, à la pointe sud-est du Groënland, avait quelque chose d'une plongée dans la préhistoire.
Je me suis éveillé peu après huit heures, et croyant que nous étions en haute mer (pas d'escale dans la journée), j'allais me renfoncer dans mon oreiller quand une soudaine variation dans la lumière filtrant à travers les rideaux de la cabine a piqué ma curiosité. J'ai ouvert la fenêtre sur ce qui était non pas un lointain horizon marin, mais la vue toute proche d'une gigantesque falaise de rochers en camaïeux de gris et ocres, sculptés par le vent, la neige et le ressac, avec ici et là des traces de végétation poussive. Une large fente dans la montagne laissait voir au loin des pics aigus partiellement couverts de neige, entre lesquels rampait un vaste glacier bleuâtre.
Fasciné, j'ai réveillé Azur qui, après avoir grogné pour le principe, s'est dressée pour jeter un coup d'oeil... et a prestement sauté en bas du lit.
Cinq minutes plus tard, malgré le temps frisquet, nous étions assis, emmitouflés en robe de chambre, sur le balcon à contempler un spectacle d'une splendeur unique. Contrairement aux fjords norvégiens bordés de bourgs et de cultures prospères et aux canaux de l'archipel de Patagonie parsemés d'épaves de navires, marqués de bouées et dont les ravines sont souvent occupées par des villages de pêcheurs, ici on ne voit aucune trace de passage humain, comme si nous nous trouvions sur une planète hostile et inhabitée.
Les échancrures profondes succèdent aux sombres caps abrupts, avec des échappées sur des chaînes mauves de montagnes crénelées tachetées de blanc éclatant, le tout baigné par une mer calme aux tons de lapis-lazuli. De plus en plus fréquemment, nous croisons des squelettes fantastiques d'icebergs au dernier stade de la fonte, dont les formes blanches et turquoise clair font songer à des oiseaux et animaux mythiques. Dès que le soleil frappe les rochers, les coulées de neige se transforment en cascades rutilantes qui gambadent et rebondissent dans des sillons creusés presque à la verticale dans la montagne pour faire briller les grosses roches luisantes de la rive qu'elles transforment en joyaux.
Soudain, incongru dans cet univers minéral, un détour du fjord nous dévoile un minuscule village sans doute inuit: une trentaine de maisonnettes de couleurs vives nichées dans un repli de la falaise qui les surplombe, menaçante. Dix minutes plus tard, cette seule trace de vie humaine disparaît derrière nous comme si elle n'avait jamais existé.
Des deux derniers mouillages, Paamiut et Qaqortok, pas grand chose à dire: deux villages de pêche d'environ 3000 habitants aux habitations multicolores; au premier, le temps était gris et la mer maussade, peu de passagers ont pris la peine de prendre les navettes qui devaient nous amener à terre. Au large du second, il faisait plus doux et plus ensoleillé, mais après une demi-heure à flâner dans les quelques rues pentues, la plupart d'entre nous sommes retournés à bord.
Pour nous consoler hier soir, voici le menu que nous offrait le restaurant principal:

Entrées:
Caviar sibérien
Tempura d'avocat avec aioli
Consommé célestine
Crème de champignons rôtis aux truffes
Jardinière de petits légumes verts, vinaigrette à la moutarde

Pâtes:
Capellini alla emilio (tomates, artichauts, mozzarella)
Risotto de homard au vin blanc persillé

Plats:
Cannelloni aux épinards et ricotta grattinés
Filet de perche rôti, spaghetti en bouillon aux noisettes
Boeuf wellington en feuilleté avec duxelles de champignons, sauce au shiraz, pommes fondantes
Poitrine de poulet en croûte de parmesan, farcie d'ail caramélisé sur capellini au coulis de tomates
Homard thermidor de Floride (langouste), riz au jasmin

Desserts:
Fromages: manchego, bleu danois, camembert, gruyère, provolone
Sorbet: champagne et cointreau, yogourt glacé au citron
Glaces: coco, dulce de leche, vanille, chocolat, fraise, mangue
Bombe alaska glacée, sauce à la framboise
Volcan de chocolat de Papouasie, lave de fruit de la passion
Tartelette au citron, crème de pistaches

Ça se passe de commentaires...

30 juin 2017

Barracuda en barbecue

Il fait un temps idéal pour une balade en mer au large de la Martinique, sans doute, mais à moteur! Pour la voile, «pétole» comme disent les marins d'ici: pas un souffle de vent dans un ciel où flânent quelques touffes d'ouate, sur une mer d'huile à peine ondulée d'une houle que la météo mesure généreusement à 20-40 cm; le gennaker habituellement fier et bombé pendait tout flasque au grand mât, il a fallu l'enrouler. Nos deux diesels Volvo neufs ronronnent, pépères, à six noeuds de vitesse, en arrière-plan du nouveau disque de Michel Robidoux dont j'ai écrit une des chansons.
Tout à coup, en tournant péniblement la pointe du Carbet pour mettre le cap vers un Saint-Pierre écrasé de soleil malgré les éternelles nuées qui panachent la Montagne Pelée, un brusque sifflement trahit le raidissement de la ligne de pêche qui traîne loin derrière le Bum Chromé. «Poisson!» hurlent en coeur nos deux équipiers. Comme tout bon marin antillais, le capitaine Marco et son second Charles dit Twiggy lâchent tout ce qu'ils sont en train de faire et foncent sur la canne fixée au garde-fou arrière, laissant le bateau se débrouiller comme il le pourra. Entre la passion de la pêche et la sécurité en mer, on sait qui va gagner à tout coup. À leur décharge, ils savent que je suis là pour mettre la main sur la barre au besoin et zigzaguer entre les bouées quasi invisibles marquant les casiers de pêcheurs et celles, plus costaudes, qui coiffent quelques épaves coulées lors de la tragédie de 1902. Ce qui ne m'empêche pas de tourner souvent les yeux vers ce qui se passe sur la jupe tribord arrière.
Il est vite évident que notre visiteur et éventuelle prise est tout autre chose que les habituels thazard ou daurade plutôt résignés. Ce qui tend la ligne à sa limite plus de cent mètres derrière nous se débat avec une férocité qui le fait jailler par moments à près d'un mètre au-dessus de l'eau, la queue vigoureusement arquée dans un fouettement d'écume. Même Azur, peu portée sur la pêche, suit la bataille de près.
Il faut pas loin d'un quart d'heure pour fatiguer la bête, avec la peur constante de la voir casser la ligne et s'échapper, et pour l'amener à portée de la gaffe de Twiggy tandis que Marc active avec force le moulinet; une dizaine de solides coups de maillet suffisent à peine à l'étourdir une fois hâlée sur la jupe arrière puis sur le sol du cockpit.
Avec jubilation, nous contemplons le fruit de nos efforts, un superbe barracuda qui fait sans doute un mètre cinquante et une douzaine de kilos; il a une tête étroite mais plus longue et plus haute que ma main, trouée de deux yeux noirs de la taille d'une pièce d'un euro et fendue d'une vaste gueule portant une dizaine de crocs bien pointus.
Aussitôt, le programme que nous avions fixé pour le reste de la journée prend le bord et le plancher prend des airs d'étal de poissonnier, inondé de sang et semé d'écailles translucides et luisantes. Il est vite apparent que notre capture dépasse la capacité même des plus gargantuesques de nos appétits et qu'il faut penser à la partager en trois ou quatre repas. En combien de pièces la débiter, et de quelle épaisseur? On fait quoi de la tête et de la queue? Cuisson en blaff épicé, en court-bouillon classique ou barbecue sur charbon de bois avec sauce piquante?
Après un débat acharné, nous convenons qu'une chair si fraîche mérite les honneurs de la grillade la plus immédiate; d'autres formules culinaires suivront les prochains jours. Sitôt à quai, Twiggy et moi nous précipitons vers le marché voisin pour nous procurer les condiments et accompagnements appropriés — nous savons d'expérience que les maraîchers, fruitiers, épiciers et bouchers saint-pierrais ont tendance à ranger leurs étalages dès la grosse chaleur du midi arrivée. Nous survenons juste à temps: à peine avons-nous acquis les portions d'accras de morue, légumes créoles, oignons pays et piments requis, ils sont déjà en train de fermer boutique.
Pendant notre absence, le skipper a passé le plancher du cockpit à la grande eau et mis en marche l'allumage du barbecue au charbon de bois. C'est finalement peu après 14 heures que nous pouvons nous mettre à table devant le plus appétissant des menus: des accras arrosés de ti'punch ou de porto blanc, puis une montagne de darnes de barracuda dorées à point, accompagnées d'une sauce bien piquante, d'une purée parfumée à l'oignon vert, de lentilles et d'une salade laitue-tomates. Sans compter un petit rosé de Saint-Tropez venu échouer, qui sait par quel hasard, dans un marché de la Caraïbe.
C'est seulement huit jours après notre arrivée de Montréal au Marin que nous avons pris la mer, presque contraints et forcés: en fin de semaine dernière, le cadet des frères Jean-Joseph, patrons de la Marina, est venu nous avertir que plusieurs des pontons du port de plaisance, dont le nôtre, seraient bouclés pendant deux jours ce week-end à cause d'un grand concert (payant) des musiciens du mythique groupe Kassav. Il nous donnait le choix de partir nous balader ailleurs, ou de transférer temporairement notre résidence flottante vers un autre amarrage, plus éloigné et moins confortable.
Nous avons donc quitté le port mardi trois jours après la Saint-Jean, avec notre équipage habituel. Ne sachant pas trop comment notre santé allait répondre au changement assez brusque de régime de vie (Azur relevant d'une phlébite qui la laissait plutôt flageollante sur ses jambes et moi d'une opération de la cataracte sans compter de nouvelles douleurs d'arthrose au bas du dos), nous avons choisi de ne pas nous aventurer au grand large, malgré une grosse envie de revisiter les Grenadines au sud, mais de nous contenter de cinq jours d'un nonchalant cabotage en suivant la Côte Caraïbe de l'île.
Première étape agréable et sans histoire, la transversale tout au long de la façade sud de la Martinique, du cul-de-sac du Marin au Rocher du Diamant, par beau temps et vent arrière, puis la brève remontée jusqu'à la plus petite et la plus pittoresque des Anses d'Arlet. Quatre heures de plaisir facile, le temps de retrouver le pied marin et de renouer avec le rythme bien particulier de la vie sur un voilier — que nous avions quitté, il faut le rappeler, il y a presque un an et demi.
Là, comme nous n'arrivions pas à joindre les amis du Diamant qui devaient venir nous chercher au quai pour permettre à Azur son habituel pélerinage sur le tombeau familial du cimetière local, nous avons décidé de nous contenter d'une trempette dans l'eau vert pastel sur fond de sable blond de la plage puis de nous prélasser à bord, en nous contentant d'un repas (plutôt médiocre, hélas) que nous sommes allés chercher dans un restaurant du bourg voisin.
Doux et mélancolique souvenir, c'est sur cette même plage — qui n'a pas changé d'un iota — qu'il y a quarante ans nous avions terminé une soirée mémorable avec Gilles Vigneault et notre vieux copain un peu pirate, Jean-Marie Deschamps, aujourd'hui disparu. Ce dernier avait ouvert dans les collines derrière le village un bar-restaurant, le California Saloon, qui connaissait un vif succès. En allant l'y retrouver, j'ai croisé Claude Fleury, l'alors incontournable secrétaire de Vigneault: «Leclerc? Quoi qu'a fait là?» - «Et toi? Es-tu ici avec Gilles?» Il s'est avéré que oui: Vigneault était en vacances avec sa femme Alison et leurs jeunes enfants dans une villa louée aux Trois-Îlets voisins.
Illico, nous avons pris rendez-vous pour nous retrouver au souper chez Deschamps, où la maîtresse de maison Véronique (que nous avions présentée à son mari quelques années plus tôt à Montréal) nous a concocté un véritable banquet à la créole, somptueusement arrosé. Alison et les enfants étant rentrés se coucher, nous avons continué avec Vigneault une de ces longues conversations à bâtons rompus dans lesquelles il brille de tous ses feux et dont j'avais l'habitude depuis nos premières rencontres à Québec quand j'étais étudiant et lui, prof de collège. Inévitablement, ça s'est complété sous les étoiles passé minuit, tous assis à l'indienne sur le sable de la Petite Anse, la plupart du temps avec une bouteille de vieux rhum entre les jambes et une chanson québécoise aux lèvres... Mais revenons au temps présent.
Le lendemain mercredi, nous avons levé l'ancre un peu tard pour la courte étape jusqu'aux Trois-Îlets. L'idée était de flâner en route, explorant les jolies criques (Anse noire, Anse blanche) qui creusent la côte et le voisinage de l'Îlet Ramier, lieu fameux de plongée et rendez-vous des dauphins et des baleines. Mais le temps a refusé de coopérer, ne nous offrant qu'une série quasi ininterrompue d'averses parfois violentes, parfois plus calmes mais d'une densité bien tropicale. Pour «admirer» le paysage filtré par un rideau gris de pluie, pas d'autre choix qu'en maillot de bain, frissonnant sur le skybridge mal protégé, ou à l'abri du cockpit avec ses rideaux semi-transparents plastifiés.
La météo a aussi contribué à bloquer le reste du programme de la journée, qui consistait à nous délecter d'un repas gastronomique dans un des bons restos du quartier touristique, de préférence en compagnie du couple antillais-québécois Léna et Jean-Marie, qui habitent tout près à l'Anse-à-l'Âne. Pour le resto, il a fallu nous contenter du Bodlamer, table de l'hôtel Bambou qui a l'avantage d'être située à quelques pas du quai, mais dont la qualité a pâti depuis notre dernier passage il y a deux ou trois ans. De plus, Léna et Jean-Yves étaient au boulot dans la journée, et le soir hésitaient à braver le mauvais temps pour nous retrouver à bord, d'autant plus qu'ils en sont aux dernières étapes des préparatifs d'un prochain déménagement définitif de la Martinique au Québec. Rencontre donc remise.
Heureusement, jeudi matin s'est levé dans les roses et les oranges d'une aube radieuse, reflétés par une mer calme comme le proverbial miroir. Même sans vent, l'étape vers Saint-Pierre s'est déroulée dans la plus grande bonne humeur, pour atteindre son sommet dans la pêche au barracuda décrite ci-dessus...
En passant, nos inquiétudes sur la santé étaient vaines: les yeux ex-cataractés protégés par des lunettes de soleil adéquates se portent très bien et dans le jour, les plaisirs actifs de la voile tendent à me faire oublier le mal de dos; quant à Azur, l'air de la mer et le soleil-pays lui font retrouver une rassurante seconde jeunesse — même si dans ses moments de grogne, elle s'en défend, car elle adore qu'on la soigne aux petits oignons!

05 décembre 2009

Charlebois, champignons et Coupe Grey

(5 décembre 2009) Faut que je réveille le blogue au moins le temps de vous parler de la soirée exceptionnelle d'hier. Vous allez me dire que ça n'a rien de bien original, pourtant: nous avons redécouvert Charlebois!
C'est Ingrid Saumart qui, pour fêter nos deux anniversaires avec un temps de retard, nous a invités avec la copine de toujours Nadia Fauteux (dont le Michel a disparu l'été dernier) à une sorte de "revival" rock de Robert au Théâtre des Variétés sur Papineau.
En route, nous nous sommes arrêtés boul. Saint-Laurent pour une courte visite au salon funéraire où était exposé un autre vieux de la vieille, le cinéaste Gilles Carle, mort en début de semaine. Curieusement, pas grand monde que nous connaissions, et pas grand-monde tout court: Paul Buissonneau, qui gesticule moins mais parle toujours autant, l'incontournable Francine Grimaldi, l'ex-danseuse de Flamenco Sonia del Rio, un ancien photographe de presse dont le nom m'échappe, une Renée Claude presque desséchée… et bien sûr Chloé Sainte-Marie, que nous avions vue la dernière fois que nous avions croisé Gilles sur la rue Sainte-Catherine, il y a quatre ou cinq ans. Funérailles nationales demain matin, on les regardera à la télé.
Rendus à Papineau-Mont-Royal, le Théâtre des Variétés n'a pratiquement pas changé depuis les jours de gloire de Gilles Latulippe. Nous nous retrouvons au premier rang du balcon, vue imprenable sur une collection impressionnante de guitares étalées par toute la scène en bas. Cékoiça?
Sous un seul spot, Charlebois vient s'asseoir et chante "Lindbergh" en s'accompagnant seul au piano, suivi de "Je reviendrai à Montréal". Bien joli, mais est-ce que c'est parti pour un récital intimiste et nostalgique de vieilles tounes?
Pas du tout. Trois musiciens complètement fous viennent l'entourer, il se lève, prend le micro… et miracle! Tout d'un coup, c'est le Charlebois iconoclaste, pétant d'énergie et de rythme des années 68-75 qui resurgit, aux acclamations d'une foule de vieux comme nous et de jeunes qui le découvrent avec stupeur. Azur, elle, est debout et danse sur place. NOTE: La photo, prise du balcon avec un iPhone, est pas géniale, mais bon!
"Garou" (l'original, pas la copie récente) est vraiment en pleine forme. D'abord, depuis que nous l'avions revu brièvement, grognon et bouffi, au lancement du show Calvé-Létourneau-Gauthier sur les boîtes à chansons au printemps, il a littéralement fondu: d'au moins 15 kilos, retrouvant presque sa taille de jeune homme. Ce qui lui permet de retrouver aussi les gestes et les contorsions de jadis, qui appellent en retour l'ancienne voix costaude, syncopée, un peu râpeuse.
Suit un mélange de nouvelles chansons (certaines chargées d'une énergie recouvrée, comme celle sur l'avènement de ses 65 ans!) et des vieux tubes dont la plupart n'ont pas pris une seule ride: "Egg Generation" de Marcel Sabourin, "Vivre en ce pays" de Calvé, le "Tout écartillé" du premier show parisien à l'Olympia, "les Ailes d'un ange" (repris en choeur par la salle), "Dolorès", "Chus d'dans", "Ent'deux joints" et j'en passe.
Après l'ovation debout, méritée, il revient en douceur avec le "Marie-Noël" écrit avec Gauthier, l'inévitable "Ordinaire" de Mouffe, et une nouveauté sur la mort et le couple, à partir d'un texte de… Saint-Augustin. Sacré Robert, et sacrée soirée!
La vie depuis notre retour à Montréal a été plutôt calme, marquée surtout par une géniale "mycolade" à Saint-Roch de l'Achigan que nous ont offerte Marie et Jean, et à laquelle est venu se joindre in extremis le neveu Mathieu.
C'est ma soeur qui a découvert ces "Jardins Sauvages" entourant une vieille maison transformée en auberge, le long d'une rivière traversée par un pont suspendu qui oscille vertigineusement au moindre pas. Coup de chance, nous y arrivons par un dimanche ensoleillé du début novembre, en plein été indien (très) tardif. Table face à une fenêtre ouverte sur le jardin et la rivière, service un peu amateur mais chaleureux, rencontre sympa avec la patron François Brouillard et la chef Nancy Wilson, toute petite et vive.
Suit un menu somptueux, digne d'un temple gastronomique et entièrement basé sur les champignons, depuis la marinade en hors-d'oeuvre, en passant par une fabuleuse soupe crémeuse, des ravioles fondantes, pintade ou chevreuil aux chanterelles, etc. Jean avait choisi judicieusement une collection de belles bouteilles (c'est un "apportez-votre-vin"), dont un surprenant riesling canadien du Niagara et un magnifique châteauneuf-du-pape, auquel j'ai ajouté au dessert un tokay hongrois '94 6-puttyonos aux arômes de prune sèche, de fleurs d'automne et de vieux caramel, qui m'avait été recommandé par l'ex-premier ministre Jacques Parizeau en personne et que je gardais précieusement pour une telle occasion. Pas gourmands pour un sou, les Leclerc.
Il faut dire que nous avons eu un mois de novembre quasi magique. L'été indien sur lequel nous comptions en octobre s'est bien laissé désirer, mais il s'est enfin pointé à la Toussaint et s'est prolongé jusqu'au beau milieu du mois. Pas aussi chaud que d'habitude mais qui va cracher sur des 12-15 degrés sous un soleil doux et filtré, mais omniprésent, quand normalement nous aurions dû geler?
Nous en avons profité pour quelques promenades et deux spectacles bien agréables. Je devais aller voir une de mes vieilles idoles, le bluesman anglais John Mayall, avec Piazza, mais la santé capricieuse de son Andrée lui a fait déclarer forfait. C'est donc Azur qui m'a accompagné par défaut, un peu à son corps défendant, mais à sa propre surprise elle a bien aimé le mix de vieux tubes classiques des années 60 et de blues "dirty" plus récents.
Mais c'est Geneviève Jodoin, la choriste de l'émission Belle et Bum, qui nous en a mis plein la vue lors de son premier récital en solo à l'occasion du lancement de son disque "G". La salle intimiste de l'Astral, face au trou laissé par le défunt Spectrum, était surtout occupée par des parents et des copains de l'artiste (nous partagions une table avec sa cousine). Cette fille a une voix remarquable, mélange de puissance et d'émotion raffinée, et les chansons qu'elle écrit lui vont comme un gant. Ce qui ne l'empêche pas de chanter d'autres auteurs (normal, comme ex-choriste d'une grappe d'auteurs-compositeurs), le plus imprévu Plume Latraverse, qui lui a écrit une très jolie mélodie, aux antipodes de ce qu'il chante lui-même par le ton, mais fidèle par l'esprit.
Dmanche dernier, visite à une exposition collective des élèves du cours de peinture du quartier Rosemont, à laquelle participait une copine martiniquaise, Juliette Quantin, que nous avions accueillie quant elle avait débarqué des Antilles il y a bien 40 ans. Quelques maladresses mais pas mal de jolies choses, d'une variété étonnante dans les circonstances, ce qui en dit beaucoup sur le respect accordé au tempérament de chacun par un prof remarquable, Richard Morin.
Et pour couronner le tout, retour à la maison juste à temps pour voir la Coupe Grey, championnat du football canadien, et cet invraisemblable (et probablement immérité) triomphe de nos Alouettes sur de vaillants Rough Riders de la Saskatchewan APRES la fin du match! Pour ceux qui n'ont pas vu -- par exemple pour cause de vagabondage en Italie ou aux Antilles! -- je résume les circonstances:
À une seconde de la fin du match, alors que les Montréalais tirent de l'arrière par deux points, leur botteur tente un placement de trois points, qu'il rate. La Saskatchewan au complet envahit le terrain pour célébrer la victoire… mais l'arbitre les ramène à l'ordre. Leur équipe avait trop de joueurs sur le terrain (13 au lieu de 12), et il faut reprendre le jeu, alors que le temps est bien épuisé au chronomètre officiel depuis plusieurs secondes. Et cette fois, le ballon passe entre les poteaux et Montréal l'emporte 28-27. On aura tout vu.
Ah! oui, j'oubliais. Des nouvelles du Bum chromé, qui a finalement retrouvé son petit bout de mer du cul-de-sac du Marin et son amarrage au ponton N°6 après un mois et demi hors de l'eau. C'est le temps qu'il aura fallu, à travers les mutiples averses qui empêchaient de travailler, les petits défauts découverts sur la coque et dans certaines pièces d'accastillage, et les atermoiements de toutes sortes, typiquement martiniquais, pour gratter, recouvrir de gel-coat puis revêtir d'une jolie couche de cuivre poli (en principe garantie contre les algues et les coquillages) nos deux coques.
Ouf. Le pire c'est qu'on ne verra sans doute pas le résultat avant quelques mois, puisque nous allons d'abord faire un tour à San Francisco et Sonoma pour le début de l'année (avec un détour à Noël par Washington), suivi une halte à Montpellier au temps des mimosas et enfin un retour aux Antilles vers la mi-mars. Sauf accident.