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04 juin 2020

COVID-19 et voyages

Un phénomène risque d'affecter la vie sociétale, dû à la pandémie de COVID-19: la brusque et profonde rupture dans les voyages internationaux, en particulier dans les airs et sur les mers. Déjà, les menaces terroristes des deux dernières décennies avaient compliqué les choses à cet égard, imposant de dérangeantes et coûteuses mesures de sécurité dans les aéroports et les gares, à bord des avions de ligne; la piraterie en haute mer et l'insécurité à terre forçaient les compagnies de croisière à éviter certains itinéraires, à annuler un nombre croissant d'escales populaires en Afrique, en Asie, en Amérique latine. Mais cela n'était rien comparé à la paralysie quasi totale de la circulation aérienne et au maintien à quai de la flotte de plus en plus imposante des navires de passagers de toutes tailles depuis la fin mars 2020.
Même avec une reprise timide des transports aériens, la réduction drastique du trafic passager pousse les grandes lignes internationales au bord de la faillite, obligeant les gouvernements à les inonder de secours d'urgence, quand ce n'est pas à envisager leur nationalisation. Au moins jusqu'à ce qu'un vaccin efficace et économique soit développé, testé et produit en grandes quantités, les mesures de distanciation sociale nécessitées par la contagion extrême réduisent la capacité d'accueil des appareils et le confort des trajets, même là où la clientèle retrouve le goût du voyage, ce qui est encore loin d'être évident. Pendant ce temps, les croisières commencent à peine à envisager un retour à ce qui ne sera peut-être jamais une véritable normale, dû aux conditions de proximité forcée qu'impose l'aménagement courant des paquebots. Certains pays, comme le Canada, ont même complètement interdit les activités de croisière pour le reste de l'année 2020.
L'effet n'est pas que strictement économique. Bien sûr, le manque à gagner est sérieux, mais on ne peut pas négliger l'élimination presque complète, et pour une durée inconnue, des effets sociaux et culturels du tourisme et des vacances à l'étranger qui, pour un nombre croissant de citoyens ordinaires des pays riches et des classes aisées des moins riches, devenait une pratique courante. Il en découlait des échanges multipliés et parfois libérateurs à travers les cultures, les langues, les moeurs des habitants de la planète, résultant souvent en des réseaux durables d'amitiés à travers les frontières et les océans (Azur et moi pouvons en témoigner, ayant plusieurs fois eu ce plaisir qui, dans quelques cas, dure encore). Sans compter les effets plus directement financiers d'un tourisme d'affaires devenu florissant.
Même une fois la contagion maîtrisée et les remèdes rendus disponibles à la pandémie en cours, combien faudra-t-il de temps pour retrouver la mobilité insouciante qui est indispensable à la reprise de ce mouvement de populations?

11 octobre 2017

Bye, les Açores

Exquise Saõ Miguel, feuillue, moussue, envoûtée d'allées de grands arbres aux troncs lisses, bordée de bosquets fournis aux racines tordues comme des bronzes de Giacometti, explosant d'énormes boules d'hydrangées blanches, mauves, bleues, rose saumon...
Après une courte ballade à pied et en taxi il y a trois jours à Madère, nous allions faire l'impasse sur l'escale suivante de Ponta Delgada hier (après tout, une île est un peu comme une autre, non?), quand un compagnon de voyage montréalais nous a convaincus de notre erreur. «Nous, ça fait trois fois que nous venons ici, disait-il, et nous ne nous en lassons pas. Les Açores, et celle-ci en particulier, sont vraiment un monde à part. Au minimum, prenez un taxi et allez voir les Sete Cidades par les petits chemins de campagne.»
Bon, je lui devais au moins de me renseigner auprès de l'agent de tourisme qui siégeait à la réception du paquebot. La dame quinquagénaire qui m'a accueillie, entendant mon nom, s'est immédiatement adressée à moi en un excellent français et m'a offert de nous organiser une excursion privée à travers l'île pour l'après-midi. «Donnez-moi une demi-heure, je vous appelle à votre cabine.»
Si bien qu'à midi et demi, traînant presque Azur qui grognait en poussant sa marchette, je sors du Terminal maritime... et prends la mauvaise direction pour chercher en vain le chauffeur qui devait nous attendre «tout près» avec sa 4X4. Après dix minutes de marche le long des quais, il est devenu évident que nous nous étions fourvoyés. Retour sur nos pas, pour apercevoir juste à côté de l'AUTRE sortie du terminal une Toyota gris fer style jeep, vers laquelle un jeune homme à l'air dépité fonçait tête baissée. C'était bien notre guide, qui, nous ayant ratés à la première sortie, croyait que nous lui avions fait défaut et se préparait à filer.
Il était donc près de treize heures quand nous sommes sortis de la petite ville de Ponta Delgada pour grimper le long des chemins biscornus, souvent mal pavés et criblés de trous, qui serpentent à travers une des campagnes les plus luxuriantes que nous ayons jamais vues. Des champs soignés comme des pelouses de tous les tons de vert sont découpés par des murets de pierre brunâtre envahis de végétation. Ici poussent du maïs, des betteraves et autres légumes, là se dressent orangers et citronniers, et partout paissent de grasses vaches blanches et noires, autour de curieux édicules de tôle bleu clair.
«Ce sont les trayeuses, explique le guide. Le lait, la crème et le fromage sont une grosse industrie ici, et le climat doux et égal fait que les bestiaux passent leur vie au grand air, tout comme la machinerie de ferme. Quand le fermier vient matin et soir démarrer la génératrice qui alimente les machines, les vaches s'approchent et se mettent d'elles-mêmes en rang pour se faire traire, c'en est même rigolo!»
Après trois quarts d'heure de route sinueuse, tout en montées et redescentes souvent sous une voûte de verdure impénétrable, nous surplombons notre principale destination, le minuscule village de Sete Cidades, niché au creux d'une immense caldeira elle-même hérissée de sept plus petits cônes volcaniques, certains arides et d'autres abritant de ronds étangs sombres. Au centre, la curiosité majeure du lieu, deux jolis lacs séparés par un vieux pont de pierre... mais dont l'un est tout bleu, tandis que la surface de l'autre est d'un bel émeraude. Pourtant, tous deux partagent les mêmes eaux. L'explication légendaire est qu'elles proviennent des pleurs d'un couple d'amants séparés, elle aux yeux bleus, lui aux yeux verts. La réalité plus prosaïque est qu'un lac, peu profond, est tapissé d'algues vertes et entouré de collines abruptes à la végétation verdoyante qui s'y reflète, alors que l'autre, beaucoup plus creux, ne renvoie que la couleur du ciel.
Après avoir fait une partie du tour du cratère géant sur un étroit chemin bordé de deux précipices vertigineux qui donnent la frousse à Marie-José, nous descendons au rustique bistrot du village où, pour cinq euros tout compris, nous avons droit à une eau minérale, deux cafés, deux verres de porto et un bon brandy portugais. Tu parles d'un attrape-touristes! À Paris, New-York ou Londres, la seule bouteille d'eau aurait coûté ce prix-là.
Pendant la conversation entre le guide et le patron du café, j'apprends un petit bout de la mathématique des croisières. Pour une demi-journée d'excursion comme la nôtre, le service-client du navire charge à un couple 500 dollars US ou 450 euros. Il verse 200 euros à l'agence qui fournit la voiture, laquelle paie son chauffeur 80 euros. Si bien qu'en rémunérant notre guide 100 euros (la dame du tourisme local l'a contacté personnellement, sans passer par l'agence), il gagne en fait 20 euros de plus que si nous l'avions engagé par le bateau! Mais chut! Faut pas le dire...
L'autre beau côté de la chose est que, pour la première fois en deux semaines, je retrouve mon Azur de jadis avant sa chûte, la femme toujours de bonne humeur, curieuse et dynamique malgré une certaine fatigue. Et dire que la croisière s'achève...
Nous rentrons en ville, cette fois par la route principale, qui rejoint une autoroute achalandée en arrivant au bord de mer. Arrêt, qui devait être bref, dans un centre commercial pour acquérir quelques souvenirs. Je trouve sans peine le supermarché, en cinq minutes le rayon des vins et portos et celui des fromages (faut quand même tester les spécialités locales) et me présente à la caisse, derrière trois dames aux paniers peu garnis. La chance!
Tu parles! La première n'a pas trouvé exactement un produit qu'elle cherchait, il faut envoyer un commis l'échanger, et... non, c'est pas encore ça, retournez-y. Après trois aller-retours, elle découvre que son coupon-rabais n'est plus valable cette semaine, elle ne le prendra pas... et puis après tout oui. La seconde a une carte de crédit qui ne passe pas, elle doit farfouiller longuement dans son sac encombré pour trouver deux billets froissés et quelques pièces. La troisième paie par chèque, la banque refuse d'avaliser, on fait venir le gérant qui rappelle le banquier qui finit par céder après un pourparler prolongé et strident... Je sors de là épuisé et furieux après 43 minutes bien comptées à faire le pied-de-grue devant la caisse.
Sur un coup d'oeil à ma compagne, j'enjoins à regret le guide de passer outre à la visite de Ponta Delgada que nous nous étions promise. La ville en vaut pourtant la peine, avec son architecture à la portugaise de proprettes maisons souvent couvertes de tuiles vernies (toutes de gris et blanc,sans les couleurs vives de Lisbonne ou Portimao) et aux rues étroites et enchevêtrées pavées de pierres et de tuiles aux motifs géométriques frappants.
Mais tout compte fait, pour cette seule demi-journée, les Açores vont demeurer un des beaux souvenirs du voyage...


05 octobre 2017

Mauvais temps beau temps


Entre le drame de la chute douloureuse de Marie-José avant-hier et le plaisir presque coupable d'un festin portugais en banlieue de Porto ce midi, je ne sais plus quoi ressentir.
Mardi, 19h10. Je pianote sur mon iPad des échanges avec mes copains, surtout sur les suites du référendum catalan et les stupides réactions madrilènes, quand j'entends un bruit de choc et un cri «Yves!!!». Je me précipite et vois ma compagne étendue de tout son long dans le couloir qui mène à la salle de bains, le visage entièrement couvert de sang. Perte d'équilibre, suivie d'une chute incontrôlée. J'ouvre la porte de la cabine et lance un «Au secours!» à la femme de chambre Aletha, qui échappe du coup la pile de draps qu'elle porte. Elle accourt avec son adjointe, et lance un signal d'urgence sur son téléphone.
Deux minutes plus tard, arrive le médecin de bord filipino, Francisco, avec son infirmière et un des préposés aux passagers. Après un examen préliminaire un peu rassurant, nous relevons Marie-José et l'installons sur une chaise roulante qui est apparue comme par magie, pour la descendre à la petite infirmerie du pont No 4. Là, examen plus détaillé accompagné d'un épongeage prolongé de l'hémorrhagie — si vous ne le savez pas, aucune blessure ne saigne autant qu'un coup à la tête.
Suivent une douzaine de points de suture ponctués de cris (elle déteste se faire piquer), prise de sa pression, d'un échantillon sanguin, pansements un peu partout, prescriptions. Retour à la cabine et nuit plutôt mouvementée et inconfortable, tandis que le 7-Seas Navigator poursuit sa route houleuse vers l'Espagne.
Mercredi à midi pile, sitôt accostés, un taxi adapté nous amène au bel hôpital moderne perché au-dessus du port de Gijon, en Asturies. Après une assez courte attente, une dame médecin rondelette vient pour l'examiner... mais bloque tout net en voyant les papiers que je lui transmets de l'infirmerie de bord: «Où est la liste des médicaments qu'elle prend? Sans ça, je ne puis rien faire.» Du moins, c'est ce que mon espagnol rudimentaire déduit de son volubile discours, car personne sur place ne parle ni anglais ni français.
Après cinq minutes de discussion très peu polyglotte qui ne mènent clairement à rien, je tourne les talons et fonce sur la réception: «LLamame un taxi, por favor!» Par bonheur, la réceptionniste a compris et un quart d'heure plus tard, je suis de retour à l'urgence avec la précieuse liste. Il faut encore une heure pour les divers tests, scan crânien et auscultations qui, heureusement, montrent qu'il n'y a rien de grave — la pire crainte était d'un caillot dans le cerveau, comme elle en avait subi un il y a trois ans à Tahiti, qui avait résulté en une embolie pulmonaire presque mortelle un an plus tard.
La bonne nouvelle, c'est qu'elle va pouvoir poursuivre la croisière jusqu'au bout, à moins d'un retournement de situation peu probable. La mauvaise, c'est qu'elle a la tête d'un adversaire malheureux de Mohammed Ali après quinze rondes... et, vu sa coquetterie naturelle, elle n'a pas la moindre envie d'affronter ainsi déguisée nos co-voyageurs pendant les prochains jours. Cela vient encore renforcer sa récente sauvagerie instinctive, et me prive d'arguments pour m'y opposer.
Cela fait qu'hier, à Ferrol (Galice), nous passons le gros de la journée sur notre véranda à contempler une ville étonnamment pimpante sous un soleil presque printanier, au lieu d'aller tout près du port nous régaler d'une cuisine régionale renommée dans un quartier ancien d'un charme imprévu; Ferrol a la triste réputation, exacte mais bien involontaire, d'avoir donné naissance au Caudillo, le dictateur fasciste Francisco Franco.
Par chance, je me rattrappe aujourd'hui à l'escale suivante, Leixões, port de commerce de Porto — dans la marina duquel nous avions passé trois jours idylliques il y a dix ans sur le Bum Chromé, en compagnie de ma soeur Marie et de son compagnon Jean et du cousin Charles Larcher. Cette banlieue portuaire anonyme n'a rien de réjouissant, mais quelques pas hors de la gare maritime me mènent à la porte d'un trésor imprévu.
Au bord d'une ruelle du port, un bloc tout blanc flanqué d'une terrasse vitrée porte le titre «O Bem Arranjadinho» (le bel arrangement?) au-dessus d'un menu affiché assez appétissant. J'entre dans une salle presque vide, propre mais peu décorée, avec un beau vieux bar au fond (j'ai toujours eu un faible pour les bars, hein?) et une espèce de gnôme qui me rappelle de près notre copain restaurateur Mistouf de Montpellier m'interpelle en quatre langues.
Hésitant, je me laisse conduire à une table ronde nappée de blanc près de la fenêtre. La carte est assez attirante, avec une version française par surcroît. À peine assis, je fais face à une planche soutenant quatre petits bols: minuscules olives noires, salade de thon, uvas (oeufs de poisson) et pois chiches, suivie d'une corbeille de pains aussi variés que succulents. C'est l'entrée, qu'on le veuille ou non.
Parmi les plats, une morue à la crème me fait de l'oeil, que je commande sans doute à tort. Derrière moi, la salle se remplit: pas un seul touriste, mais trois ou quatre couples, deux petites familles et un groupe d'une douzaine de personnes clairement en mode «party»... et tout le monde commande la même chose — qui n'est même pas au menu. «Le spécial du jour, m'explique le gnôme, un plat régional typique.» Cela consiste en une desserte à roulette portant une gigantesque marmite remplie à plat bord d'un odorant riz aux fruits de mer, accompagnée... d'un porcelet rôti à la broche. Peu banal comme assemblage, mais tout le monde se régale visiblement. Si j'avions su. La prochaine fois...
Pas que j'aie à me plaindre. Non seulement la morue est onctueuse et pleine de saveur, mais la terrine contient de quoi nourrir une petite armée. À ma grande surprise, je me ressers deux fois, enfournant par-dessus une salade croquante à l'oignon cru et deux ou trois verres d'un vinho verde que le garçon me verse en cascade d'un mètre de haut, pour prouver que ses fines bulles ne sont pas du chiqué.
Un bon dessert de meringue au citron est suivi d'un de ces cafés à la fois lourds et fins dont les Portugais ont le secret... et surtout d'un couronnement merveilleusement étonnant: le gnôme me sort un ballon d'aguardiente de vin de porto de 30 ans d'âge, à côté duquel il place une coupelle de marrons grillés sur charbon de bois! Après un instant d'hésitation, j'en pèle un que je croque accompagné d'une lampée de conhac... et c'est l'extase totale! Le tout pour moins de 40 euros.
Je rentre à bord sur un petit nuage, retrouver Azur... qui merci au ciel se porte toujours bien.

30 septembre 2017

Frustration flamande

(Écrit lundi) Pas de chance cette semaine: je me suis étiré ou déchiré un muscle du mollet gauche en promenade à Rotterdam, le médecin me condamne à trois jours et plus de repos sans excursion. Du haut du bar Galileo, après avoir annulé in extremis la virée prévue à Bruxelles, j'ai été forcé de contempler avec dépit le superbe vieux centre-ville d'Anvers. Il y a le beffroi, la bourse, la cathédrale, les belles maisons à pignon comme dans un tableau de Vermeer... et surtout la façade presque à portée de la main du «Maritime», reconnu comme le divin temple anversois de la moule-frite-bière, où je m'étais juré d'aller faire mes dévotions ce midi. Il va falloir nous contenter de l'ordinaire de bord, avec de l'autre côté du hublot toutes ces jouissances. Merdre!
(Ajouté aujourd'hui) Même frustration le lendemain à Douvres, où nous n'aurons admiré les fameuses falaises de craie que du pont-promenade, à travers un brouillard diffus qui les a rendues encore plus blanches que nature. Moi qui m'étais juré d'aller visiter le puissant château-fort et le Prieuré en haut du cap, des merveilles que je n'avais jamais vues qu'en passant, lors de traversées de Paris à Londres en train.
Heureusement, nous nous sommes repris ensuite à Honfleur où, bravant les ordres du toubib, j'ai franchi en boitillant les 200 mètres qui séparaient notre échelle de coupée de la gare maritime. Là, un agent d'immigration (pourtant français et fonctionnaire!) dont la  barbichette frivole soulignait une gentillesse pleine d'humour a poussé la marchette d'Azur à bon port (aller-retour) jusqu'au stand de taxi voisin, où il nous a fait venir un chauffeur jovial et sa luxueuse Lexus.
Apprenant que c'était ma première visite en Normandie, celui-ci nous a pointés vers l'Absinthe, excellent restaurant en terrasse face au port; Azur s'y est délectée de délicieux rognons en crème aux fèves vertes et champignons (un genre de cuisine qu'on ne trouve jamais à bord, où les abats semblent tabous) et moi d'une somptueuse sole... de Douvres, bien sûr, mais dans une cuisson meunière raffinée dont les Anglais d'en face sont bien incapables. Ont suivi un soufflé au Grand Marnier aux airs de chapeau haut-de-forme et une petite assiette de bleu d'Auvergne, époisses, deauville et reblochon sans peur et sans reproche. Et comme je faisais remarquer au patron qu'il avait oublié d'inscrire sur l'addition la jolie bouteille de gewurstraminer, il nous a remerciés par un chaleureux calva du coin. Dont je me suis par la suite procuré une bouteille chez le premier caviste rencontré.
Le chauffeur est venu nous reprendre à la minute près, pour nous balader au tour d'un bourg de Honfleur grand comme un mouchoir de poche, mais dont le vieux port de pêche incrusté dans la ville et les petites rues tortueuses sont d'un charme fou, avec leurs façades ici de brique, là de bois plein ou de bardeaux (notamment le rustique clocher de l'église Sainte-Catherine), plus loin encore de pierre surmontée de torchis à colombages apparents et aux toits hérissés de pignons fantaisistes.
Je reviens sur la Scandinavie, la Baltique et Saint-Pétersbourg, de manière un peu paresseuse. Ce sont des pays où nous étions passés précédemment avec grand plaisir, mais où nous avions de telles attentes que la déception était sans doute inévitable. J'avais déjà arpenté à satiété les quelques rues d'Alesund à la saveur quasi-victorienne, et même si par exception la célèbre pluie de Bergen s'est fait attendre jusqu'en fin de journée, je m'y suis contenté d'une courte trotte du côté du marché aux poissons, face aux sévères façades des vieilles maisons de bois, vestiges du passé hanséatique de la ville. Ni concert de Grieg, ni téléférique cette fois-ci, et Azur est restée à bord. À Oslo, je rêvais de retourner voir le Parc Vigeland et ses centaines de nus de granit et de bronze, un de mes émerveillements de notre premier passage il y a une dizaine d'années, mais les deux heures de marche (au minimum) que cela demandait m'en ont découragé.
Des trois jours à Saint-Pétersbourg, ne ressortent qu'une très agréable promenade en bateau-mouche à travers les paisibles canaux et les bras de rivière fourmillant d'activité et une bizarrerie reconstatée: Ce n'est pas n'importe où qu'on peut prendre son petit-déjeuner face-à-face avec un sous-marin. Saint-Pétersbourg est sans doute une des seules villes au monde à offrir ce plaisir. Comme je savourais  mon café au miel et mes oeufs au miroir, juste de l'autre côté du hublot de la salle à manger du 7-Seas Navigator, un submersible noir à tourelle allongée, très style «guerre froide 1970», se prélassait au flanc d'un petit navire de guerre rouillé. Et pour ne pas être en reste, un autre sous-marin tout gris, beaucoup plus grand mais d'un genre plus ancien (tourelle à hublots et canon de pont) était amarré au bout du quai flottant où nous étions  accostés, en pleine ville! Lors de notre premier passage ici, je croyais que les sous-marins de Saint-Pétersbourg (j'en avais compté au moins cinq) étaient une bizarrerie temporaire, mais dix ans plus tard, ils y sont toujours... et je soupçonne même que certains sont les mêmes que jadis..
Riga, capitale de la Lithuanie, aura été une des belles surprises du voyage. Ne sachant comment faire venir un taxi au port de croisières, nous avons joué d'astuce en allant prendre un verre à bord d'un restaurant flottant voisin, dont le barman polyglotte et fanatique de jazz classique nous a ensuite fait venir un sympathique jeune chauffeur qui parlait un anglais fort acceptable. Paavel nous a trimballés pendant près de deux heures dans tous les coins d'une ville de taille moyenne animée et chaleureuse, à l'architecture variée (mélange étonnant de slave médiéval, de germanique de la Hanse, d'art nouveau élégant du tournant du 20e siècle, de soviétique stalinien et d'ultra-moderne), des deux côtés de la large rivière que franchissent trois ponts. Tout cela pour moins de trente euros au compteur — plus un pourboire bien mérité!
Nous avons à regret fait l'impasse sur Szczecin la Polonaise pour cause de mauvais temps et de fatigue intermittente, nous sommes contentés d'un tour de taxi dans l'allemande Bremerhaven, et nous sommes risqués dans une excursion officielle du bateau à Rotterdam. Laquelle est surtout remarquable comme exemple d'une reconstruction à peu près totale après sa destruction à 95% d'abord par les Allemands puis par les Alliés entre 1940 et 1945. Ville presque toute contemporaine, donc, où ne surgissent ici et là que quelques pâtés de maisons et quais de pêcheurs «oubliés» par les multiples bombardements. C'est justement dans un coin du pittoresque vieux port que je me suis bousillé le mollet gauche. Je me demande si ça en valait vraiment la peine!

11 septembre 2017

Ballade en mer... houleuse

Arrivée cahoteuse ce midi à Helsingborg, Suède. Même protégée par un long brise-lames, la zone portuaire demeure agitée de vagues écumantes et balayée d'un fort vent. Nous accostons avec près de deux heures de retard (dû au traitement prioritaire accordé par les autorités à un cargo en difficulté) et une fois à quai, le 7-Seas Navigator demeure secoué par le ressac.
Il fait gris et pluvieux, et comme l'escale n'a rien d'exceptionnel (c'est surtout le point de jonction avec le voisin danois, Helsingbor, à 2-3 km par traversier), nous avons décidé de faire l'impasse sur les excursions du jour. D'ailleurs, depuis une bonne semaine, la croisière a pris pour nous des allures de longue ballade en mer, tout juste agrémentée de sorties rapides dans quelques ports.
À Reykjavik, Islande, un taxi d'une grande courtoisie mais à l'anglais rudimentaire (nous aurions dû choisir son collègue d'origine ghanéenne, beaucoup plus explicite) nous a fait faire un vaste tour de la ville, avec des arrêts au musée municipal, à l'immense mais austère cathédrale luthérienne de béton nu, à l'Althing, le «plus vieux parlement du monde», créé en 930, et dans un très joli parc, mais avec bien peu d'explications. J'en ai tout de même profité pour m'équiper d'un minimum de matériel de dessin (acrylique, feutres et aquarelle), qui me manquait cruellement. Trouvé pour Azur une paire de pantoufles de feutre brodées de bleu et blanc d'un confort luxurieux, je m'en veux de n'en avoir pas pris aussi pour moi.
Akureyri, le centre urbain le plus au nord du pays (tout près du cercle polaire), est une jolie petite ville de 18 000 habitants au climat assez tempéré, bien à l'abri au fond d'un fjord. Un centre-ville coquet doté de plusieurs bistrots et terrasses — chose assez rare en Islande — rayonne sur des rues assez abruptes dont les places et les trottoirs forment un extraordinaire musée en plein air de sculptures modernes de très bon niveau, où je me suis promené avec grand plaisir, seul (Azur n'était pas trop en forme) et en partie à pied.
Ballade à pied également à Torshavn, surprenante et avenante mini-«capitale» des Îles Féroé, un des trois «pays» du Royaume du Danemark. Le temps était doux, et la bière Okarra prise avec un demi-sandwich de viande de mouton sur une terrasse de vieille brasserie, excellente; d'ailleurs, nos barmen en ont fait provision sur le bateau, et plusieurs voyageurs l'ont aussitôt adoptée.
Les premières escales norvégiennes, Alesund et Bergen, que nous avions déjà visitées par le passé, étaient affectées d'un temps froid et incertain, peu propice aux sorties — nous nous sommes contentés de les contempler du haut du pont supérieur.
À Bergen, nous devions descendre à terre pour un souper de gala et un concert de piano à la résidence-musée du grand compositeur local Edvard Grieg, mais la brusque averse qui s'est abattue sur le port juste au moment de sortir nous a fait changer d'idée; dommage, car un compatriote de Gatineau qui s'y est rendu nous a dit que le concert avait été très bon et le repas succulent... et que le temps s'était amélioré pendant la soirée.
Tant pis, nous avons quand même dignement célébré le Xième anniversaire d'Azur par un souper au champagne de grande qualité au Compass Rose, la principale salle à dîner du bord. Je vous fais grâce du menu, ma soeur Marie dirait encore que c'est «à faire ch...».
Par contre, j'ai ensuite trouvé le tour de me perdre dans l'écheveau de rues tortueuses et pittoresques de Stavanger où se tenait une vigoureuse foire en plein air... et dans le fascinant dédale des étalages de Sostrene Grene, un immense bazar exotique d'accessoires et décorations domestiques qui mélange des productions artisanales locales élégantes et peu coûteuses avec des montagnes d'importations de tous les coins du monde. Je suis remonté à bord tout juste à temps pour le départ, complètement vidé par deux bonnes heures de marche.
Ce qui fait que la journée d'hier à Oslo, que nous connaissions déjà, en a été une de grand repos, autant pour cause de fatigue que d'averses brusques et violentes. Je regrette seulement de n'avoir pas pu retourner au Parc Vigeland, le quasi monstrueux chef d'oeuvre du plus grand sculpteur norvégien, qui y a semé des centaines de massives statues de granit et de bronze dépeignant pratiquement toutes les étapes et variétés de la vie et de l'expérience humaine. Nous y avions passé une bonne demi-journée à notre précédent passage, mais ce n'était pas assez pour moi.
Nous avons d'abord été soulagés de voir que le féroce ouragan Irma a dévié vers le nord, épargnant Martinique et Guadeloupe... puis atterrés des dégâts et des pertes de vie qu'il a causés à Saint-Martin, Saint-Barthélémy, Barbuda et maintenant en Floride. Décidément, la saison des tempêtes 2017 aura été une des plus dramatiques de l'histoire récente.

31 août 2017

De préhistoire en gastronomie

Le fjord que nous avons parcouru hier matin, à la pointe sud-est du Groënland, avait quelque chose d'une plongée dans la préhistoire.
Je me suis éveillé peu après huit heures, et croyant que nous étions en haute mer (pas d'escale dans la journée), j'allais me renfoncer dans mon oreiller quand une soudaine variation dans la lumière filtrant à travers les rideaux de la cabine a piqué ma curiosité. J'ai ouvert la fenêtre sur ce qui était non pas un lointain horizon marin, mais la vue toute proche d'une gigantesque falaise de rochers en camaïeux de gris et ocres, sculptés par le vent, la neige et le ressac, avec ici et là des traces de végétation poussive. Une large fente dans la montagne laissait voir au loin des pics aigus partiellement couverts de neige, entre lesquels rampait un vaste glacier bleuâtre.
Fasciné, j'ai réveillé Azur qui, après avoir grogné pour le principe, s'est dressée pour jeter un coup d'oeil... et a prestement sauté en bas du lit.
Cinq minutes plus tard, malgré le temps frisquet, nous étions assis, emmitouflés en robe de chambre, sur le balcon à contempler un spectacle d'une splendeur unique. Contrairement aux fjords norvégiens bordés de bourgs et de cultures prospères et aux canaux de l'archipel de Patagonie parsemés d'épaves de navires, marqués de bouées et dont les ravines sont souvent occupées par des villages de pêcheurs, ici on ne voit aucune trace de passage humain, comme si nous nous trouvions sur une planète hostile et inhabitée.
Les échancrures profondes succèdent aux sombres caps abrupts, avec des échappées sur des chaînes mauves de montagnes crénelées tachetées de blanc éclatant, le tout baigné par une mer calme aux tons de lapis-lazuli. De plus en plus fréquemment, nous croisons des squelettes fantastiques d'icebergs au dernier stade de la fonte, dont les formes blanches et turquoise clair font songer à des oiseaux et animaux mythiques. Dès que le soleil frappe les rochers, les coulées de neige se transforment en cascades rutilantes qui gambadent et rebondissent dans des sillons creusés presque à la verticale dans la montagne pour faire briller les grosses roches luisantes de la rive qu'elles transforment en joyaux.
Soudain, incongru dans cet univers minéral, un détour du fjord nous dévoile un minuscule village sans doute inuit: une trentaine de maisonnettes de couleurs vives nichées dans un repli de la falaise qui les surplombe, menaçante. Dix minutes plus tard, cette seule trace de vie humaine disparaît derrière nous comme si elle n'avait jamais existé.
Des deux derniers mouillages, Paamiut et Qaqortok, pas grand chose à dire: deux villages de pêche d'environ 3000 habitants aux habitations multicolores; au premier, le temps était gris et la mer maussade, peu de passagers ont pris la peine de prendre les navettes qui devaient nous amener à terre. Au large du second, il faisait plus doux et plus ensoleillé, mais après une demi-heure à flâner dans les quelques rues pentues, la plupart d'entre nous sommes retournés à bord.
Pour nous consoler hier soir, voici le menu que nous offrait le restaurant principal:

Entrées:
Caviar sibérien
Tempura d'avocat avec aioli
Consommé célestine
Crème de champignons rôtis aux truffes
Jardinière de petits légumes verts, vinaigrette à la moutarde

Pâtes:
Capellini alla emilio (tomates, artichauts, mozzarella)
Risotto de homard au vin blanc persillé

Plats:
Cannelloni aux épinards et ricotta grattinés
Filet de perche rôti, spaghetti en bouillon aux noisettes
Boeuf wellington en feuilleté avec duxelles de champignons, sauce au shiraz, pommes fondantes
Poitrine de poulet en croûte de parmesan, farcie d'ail caramélisé sur capellini au coulis de tomates
Homard thermidor de Floride (langouste), riz au jasmin

Desserts:
Fromages: manchego, bleu danois, camembert, gruyère, provolone
Sorbet: champagne et cointreau, yogourt glacé au citron
Glaces: coco, dulce de leche, vanille, chocolat, fraise, mangue
Bombe alaska glacée, sauce à la framboise
Volcan de chocolat de Papouasie, lave de fruit de la passion
Tartelette au citron, crème de pistaches

Ça se passe de commentaires...

29 août 2017

C'est reparti

(Écrit dimanche matin) J'ai attendu quelques jours que la croisière se mette vraiment en marche pour en parler. Je profite donc du temps frais et gris ce matin au large de Paamiut, Groënland, pour me reprendre.
Nous avions raté le départ «officiel» à Montréal le 18 août pour un petit problème de santé. Heureusement, les effort combinés d'Évelyne, le médecin d'Azur, du pharmacien du rez-de-chaussée et surtout de notre agente de voyage Antonella, nous ont sauvé la mise, au prix d'une galopade assez épuisante.
En effet, il a fallu aller courir après notre paquebot, le 7-Seas Navigator de Regent Cruise Lines, pour le rattraper cinq jours plus tard au port de Saint-Jean, Terre-Neuve. Heureusement, le trajet en avion s'est bien passé, malgré la quantité de bagages à charrier (nous partions pour deux mois), et le temps à Terre-Neuve mercredi soir était étonnamment beau et doux.
Une fois installés au Newfoundland Sheraton — qui n'a rien à voir avec son homonyme édouardien que j'avais fréquenté dans les années 70-80 —, nous sommes ressortis sur Duckworth, une des deux rues qui longent le spectaculaire port de pêche, prendre un succulent souper de fruits de mer au Saltwater, un nouveau restaurant de qualité mais sans prétention, à la clientèle aussi jeune et animée que le personnel. Hélas, la fatigue et le manque d'appétit nous ont empêchés de faire honneur à des portions aussi gargantuesques que savoureuses de moules, de salade de crabe et de plateaux de coquillages variés. Pas de homard, malheureusement, la courte saison étant déjà terminée.
Au lever jeudi peu après 10 heures, notre fenêtre du 6e étage ouvrait sur un brillant soleil éclairant les activités du port où j'apercevais tout juste le nez blanc de notre navire. Un sympathique chauffeur de taxi marocain nous a baladés pendant une bonne demi-heure à travers le petit centre-ville coloré et sur les rives du havre tout en longueur, bordé de collines abruptes et protégé de la houle atlantique par un sévère goulot d'entrée serré entre deux caps.
J'ai depuis longtemps une attirance particulière pour le port de Saint-Jean, toujours grouillant de cargos et de chalutiers venus de tous les coins du monde, et ceinturé de bars et de bistrots bourrés de marins et de pêcheurs costauds parlant toutes les langues imaginables.
Pour finir, le taxi a grimpé Signal Hill et traversé le quartier typique de Battery, accroché au flanc d'un des promontoires qui gardent la sortie du port, pour s'arrêter à côté de la Tour Marconi, d'où en saison (juin et début juillet) on peut voir défiler à quelques kilomètres au large des troupeaux d'icebergs scintillants de toutes les tailles et de toutes les formes. C'est aussi de là que l'inventeur Marconi avait échangé les premiers signaux de radio sans fil avec l'Europe il y a une centaine d'années, inaugurant l'ère des communications modernes.
En début d'après-midi, nous nous sommes finalement embarqués sans trop de problèmes, et avons pu nous installer dans la mini-suite à balcon qui sera notre résidence jusqu'à la mi-octobre. Le Navigator est un petit paquebot qui prend moins de 500 passagers, mais dans un luxe impressionnant. Quatre restaurants, une demi-douzaine de bars dont un grand cabaret à spectacle, piscine, mini-casino, spa, boutiques...
Nous avons raté les premières escales, Québec, Saguenay, Charlottetown, sans trop de regret, sauf pour les îles françaises caillouteuses de Saint-Pierre et Miquelon, qu'Azur n'a jamais vues et où je n'ai pas remis les pieds depuis plus de 50 ans — et dont je ne garde pratiquement aucun souvenir, pour cause: j'étais avec deux copains chansonniers, aussi bohèmes que moi, et au premier bistrot que nous avons rencontré, nous avons découvert qu'un cognac pris au comptoir coûtait à peine la moitié du prix d'un café! Je vous laisse imaginer le reste du séjour.
Au coucher de soleil, le Navigator a appareillé, se glissant entre les deux lèvres escarpées et rocailleuses qui ferment le port pour mettre cap au nord, sur une mer grise et plutôt agitée qui allait nous secouer pendant deux jours et trois nuits.
C'est donc avec une plaisante surprise que dimanche matin, ouvrant les rideaux de la cabine, j'ai pu admirer la vue de Nuuk, «capitale» du Groënland, sous un clair soleil qui faisait miroiter une mer d'un calme plat, à peine égratignée par les sillages entrecroisés des nombreux speedboats et bateaux de pêche en goguette qui zigzaguaient au large de la côte.
Nuuk, avec ses 16 000 habitants, est à peine plus qu'un gros village de pêche dont les deux quartiers de petites maisons traditionnelles de toutes les couleurs sont bizarrement séparés par une douzaine de blocs d'habitation de béton gris reliés par des passerelles, qui font vaguement penser au style de Le Corbusier à son plus utilitairement austère. Derrière se dressent d'abord des collines dénudées, et un peu plus loin de spectaculaires pics tachetés de neiges éternelles.
Le passage probablement inhabituel d'un paquebot de luxe attise visiblement l'intérêt des habitants, un mélange de danois blonds et d'inuits sombres aux yeux bridés; la plupart des embarcations qui nous croisent ou nous longent ralentissent brusquement et leurs occupants nous fixent avec une curiosité marquée. Les plus insistants sont un groupe de kayakeurs (sans doute membres d'un club) qui passent un bon quart d'heure à tourner autour de nous, faisant ici et là quelques acrobaties pour attirer notre attention. Le tout dans un climat hospitalier et bon enfant.

22 septembre 2007

Ouragan Dean et Mer Baltique

(26/08/2007) La dernière semaine de croisière a été sérieusement perturbée par les nouvelles de la Martinique. Comme nous allions quitter Saint-Pétersbourg, nous avons appris que Dean, le premier ouragan tropical de la saison 2007 fonçait tout droit sur notre île favorite et menaçait de tout y bouleverser... y compris la marina où niche le Bum chromé.
Le second du Seabourn Pride, constatant notre inquiétude, nous a promis de nous tenir au courant de la météo. Le lendemain du départ pour Stockholm, il nous a informés que Dean était passé du statut de force 2 (tempête tropicale) à celui de force 3 (ouragan) et ciblait directement le sud de la Martinique. Pour ajouter à notre angoisse, les communications satellite étaient (logiquement) perturbées par la météo, et donc impossible de joindre notre skipper Gérard et nos copains Daniel et Charles par téléphone.
Au matin du 18, nous avons appris par les mini-journaux distribués à bord que Dean avait frappé la Martinique de plein fouet et causé des dégâts considérables en particulier à Case-Pilote, la commune voisine du Marin. Gros soucis. Nous avions beau nous dire que nous avions laissé à Gérard la consigne stricte de mettre la voile vers le Sud à la première alerte, avait-il eu le temps de le faire? Et dans quel état se trouvaient nos copains du Marin Raymond Marie, Mathilde Pancrate, les Jean-Joseph, Pancho et cie? Et la famille? Et les amis du Diamant?
Ce n'est qu'une fois en rade de Stockholm (deux jours d'escale) que nous avons pu avoir des nouvelles fraîches et rassurantes. Nous avons pu toucher par cellulaire Daniel, dont la maison du François avait été épargnée, sauf pour quelques tuiles arrachées, un jardin décimé et des coupures temporaires de courant et de téléphone. Il nous a confirmé que Gérard était parti à temps pour les Grenadines avec le cata, que le Marin avait été relativement peu touché -- ni blessés ni décès -- et que la famille d'Azur au Diamant et à Fort-de-France, quoique éprouvée par des black-outs et quelques dommages matériels, était indemne et de bon moral. Ouf.
Il était cependant évident que la Martinique dans son ensemble avait été fortement touchée, notamment les plantations de bananes et de canne à sucre, presque totalement détruites, et les infrastructures énergétiques, victimes de ruptures majeures. Par exemple, il a fallu plus d'une semaine pour toucher Raphaëlle et Charles Larcher, que la chute d'un pylône électrique avait maintenus dans l'isolation près d'une dizaine de jours. Ce qui nous a incités à envisager un retour aux Antilles un peu plus tardif que prévu.
La visite de Stockholm, dans les circonstances, a été quelque peu ébréchée. La ville dans l'ensemble nous a plu, mais nous n'avons pas pu l'apprécier à sa juste valeur. Nous nous sommes contentés d'une excursion de bus touristique très standard, et de courtes promenades dans le centre, près du port.
De toute façon, pour nous, l'essentiel de la croisière était fait: les dernières escales, le port allemand de Warnemunde (non loin de Berlin) et la station touristique danoise de Bornholm, quoique sympathique, ne présentaient plus le même intérêt. Nous nous sommes contentés de jouir du confort de la vie à bord et d'effectuer de courtes virées à terre, par exemple pour visiter un des célèbres ateliers de souffleurs de verre de Bornholm. Au fond, nous avions hâte de rentrer à Copenhague, où nous avions réservé la même chambre qu'à l'aller au Kong Frederick.
Cette fois, la place de l'Hôtel de ville était envahie par un Gay Pride sans excès et plutôt sympa, et la grande majorité des touristes avaient foutu le camp, ce qui changeait totalement l'atmosphère de la ville, pour le mieux. Nous avons enfin pu apprécier dans le calme la version gastronomique du renommé lunch-sandwich danois, le "smorrebrod", dans un café fameux pour cela, le Kronborg, qui ne nous a pas déçus. Et nous en avons profité pour visiter quelques sites qui nous avaient échappé (ou qui étaient engorgés de touristes) la première fois, par exemple la place des Palais royaux et le quartier "branché" de Christianhavn qui fait penser à un "Marais sur canal Saint-Martin".
Lorsque nous avons repris l'avion pour Paris hier après-midi, c'est avec la ferme intention de revenir. Mais nous étions aussi fort heureux de nous retrouver, même si c'était près minuit, dans notre petit nid douillet de Montpellier où, de plus, nous attendaient une série de mails rassurants et de bonnes nouvelles...

01 septembre 2007

Ô Saint-Pétersbourg

(17/08/2007) Le clou de la seconde partie de notre croisière aura certainement été Saint-Pétersbourg, une ville dont Azur rêvait depuis des années... et qui a amplement répondu à ses attentes. Nous y sommes arrivés tot le matin du 14, en suivant une des branches de la Neva bordée d'une foule de cargos en plus ou moins bon état et, assez bizarrement, de sous-marins en réparation.
La taille du Seabourn Pride lui permettait d'accoster en pleine ville, en face de l'Académie des Beaux-Arts, non loin des immenses façades de l'Amirauté et de l'Ermitage. Comme nous n'avions pas pris de visa pour la Russie (les formalités semblaient inutilement longues et complexes), nous devions nous limiter à des excursions et visites programmées par la ligne de croisière.
Pour contourner la difficulté et nous faire une meilleure idée de l'ancienne capitale des tsars, nous avons fait réserver par le bateau une voiture avec un(e) guide parlant français. Excellente idée, qui nous a permis de passer une bonne partie de la première journée à vagabonder à notre fantaisie non seulement dans le quartier central monumental, mais aussi dans des coins où les touristes de passage s'aventurent moins souvent. Ainsi, après nous être tapé l'impressionnante cathédrale Saint-Isaac et l'incontournable forteresse Pierre-et-Paul (dont les puissants murs de granit ne servent plus que de décor aux baignades des Saint-Pétersbourgeois), nous avons marché un peu dans le délicieux Jardin d'été, erré le long de paisibles canaux, nous sommes aventurés en quasi-banlieue jusqu'au fabuleux ensemble Smolny, une symphonie de bleus, de blanc et d'or, et sommes redescendus par l'inévitable Perspective Nevski. Bonheur supplémentaire, notre guide, une femme cultivée d'une cinquantaine d'années, parlait un excellent français et faisait preuve d'esprit et même d'humour. Surtout pour Azur, qui commençait à en avoir soupé de n'entendre que de l'anglais aussi bien à bord qu'au cours des excusions organisées par le bateau, un épisode à marquer d'une pierre blanche.
En soirée, nous avons eu droit à une visite exhaustive (on peut le dire!) du fastueux palais rococo de l'impératrice Catherine à Tsarkoïe Selo-Pouchkine, suivi d'un souper « typiquement russe » (en version un peu trop touristique à l'américaine à notre goût) dans un pavillon voisin du palais; le repas était agrémenté d'un spectacle folklorique consistant pour une bonne part en interprétations chantées et dansées d'airs jadis rendus célèbres – avec beaucoup plus de talent, avouons-le – par les Choeurs de l'Armée rouge, que nous avions vus à Montréal il y a au moins une trentaine d'années.
Le lendemain, un autre palais était au programme: Peterhof, la grandiose pâtisserie baroque que Pierre le Grand fit édifier au bord du Golfe de Finlande, dans le but d'éclipser le Versailles de son copain Louis XIV. L'édifice et ses dépendances (dont deux ou trois autres palais moins importants) sont effectivement spectaculaires, d'autant plus qu'il s'agit en grande partie d'une reconstitution: l'original a été presque complètement détruit par les Nazis pendant le siège de Leningrad (qui a duré 900 jours entre 1941 et 1944), puis reconstruit pierre par pierre sur une période de trente ans, au bout de laquelle on y a réinstallé les meubles anciens, tableaux, tapisseries et autres trésors d'époque que Staline – dont personne ici ne prononce le nom, tiens! – avait fait mettre à l'abri au début de la guerre.
Il faut dire que le plus fascinant de Peterhof, ce n'est pas l'intérieur, mais les jardins, agrémentés de dizaines de spectaculaires fontaines, la plupart de bronze doré, d'où jaillissent des centaines de jets d'eau. Un spectacle féérique qui s'étale le long d'un canal qui va du pied du belvédère du palais jusqu'à la mer, pas loin d'un kilomètre plus loin. Là, nous attend un hydroglisseur rapide (les Russes les appellent des « rockets ») qui nous ramène en ville, à un débarcadère juste aux pieds du Palais d'hiver, élément principal du Musée de l'Ermitage.
Celui-ci est notre unique destination de la troisième journée, et c'est bien suffisant; la fatigue nous a forcés à laisser tomber une représentation du « Lac des Cygnes » de Tchaikovski au Théâtre Mariinsky (anciennement Kirov). Que dire de l'Ermitage? Pas grand-chose, d'abord parce que tout a été dit, et surtout parce qu'un survol de quelques heures ne peut donner qu'une vague idée d'une institution qui compte cinq édifice, plus de mille salles, toutes plus superbes les unes que les autres, et présente soixante mille oeuvres à la fois, tirées d'un fonds de près de trois millions de pièces. Mentionnons seulement une belle collection de Rembrandt, la splendeur des galeries consacrées aux impressionnistes français, une merveilleuse série de Matisse... et mon regret d'avoir raté, faute de temps, la section « antiquités » et son trésor unique de bijoux d'or scythes du 6e siècle avant notre ère. Il faudrait revenir y passer plusieurs journées pour satisfaire toutes mes envies.
Dernière curiosité de la «Cité des tsars», une véritable passion pour les noces traditionnelles, qui se tiennent habituellement dans le «Palais des Mariages» le long du quai où est amarré notre bateau de croisière; cela nous donne donc droit, à toutes les heures du jour, à un véritable défilé de limousines enrubannées noires, blanches ou dorées (quand elles ne sont pas bleu pastel ou rose bonbon, à l'image des palais environnants) dégorgeant des couples tous plus élégants et romantiques les uns que les autres, qui vont prendre la pose devant les monuments et les édifices les plus spectaculaires du centre-ville!
Avant Saint-Pétersbourg, nous avions fait escale à Tallinn, capitale de l'Estonie, petit pays balte de moins de 1,5 millions d'habitants, qui nous a très agréablement surpris. C'est une jolie ville qui a conservé beaucoup de ses maisons et de ses monuments médiévaux, et dans laquelle nous nous sommes promenés à pied toute une matinée avec grand plaisir. Non seulement l'endroit est agréable (ça fait penser à la fois au Vieux Québec et aux anciennes cités belges comme Bruges et Gand), mais les gens sont sympathiques et détendus; beaucoup parlent anglais, quelques-uns français, et les filles blondes aux yeux bleus ont des sourires chaleureux même alors que vous refusez de leur acheter quelque souvenir un peu trop touristique...

28 août 2007

Fjords de Norvège

(11/08/2007) Nous avons presque deux jours pour nous installer à bord du Seabourn Pride et nous réacclimater à la vie de croisière. Un temps grisâtre s'associe avec une longue et plutôt monotone traversée vers le sud-ouest de la côte norvégienne pour nous imposer un niveau important d'inactivité.
Le navire est rempli à presque capacité, soit environ 200 passagers, surtout des Américains. Les seuls autres francophones sont une bande de Belges fort sympathiques, mais qui ont tendance à se tenir en groupe (normal, ils avaient organisé leur croisière ensemble) et qui, de toute façon, nous fausseront compagnie dans huit jours. Un seul passager que nous connaissions déjà, un jovial Japonais accro des croisières, Jimmy Yoshino, dont l'anglais est presque aussi mauvais et le sourire aussi communicatif que ceux d'Azur.
Comme d'habitude, l'équipage et le personnel sont un mélange de nationalités, surtout européens (le capitaine est un British, Marc Dexter) et asiatiques, mais ceux qui parlent français sont moins nombreux que la fois précédente. De manière générale, l'atmosphère est beaucoup plus « américaine » que lors de notre voyage précédent sur la même ligne: on sent que les nouveaux propriétaires yankees (la ligne était norvégienne au départ) imposent leur personnalité et leur façon de voir les choses. Cela se manifeste aussi bien dans la cuisine que dans les spectacles et les relations personnel-passagers. Heureusement, Azur retrouve Crina, une copine roumaine polyglotte qui a pris du galon, passant de préposée à la réception à responsable du booking des excursions et futures croisières.
Malgré trois premiers jours de mauvais temps, le voyage lui-même est un enchantement. On a beau avoir entendu parler à satiété des fjords de Norvège et en avoir vu de multiples images, la réalité vous prend aux tripes. Surtout que la taille modeste de notre navire lui permet de se faufiler jusqu'au fond des criques les plus enfoncées et les plus spectaculaires, frôlant des parois de rocs abrupts parfois à près de 200 km à l'intérieur des terres. La première escale, à Ulvik et Eidfjord (Hardangerfjord), nous coupe littéralement le souffle par son mélange de grandiose sauvagerie et de délicieuses fermes verdoyantes improbablement coincées entre des promontoires de mille mètres d'où dégringolent des cascades cerclées d'arcs-en-ciel. Une excursion sur le haut plateau du Hardangervidda nous permet de contempler notre premier glacier, qui se mire dans un lac aux eaux de cristal.
Bergen, deuxième ville de Norvège et ancien port hanséatique, est quasi invisible derrière un rideau de brume cotonneuse qui ne se lèvera qu'en fin de journée. Elle nous laisse quand même deux bons souvenirs: un très sympathique marché aux poissons et aux aliments divers, à deux pas du port, dont nous ramènerons un saucisson de viande de renne, et un pélerinage doublé d'un mini-concert à la résidence-musée du compositeur Edvard Grieg (un de mes favoris, auteur des suites Peer Gynt et du Concerto en la), résidence qui ne ressemble à rien tant qu'à la charmante et vieillotte maison victorienne de la « tante Puce » dans le Trois-Pistoles de mon enfance.
Rien de spécial à dire de notre escale la plus septentrionale, Alesund, jolie petite ville coquettement lovée autour de son port de pêche. Par contre, le minuscule village de Flam, au fond du Sognefjord, est justement célèbre par son chemin de fer, une prouesse technique du début du 20e siècle qui grimpe en un peu plus d'une heure à quelque 850 mètre d'altitude, grâce à une série de rampes et de tunnels qui débouchent sans avertissement vers des paysages grandioses.
Oslo, enfin, nous impressionne par son musée des drakkars vikings: il en possède trois, dont deux en excellent état car ils avaient été enterrés dans la glaise il y a plus de 1100 ans, pour servir de sépulture à leurs capitaines sans doute. Comme nous l'explique un guide, « la tradition de placer les corps des vikings dans leur bateau et d'y mettre le feu en les lançant au large est une pure invention de Kirk Douglas, pour qui la réalité historique ne faisait sans doute pas assez spectaculaire en technicolor sur grand écran... »
Autre attrait de la ville, moins connu mais tout aussi étonnant, le jardin de sculptures dû au génie, pour ne pas dire à la folie de Gustav Vigeland. Ce dernier, peu connu hors de son pays mais célébrissime ici, s'était fait confier par les autorités d'Oslo l'aménagement d'un grand parc aux limites de la cité; il y a passé plus de vingt ans à sculpter ou faire sculpter par des élèves, d'après ses maquettes, pas moins de 200 monuments de granit ou de bronze comportant quelque 750 personnages nus, de toutes les conditions et de tous les âges, depuis le fétus jusqu'au vieillard mourant, en passant par des vénus plantureuses, des athlètes en pleine course ou en plein saut, des couples clairement homosexuels, des familles dans leur intimité... Vaut vraiment le détour.
Après un dernier arrêt sans grand intérêt dans la station balnéaire suédoise de Lysekil, nous rentrons à Copenhague, que nous retrouvons avec plaisir le temps d'aller nous régaler d'un succulent smorrebrod (sandwich-lunch traditionnel) dans un café d'une des rues piétonnes.

04 décembre 2006

A l'abordage suite2: des images!

Le lundi 7 novembre 2005 04:32

Voici la jolie vue qu'on avait de nos visiteurs depuis la fenêtre de notre cabine avant-hier matin. Sympathique, non?
Pas étonnant que le capitaine ait voulu leur fausser compagnie....
L'une des barques des pirates à l'assaut du navire, au large de la Somalie

A l'abordage suite1

Le dimanche 6 novembre 2005 07:50
Pour prouver aux sceptiques que nous n'avons pas inventé cette histoire (ni fumé du pot de mauvaise qualité, comme l'a suggéré Azur), voir le compte-rendu (illustré) de CNN à l'adresse:
http://www.cnn.com/2005/WORLD/africa/11/05/somalia.pirates/index.html
En attendant, nous avons changé de cap: directement aux Seychelles, sautant par-dessus l'escale initialement prévue à Mombasa, Kenya et nous éloignant de la côte si hospitalière ( ;) ) de la Somalie. Pour nous consoler, nous avons eu droit au champagne et caviar à go-go hier soir.

A l'abordage!

Le samedi 5 novembre 2005 05:44

Dernière heure!
Vous allez encore dire que nous ne faisons pas les choses comme tout le monde:
Nous venons d'avoir droit à une attaque de pirates en plein Océan Indien, au large de la Somalie. Ça, c'est de la croisière d'aventure!

Vers 6 heures ce matin heure locale, quatre canots à moteur portant une vingtaine de cagoulards armés de fusils et de lance-grenades ont encadré notre bateau et tenté de l'arraisonner. Ils ont tiré sur la passerelle (raté, ils ont seulement pété les vitres du bar au-dessus) et sur l'arrière (touché le cabaret).

Le capitaine a ordonné à tout le monde de se rassembler dans le restaurant, situé au milieu du navire et sans grandes fenêtres.
Tout en s'habillant pour sortir, nous avons ouvert les rideaux de la cabine... et les pirates étaient juste sous notre nez, à peut-être 75-100 mètres de nous.

Nous avons refermé avant que j'aie pensé à prendre des photos; heureusement, un voisin a eu l'esprit plus prompt que moi -- je vais essayer de vous envoyer une image d'ici quelques heures.
Le navire a alors accéléré et s'est mis à louvoyer entre les deux groupes de pirates; ça brassait assez sérieusement. Une partie de l'équipage nous a escortés à la salle à dîner pendant qu'une autre tenait les assaillants à distance au moyen de boyaux d'incendie -- il n'y a pas d'armes à feu à bord.

Puis nous avons piqué sur la pleine mer, et les canots ont abandonné la chasse, ils risquaient probablement la panne sèche en tentant de nous suivre vers le large.

Après café, biscottes et quelques explications, nous avons pu regagner les cabines vers 7h (5h heure de Paris, 23 h aux Antilles et au Québec). Certains de nos voisins ont été plutôt secoués, notamment Beatriz, la copine péruvienne.

On nous reparlera après ça des petits voyages sans imprévus....
Comme vous voyez, le moral est bon et le pouls a repris son rythme normal.