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21 janvier 2019

Trump et le «branding»

Un des défauts majeurs de M. Trump comme président est que, puisque chez lui tout est dans la façade et l'apparence (le «branding»), c'est là tout ce qu'il regarde chez les autres, en particulier chez ceux qui sont soupçonnés d'être hostiles aux États-Unis: Corée, Chine, Russie... Or ce sont des États qui sont passés maîtres dans l'art de déguiser leurs véritables stratégies.
Le cas de la Corée du Nord est typique. Kim Jong Eun fait semblant de respecter ses engagements envers Trump: fin des tests nucléaires –– dont les experts disaient déjà qu'ils avaient été concluants –– et poursuite de négociations (un second sommet au Vietnam), qui jusqu'ici n'ont mené à aucun résultat concret. En parallèle, il ne se gêne pas pour poursuivre presque ouvertement le développement de son programme nucléaire militaire et pour mener une double offensive diplomatique visant à consolider ses positions avec la Chine et à resserrer ses liens avec son voisin sud-coréen, dans tous les cas en directe contradiction avec les intérêts américains.
Mais cela permet à la Maison Blanche de clamer devant sa base conservatrice des «gains» alors que les spécialistes (de droite comme de gauche), qui évaluent surtout ce qui se passe derrière la façade, sont unanimes à estimer que c'est Kim qui gagne à chaque étape de la relation.

29 août 2017

C'est reparti

(Écrit dimanche matin) J'ai attendu quelques jours que la croisière se mette vraiment en marche pour en parler. Je profite donc du temps frais et gris ce matin au large de Paamiut, Groënland, pour me reprendre.
Nous avions raté le départ «officiel» à Montréal le 18 août pour un petit problème de santé. Heureusement, les effort combinés d'Évelyne, le médecin d'Azur, du pharmacien du rez-de-chaussée et surtout de notre agente de voyage Antonella, nous ont sauvé la mise, au prix d'une galopade assez épuisante.
En effet, il a fallu aller courir après notre paquebot, le 7-Seas Navigator de Regent Cruise Lines, pour le rattraper cinq jours plus tard au port de Saint-Jean, Terre-Neuve. Heureusement, le trajet en avion s'est bien passé, malgré la quantité de bagages à charrier (nous partions pour deux mois), et le temps à Terre-Neuve mercredi soir était étonnamment beau et doux.
Une fois installés au Newfoundland Sheraton — qui n'a rien à voir avec son homonyme édouardien que j'avais fréquenté dans les années 70-80 —, nous sommes ressortis sur Duckworth, une des deux rues qui longent le spectaculaire port de pêche, prendre un succulent souper de fruits de mer au Saltwater, un nouveau restaurant de qualité mais sans prétention, à la clientèle aussi jeune et animée que le personnel. Hélas, la fatigue et le manque d'appétit nous ont empêchés de faire honneur à des portions aussi gargantuesques que savoureuses de moules, de salade de crabe et de plateaux de coquillages variés. Pas de homard, malheureusement, la courte saison étant déjà terminée.
Au lever jeudi peu après 10 heures, notre fenêtre du 6e étage ouvrait sur un brillant soleil éclairant les activités du port où j'apercevais tout juste le nez blanc de notre navire. Un sympathique chauffeur de taxi marocain nous a baladés pendant une bonne demi-heure à travers le petit centre-ville coloré et sur les rives du havre tout en longueur, bordé de collines abruptes et protégé de la houle atlantique par un sévère goulot d'entrée serré entre deux caps.
J'ai depuis longtemps une attirance particulière pour le port de Saint-Jean, toujours grouillant de cargos et de chalutiers venus de tous les coins du monde, et ceinturé de bars et de bistrots bourrés de marins et de pêcheurs costauds parlant toutes les langues imaginables.
Pour finir, le taxi a grimpé Signal Hill et traversé le quartier typique de Battery, accroché au flanc d'un des promontoires qui gardent la sortie du port, pour s'arrêter à côté de la Tour Marconi, d'où en saison (juin et début juillet) on peut voir défiler à quelques kilomètres au large des troupeaux d'icebergs scintillants de toutes les tailles et de toutes les formes. C'est aussi de là que l'inventeur Marconi avait échangé les premiers signaux de radio sans fil avec l'Europe il y a une centaine d'années, inaugurant l'ère des communications modernes.
En début d'après-midi, nous nous sommes finalement embarqués sans trop de problèmes, et avons pu nous installer dans la mini-suite à balcon qui sera notre résidence jusqu'à la mi-octobre. Le Navigator est un petit paquebot qui prend moins de 500 passagers, mais dans un luxe impressionnant. Quatre restaurants, une demi-douzaine de bars dont un grand cabaret à spectacle, piscine, mini-casino, spa, boutiques...
Nous avons raté les premières escales, Québec, Saguenay, Charlottetown, sans trop de regret, sauf pour les îles françaises caillouteuses de Saint-Pierre et Miquelon, qu'Azur n'a jamais vues et où je n'ai pas remis les pieds depuis plus de 50 ans — et dont je ne garde pratiquement aucun souvenir, pour cause: j'étais avec deux copains chansonniers, aussi bohèmes que moi, et au premier bistrot que nous avons rencontré, nous avons découvert qu'un cognac pris au comptoir coûtait à peine la moitié du prix d'un café! Je vous laisse imaginer le reste du séjour.
Au coucher de soleil, le Navigator a appareillé, se glissant entre les deux lèvres escarpées et rocailleuses qui ferment le port pour mettre cap au nord, sur une mer grise et plutôt agitée qui allait nous secouer pendant deux jours et trois nuits.
C'est donc avec une plaisante surprise que dimanche matin, ouvrant les rideaux de la cabine, j'ai pu admirer la vue de Nuuk, «capitale» du Groënland, sous un clair soleil qui faisait miroiter une mer d'un calme plat, à peine égratignée par les sillages entrecroisés des nombreux speedboats et bateaux de pêche en goguette qui zigzaguaient au large de la côte.
Nuuk, avec ses 16 000 habitants, est à peine plus qu'un gros village de pêche dont les deux quartiers de petites maisons traditionnelles de toutes les couleurs sont bizarrement séparés par une douzaine de blocs d'habitation de béton gris reliés par des passerelles, qui font vaguement penser au style de Le Corbusier à son plus utilitairement austère. Derrière se dressent d'abord des collines dénudées, et un peu plus loin de spectaculaires pics tachetés de neiges éternelles.
Le passage probablement inhabituel d'un paquebot de luxe attise visiblement l'intérêt des habitants, un mélange de danois blonds et d'inuits sombres aux yeux bridés; la plupart des embarcations qui nous croisent ou nous longent ralentissent brusquement et leurs occupants nous fixent avec une curiosité marquée. Les plus insistants sont un groupe de kayakeurs (sans doute membres d'un club) qui passent un bon quart d'heure à tourner autour de nous, faisant ici et là quelques acrobaties pour attirer notre attention. Le tout dans un climat hospitalier et bon enfant.

26 octobre 2007

Les beautés du mauvais temps

(24/10/2007) Je ne savais pas ce qu'était vraiment une "onde tropicale". Hé bien, je l'ai appris "en grande" samedi matin: après quelques coups de vent brusques au cours de la nuit, un véritable rideau sombre et impénétrable de pluie s'est abattu sur la Baie du Marin dès l'aube, et s'est maintenu avec à peine quelques fluctuations jusqu'au début de l'après-midi. Nous avons passé l'avant-midi claquemurés à bord, toutes lumières allumées, contemplant l'eau qui plongeait en cascades du toit du carré sur les deux coques où elle formait des ruisseaux continus. Le tout agrémenté de roulements de tonnerre intermittents et d'occasionnels éclairs dont on ne distinguait qu'à peine les reflets à travers le rideau dense de l'averse.
Même si nos amarres de quai sont de nylon, la détrempe les a suffisamment relâchées pour que le Bum vienne battre vigoureusement contre le ponton à maintes reprises, heureusement protégé de tout dommage par de bons pare-battages. Autour de nous, règne une immobilité de cimetière: aucun mouvement sur le ponton, pas une annexe sillonnant la rade, pas un seul bateau qui entre ou sorte dans la zone marina.
C'est seulement vers les 14 heures que la vie reprend peu à peu. Après une hésitation, nous nous aventurons sur les pontons puis sur le front de mer, où nous arrivons au Calebasse Café juste à temps pour le début de la finale du rugby. Cela en valait d'ailleurs la peine.
Au milieu d'un public bien plus restreint et moins agité que la semaine dernière (la France ne joue pas aujourd'hui), nous avons droit à un beau match, peu spectaculaire, mais intense et très propre. Pas de mauvais coups, très peu de blessures, un minimum d'erreurs, le tout débouchant sur une victoire bien méritée des sympathiques Springboks sud-africains. De quoi améliorer encore la réputation et l'audience d'un sport que nous venons de découvrir et qui mérite plus de rayonnement.
Dimanche matin, nous nous préparons de nouveau au départ. Car nous avons finalement décidé que, le temps permettant, nous nous rendrons en bateau plutôt qu'en voiture jusqu'à notre hôtel de Trinité. Nous avons trop peu navigué depuis notre retour aux Antilles, et cela nous permettra en particulier d'admirer du large une Côte Atlantique que trop peu de plaisanciers se risquent à visiter, rebutés par ses mers plus fortes et ses vents plus vifs que ceux du Versant Caraïbe.
Même si la brise est plutôt contre nous (elle fait 15-20 noeuds du nord-ouest, ce qui nous forcera à louvoyer et à faire du moteur une bonne partie du trajet aller), nous n'avons rien à regretter: la houle n'est pas trop choquante, le temps d'une clarté admirable nous permet de voir tout en détail les multiples baies, anses, falaises et ilets qui découpent la côte, tout au long des Salines, du Cap Chevalier, des Macabous, du Vauquelin, du Cap Est et du François.
C'est juste avant celui-ci que nous faisons une courte escale, à l'abri d'un minuscule archipel qui protège de la houle les féériques "fonds-blancs". Ce sont des bancs de sable éclatant de blancheur qui s'étirent sous un à deux mètres d'eau turquoise et cristalline. Le lieu, surnommé "la baignoire de Joséphine", est abondamment fréquenté, mais pas du tout massacré. La tradition veut que les békés de jadis (planteurs blancs du pays) s'y soient retrouvés les week-ends de grandes chaleurs pour y siroter un ti-punch plongés dans l'eau fraîche jusqu'à la taille ou aux épaules. Une coutume à laquelle un groupe mélangé de Martiniquais et de touristes sacrifie aujourd'hui près de nous avec un plaisir évident.
Nous faisons un agréable plongeon, hélas dérangé par des maniaques du scooter-des-mers qui zigzaguent à toute vitesse et à grand bruit entre les embarcations mouillées autour desquelles se prélassent bon nombre de baigneurs, y compris des enfants. Pas très brillant. Nous nous consolons du bain écourté en dégustant une savoureuse et nourrissante tartiflette maison que nous a concoctée l'irremplaçable et polyvalent Gérard.
Reprenant la route, nous avons la désagréable surprise de voir (et d'entendre) chûter juste à nos pieds une lampe de hune qui semblait pourtant bien fixée. À remplacer au plus tôt, donc. En fin d'après-midi, nous contournons (à moteur, hélas, le vent nous est vraiment peu secourable) la jolie presque'île de la Caravelle, échancrée de fines anses et surmontée de promontoires audacieux. Le coucher de soleil nous trouve dans la rade pratiquement déserte de Trinité, par chance peu houleuse ce soir puisque la brise a viré à l'est. Nous mouillons sans problème en face de l'École de Pêche de la Martinique, où Gérard a plusieurs fois suivi des cours et des stages.
Aux abords du ponton, situé en plein milieu du bourg, nous attend un taxi commandé d'avance dont le chauffeur, Éric, est une surprise des plus agréables: sympathique, disert, toujours coiffé d'un élégant chapeau de paille et tiré à quatre épingles à la limite de la coquettterie, il allie une fiabilité à toute épreuve (que nous aurons l'occasion de tester au cours des prochains jours) à une remarquable érudition sur l'histoire et les caractéristiques de sa région, savoir datant d'une précédente carrière comme guide touristique. Si jamais vous avez l'intention d'explorer le centre et le nord de la Côte Atlantique, nous ne pourrions vous recommander meilleur cicerone.
Une dizaine de minutes d'une route sinueuse débouchant sur une piste à peine carrossable nous permettent de grimper jusqu'au Domaine de Saint-Aubin, perché sur la côte au-dessus du quartier Petite-Rivière-Salée, sur le chemin de Sainte-Marie. C'est une splendide maison coloniale blanche et jaune, construite en bois dans le plus pur style "béké" des années 1850-1920, entourée d'une vaste véranda, le tout couvert d'un toit à pignons de tôle rouge le long duquel courent des frises de bois découpé façon "gingerbread".
L'intérieur a été soigneusement redécoré par ses nouveaux propriétaires, des "métros" installés ici depuis trois ou quatre ans seulement, mais clairement en amour avec la Martinique et sa culture (la littérature de l'hôtel affirme qu'ils ont des ancêtres békés). Ils ont déniché un peu partout des meubles d'époque, des appliques et des chandeliers, des bibelots, des gravures et de vieilles photos, qui vous donnent presque l'impression de vous trouver les hôtes d'un planteur cultivé d'il y a deux ou trois générations.
À la maison de départ, ils sont en train d'ajouter diverses annexes (cuisines, spa, bungalows, etc.) dans le respect le plus soigneux de l'esprit de l'original et en préservant au mieux l'élégant jardin qui entoure la propriété. Leurs seuls anachronismes, que nous leur pardonnons volontiers, sont une jolie piscine couverte de mosaïques blanches, vertes et bleues, et une musique de jazz "cool" qui circule tout doucement à travers le salon, la salle à dîner et la terrasse du rez-de-chaussée.
D'abord un peu étonnés de constater que dans un établissement de cette classe, les chambres ne disposent ni d'un téléphone, ni d'une télé, ni d'un frigo-minibar, nous finissons par admettre que ces omissions cadrent bien avec le caractère "vieil hôtel de campagne" que les proprios tiennent à conserver. De toute façon il y a la clim, d'immenses fenêtres à volets mobiles, et l'accès à une large galerie extérieure qui fait le tour de l'étage et débouche sur un grand salon en plein air meublé de rotin semé de vastes coussins.
Après une première nuit réparatrice, un bon petit déj nous attend sur la terrasse du rez-de-chaussée. Le copain Éric vient nous prendre en milieu de matinée et nous amène visiter le Musée du Rhum (Saint-James) de Sainte-Marie, à la fois beau et pédagogique. Nous n'échappons pas à la tentation d'en sortir avec quelques bouteilles de "vieux" XO qui enrichiront nos divers bars. Puis c'est la grimpée par un chemin sinueux qui nous amène au vaste panorama du haut du Morne Poirier. Nous pouvons entre autres y constater que le Bum chromé nous attend toujours sagement, mouillé au centre de la Baie de Trinité.
Nous redescendons vers la presqu'île de la Caravelle et le bourg de Tartane, où nous avons décidé de "manger léger" ce midi pour nous garder l'appétit nécessaire à un repas gastronomique à l'hôtel ce soir. Vaine promesse: la découverte de deux langoustes vives et charnues dans le vivier du petit resto de bord de route "l'Oasis" nous incite à changer de programme. Sans le moindre regret: le service est charmant, la cuisson parfaite et la note très raisonnable (5 euros le 100 grammes, pour la Martinique, c'est peu). Pour le retour, Éric fait un long détour vers la pointe de la Caravelle et une colline abrupte couronnée d'antennes de transmission, d'où nous avons une vue unique aussi bien vers le Sud jusqu'au Vauclin que vers le Nord et le Lorrain. Bonnes photos.
Après une bonne sieste, nous décidons quand même de faire honneur au dîner. La "daube créole" du plat principal est bonne mais sans surprise; en revanche, l'entrée consiste en un velouté d'igname parsemé de copeaux de jambon-pays et parfumé d'un bouquet d'épices dont nous parlerons sans doute longtemps. Tout compte fait, une très belle journée d'anniversaire, embellie de plus par plusieurs appels de voeux de parents et d'amis.
Mais c'est mardi midi que vient le haut-lieu de cette fête. Après une matinée d'ondée tropicale presque aussi violente et soutenue que celle de samedi dernier, nous profitons d'une brève éclaircie pour descendre par Gros-Morne vers Saint-Joseph, où se trouve ce qu'on nous a présenté (avec raison) comme l'un des meilleurs, sinon le meilleur restaurant de la Martinique actuellement. Le patron Jean-Charles Brédas et sa femme nous reçoivent dans un décor qui fait irrésistiblement penser à une version tropicale du Jardin des Sens: un pavillon ouvert, décoré de légères tentures de style indien, planté au milieu d'un luxuriant jardin tropical.
Nous n'avons même pas droit au menu: Brédas, un élève de Roland Durand du Passiflore à Paris, nous a préparé sans demander notre avis une carte à sa façon dont nous ne pouvons que nous féliciter: amuse-gueules créoles, foie gras poêlé aux bananes jaunes (wow! et re-wow!), magret de canard au poivre et aux fruits tropicaux accompagné d'une mousseline de légumes-pays, etc. Une seule erreur (de notre part): nous buvons là-dessus un très bon champagne brut rosé Clos des Demoiselles qui s'accorde très correctement au repas, mais fort mal à la digestion d'Azur, qui va en subir les conséquences une partie de la nuit prochaine.
Pour lui laisser une chance de mieux dormir, je passe une partie de la nuit sur une chaise-longue de la véranda devant notre chambre, ce qui me permet d'assister à un fabuleux spectacle de la nature. À demi éclairé par un premier quartier de lune, le ciel est traversé de nuages parfois blancs et transparents, parfois sombres et opaques. Ceux-ci traînent sous eux, comme des capes de mousquetaires, des rideaux clairs de pluie qui balaient la surface gris fer de la mer entre une île au large et la côte à mes pieds. De temps à autre, un éclair violacé découpe méticuleusement les nuages en surfaces planes mauves et grises à la manière d'une estampe japonaise. Le tout derrière les feux d'artifice noirs des hauts cocotiers qui bordent le jardin de l'hôtel, et dans un fond sonore qui harmonise très joliment les rouleaux de la houle, le tonnerre lointain, les cris des grillons et des crapauds et les petits pas légers de la pluie sur le gazon du parc, puis sur les pignons de tôle de l'hôtel.
C'est avec un réel regret que je sors de cet enchantement et rentre dans la chambre finir ma nuit.
Mercredi matin, c'est le retour à bord. Gérard nous attend au ponton avec l'annexe, et nous prenons congé à regret de notre taxi Éric, qui me laisse en cadeau d'adieu un disque artisanal de piano-jazz sur des thèmes créoles, oeuvre du musicien local Michel Canonge.
Nous nous faisions une fête de la redescente vers le Marin, croyant que nous profiterions cette fois du même vent qui nous avant tant retardé en montant. Penses-tu! La météo a changé, c'est pratiquement le calme plat ("pétole!", dit Gérard, dégoûté) et le peu de souffle qu'il y a provient du sud-ouest, presque exactement le cap que nous devons suivre. Nous effectuons donc notre rentrée vers la marina à moteur tout le long. Heureusement la mer est paisible, et nous avons droit à une version diurne du spectacle qui m'a charmé la nuit dernière: le ciel, souvent bleu, est balayé à plusieurs reprises par des grains de nuages sombres construits tout en hauteur et traînant sous eux des écharpes de pluie grise auxquelles nous échappons presque toujours, comme par miracle.
Tout compte fait, une bien belle ballade et un anniversaire dont je me souviendrai.

11 octobre 2007

L'après-Dean

(10/10/2007) Il semble bien que la saison des tempêtes va se terminer sous la pluie en Martinique. Depuis deux jours, nous sommes sous la douche : une série d’averses violentes et soudaines, de nuit comme de jour. Et à peine un rayon de soleil de temps à autre.
Pourtant, il faisait plutôt beau lorsque nous sommes arrivés de Paris par Air Caraïbes en fin de semaine, après une traversée un peu secouée mais confortable : bons menus créoles (meilleurs que sur Air France, qu’on se le dise!), ti’punch et champagne à volonté et service chaleureux. Une autre bonne surprise nos attend à bord du Bum chromé, le skipper Gérard et la précieuse Sainte-Lucienne Henrietta ont soigneusement rangé toutes nos affaires, c’est presque comme si nous n’étions jamais partis – malgré trois grands mois d’absence.
Première activité à l’ordre du jour, sitôt le décalage horaire un peu résorbé, un joyeux plongeon dans les eaux calmes et chaudes de la plage de Sainte-Anne, suivi d’un bon repas de crabes farcis et de poisson grillé au Touloulou. Et on a remis ça le lendemain à l’Anse Michel, dont la plage bondée de monde était pourtant un peu triste. Dans cette zone extrême-sud de la côte Atlantique, l’ouragan Dean a sérieusement fait des siennes : arbres cassés ou déracinés, végétation complètement chamboulée, débris de toutes sortes flottant pas loin du bord, un bon mois et demi après l’événement.
Hier, nous sommes allés faire des courses en banlieue de Fort-de-France, et nous avons pu constater d’autres dégâts causés par Dean : champs de banane désolés, à peine percés ici et là de chicots jaunis, église de Rivière-Salée entièrement dépouillée de son toit et d’une partie de ses murs, ateliers et usines à moitié démolis et pancartes arrachées tout au long de la route du Lamentin. Il n’y a que la canne qui survit avec une vigueur impressionnante : des champs verts et bleus à perte de vue du côté de Génipa… Au moins, nous ne manquerons pas de rhum!
Heureusement, il y a des choses qui ne changent pas trop: nous voisins sont toujours le Mayamamba devant (l'ancien cata du tennisman Yannick Noah, qui appartient maintenant à un Niçois) et l'Escampette de l'autre côté du ponton. Malheureusement, celle-ci est déserte, Nino, Lila et leurs parents ayant déménagé dans leur nouvelle maison du Diamant.
Mais nos autres voisines les aigrettes blanches, elles, sont toujours là, même si leur coin favori de la mangrove a été pas mal massacré par l'ouragan. Cela les a forcées à changer un peu leurs habitudes, mais elles continuent à arriver au soleil couchant, quoique en ordre plus dispersé, et à repartir au lever du soleil le lendemain (photo).
Jacinthe-la-Québécoise, marin-cuisinier et ancienne partenaire de bord de Gérard sur les charters, a été victime d’un vol à bord de son petit voilier mouillé au Marin, quelques jours avant l’ouragan, pendant qu’elle rendait visite à sa mère à Sherbrooke. Secouée mais indomptable, elle rebondit, pleine de projets artisanaux et de jolis batiks…

22 septembre 2007

Ouragan Dean et Mer Baltique

(26/08/2007) La dernière semaine de croisière a été sérieusement perturbée par les nouvelles de la Martinique. Comme nous allions quitter Saint-Pétersbourg, nous avons appris que Dean, le premier ouragan tropical de la saison 2007 fonçait tout droit sur notre île favorite et menaçait de tout y bouleverser... y compris la marina où niche le Bum chromé.
Le second du Seabourn Pride, constatant notre inquiétude, nous a promis de nous tenir au courant de la météo. Le lendemain du départ pour Stockholm, il nous a informés que Dean était passé du statut de force 2 (tempête tropicale) à celui de force 3 (ouragan) et ciblait directement le sud de la Martinique. Pour ajouter à notre angoisse, les communications satellite étaient (logiquement) perturbées par la météo, et donc impossible de joindre notre skipper Gérard et nos copains Daniel et Charles par téléphone.
Au matin du 18, nous avons appris par les mini-journaux distribués à bord que Dean avait frappé la Martinique de plein fouet et causé des dégâts considérables en particulier à Case-Pilote, la commune voisine du Marin. Gros soucis. Nous avions beau nous dire que nous avions laissé à Gérard la consigne stricte de mettre la voile vers le Sud à la première alerte, avait-il eu le temps de le faire? Et dans quel état se trouvaient nos copains du Marin Raymond Marie, Mathilde Pancrate, les Jean-Joseph, Pancho et cie? Et la famille? Et les amis du Diamant?
Ce n'est qu'une fois en rade de Stockholm (deux jours d'escale) que nous avons pu avoir des nouvelles fraîches et rassurantes. Nous avons pu toucher par cellulaire Daniel, dont la maison du François avait été épargnée, sauf pour quelques tuiles arrachées, un jardin décimé et des coupures temporaires de courant et de téléphone. Il nous a confirmé que Gérard était parti à temps pour les Grenadines avec le cata, que le Marin avait été relativement peu touché -- ni blessés ni décès -- et que la famille d'Azur au Diamant et à Fort-de-France, quoique éprouvée par des black-outs et quelques dommages matériels, était indemne et de bon moral. Ouf.
Il était cependant évident que la Martinique dans son ensemble avait été fortement touchée, notamment les plantations de bananes et de canne à sucre, presque totalement détruites, et les infrastructures énergétiques, victimes de ruptures majeures. Par exemple, il a fallu plus d'une semaine pour toucher Raphaëlle et Charles Larcher, que la chute d'un pylône électrique avait maintenus dans l'isolation près d'une dizaine de jours. Ce qui nous a incités à envisager un retour aux Antilles un peu plus tardif que prévu.
La visite de Stockholm, dans les circonstances, a été quelque peu ébréchée. La ville dans l'ensemble nous a plu, mais nous n'avons pas pu l'apprécier à sa juste valeur. Nous nous sommes contentés d'une excursion de bus touristique très standard, et de courtes promenades dans le centre, près du port.
De toute façon, pour nous, l'essentiel de la croisière était fait: les dernières escales, le port allemand de Warnemunde (non loin de Berlin) et la station touristique danoise de Bornholm, quoique sympathique, ne présentaient plus le même intérêt. Nous nous sommes contentés de jouir du confort de la vie à bord et d'effectuer de courtes virées à terre, par exemple pour visiter un des célèbres ateliers de souffleurs de verre de Bornholm. Au fond, nous avions hâte de rentrer à Copenhague, où nous avions réservé la même chambre qu'à l'aller au Kong Frederick.
Cette fois, la place de l'Hôtel de ville était envahie par un Gay Pride sans excès et plutôt sympa, et la grande majorité des touristes avaient foutu le camp, ce qui changeait totalement l'atmosphère de la ville, pour le mieux. Nous avons enfin pu apprécier dans le calme la version gastronomique du renommé lunch-sandwich danois, le "smorrebrod", dans un café fameux pour cela, le Kronborg, qui ne nous a pas déçus. Et nous en avons profité pour visiter quelques sites qui nous avaient échappé (ou qui étaient engorgés de touristes) la première fois, par exemple la place des Palais royaux et le quartier "branché" de Christianhavn qui fait penser à un "Marais sur canal Saint-Martin".
Lorsque nous avons repris l'avion pour Paris hier après-midi, c'est avec la ferme intention de revenir. Mais nous étions aussi fort heureux de nous retrouver, même si c'était près minuit, dans notre petit nid douillet de Montpellier où, de plus, nous attendaient une série de mails rassurants et de bonnes nouvelles...

01 septembre 2007

Ô Saint-Pétersbourg

(17/08/2007) Le clou de la seconde partie de notre croisière aura certainement été Saint-Pétersbourg, une ville dont Azur rêvait depuis des années... et qui a amplement répondu à ses attentes. Nous y sommes arrivés tot le matin du 14, en suivant une des branches de la Neva bordée d'une foule de cargos en plus ou moins bon état et, assez bizarrement, de sous-marins en réparation.
La taille du Seabourn Pride lui permettait d'accoster en pleine ville, en face de l'Académie des Beaux-Arts, non loin des immenses façades de l'Amirauté et de l'Ermitage. Comme nous n'avions pas pris de visa pour la Russie (les formalités semblaient inutilement longues et complexes), nous devions nous limiter à des excursions et visites programmées par la ligne de croisière.
Pour contourner la difficulté et nous faire une meilleure idée de l'ancienne capitale des tsars, nous avons fait réserver par le bateau une voiture avec un(e) guide parlant français. Excellente idée, qui nous a permis de passer une bonne partie de la première journée à vagabonder à notre fantaisie non seulement dans le quartier central monumental, mais aussi dans des coins où les touristes de passage s'aventurent moins souvent. Ainsi, après nous être tapé l'impressionnante cathédrale Saint-Isaac et l'incontournable forteresse Pierre-et-Paul (dont les puissants murs de granit ne servent plus que de décor aux baignades des Saint-Pétersbourgeois), nous avons marché un peu dans le délicieux Jardin d'été, erré le long de paisibles canaux, nous sommes aventurés en quasi-banlieue jusqu'au fabuleux ensemble Smolny, une symphonie de bleus, de blanc et d'or, et sommes redescendus par l'inévitable Perspective Nevski. Bonheur supplémentaire, notre guide, une femme cultivée d'une cinquantaine d'années, parlait un excellent français et faisait preuve d'esprit et même d'humour. Surtout pour Azur, qui commençait à en avoir soupé de n'entendre que de l'anglais aussi bien à bord qu'au cours des excusions organisées par le bateau, un épisode à marquer d'une pierre blanche.
En soirée, nous avons eu droit à une visite exhaustive (on peut le dire!) du fastueux palais rococo de l'impératrice Catherine à Tsarkoïe Selo-Pouchkine, suivi d'un souper « typiquement russe » (en version un peu trop touristique à l'américaine à notre goût) dans un pavillon voisin du palais; le repas était agrémenté d'un spectacle folklorique consistant pour une bonne part en interprétations chantées et dansées d'airs jadis rendus célèbres – avec beaucoup plus de talent, avouons-le – par les Choeurs de l'Armée rouge, que nous avions vus à Montréal il y a au moins une trentaine d'années.
Le lendemain, un autre palais était au programme: Peterhof, la grandiose pâtisserie baroque que Pierre le Grand fit édifier au bord du Golfe de Finlande, dans le but d'éclipser le Versailles de son copain Louis XIV. L'édifice et ses dépendances (dont deux ou trois autres palais moins importants) sont effectivement spectaculaires, d'autant plus qu'il s'agit en grande partie d'une reconstitution: l'original a été presque complètement détruit par les Nazis pendant le siège de Leningrad (qui a duré 900 jours entre 1941 et 1944), puis reconstruit pierre par pierre sur une période de trente ans, au bout de laquelle on y a réinstallé les meubles anciens, tableaux, tapisseries et autres trésors d'époque que Staline – dont personne ici ne prononce le nom, tiens! – avait fait mettre à l'abri au début de la guerre.
Il faut dire que le plus fascinant de Peterhof, ce n'est pas l'intérieur, mais les jardins, agrémentés de dizaines de spectaculaires fontaines, la plupart de bronze doré, d'où jaillissent des centaines de jets d'eau. Un spectacle féérique qui s'étale le long d'un canal qui va du pied du belvédère du palais jusqu'à la mer, pas loin d'un kilomètre plus loin. Là, nous attend un hydroglisseur rapide (les Russes les appellent des « rockets ») qui nous ramène en ville, à un débarcadère juste aux pieds du Palais d'hiver, élément principal du Musée de l'Ermitage.
Celui-ci est notre unique destination de la troisième journée, et c'est bien suffisant; la fatigue nous a forcés à laisser tomber une représentation du « Lac des Cygnes » de Tchaikovski au Théâtre Mariinsky (anciennement Kirov). Que dire de l'Ermitage? Pas grand-chose, d'abord parce que tout a été dit, et surtout parce qu'un survol de quelques heures ne peut donner qu'une vague idée d'une institution qui compte cinq édifice, plus de mille salles, toutes plus superbes les unes que les autres, et présente soixante mille oeuvres à la fois, tirées d'un fonds de près de trois millions de pièces. Mentionnons seulement une belle collection de Rembrandt, la splendeur des galeries consacrées aux impressionnistes français, une merveilleuse série de Matisse... et mon regret d'avoir raté, faute de temps, la section « antiquités » et son trésor unique de bijoux d'or scythes du 6e siècle avant notre ère. Il faudrait revenir y passer plusieurs journées pour satisfaire toutes mes envies.
Dernière curiosité de la «Cité des tsars», une véritable passion pour les noces traditionnelles, qui se tiennent habituellement dans le «Palais des Mariages» le long du quai où est amarré notre bateau de croisière; cela nous donne donc droit, à toutes les heures du jour, à un véritable défilé de limousines enrubannées noires, blanches ou dorées (quand elles ne sont pas bleu pastel ou rose bonbon, à l'image des palais environnants) dégorgeant des couples tous plus élégants et romantiques les uns que les autres, qui vont prendre la pose devant les monuments et les édifices les plus spectaculaires du centre-ville!
Avant Saint-Pétersbourg, nous avions fait escale à Tallinn, capitale de l'Estonie, petit pays balte de moins de 1,5 millions d'habitants, qui nous a très agréablement surpris. C'est une jolie ville qui a conservé beaucoup de ses maisons et de ses monuments médiévaux, et dans laquelle nous nous sommes promenés à pied toute une matinée avec grand plaisir. Non seulement l'endroit est agréable (ça fait penser à la fois au Vieux Québec et aux anciennes cités belges comme Bruges et Gand), mais les gens sont sympathiques et détendus; beaucoup parlent anglais, quelques-uns français, et les filles blondes aux yeux bleus ont des sourires chaleureux même alors que vous refusez de leur acheter quelque souvenir un peu trop touristique...

28 août 2007

Fjords de Norvège

(11/08/2007) Nous avons presque deux jours pour nous installer à bord du Seabourn Pride et nous réacclimater à la vie de croisière. Un temps grisâtre s'associe avec une longue et plutôt monotone traversée vers le sud-ouest de la côte norvégienne pour nous imposer un niveau important d'inactivité.
Le navire est rempli à presque capacité, soit environ 200 passagers, surtout des Américains. Les seuls autres francophones sont une bande de Belges fort sympathiques, mais qui ont tendance à se tenir en groupe (normal, ils avaient organisé leur croisière ensemble) et qui, de toute façon, nous fausseront compagnie dans huit jours. Un seul passager que nous connaissions déjà, un jovial Japonais accro des croisières, Jimmy Yoshino, dont l'anglais est presque aussi mauvais et le sourire aussi communicatif que ceux d'Azur.
Comme d'habitude, l'équipage et le personnel sont un mélange de nationalités, surtout européens (le capitaine est un British, Marc Dexter) et asiatiques, mais ceux qui parlent français sont moins nombreux que la fois précédente. De manière générale, l'atmosphère est beaucoup plus « américaine » que lors de notre voyage précédent sur la même ligne: on sent que les nouveaux propriétaires yankees (la ligne était norvégienne au départ) imposent leur personnalité et leur façon de voir les choses. Cela se manifeste aussi bien dans la cuisine que dans les spectacles et les relations personnel-passagers. Heureusement, Azur retrouve Crina, une copine roumaine polyglotte qui a pris du galon, passant de préposée à la réception à responsable du booking des excursions et futures croisières.
Malgré trois premiers jours de mauvais temps, le voyage lui-même est un enchantement. On a beau avoir entendu parler à satiété des fjords de Norvège et en avoir vu de multiples images, la réalité vous prend aux tripes. Surtout que la taille modeste de notre navire lui permet de se faufiler jusqu'au fond des criques les plus enfoncées et les plus spectaculaires, frôlant des parois de rocs abrupts parfois à près de 200 km à l'intérieur des terres. La première escale, à Ulvik et Eidfjord (Hardangerfjord), nous coupe littéralement le souffle par son mélange de grandiose sauvagerie et de délicieuses fermes verdoyantes improbablement coincées entre des promontoires de mille mètres d'où dégringolent des cascades cerclées d'arcs-en-ciel. Une excursion sur le haut plateau du Hardangervidda nous permet de contempler notre premier glacier, qui se mire dans un lac aux eaux de cristal.
Bergen, deuxième ville de Norvège et ancien port hanséatique, est quasi invisible derrière un rideau de brume cotonneuse qui ne se lèvera qu'en fin de journée. Elle nous laisse quand même deux bons souvenirs: un très sympathique marché aux poissons et aux aliments divers, à deux pas du port, dont nous ramènerons un saucisson de viande de renne, et un pélerinage doublé d'un mini-concert à la résidence-musée du compositeur Edvard Grieg (un de mes favoris, auteur des suites Peer Gynt et du Concerto en la), résidence qui ne ressemble à rien tant qu'à la charmante et vieillotte maison victorienne de la « tante Puce » dans le Trois-Pistoles de mon enfance.
Rien de spécial à dire de notre escale la plus septentrionale, Alesund, jolie petite ville coquettement lovée autour de son port de pêche. Par contre, le minuscule village de Flam, au fond du Sognefjord, est justement célèbre par son chemin de fer, une prouesse technique du début du 20e siècle qui grimpe en un peu plus d'une heure à quelque 850 mètre d'altitude, grâce à une série de rampes et de tunnels qui débouchent sans avertissement vers des paysages grandioses.
Oslo, enfin, nous impressionne par son musée des drakkars vikings: il en possède trois, dont deux en excellent état car ils avaient été enterrés dans la glaise il y a plus de 1100 ans, pour servir de sépulture à leurs capitaines sans doute. Comme nous l'explique un guide, « la tradition de placer les corps des vikings dans leur bateau et d'y mettre le feu en les lançant au large est une pure invention de Kirk Douglas, pour qui la réalité historique ne faisait sans doute pas assez spectaculaire en technicolor sur grand écran... »
Autre attrait de la ville, moins connu mais tout aussi étonnant, le jardin de sculptures dû au génie, pour ne pas dire à la folie de Gustav Vigeland. Ce dernier, peu connu hors de son pays mais célébrissime ici, s'était fait confier par les autorités d'Oslo l'aménagement d'un grand parc aux limites de la cité; il y a passé plus de vingt ans à sculpter ou faire sculpter par des élèves, d'après ses maquettes, pas moins de 200 monuments de granit ou de bronze comportant quelque 750 personnages nus, de toutes les conditions et de tous les âges, depuis le fétus jusqu'au vieillard mourant, en passant par des vénus plantureuses, des athlètes en pleine course ou en plein saut, des couples clairement homosexuels, des familles dans leur intimité... Vaut vraiment le détour.
Après un dernier arrêt sans grand intérêt dans la station balnéaire suédoise de Lysekil, nous rentrons à Copenhague, que nous retrouvons avec plaisir le temps d'aller nous régaler d'un succulent smorrebrod (sandwich-lunch traditionnel) dans un café d'une des rues piétonnes.

Paris-Copenhague

(2/08/2007) Nous passons à Paris trois jours d'autant plus agréables que nous y avons découvert un petit hôtel qui mérite le prix du charme douillet: le Garden Élysée, niché au fond d'une cour sur une petite rue près de l'avenue Kléber. Grande chambre très claire donnant sur un jardin fleuri, personnel aux petits soins pour nous, petit-déj. délicieux. Pas de resto, mais il y en a une pelletée de bons dans le quartier et le service aux chambres est excellent. Pas donné, mais vaut son pesant d'euros.
À Charles-de-Gaulle, une surprise pas très drôle: notre avion vers Copenhague est « surbooké »; à la demande du personnel d'Air France, nous nous résignons à céder notre place à une famille qui doit rentrer d'urgence en Scandinavie. En échange, on nous loge dans un Holiday Inn Express qui est l'exacte antithèse de notre hôtel parisien: purement fonctionnel et d'un confort tout juste acceptable, mais bétonné mur à mur et sans le moindre atome de charme. Avantage non négligeable cependant, on modifie aussi nos billets pour nous permettre de rentrer plus tard en France après la croisière si nous le souhaitons.
Copenhague est tout gris et pas très chaud quand nous arrivons le lendemain en milieu d'après-midi. Notre hôtel (Kong Frederick) est très bien situé, à deux pas de la Place de l'hôtel de ville (Radhuspladsen), et fort élégant. C'est un immeuble du début du siècle dernier, qui a été rénové en respectant le style de l'époque. Mais la chambre est un peu étroite, les rangements bizarroïdes, et le service plutôt minimal, quoique généralement sympa.
Nous allons faire un tour en ville, et notre première impression est, disons, mitigée. Nous entrons dans un resto style pub au début de Stroget, la grande rue commerciale piétonne, et nous faisons arnaquer joyeusement: c'est une « trappe à touristes » de la plus belle eau, le service est au mieux grognon, la boisson juste passable et la bouffe mérite amplement que nous la laissions croupir dans l'assiette après deux bouchées. Le tout à des prix dignes du Grand Véfour. En sortant, nous nous retrouvons dans le crachin, au milieu d'une bousculade de touristes surtout germaniques, anglais et polonais, tout le long de l'avenue. C'est ça, Copenhague?
Heureusement, ce n'est pas que ça. Dès le petit déjeûner du lendemain, nous faisons une découverte gastronomique majeure: la cuisine danoise n'est peut-être pas géniale, mais Copenhague doit offrir les meilleurs pains au monde! Oui, Paris et Lyon inclus. La corbeille qu'on nous offre contient non seulement une fort bonne baguette, mais des pains de campagne blanc, parfumé au fromage et de blé entier, un pain noir aux grains de carvi, des pains de seigle, et d'autres aux ingrédients plus mystérieux, qui vous transportent au 7e ciel, surtout lorsque servis chauds avec une touche de délicieux beurre local. Azur décrète même qu'elle ne saurait vivre ici, car Dieu sait combien de kilos en plus elle se collerait! D'autant plus que partout où nous irons, du plus petit café au plus grand restaurant, le pain sera toujours aussi délicieux.
Sur la grand-place, se tient (tenez-vous bien!) le Mondial de football des SDF, mettant en lice des concurrents de 48 pays. On a dressé des estrades de part et d'autre d'un terrain de jeu entouré de palisades, à la manière d'une patinoire de hockey, et des équipes hétéroclites – incluant à l'occasion des filles et des vieillards barbus aussi bien que des gamins de 12-14 ans – d'une demi-douzaine de joueurs sy ébattent dans une bonne humeur qui n'exclut pas une âpre compétition. L'ambiance est d'autant plus colorée que tout autour campent des dizaines de plus ou moins clochards venus de tous les coins de l'Europe assister à « leur » Mondial. Nous y passons avec grand amusement une bonne heure et plus.
Puis nous nous armons d'une carte de transports en commun (10 passages pour une vingtaine d'euros) et descendons jusqu'à la seconde grande place, la Kongens Nytorv. Là, déjeûner dans un resto agréable installé dans une vieille cour et servant (si l'on peut s'exprimer ainsi, le personnel étant débordé au point d'être totalement inefficace) un très bon homard – canadien! – au beurre à l'ail.
Ensuite, embarquement sur un bateau-mouche qui parcourt le pittoresque Nyhavn (le "nouveau" port à peu près aussi nouveau que le Pont Neuf est neuf), fait ensuite le tour du port marchand, curieusement bordé d'une vingtaine d'éoliennes géantes ancrées en pleine mer, puis s'engage dans les multiples canaux qui sillonnent la ville – construite, comme tout le monde le sait n'est-ce-pas? sur une collection d'îles. Malheureusement, ça se termine sous une douche aussi soudaine que brutale, alors que nous nous trouvons en plein milieu d'un canal, à l'écart de tout embarcadère. À la première occasion, nous débarquons trempés des pieds à la tête et, après une halte dans une pâtisserie encombrée d'autres réfugiés, réussissons à arrêter un taxi qui nous ramène au Kong Frederick. La leçon: comment distingue-t-on le vrai Copenhagois du touriste? C'est celui qui porte un parapluie même au grand soleil.
La capitale danoise n'est pas une séductrice, mais une discrète. Elle ne vient pas vous chercher, préfère qu'on prenne la peine de la découvrir et de l'apprivoiser. À ce titre, son emblématique « Petite Sirène » la représente parfaitement: on s'attend à un monument important dans un site prestigieux, il faut presque la chercher pour la découvrir, modeste et le dos à demi tourné au spectateur, assise sur un vulgaire caillou à l'entrée du port. Décevant? Au premier abord, certes... mais plutôt émouvant une fois qu'on en a compris le sens.
Au fond, ville prospère et sans complexes, Copenhague n'a que faire des touristes, qu'elle accueille poliment, mais sans faire le moindre geste pour s'adapter à eux. Au contraire, elle fait clairement entendre que c'est à nous, étrangers, à nous ajuster à a ses habitudes et à ses lubies, un effort qui sera, il est vrai, amplement récompensé. Par exemple par l'escalade des sept tours et demi de la rampe en spirale de sa Rundetarn (tour ronde), au milieu de laquelle je découvre une magnifique exposition de tapisseries (photo) et au sommet de laquelle la vue sur la ville est rien moins que spectaculaire. Sans oublier le célèbre parc d'attractions Tivoli, dont nous n'attendions pas grand-chose, mais dont l'élégance fleurie et le caractère relax nous ont ramenés en enfance comme n'aurait jamais su le faire un spectaculaire et ultracommercial Disneyland.
À force de circuler dans tous les quartiers en utilisant son pratique système de tranport en commun, de déambuler à pied dans les multiples voies piétonnières du centre, de prendre l'air dans un de ses nombreux parcs, de flâner et de nous arrêter le temps d'une bière ou d'un café sur une de ses fréquentes et jolies places, nous tombons graduellement sous le charme. Si bien qu'au bout de cinq jours, c'est presque à regret que nous refaisons nos valises pour nous embarquer sur le Seabourn Pride, le bateau de croisière qui nous attend à un quai tout près du centre-ville.

27 août 2007

Yôles et famille

(23/07/2007) Samedi dernier, c'était le deuxième tour des législatives pour les territoires et départements d'outremer. Avec une tendance à gauche prononcée aux Antilles et en Guyane qui a un peu foutu la frousse à nos copains férus de politique: allaient-ils se retrouver isolés, trois petits points roses dans une mer de bleu sarkozien? Heureusement, les nouvelles de la «correction» du lendemain en Métropole les ont rassurés: non seulement la gauche n'était pas réduite à un moignon, mais même les petits partis communistes, verts et bayrouistes avaient survécu à peu près convenablement. Ouf.
Ce même dimanche, Azur avait invité toute une branche de sa famille à venir faire connaissance avec le Bum chromé. Le programme se composait d'une ballade en mer pour admirer de près une course yoles rondes qui se déroulait au large de la marina, d'un ti-punch à bord en regagnant le ponton, puis d'un déjeûner gargantuesque au Ti-Toques, où nous avions réservé une grande table.
Mais l'homme propose... Le cousin Daniel est bien arrivé à l'heure avec sa fille Armelle et son petit-fils, mais le reste de la bande était retenue par un «impondérable» assez nébuleux. Après les avoir attendus pendant une bonne demi-heure, nous avons décidé de prendre le large. Nous avons bien fait, ils ne sont arrivés qu'une grosse heure plus tard, juste à temps pour manger... et ils n'ont jamais vu le bateau.
Peu importe, au moins la course de yoles a rempli toutes ses promesses: un beau bal de couleurs, un enchaînement de manoeuvres périlleuses et d'affrontements audacieux, souvent ponctués de chavirements spectaculaires mais sans danger, le tout accompagné de cris et même de musique (provenant des bateaux à moteur portant les juges).
Pour le repas, nous nous sommes retrouvés un peu à l'étroit, le groupe comportant deux adultes et deux enfants de plus que prévu. Et la bouffe, quoique correcte, n'était pas à la hauteur de ce à quoi Ti-Toques nous avait habitués.
Le lendemain lundi, nous avons installé sur un cadre à l'arrière les panneaux solaires achetés à Saint-Martin. L'installateur nous avait donné rendez-vous à la première heure au carénage, à l'autre bout de la marina. Nous nous y sommes rendus en bateau, pour nous rendre compte qu'il était loin d'être prêt à opérer. Il a fallu attendre le début de l'après-midi pour qu'il se mette en oeuvre... faisant, il faut l'admettre, un travail tout à fait professionnel.
Entre-temps, nous nous étions tapé un repas plutôt médiocre au bar-restaurant qui surplombe l'aire de travail du carénage... et y avions fait une rencontre aussi agréable qu'imprévue: un vieux copain que nous n'avions pas vu depuis des lustres, Georges Brival, y déjeûnait en compagnie du maire du Marin, Rodolphe Désiré. Nous nous sommes tombés dans les bras, promettant de nous revoir au plus tôt.
Et pour nous consoler de cette journée en grande partie perdue, nous avons fait un détour par Sainte-Anne, où nous avons piqué une bonne tête à l'eau au large de la plage, juste avant le coucher du soleil.
Deux jours plus tard, l'électricien est venu compléter le branchement des panneaux solaires sur le parc de batteries, avec un résultat spectaculaire: dès que le soleil est tombé dessus, l'aiguille du cadran indiquant la charge a grimpé d'un poussif douze volts à un solide quatorze ou presque. Youppi!
Depuis plusieurs jours, nous avions décidé de «personnaliser» le bateau et d'en faire la promotion, en décorant l'annexe et les bouées de sauvetage du nom et du logo et en faisant imprimer des t-shirts. Le graphiste qui avait réalisé la première phase de l'opération en janvier se faisait tirer l'oreille pour la suite, et de toute façon les feuillets de pub qu'il nous avait dessinés n'étaient pas fameux (avec mon passé de journaliste et une imprimante convenable, j'étais certain de pouvoir faire mieux).
En cherchant un peu, nous avons trouvé des gens plus sympa et plus efficaces au Lamentin pour la partie lettrage et t-shirts, et je me suis attelé moi-même à la confection d'un dépliant en six volets. Mais la bonne imprimante HP que j'avais achetée à Fort-de-France était affligée d'un bloc d'alimentation hoqueteux, qui me laissait en plan au milieu d'une feuille trois fois sur quatre. Il a fallu rapporter le tout au vendeur pour le faire remplacer... et bien sûr, ça va prendre une semaine ou plus!
Hier, vendredi, Danielle du Lamentin nous a livré les t-shirts, vraiment superbes, auxquels elle avait ajouté une dizaine de casquettes portant notre logo et une demi-douzaine de polos du meilleur effet. Son copain Hervé a collé son lettrage prédécoupé sur l'annexe et sur les pointes avant, mais il n'a pu décorer les bouées: les mesures étaient incorrectes, les lettres trop grosses. Il est parti avec pour corriger ça, il nous les rapportera la semaine prochaine, juste avant notre départ. Ben oui, déjà!

De Sarkozy à Ste-Lucie

(18/06/2007) Entre partie de pêche à Sainte-Lucie et péripéties électorales, les dix derniers jours ont été aussi actifs et mouvementés que les précédents avaient été calmes.
Nous avions depuis longtemps promis cette excursion «anglaise» à notre vieux copain Raymond Marie du Marin, celui qui nous avait présenté le skipper Gérard, ainsi qu'à son beau-frère Pierrot, qui nous avait été d'un précieux secours dans les dédales administratifs de la douane DOM-TOMienne il y a quelques mois.
Mais comme Raymond (chaud partisan du leader indépendantiste Alfred Marie-Jeanne) doit agir comme assesseur et inspecteur des polls pendant la journée électorale – samedi dans territoires d'Outremer –, pas question de partir avant dimanche matin. Samedi soir, les premiers résultats indiquent que les DOM, contrairement à ce qu'on prévoit pour la Métropole, penchent vers la gauche.
Le lendemain matin, on décroche le câble de l'antenne-télé (une nouvelle routine à laquelle il faut nous habituer), on largue les amarres et on pique vers le sud. Une bonne petite brise nous emporte vers Sainte-Lucie, où le mouillage de Rodney Bay que nous atteignons vers 14h se prête à un bon barbecue arrosé de rhum paille et de rosé.
La sieste est suivie d'une première session de pêche au nord de la baie, au coucher du soleil. Sans le moindre résultat, il faut l'avouer, malgré tous les savants préparatifs de Pierrot et les conseils avisés de Gérard. Et, bien sûr, une dose judicieusement mesurée de ti-punchs.
De plus, l'écoute de la radio nous apprend que le redouté «tsunami bleu» sarkozyste aux législatives semble bien en voie de se matérialiser: plus de cent élus au premier tour, contre un seul pour les socialistes. Verts, gauchistes et bayrouistes sont, dit-on, sur le point de s'ajouter à la liste des baleines, bébés phoques et autres espèces en voie de disparition.
Au matin, les esprits sont un peu plus joyeux et les lignes relancées avec optimisme dans le renommé « garde-manger » sous le rocher de Pigeon Island. En vain. Pas la moindre touche. En désespoir de cause, on pique une tête à l'eau puis Gérard, Raymond et moi partons en annexe pour la marina voisine. Azur se repose et met un peu d'ordre, Pierrot-le-Pêcheur s'acharne à relancer ses lignes dans une mer totalement non-coopérative.
À terre, une fois les formalités expédiées dans une bonne humeur qui tranche avec l'esprit tâtillon des fonctionnaires de Nevis et St. Kitts, nous nous embarquons dans un des multiples taxis-pays qui semblent se suivre à la queue-leu-leu sur la route de la capitale, Castries.
Celle-ci n'a pas grand monument à montrer (elle a été détruite une «kalté» de fois par des ouragans, incendies et autres séismes), mais son animation et le caractère bon enfant de sa population, qui parle au moins autant «kwéyol» qu'anglais, la rendent sympathique. Nous prenons le frais un instant dans la cathédrale catholique à la voûte et aux vitraux superbes, prenons une bière locale debout au comptoir d'un des multiples petits bars qui parsèment le marché, achetons deux ou trois trucs en paille (il nous fallait notamment un panier à pain) puis reprenons un taxi-pays pour le retour vers Rodney Bay.
À défaut du poisson pêché par nos éminents experts, nous improvisons un repas avec de la bouffe que nous avions emportée «au cas où». Puis c'est la sieste (photo de nos pêcheurs en action!) et la rentrée, toujours à voile mais assez tranquille, vers la Martinique.

Télé sur ponton

(07/06/2007) Au retour de Saint-Martin, les mails s'étaient accumulés dans ma boîte à lettres, il a fallu une séance de près de trois heures surle Wifi du resto Mango Bay pour les lire et répondre aux plus urgents. Pour me récompenser, Azur s'est mise en cuisine et nous a fricoté des rognons à la moutarde sur lit de riz blanc. Miam. Et j'ai découvert les vertus du trampoline du Bum comme lieu de sieste et de digestion (à condition d'y trouver un coin d'ombre, bien sûr). Pour le reste, à part une courte ballade jusqu'à Sainte-Anne pour nous baigner, le bateau est demeuré à quai pendant dix jours. Blah.
La grande opération de cette période a été l'installation d'une antenne satellite fixe sur le pylone du ponton, pour qu'Azur puisse regarder sa télé dans de bonnes conditions. La direction de la marina nous en a donné l'autorisation, mais l'installation elle-même a été une véritable épopée.
En premier lieu, les gens de CanalSat ne semblaient pas croire que c'était faisable. Il a fallu un long palabre avec deux techniciens pour les convaincre qu'un pylone d'acier ancré dans le béton et conçu pour résister à des vents cycloniques de 300 kmh (voir à droite sur la photo) devrait constituer une base aussi stable pour une parabole que la corniche de la véranda d'une villa créole.
Lorsque le technicien s'est pointé le lundi suivant, il s'est vainement escrimé contre le pylone avec sa perceuse. Nous avons finalement réussi à le convaincre d'aller voir comment les lampes et mâts pour cables électriques qui surmontaient d'autres pylones étaient installés. La réponse: pas de trous, mais des ancrages soudés à l'arc. Pour lesquels, évidemment, il n'était pas équipé (les maisons construites en acier trempé sont plutôt rares en Martinique). Il a donc fallu que le skipper Gérard, débrouillard comme toujours, déniche un copain à lui possédant le matériel approprié. Le lendemain, le support d'antenne était fixé.
Mais la saga ne s'arrête pas là. Car d'une part, nous entrions dans une période de perturbations tropicales amenant de fréquentes et brutales averses accompagnées de violents coups de vent; et d'autre part, l'installation se faisait exactement au moment où CanalSat déménageait ses transmissions sur un nouveau satellite. Le technicien-installateur a donc dû venir s'y reprendre à trois fois avant d'obtenir un résultat satisfaisant... dont nous sommes intimement convaincus qu'il est l'effet direct et magique de la recette de pâtes noires aux fruits de mer de Marie-José, dont le technicien a pu manger la dernière portion à son troisième passage.
Du moins avons-nous pu contempler en clair les derniers matches de Roland-Garros et les dernières étapes de la campagne des législatives. C'est pas rien!
Dans l'intervalle, nous avons pu vérifier encore une fois que l'apparence et le coût des restaurants n'ont souvent pas grand-chose à voir avec la qualité de la bouffe. Une première expérience, dans un des restos les plus chics et les plus titrés de Fort-de-France, nous a laissés sur notre appétit -- et le portefeuille nettement plus léger. C'est une magnifique maison créole sise dans un jardin surplombant la ville; hélas, ni le service, ni la nourriture ne sont au niveau du décor (splendide) et des prix (faramineux). Nous en tairons le nom par politesse, mais nous ne saurions trop conseiller à quiconque de se méfier d'une adresse de prestige pas loin du 100, route de Didier.
En revanche, deux jours plus tard, sur la foi d'une recommandation du Guide du Routard, nous nous sommes pointés avec un peu d'inquiétude devant une petite maison du Robert appelée "la Case aux Délices". La façade ne paie pas de mine, donnant directement sur l'étroit trottoir de la rue qui monte vers le portail de l'église. Au rez-de-chaussée, elle ouvre sur un comptoir de traiteur et trois tables genre bistrot. À l'étage, une petite salle comporte une demi-douzaine de tables hautes entourées de tabourets, le tout dans un décor gaiment coloré, mais assez rudimentaire.
Hé bien, si vous voulez déguster (à prix très raisonnable) une des meilleures fricassées de langouste de toute l'île, courez-y. D'autant plus que les jeunes patrons, sympathiques et rigolos, traitent avec le même respect jovial le client qui vient commander trois bouts de boudin pour emporter ou une cuisse de poulet-frites de cinq euros à consommer sur un coin de table, que celui qui prend le menu gastronomique avec vin à trente euros. Nous, on a bien l'intention d'y retourner.

28 mai 2007

St-Martin, St-Barth et vieux copains

(29/05/2007) Saint-Martin, vous pouvez vous la garder, tout paradis de millionnaires (et de shopping franc de port) qu'elle soit. Imaginez un immense centre commercial à ciel ouvert où tout se passe en anglais, entrelardé de quartiers résidentiels huppés pour les riches et d'autres beaucoup moins reluisants pour le personnel des boutiques et des maisons. Le tout quelque peu racheté par de jolies baies qui offrent de superbes et calmes mouillages à une multitude de voiliers et à quelques grands yachts.
Il faut admettre que la marina (toute récente) de Fort-Louis est remarquablement aménagée et dotée de tous les services (y compris l'internet sans fil à bord, wow!). Nous fraternisons immédiatement avec un des responsables, Alain, qui nous facilite les choses -- et qui viendra le lendemain midi partager nos pâtes noires façon Marie-José.
Location d'une voiture pour se balader et surtout pour aller faire du shopping dans un grand entrepôt d'accastillage Budget Marine, du côté hollandais; l'île, en effet, est bi-nationale et on traveerse sans même s'en rendre compte de la zone française à celle qui appartient aux Pays-Bas. Comme les prix sont raisonnables et qu'il n'y a pas de TVA, le skipper en profite pour mettre à jour ses stocks de câbles et pour acheter des panneaux solaires supplémentaires que nous ferons installer en Martinique.
En soirée, nous rendons visite à Gilles Blondeau, à sa fille Nathalie et à sa copine Femina à bord du Lys d'Ô (photo). C'est un motor-yacht classique d'une centaine de pieds datant des années 1980 que Gilles a rénové lorsqu'il l'a acquis il y a cinq ans. Véranda sur la plage arrière, grand salon très décoré, immense "chambre des maîtres" avec salle de bain double, deux cabines pour les invités, et surtout un magnifique sky-bridge avec poste de pilotage, bar et table pour les repas sous un bimini de toile amovible. Très joli et hyper-confortable, mais pas notre style -- d'autant plus que nous préférons de beaucoup la navigation à voile.
Blondeau était au collège et à l'université un an devant moi, mais nous nous étions perdus de vue depuis, jusqu'à une rencontre accidentelle dans la salle d'attente d'une clinique il y a quelques années. Dans l'intervalle, il a fait fortune dans l'assurance (Groupe Optimum) et il essaie aujourd'hui de prendre une retraite graduelle. Il m'envie clairement d'avoir pu tout lâcher d'un coup pour vivre à ma fantaisie. Nous passons une soirée agréable à échanger des souvenirs et des détails de nos carrières respectives, mais au fond nous avons assez peu en commun. Si nous nous revoyons, ce sera avec plaisir... mais presque certainement par accident.
Le lendemain mercredi, Gérard va prendre livraison des panneaux solaires et faire de petites courses avec Azur, puis nous reprenons la mer pour la courte traversée jusqu'à cet autre repaire de millionnaires, Saint-Barthélémy. Nous mouillons à la nuit tombante dans une jolie anse calme (mais assez encombrée, photo), avec l'intention de repartir pour la Martinique dès jeudi matin.
Nous décidons de rentrer d'une seule traite, ou avec une seule escale dans le sud de la Guadeloupe. Avec un vent de nord-ouest directement dans le nez, cela signifie faire du moteur sans interruption au moins jusqu'à Montserrat et passer une nuit, sinon deux, en mer.
Heureusement, le vent commence à tourner plus à l'ouest au large du caillou de Redonda, si bien que nous pouvons sortir les voiles, d'abord comme appoint, puis seules rendus au niveau de Montserrat que nous longeons cette fois par le côté au vent. Très bonne descente de nuit vers la Guadeloupe, puis calme plat dès que nous tombons sous le vent de la Soufrière, vers deux heures du matin. Le vent tombe en trente secondes de vingt à trois noeuds, je rentre (puisque c'est moi qui suis de quart) le génois tant bien que mal et relance les moteurs.
Gérard vient prendre le relais peu avant quatre heures, et je me réveille à sept heures quand nous mouillons à la marina de Rivière-Sens pour acheter du pain frais, des journaux, des billets de loto -- sait-on jamais? -- et des légumes. Nous relevons l'ancre tout de go, pour doubler les Saintes par l'Ouest et atteindre la Dominique peu après midi vendredi.
Navigation sans histoire, à moteur bien sûr, jusqu'au Cap Cachacrou, après lequel le vent assez costaud (15-20 noeuds) du Canal de la Dominique nous porte à bonne vitesse vers Saint-Pierrre, où nous prévoyons dormir ce soir. Mais sur le front de mer c'est la fiesta (célébration simultanée de l'anniversaire de l'abolition de l'esclavage et de la Pentecôte), Azur est persuadée qu'elle n'arrivera jamais à dormir dans ce tintamarre et insiste pour que nous trouvions un mouillage plus paisible. Cela veut dire quatre heures de navigation supplémentaire, jusqu'à la Grande-Anse d'Arlet, où nous finissons par jeter l'ancre vers les 23 heures.
Réveil tardif samedi matin, plongée rafraîchissante dans les eaux de l'anse, puis retour vers le nord: nous avons décidé de marquer notre rentrée en Martinique par un bon repas dans un restaurant de l'Anse-Mitan, auquel au dernier moment nous décidons de convier nos copains Léna et Jean-Yves, qui vivent tout près et qui n'ont encore jamais vu le Bum chromé.
Nous prenons l'apéritif à bord avec eux, puis Gérard fait la navette avec l'annexe pour nous transporter près du Manureva, un joli resto assez chic du sud de la plage de l'Anse-Mitan, où nous sommes les seuls clients ce midi. Il vient nous y rejoindre, et la bouffe est tout ce que le Petit Fûté avait promis. Une cuisine de fruits de mer, mais peu traditionnelle: j'ai droit par exemple à une entrée "japonaise" de deux sushis, cinq sashimis de thon et une brochette de poulet yakiitori, le tout excellent, suivie d'un filet de loup de la Caraïbe nappé d'une sauce à la crème parfumée à l'aneth et accompagné d'une mousseline de racines créoles. Bon endroit pour une petite fête, d'autant plus que le décor ouvert sur la Baie de Fort-de-France est à la fois élégant et décontracté.
Après des desserts somptueux arrosés de vieux rhum, ne reste plus qu'à reprendre la route pour retrouver en début de soirée notre ponton du Marin. Bière et sympathique conversation dans le cockpit avec un vieux copain de Gérard venu nous accueillir avec sa copine, puis bonne nuit tout le monde.

Antilles du nord

(25/05/2007) La matinée aux Saintes s'est dissipée dans une agréable flânerie dans le bourg: jus d'ananas frais délicieux dans un café près du quai dont la patronne fait de la peinture à l'acrylique dynamique et colorée, petites courses au marché, visite inutile à l'Office de Tourisme (fermé hors-saison), journaux. Retour à bord vers midi et en route pour Deshaies, au nord de la Guadeloupe, où nous passerons la nuit, et d'où nous repartirons à la première heure pour la longue traversée vers le Nord. Le trajet inhabituel que nous avons choisi pour aller de la Guadeloupe vers Saint-Martin en passant sous le vent de Montserrat, Nevis et St. Kitts, devait nous réserver plusieurs agréables surprises.
Montserrat, île catastrophée depuis l'éruption de 1995 et couronnée d'un volcan actif qui envoie encore régulièrement des signaux menaçants, présente une vision extraordinaire, apocalyptique que nous ne serons pas près d'oublier. Cela, d'autant plus que par accident nous l'aurons contemplée de bien plus proche qu'il n'est ordinairement permis... ou prudent de le faire.
Suite à une erreur d'échelle dans la lecture de la carte électronique et au fait que notre carte "papier" trop ancienne n'indiquait pas la zone d'exclusion de deux milles décrétée autour du sud de l'île, nous nous sommes approchés à moins d'un mille de la partie sinistrée. De là, les coulées de lave beige et noire et les couches de cendre gris jaune, qu'un vent tournoyant soulevait fréquemment en mini-tornades, se paraient d'une réalité tragique et grandiose dont les photos et les vidéos vues précédemment ne donnaient qu'une faible idée. Lorsque nous nous sommes rendus compte de notre erreur de navigation, nous avons cédé à la tentation compréhensible de longer quelques minutes la côte sud-ouest avant de gagner le large, d'autant que la bonne brise venant du sud-est réduisait à presque rien le principal danger, celui d'une pluie de cendres brûlantes.
Après ces paysages désolés, le cône vert de Nevis, qui s'est graduellement dévoilé à travers une persistante "brume de sable", offrait un contraste rassurant. Nous avons choisi le mouillage du sud, près de la petite ville de Charlestown, de préférence à celui, plus populaire, face au complexe hôtelier de luxe Four Seasons. En conséquence, nous ne partagions les eaux légèrement houleuses de la baie qu'avec un vieux cargo rouillé (sans doute échoué là par quelque ouragan), quelques barques de pêche et une colonie des pélicans les moins farouches que nous ayons jamais rencontrés. Ces oiseaux quasi-préhistoriques nous fascinaient: la plupart du temps dressés comme des idoles étrangement hiératiques sur les canots de pêche, ils partaient soudain dans un gracieux vol plané en rase-mottes à quelques pouces à peine de la surface de l'eau, pour s'élever brusquement de trois coups d'aile, faire un ou deux cercles à plus haute altitude, replier leurs ailes en forme d'ailettes de bombe de la 2e guerre mondiale et plonger à une vitesse vertigineuse, laissant derrière eux une gerbe d'écume haute et compacte. Ils ressortaient le plus souvent avec un petit poisson, qu'ils s'empressaient d'enfouir dans la poche qui pend sous leur long bec; parfois, s'ils tardaient trop, une mouette effrontée venait se percher sur leur tête pour picorer la proie qu'ils avaient encore en travers de la bouche!
Samedi matin, nous avons débarqué en ville pour remplir les formalités (les douaniers locaux ne rigolent pas, heureusement les flics sont un peu moins rigides) puis visiter. Charlestown est à peine plus qu'un village, mais son calme un peu paresseux, ses nombreuses zones ombrées coquettement aménagées et l'abondance de vieilles constructions de pierre au milieu de maisonnettes de style "gingerbread" peintes de couleurs vives lui donnent un charme unique et une personnalité bien à elle.
Un tour de l'île en taxi (en une heure à peine, Nevis est assez petite) a révélé un paysage antillais plus classique, et le fait que la chape de verdure qui de loin semble luxuriante cache une terre assez sèche, où l'eau est visiblement une ressource précieuse. La visite s'est terminée par un délicieux lunch local dans un petit resto recommandé par notre chauffeur de taxi: planteur abondant et costaud, excellents "crabcakes", poisson grillé ou frit pour les uns, cari de chevreau (succulent) pour les autres, arrosé de bière locale Stag tout à fait buvable et d'un vin blanc plutôt moyen.
L'île "capitale" du petit pays (environ 200 km carrés, 17 000 habitants), St. Kitts, est à deux milles à peine de Nevis, son port principal, Basseterre, à moins de deux heures de voile de Charlestown. Nous y sommes arrivés peu avant le coucher de soleil samedi, pour nous amarrer tant bien que mal dans une minuscule marina d'une trentaine de places, dont à peine une demi-douzaine occupées par des visiteurs étrangers.
Heureuse coïncidence, nos voisins étaient un couple de Québécois qui travaillent à St-Barth et habitent sur un monocoque de 32 pieds, le Marquise, avec un copain français originaire de Nancy. Le mari, ancien comédien reconverti en marin passionné et poseur de systèmes électriques, a vécu quelques années en Martinique et a plusieurs amis communs avec Gérard; la femme était affamée de nouvelles fraîches du Québec. La conversation, lorsqu'ils sont venus prendre un punch à bord en début de soirée, a donc été assez animée et s'est terminée par une pressante invitation à venir les voir à St-Barth. Sans doute à notre prochaine virée dans le Nord.
Azur, somnolente, a décidé de rester à bord se reposer, tandis que Gérard et moi, plus aventureux, descendons dans le centre de Basseterre. Après des efforts infructueux pour trouver un bar sympa, nous aboutissons sur la place du marché, fort animée en milieu de soirée. Gérard demande
à deux jeunes qui flânent là où nous pourrions aller pour écouter de la bonne musique et prendre un verre.
Ils connaissent, mais c'est en-dehors de la ville et pas facile à trouver, il faudrait qu'ils nous y emmènent eux-mêmes dans leur voiture. Quoique un peu méfiants, nous décidons d'accepter; après tout, qu'est-ce qui peut nous arriver dans une île grande comme ma poche, reconnue de plus pour son caractère pacifique et bon enfant? La voiture suit d'abord la côte vers le sud, puis prend la route de l'intérieur et s'engage bientôt dans un petit chemin cahoteux avant de bifurquer sur ce qui est à peine plus qu'un sentier de terre battue. Nous nous regardons d'un air interrogatif, quand même un peu inquiets.
Tout-à-coup, le sentier débouche sur un grand champ en bordure de mer, du côté Atlantique, où sont rassemblés des centaines de gens face à un gigantesque système de son tonitruant alimenté par un groupe électrogène monté sur un camion. Parsemés en périphérie de la foule, des stands improvisés vendent des sodas, de la bière, du rhum et des friandises diverses. Directement devant les haut-parleurs, une douzaine de danseurs s'agitent... parmi lesquels une bonne moitié de gamins âgés de quatre ou cinq à une dizaine d'années. Il y en a même un qui danse en vélo, sautillant sur sa roue arrière au rythme des tambours.
Nous éclatons de rire: nous attendant plus ou moins à tomber dans un coupe-gorge ou un tripot interlope, nous nous retrouvons participants dans ce qui est pratiquement une fête familiale! Nous prenons une bière en écoutant le reggae d'un orchestre live (et pas mauvais du tout), objets de la curiosité plutôt amicale de nos voisins. Il doit y avoir là 300 personnes ou plus de tous âges, du bébé dans un châle sur le dos de sa maman jusqu'à l'arrière-grand-mère qui bat le tempo de ses deux pieds nus, en passant par une escouade de flics plutôt joviaux qui s'assurent que le tout (y compris la consommation quasi ouverte de mari) se déroule dans des bornes raisonnables.
Après une bonne heure de musique, nous décidons de rentrer à bord. Nous achetons une bouteille de rhum-coco local à un prix défiant toute concurrence, et nos guides nous ramènent bien gentiment à la marina, prenant en stop en cours de route une belle grande danseuse de reggae qui se serre entre nous sur le siège arrière et nous quitte sans le moindre regret pour aller rejoindre son copain avec lequel elle causait par téléphone tout le long du chemin.
Notre rencontre avec la fièvre du samedi soir, version St. Kitts, se termine par des nuggets de KFC tout à fait standards, dégustés avec un coca et un fanta à notre retour à bord. Malheureusement, la rentrée au port d'un cata d'excursion chargé de fêtards particulièrement bruyants réveille Marie-José, qui ne voudra jamais croire que notre excursion s'est déroulée de manière aussi innocente!
Le matin suivant, nous donnons un coup de main au copain québécois qui appareille au lever du soleil pour Saint-Barth, où il reprend le boulot lundi. Puis, comme nous devons partir nous-mêmes, nous allons en citoyens respectueux des lois pointer aux douanes du port -- fermées le dimanche, bien sûr. Une agente d'immigration aux amples proportions nous précise qu'il faut prendre un taxi jusqu'à l'aéroport pour nous mettre en règle... puis avec un sourire complice, nous indique le seul marché ouvert aujourd'hui "au cas où vous voudriez partir rapidement"... Le message est clair: nous allons faire de petites courses au C&C du front de mer (notre rhum-coco s'y vend le triple du prix payé hier soir), puis mettons les voiles pour Saint-Martin vers 10h, dans la plus stricte illégalité. D'ici que nous revenions dans les parages, les douaniers auront eu le temps de nous oublier... du moins on l'espère.
Splendide journée en mer, avec un bon vent de trois-quarts arrière (l'idéal pour un cata comme le nôtre) qui nous permet de filer à près de 9 noeuds de moyenne, laissant Statia et Saba par babord et contemplant de loin Saint-Barth par tribord, puisque la brume est enfin levée. Deux mouettes nous accompagnent tout au long du chemin, apparemment plus occupées à jouer autour de nos voiles qu'à pêcher les poissons volants qui, pourtant, ne cessent de croiser notre route en essaims de plusieurs douzaines d'individus. Il fait encore grand jour quand nous doublons la pointe de la Falaise des Oiseaux de Saint-Martin pour nous diriger, à travers un quasi-embouteillage de voiliers et de bateaux à moteur de toutes sortes, vers la nouvelle Marina de Fort-Louis, où nous avons réservé un espace d'accostage.
Les bureaux de la capitainerie étant fermés, nous devons explorer les pontons pour trouver un emplacement libre où nous brancher sur un point d'eau (pas critique) et une prise électrique (ça l'est). Lorsque nous en dénichons un, le hasard fait qu'il est immédiatement voisin du "Lys d'Ô", le yacht à moteur d'un copain de collège, Gilles Blondeau, que nous avions croisé il y a deux semaines à l'aéroport de la Guadeloupe!
Le repas, retardé jusqu'à notre arrivée, consiste en une entrée de jabugo suivie d'un cassoulet en boîte qu'Azur a trafiqué pour lui donner un petit goût "maison" fort agréable, surtout accompagné d'un vigoureux vin portugais qui traînait dans nos réserves depuis l'arrêt à Porto en juillet dernier. Et pour finir une bouchée de cheddar de St. Kitts, très acceptable, et des glaces chocolat et nougat qui nous restaient de la Martinique. Dur-dur,la vie de marin.