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11 janvier 2021

Troublante société de l'information

 Les évènements aux États-Unis depuis la semaine dernière montrent à quel point, pour le meilleur et pour le pire, nous sommes devenus une «Société de l'information» – vraie ou fausse, utile ou dangereuse, unificatrice ou divisive. Et donc à quel point il devient vital et urgent de revoir et sans doute de corriger les règles qui régissent ce domaine, qu'il s'agisse du rôle, des droits et des responsabilités des médias, des privilèges et des limites du discours politique partisan, des «libertés d'expression» quasi absolues garanties par les Chartes des Droits, des latitudes et des obligations des entreprises privées qui régissent les réseaux sociaux...

Il me paraît évident que le contexte législatif et réglementaire actuel est devenu inadéquat pour faire face aux défis. Faire confiance à la libre concurrence des intérêts et des idées, au sens de responsabilité des élus et de leurs adversaires, à l'éthique professionnelle des journalistes (et de leurs patrons), etc. ne suffit plus. Ce sont précisément ces attitudes qui ont mené au chaos actuel aux États-Unis et à des situations qui ne sont que marginalement meilleures en France, en Espagne, en Italie, au Royaume-Uni, en Turquie, en Russie, en Chine, en Europe centrale, dans une grande partie du monde musulman...


Je n'ai certainement pas de solution tout faite à proposer, mais je constate qu'il est urgent et nécessaire d'engager sur le sujet un débat qui dépasse les clivages partisans et idéologiques pour tenter de déboucher sur un nouveau consensus qui ménage aussi bien une liberté de parole essentielle et justifiée qu'une paix sociale et une capacité de dialogue objectif et respectueux qui ne sont pas moins indispensables dans le monde compliqué, hétérogène et potentiellement conflictuel dans lequel nous vivons désormais.

16 mars 2019

Politique et vie privée

Je suis frappé par le degré auquel le débat politique américain est étroitement lié au problème crucial de l'opposition entre confidentialité et transparence posé par la Révolution de l'information numérique. Non seulement les individus (en particulier les personnages publics) mais les institutions vivent désormais dans une «maison de verre» où les données sont aussi susceptibles de dévoilement intempestif que de falsification. Des exemples:
a) Le Russiagate, sur la probabilité de complicité entre la campagne de Donald Trump et le Kremlin, porte principalement sur des échanges d'information stratégique, du piratage de messages confidentiels et des jeux de propagande électorale.
b) Le rôle de l'avocat de Trump, Michael Cohen, a consisté entre autres à dissimuler des faits intimes; les amis du Président au magazine National Enquirer ont acheté les mêmes informations pour ensuite empêcher leur diffusion.
c) Les difficultés d'Hillary Clinton sont nées entièrement de sa négligence à assurer la sécurité de ses courriels.
d) Le FBI et le Ministère de la Justice sont accusés d'avoir révélé des faits découverts (ou fabriqués?) dans le but d'influencer le Congrès et l'électorat.
e) Le camp Trump reproche aux médias traditionnels de manipuler les nouvelles à des fins partisanes («fake news»).
f) Le réseau social Facebook admet avoir vendu les données confidentielles de plus de 50 millions d'utilisateurs à une firme de sondages liée à Steve Bannon, conseiller et organisateur politique du candidat Trump.
g) Trump lui-même est un fervent usager de Twitter, un outil numérique qui lui permet de s'adresser tous les jours au grand public sans passer par le filtre des médias. Il est aussi clairement coupable de fréquents mensonges et distorsions de la réalité des faits.
h) L'affaire Julian Assange/Wikileaks se fonde directement sur des activités de piratage et de dévoilement de données institutionnelles et financières confidentielles, dont des secrets d'État.
De tout cela (et d'autres indices encore), je déduis que tous ceux qui s'intéressent à la politique américaine et à ses effets sur la planète devraient se pencher avec encore plus d'attention sur le conflit vie privée/transparence rendu plus aigu par la Société de l'information.