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06 mars 2025

Trump trouillard et brouillon, mais qui en profite?

Depuis six semaines, Donald Trump se montre à la fois peureux et mal préparé. Lui et ses adjoints divers, notamment Elon Musk, adoptent sans avertir ni réfléchir des mesures administratives ou financières improvisées à l'emporte-pièce puis reculent dès qu'on s'aperçoit qu'elles ont des effets directs ou secondaires nuisibles, ou qu'une opposition publique forte se développe à leur encontre. Ceci est particulièrement vrai dans le cas de son obsession, les tarifs douaniers: ses constants changements de cap (envers Canada, Mexique, Chine, Europe...) créent une incertitude généralisée autant dans les entreprises et chez les consommateurs des USA eux-mêmes que des pays visés. 

Je m'étonne que ses adversaires et critiques n'exploitent pas cette incohérence par des tactiques originales et efficaces soit pour le mettre en contradiction avec lui-même, soit pour semer la bisbille dans son camp, en particulier dans les milieux d'affaires conservateurs; ils ne font souvent que réagir au coup par coup et sans se coordonner à chaque divagation de sa part. 

La Chine, en position de force face à lui, est sans doute l'État qui a les réactions les plus cohérentes et les mieux pensées jusqu'ici... et elle sera probablement celui qui profitera le plus du chaos qu'il crée, aussi bien économiquement que politiquement. L'Europe, aux prises avec ses contradictions internes, et le Canada, où la prochaine échéance électorale joue dans ce dossier un rôle nuisible, s'en sortent nettement moins bien. Le Mexique, bizarrement et malgré la fragilité de sa situation, tire mieux son épingle du jeu en réservant prudemment ses gestes pour profiter ensuite rapidement des ouvertures qui s'offrent inévitablement.

11 février 2021

Une Journée éclairante

Je ne m'attendais pas à apprendre beaucoup de la seconde journée du procès de destitution de Trump devant le Sénat américain. J'avais bien tort. Il est difficile de ne pas être impressionné par la qualité du travail que les procureurs nommés par la Chambre ont effectué dans la construction et la présentation de leur acte d'accusation.

  1. Après une première heure un peu dubitative, j'ai soudain compris l'apparente digression des accusateurs vers des évènements lointains dans le temps et apparemment peu reliés à l'émeute du 6 janvier. Ils construisaient patiemment et de façon frappante l'argument que l'influence du Président Trump sur les évènements était infiniment plus profonde et vaste que l'effet de son seul discours devant les manifestants avant l'émeute. Sa constante tolérance d'actions violentes de la part de ses partisans, en particulier d'une extrême-droit raciste qu'il refusait obstinément de condamner, devenait ainsi d'une pertinence immédiate dans le procès.
  2. Plus particulièrement, le déroulement de l'acte d'accusation liait directement et solidement les mensonges répétés de Trump sur la validité de l'élection à la colère «patriotique» qui inspirait les émeutiers à l'assaut du Capitole. Chacune des actions du Président et de son entourage (incluant la majorité des Sénateurs de son parti) pour prétendre qu'il s'était fait «voler l'élection» ne pouvait servir qu'à alimenter la rage et la volonté de violence des plus acharnés de ses supporteurs.
  3. Ce n'est qu'une fois cette double démonstration réalisée (en grande partie en utilisant des vidéos, des images et des textes provenant de Trump lui-même et de son entourgae immédiat) que les accusateurs ont établi un lien entre elles et le contenu des discours enflammés qui ont provoqué directement l'assaut contre le Capitole. Ils ont «relié les points entre eux» de multiples séquences éparses dans le temps et l'espace pour en tirer une image d'ensemble captivante, cohérente et convaincante.
  4. Quand nous regardions en direct le déroulement des évènements à la télé il y a un mois, le danger direct que l'émeute faisait courir aux élus du peuple n'était pas évident. On voyait cette action surtout comme un geste symbolique, une sorte de «prise de la Bastille» version Yankee. Les vidéos internes diffusées hier illustrent au contraire une fuite éperdue des représentants et sénateurs, escortés par des gardes et des policiers, pour échapper à une foule brandissant madriers, battes de baseball, barres de fer et même armes à feu. Un des procureurs a enfoncé le clou en s'adressant directement aux Sénateurs qui servent de jury au procès: «VOUS étiez directement visés par cette violence attisée par VOTRE Président!»
  5. Cet élément de la preuve résoud en partie une autre énigme qui se posait depuis plus d'un mois: pourquoi y avait-il si peu de policiers et de gardes pour empêcher l'invasion du Capitole? Messages radio et vidéos apportent une réponse claire: face à la taille de la foule et à l'absence totale de secours de l'extérieur, les policiers ont jugé urgent d'envoyer une bonne partie des agents de l'ordre débordés à l'intérieur pour escorter les élus et leurs assistants et employés vers des locaux sécurisés à l'abri de la violence des manifestants.
  6. Le reste de la réponse se trouvait dans la démonstration suivante, celle de l'inaction du Président Trump pendant l'insurrection. Alors qu'il était, officiellement et en pratique, l'autorité de loin la plus appropriée pour réclamer et obtenir la fin de la violence, il s'en est abstenu, très probablement exprès, refusant même d'ordonner l'entrée en action des forces armées stationnées dans les États voisins et prêtes à intervenir. Et cela, après avoir sciemment lancé ses partisans enragés aux trousses de son propre vice-président qu'il qualifiait de «traître» au moment même où celui-ci cherchait à se mettre à l'abri avec sa famille. Au moins un témoignage d'un partisan du Chef d'État affirme que celui-ci «se réjouissait» en admirant à la télé le chaos régnant au Capitole.
  7. Ce dernier élément ajoute à l'accusation un argument de poids qui plaide en faveur de la procédure de destitution plutôt que de faire confiance à la justice criminelle. Les États-Unis n'ont pas comme la France et d'autres pays le principe absolu de «non-assistance à personne en danger», si bien que la passivité du Président face à la violence ne pourrait probablement pas être punie par la justice ordinaire. La meilleure voie pour la sanctionner est de la considérer comme un crime politique, en tant qu'un manque à son serment de «défendre la Constitution», qui implique évidemment l'obligation de défendre les élus démocratiques du peuple, au premier rang desquels le vice-président des États-Unis, aussi bien que les Sénateurs et Représentants.  
  8. Un volet du dossier qui n'est pas inclus explicitement dans l'accusation, mais que la preuve a mis en lumière est la douteuse qualification des Sénateurs comme jurés: ceux-là même qui doivent décider de la responsabilité du Président sont en même temps les victimes de ses actions et inactions... et près de la moitié d'entre eux, membres de son parti politique, peuvent à bon droit être considérés comme complices des mensonges et tentatives de subversion du processus électoral qui ont joué un rôle clef dans la suite d'évènements menant à l'invasion du Capitole par une foule rageuse et incontrôlée le 6 janvier dernier, provoquant la tenue de ce procès de destitution où ils auront à juger de sa culpabilité.

Il y aurait sans doute d'autres leçons à tirer de cette journée, mais celles-ci sont les premières qui m'ont frappé sur le moment. Personnellement, j'y ajoute le plaisir et la fascination que j'ai trouvés à voir le tout se dérouler comme un film de suspense bien monté plutôt qu'une aride démonstration juridique.

08 janvier 2021

Liberté, sécurité, responsabilité, progrès

 Trois éléments ressortent du débat américain au lendemain de l'invasion du Capitole par les partisans de DonaldTrump.

Le premier est qu'il remet en évidence la pertinence du conflit entre liberté individuelle et sécurité collective («la Muraille et le garde-fou»). D'une part, le professeur Alan Dershowitz et des Sénateurs Républicains défendent la thèse que la liberté d'expression à l'Américaine permet même des mensonges conscients et évidents, peu importent les conséquences, alors que le Procureur général Bill Barr, quelques Républicains et la plupart des Démocrates dénoncent le danger d'une interprétation aussi extrême pour le salut de l'État et du peuple et se rapprochent de la conception française incarnée par «Liberté, Égalité, Fraternité»: ma liberté a des limites, qui sont le respect de la tienne et une exigence de solidarité.

Le deuxième est qu'une mesure visant à condamner immédiatement Donald Trump et à lui retirer au moins symboliquement le pouvoir (par l'impeachment ou le 25e Amendement) n'a pas seulement pour but de l'empêcher de se livrer à de nouveaux excès, mais aussi de servir d'exemple à ses successeurs éventuels. Elle vise notamment à mettre un frein à sa tentative pour accroître exagérément les pouvoirs de la Présidence face au Congrès et à la Justice et donc pour modifier l'équilibre entre les pouvoirs qui est au coeur de la Constitution.


Le troisième est le degré auquel le conservatisme américain se fige dans une position opposée à tout progrès social ou politique et à toute adaptation de la doctrine économique capitaliste aux réalités nouvelles du 21e siècle, notamment la mutation technologique et la crise écologique. La seule étiquette de «progressiste» est désormais une insulte, assimilée à celles de «socialiste» et de »communiste» dans l'esprit non seulement de l'importante minorité réactionnaire, mais même d'une bonne partie des centristes, au risque de devenir majoritaire dans l'opinion publique. Ce qui augure mal de la capacité de la société américaine à maintenir un esprit ouvert à des changements pourtant nécessaires mais perçus comme «radicaux».

09 novembre 2020

Un après-Trump sans Donald?

La quasi-totalité des commentateurs, en particulier aux USA, supposent qu'à l'image des politiciens traditionnels, le futur ex-président américain va continuer à jouer un rôle important dans la politique et en particulier dans son parti actuel en tant que «faiseur de rois». Je soupçonne que la réalité sera bien différente.

En premier lieu, l'«attention span» de Donald Trump est notoirement restreint, à la fois dans le temps et dans la portée: il ne s'intéresse vraiment qu'à ce qui l'affecte directement, et encore seulement jusqu'à ce qu'un autre sujet pique son intérêt. J'ai de la difficulté à l'imaginer maneuvrant à long terme pour maintenir ou regagner une majorité au Congrès ou dans un Capitole d'état ou pour faire élire ou réélire tel ou tel sénateur ou représentant, une fois qu'il n'aura plus besoin de l'appui de ces gens pour poursuivre son propre agenda (principalement d'affaires).

Deuxièmement, Trump est loin d'être un idéologue à la pensée cohérente et structurée – il a passé toute sa vie à changer d'idée (et de parti) chaque fois que cela faisait son affaire. Absolument rien n'indique que cette attiude bien ancrée a été transformée par son expérience présidentielle. 


Troisièmement, combien de tmps lui faudra-t-il, une fois que les ténors républicains auront accepté la réalité de l'élection de Joe Biden, pour considérer cela comme une trahison massive à son égard et pour en vouloir autant au GOP qu'il en veut aujourd'hui aux démocrates? 


Enfin, entre la nécessité de reprendre ses complexes magouilles financières pour maintenir en vie son chancelant empire immobilier et médiatique et celle de faire face aux multiples menaces judiciaires que lui ont mérité ses magouilles passées, que lui restera-til comme temps et comme énergie pour revenir aider ses alliés politiques actuels dont il n'aura plus vraiment besoin?


Ce sont ces constats qui me font considérer bien plus probable l'éventualité d'un retrait à peu près total du président actuel de la scène politique, laissant orphelins ses «amis» républicains qui n'en croiront pas leurs yeux. Le seul doute qu'il me reste à cet égard est l'éventualité que, par dépit, il s'implique une dernière fois dans le jeu électoral en 2022, probablement pour «punir» sélectivement ceux des deux partis envers qui il aura gardé une tenace rancune. Mais l'idée qu'il remette ça comme candidat présidentiel en 2024 (à l'âge de 78 ans et après avoir perdu une fois) me paraît bien farfelue.

08 novembre 2020

Une «victoire» à prendre avec un grain de sel?

Pour mieux évaluer ce qui se passe aux États-Unis, il faut savoir que les élections américaines ne sont jamais une affaire de changement majeur d'orientation mais plutôt un choix entre deux équipes généralement similaires de «managers» de centre et de centre-droit, avec de légères différences de pensée et de sincérité.  C'était vrai pour Trump, c'est maintenant vrai pour Biden ... et c'était presque aussi vrai avant pour Barack Obama.  

Tant que le pays restera obsédé par le profit à tout prix, l'individualisme féroce, la vénération pour une Constitution vieille de 230 ans et un système bipartite oligarchique, il y aura peu d'ouverture pour de réels progrès politiques. Tel est le contexte de toute la discussion actuelle sur le résultat; les progressistes peuvent pousser un soupir de soulagement, ils n'ont pas de quoi pavoiser.  

Mais ce n'est pas une raison pour verser de l'huile sur le feu et attiser la méfiance et les troubles sociaux en répandant des rumeurs trompeuses sur l'honnêteté du scrutin ou en les accréditant - la tentation de certains gauchistes de pratiquer une "politique du pire" fonctionne rarement, elle ne l'a jamais fait dans une société aussi rigidement butée dans sa division que celle des États-Unis aujourd'hui.  De toute façon, la réélection de Trump n'aurait certainement pas amélioré les choses pour les peuples, que ce soit aux États-Unis ou dans le monde en général.

J'ajouterai que contrairement à ce qui se dit dans les médias, la «vague bleue» promise par Biden s'est bien produite: il a obtenu près de 10 millions de voix de plus que Hillary Clinton en 2016, soit environ 14% – c'est énorme. Ce que personne n'avait prévu, c'est que Trump a également réussi à galvaniser sa propre base à un niveau imprévu et inédit: la répudiation de ses attitudes et de ses actions n'a touché qu'une faible majorité de la population, répartie très inégalement sur le territoire. 

L'explication que j'y vois est que comme cela s'était produit au moment de la perte d'hégémonie de l'Angleterre avant et surtout après la 2e Guerre mondiale, une importante proportion des citoyens yankees se réfugient dans un repli passéiste et réactionnaire (parfaitement incarné par Donald Trump) plutôt que de faire face objectivement à une nouvelle réalité géopolitique désagréable. La pandémie de la Covid-19, suivant de près l'éclatement de la bulle Internet d'il y a vingt ans, la catastrophe financière des «subprimes» de 2008 et la prise de conscience de la crise écologique, ne  fait qu'accentuer un «déclin de l'Empire américain» que de plus en plus de peuples de la planète se sont mis à souhaiter plus ou moins consciemment, au grand dam des premiers concernés. La poussée constante de la Chine, le maintien tant bien que mal d'un bloc européen relativement riche et cohérent, le retour des ambitions russes et l'échec de l'Occident à éliminer la menace islamiste laissent peu de place au doute à ce sujet.

J'ajouterai un indice supplémentaire: Trump et ses acolytes ont réussi à susciter dans une partie de la population une peur panique d'une montée en force du «socialisme» dans le pays... alors qu'il n'y a en tout et pour tout que deux socialistes avoués sur 535 membres au Congrès: Bernie Sanders au Sénat et Alexandria Ocasio Cortez à la Chambre! 

03 octobre 2020

Un rideau de fumée?

 Mon cybercopain Terry Rose (gauchiste américain) suggère que tout le cirque autour de la santé et de la compétence de Trump n’est qu’un écran de fumée pour cacher le naufrage de l’économie capitaliste amorcé en 2007-2008 et confirmé par la pandémie. Et s’il avait raison? Si tout ce cirque n’était qu’un «son et lumière» destiné à noyer dans un silence ombreux les vrais problèmes que devrait débattre la campagne électorale américaine… et dont elle ne pipe pas mot? 

  Je trouve évident que les assauts du Kremlin contre la «démocratie yankee», le démembrement de l’Obamacare, le virage à-droite-toute de la Cour Suprême, la quarantaine pandémique imposée aux élus du Congrès, le retour en Pennsylvanie ou en Ohio de «bons» emplois industriels souvent sales et ennuyeux depuis la Chine et la Corée, etc., si provocants soient-ils, ne sont que des à-côtés des vraies difficultés qui confrontent le monde (et pas seulement les USA) au cours du millénaire en marche.  

 Comment les comparer à la dégradation de la santé de la planète et aux torts que nos «remèdes» causent aux plus pauvres de ses habitants? Aux conséquences sociales et économiques de la destruction (justifiée) par les technologies de ces fameux emplois que Trump et Biden – et Macron, et Boris, et Angela, et Trudeau – veulent à tout prix rapatrier? À la recherche de solutions humaines mais consensuelles à l’intégration dans les pays riches de l’inévitable tsunami d’immigrants et de réfugiés de couleurs, coutumes, religions et costumes différents venus de régions plus pauvres ou moins paisibles? À la réforme nécessaire d’une mondialisation qui est à la source de ce tsunami et qui accentue les ruptures écologiques et technologiques?  

  Bien sûr que Sleepy Joe est un moindre mal face à Donald Duck. Mais de là à en faire le Messie espéré, pitié! Y a-t-il même un Messie possible? Ou ne faut-il pas réformer le tout pour que retroussant leurs manches, nos concitoyens lucides et mieux informés puissent trouver ensemble à ces problèmes des solutions de bon sens, dictées par la connaissance de leurs besoins et de leurs limites? Avec l’aide indispensable (mais sans l’autoritarisme élitiste) des savants, spécialistes et penseurs des disciplines appropriées?  

  On peut toujours rêver, hein?

18 septembre 2020

Ma théorie du complot à moi

J'ai passé une partie de ma vie d'adulte à combattre et à dénoncer les théories imaginaires de complot politique. Mais le congé de vérité et de rationalité qui nous est offert par l'ère Trump est bien près de me réconcilier avec ces tendances loufoques: j'offre par la présente à votre jugement ma propre et presque crédible conspiration «Trump-à-AOC».
 Premièrement, Donald Trump, l'actuel président républicain soi-disant conservateur des États-Unis, n'est pas et n'a jamais été un conservateur ni un républicain. En tant qu'homme d'affaires, il était la quintessence du combinard immobilier de tendance libérale financé par l'État, ayant fait fortune en utilisant des subventions publiques pour construire et louer des appartements aux classes moyennes et inférieures. Et il était un électeur et un contributeur démocrate avoué. Il n'est devenu républicain que lorsqu'il a découvert que seul ce parti était suffisamment crédule et avide de pouvoir pour lui permettre de devenir son candidat à la présidence, un fait qu'il a volontiers admis.
 Deuxièmement, alors que le Parti dont il a pris le contrôle a longtemps été d'une droite frileusement centriste, apôtre d'un gouvernement minimal, prudent sur le plan budgétaire, moralement puritain et idolâtre de la loi et de l'ordre et de la Constitution, M. Trump a des liens évidents avec l'extrême-droite, n'hésite pas à exploiter au maximum à son avantage les pouvoirs du gouvernement et à accumuler d'énormes déficits publics, change d'épouses et les trompe avec abandon et enfreint les règles légales et constitutionnelles chaque fois qu'il le juge opportun. Dans le même temps, il a réussi à utiliser la majorité républicaine au Sénat pour concentrer de plus en plus de pouvoir à l'exécutif et à la présidence, tout en réduisant la capacité du Congrès de surveiller et de contrôler leurs actions.
 En contre-partie, pensez à ce qui arrive à son ancienne maison-mère politique, le Parti démocrate. Après des décennies d'un cheminement plutôt fade de centre-gauche, il s'est engagé dans un grand-écart suicidaire entre un corps principal capitaliste Clintonien favorable à Wall Street et une aile Bernie Sanders beaucoup plus clairement de gauche et ouvertement socialiste. La défaite humiliante (et bien méritée) d'Hillary Clinton en 2016 a renforcé cette dernière tendance, donnant notamment une énorme visibilité et beaucoup de pouvoir interne à la jeune, audacieuse, charismatique et éloquente membre latina de la Chambre, Alexandria Ocasio Cortez, que beaucoup voient déjà comme la première femme politique de gauche capable d'accéder à la Maison Blanche.
 Il semble peu probable que dans les cercles de pouvoir américain, enracinés à droite et profondément capitalistes, un courant véritablement socialiste et marxiste arrive à s'affirmer dans l'un des principaux partis; mais supposons que les éructations électorales de M. Trump dans ce sens puissent avoir un semblant de réalité. Dans ce cas, pourquoi agit-il maintenant de manière si provocatrice qu'il retourne contre lui-même la majorité des électeurs de centre et de centre-droit, augmentant la probabilité que les démocrates dirigés par Joe Biden remportent en novembre non seulement la présidence, mais une majorité au Sénat tout en conservant le contrôle de la Chambre?
 Biden aura plus de 80 ans et sera peut-être sénile avant la fin de son premier mandat et n'essaiera probablement pas de se faire réélire, mais il y a de fortes chances qu'étant donné le désarroi prévisible dans un GOP post-trumpien battu à plates coutures, son parti se maintienne au pouvoir pendant au moins une décennie supplémentaire? Dans ce cas, il n'est pas absurde d'imaginer qu'en 2028 ou 2032, une AOC véritablement socialiste devienne présidente des États-Unis, héritant des pouvoirs presque dictatoriaux soigneusement acquis pour elle par Donald Trump dans la période 2016-2020. Elle serait alors parfaitement placée pour imposer un changement majeur d'orientation économique et sociale à l'ensemble du pays, loin de son conservatisme actuel et plus près de Cuba ou du Vénézuéla.
 Ce qui m'amène à me demander: et si cette chaîne d'événements n'était pas un accident mais un sombre complot conçu pendant la crise financière de 2008-2010 par un cercle socialiste secret dirigé par une machiavélique Nancy Pelosi, dont les sympathies de gauche à l'époque étaient bien connues? Dans ce cas, Donald Trump n'aura pas été le populiste de droite qu'il prétend être, mais un cheval de Troie infiltré dans le Parti républicain pour atteindre un objectif gauchiste! Après tout, cette théorie n'est pas plus irréaliste que l'affirmation «birther» contre Barack Obama jadis adoptée et promue par Trump lui-même, ou le complot du Deep State imaginé par le mouvement américain de l'alt-right, ou la cabale pédophile menée dans un sous-sol de pizzeria par des dirigeants démocrates libéraux, telle que dénoncée par QAnon.
 Si vous croyez ce qui précède, surtout ne le dites à personne!!!

20 août 2020

Une Drôle d'expérience

 J'étais plutôt sceptique quant à l'intérêt d'une Convention de nomination américaine virtuelle... mais la formule trouvée par les Démocrates est fort convaincante. Il y manque sans doute l'excitation causée par les foules, les banderolles, les ballons, etc. En contre-partie, les trois premières soirées ont été bien plus riches en information pertinente et en perception des personnalités en cause que ne l'aurait permis le format traditionnel. 

 Première remarque: le couple Michelle-Barack Obama est une force politique redoutable, combinant l'émotion sincère de l'une avec l'intelligence aiguë et la savante éloquence de l'autre. Je soupçonne que leur double intervention, l'empathie de Madame contrastant et humanisant la charge féroce de Monsieur, pourrait avoir un effet décisif sur les Démocrates tièdes à l'égard de Joe Biden et les «indépendants» encore indécis. 

 Deuxièmement, Kamala Harris s'est fort bien tirée de l'impossible mission de succéder à l'ex-Président à la tribune. Son choix de jouer sur le sentiment et sur sa propre histoire plutôt que de s'en prendre à l'adversaire (le rôle habituel du candidat à la vice-présidence) était astucieux, surtout après la sortie atypique de BarackObama. 

 Troisièmement, le fait de reléguer le couple ex-présidentiel Hillary-Bill Clinton en marge de l'heure de plus grande écoute montre à quel point leur étoile pâlit et leur influence sur leur parti et sur la politique dans son ensemble est en train de se dissiper... surtout si on compare avec l'importance accordée aux Obama.

 Quatrièmement, l'idée de parsemer les trois soirées de courtes interventions de «citoyens ordinaires» (sans doute soigneusement choisis) était efficace, et a donné lieu à certains des moments les plus ftappants de toute l'expérience. 

 Enfin, les ripostes de Donald Trump sur Twitter et de ses partisans déclarés de FoxNEWS à l'écran sont jusqu'ici d'une faiblesse et d'une mesquinerie navrantes, impossibles à ignorer sauf si l'on est un partisan sourd et aveugle du Président.

 Il n'y manquait qu'un parfum de scandale, généreusement fourni par l'ex-conseiller préféré de la Maison Blanche et champion des théories du complot, Steve Bannon, accusé (et par le Service postal, curieuse coïncidence!) de fraude grossière... avec pour prétexte le financement de la construction du Mur anti-immigrants. Difficile de faire mieux.

15 juin 2020

Une Surprise multiple

La décision par 6 voix contre 3 de la Cour suprême des États-Unis en faveur des droits des homosexuels et des transsexuels me semble avoir une signification encore plus grande que son statut de «référence historique» sur l'orientation sexuelle.
1. Cela montre que la stratégie de Trump de nommer des juges strictement conservateurs n'est pas infaillible. Une fois en fonction, les membres du plus haut Tribunal peuvent affirmer une indépendance garantie par leur mandat à vie ... et dans ce cas, au moins deux d'entre eux l'ont fait, mettant leur conscience et leur science juridique au-dessus de l'idéologie et de la partisanerie.
2. C'est une autre fissure dans le rempart défensif impitoyablement construit du Président contre toute opposition, après celle exposée chez les hauts gradés militaires, et un présage possible d'une faille semblable et encore plus dévastatrice au Congrès, en particulier au Sénat républicain.
3. Le fait qu'elle va à l'encontre de l'opposition exprimée par à peu près toutes les hiérarchies religieuses (catholique, protestante, juive, musulmane) du pays est une affirmation inattendue de l'indépendance laïque de l'État et du système judiciaire contre les pressions sectaires.
4. Cette tendance juridique pourrait bien s'étendre à d'autres domaines, tels que les droits raciaux, les questions de citoyenneté et d'immigration, la nature fondamentale des droits à la santé et au soutien social, non seulement pour les personnes défavorisées mais pour tous les citoyens.
5. Sur la scène mondiale, cela marque un revers imprévu dans le récent encouragement massif du pouvoir américain aux mouvements de droite racistes et sexistes ultra-conservateurs, en particulier en Europe et en Amérique latine.

29 avril 2020

Une inquiétante myopie?

Je vois avec une certaine inquiétude se reproduire aux États-Unis un phénomène qui leur est chronique: une fois qu'ils ont choisi un candidat à la Présidence, ils refusent de voir ses faiblesses et le parent de toutes les vertus. C'était arrivé aux Démocrates avec Jimmy Carter en 1976, Bill Clinton en 1992 et Hillary Clinton en 2016, aux Républicains avec les Bush père et fils en 1988 et 2000 et avec Donald Trump en 2016. Je fais de rares exceptions pour Ronald Reagan, Al Gore, John McCain et Barack Obama, qui étaient des candidats valables chacun dans son genre, qu'on les ait appréciés ou pas. Certains des prétendants déficients ont gagné, certains ont perdu mais les résultats ont toujours été plutôt pénibles. 
C'est en train de se produire encore une fois avec Joe Biden – ce qui laissera à l'électeur le choix de reporter au pouvoir le catastrophique Donald Trump ou d'élire un président Biden sans dynamisme, quasi sénile et qui n'a jamais su faire preuve de vision et d'autorité. La perspective n'a rien de réjouissant, quand on pense que le prochain occupant de la Maison Blanche va devoir sortir le pays du marasme social et économique causé par une pandémie non maîtrisée en même temps que corriger un cap passéiste et divisif, bien mal adapté aux défis du 21e siècle.

08 mars 2020

Une crise sur mesures?

C'est à se demander si la crise du coronavirus n'a pas été conçue (par l'Être Suprême???) comme un test sur mesures pour embarrasser le Président DonaldTrump.
a) C'est un dossier complètement en-dehors de la sphère politique partisane, donc imperméable aux dénonciations et aux procès d'intentions.
b) Il a une dimension globale qui empêche toute perspective étroitement locale ou nationale.
c) Il affecte un secteur d'activité, celui de la santé, où le rôle de l'État est clairement prépondérant face à celui du secteur privé.
d) C'est de plus un secteur où le Président s'est montré particulièrement incompétent et inefficace, réduisant au minimum les ressources et les services publics.
e) Il implique des compétences techniques et scientifiques pour lesquelles le Président se montre ouvertement méprisant sinon hostile.
f) La crise a pris naissance en Chine, un pays avec lequel le Président a aggravé une relation déjà méfiante et agressive, alors qu'un rapport de collaboration et de relative confiance serait essentiel.
g) Enfin, elle exige un lien de confiance et de véracité entre les citoyens et leur État, alors que Trump gouverne sans vergogne sous le signe du mensonge, de la propagande partisane et de la confusion volontaire.
Tout cela fait que «l'Empereur se retrouve tout nu» à la veille de sa campagne de réélection, sans aucun des oripeaux dont il peut habituellement masquer son incompétence face à ses propres partisans.

26 février 2020

Un «miroir» Trump-Sanders?

Personne ne semble avoir remarqué à quel point l'actuelle pré-campagne présidentielle des Démocrates est, sur plusieurs plans, le miroir de celle des Républicains en 2016.
a) Comme Trump, Sanders est un «étranger» dans son propre parti. Le premier a longtemps été Démocrate avant de s'inscrire au GOP; le second n'a jamais été officiellement Démocrate, même s'il s'est généralement allié au parti pour les campagnes électorales et les actions législatives. 

b) Tous deux ont une saveur fortement populiste, faisant appel directement aux citoyens plutôt que de se fier à des appareils de parti, et adoptant des lignes de pensée souvent divergentes de ceux-ci.
c) Tous deux ont des caractéristiques qui les distinguent des politiciens traditionnels et de la «sagesse conventionnelle»: Sanders revendique un socialisme (relativement modéré) et un pacifisme qui tranchent avec les amitiés avec Wall Street et le messianisme Yankee courants dans son parti; Trump ne se gêne pas pour adopter des attitudes sexistes et racistes, et pour creuser des déficits, dans un parti dominé par une morale puritaine et un conservatisme fiscal.
d) À mi-chemin de la course, tous deux ont clairement pris l'ascendant sur un peloton chicanier de candidats beaucoup plus centristes et conventionnels. L'argument majeur de leurs adversaires est qu'«ils ne peuvent pas gagner» contre le nominé officiel de l'autre parti.
e) Tous deux sont relativement âgés pour devenir le Chef d'État d'une grande puissance. Leur état de santé est périodiquement remis en cause.
f) En conséquence de tout cela, on constate dans le leadership Démocrate la même panique apparemment impuissante qui affectait la direction du GOP il y a quatre ans. Et un même scepticisme quasi unanime des «pundits» et des commentateurs experts dans les médias grand public.
g) Étrangement, ces éléments négatifs ne semblent en rien affecter un bloc solide de partisans, et ils n'ont pas l'air de convaincre même la masse plus modérée des adhérents des deux partis, attirés clairement par des candidats atypiques qui font malgré tout figure de gagnants.
Trump l'a emporté en 2016, même si c'est avec une minorité des suffrages. Pour 2020, tous les sondages depuis bientôt quatre and indiquent que Sanders est plus populaire que l'actuel Président, et donc qu'une victoire, sans être certaine, est tout à fait envisageable.
Cela dit, il existe quand même entre les deux des différences notables. Le langage de Sanders est nettement plus policé que celui de son rival, ses positions plus claires et plus constantes, sa moral personnelle et politique beaucoup moins sujette à caution.
Les réticences à son égard sont plus idéologiques que morales.

22 février 2020

Post-impeachment (suite)

Les évènements des 10 derniers jours montrent à quel point les Démocrates avaient raison d'invoquer l'«impeachment» contre Donald Trump, et combien les Républicains ont eu tort de le prendre de façon superficielle et strictement partisane. Dès le lendemain de son acquittement, le Président dédouané s'est empressé de confirmer les pires inquiétudes à son sujet.
Il lui a fallu à peine une semaine pour prendre des mesures bassement vindicatives contre des témoins qui l'avaient chargé, apparemment de bonne foi; pour accorder une bordée de pardons présidentiels strictement sur une base d'amitié et d'affinités à des membres de l'establishment politique et financier clairement coupables de corruption; pour s'en prendre de façon grossière et mensongère à ses adversaires politiques; pour remplacer systématiquement dans des positions clefs des hauts-fonctionnaires jugés compétents et patriotiques par des politiciens ayant ouvertement accordé leur loyauté à sa personne plutôt qu'au pays; pour rejeter sans la moindre preuve la forte probabilité affirmée par ses propres services de renseignement que les Russes, une fois de plus, s'occupent déjà à favoriser sa réélection.
Les erreurs combinées de l'opposition démocrate et de son soutien républicain, que je soulignais dans un précédent message, lui ont ouvert toute grande la voie vers une mainmise de longue durée sur l'appareil gouvernemental et sur le processus politique. Ses actions font déjà la preuve qu'il était essentiel, comme l'affirmaient ses accusateurs, de lui arracher le pouvoir immédiatement, sans attendre le verdict populaire d'une élection d'automne qu'il a désormais tout le loisir de fausser en sa faveur avec, vraisemblablement, des aides illégales de l'étranger.
Même l'annonce que le Kremlin joue en même temps la carte d'un soutien discret au plus progressiste de ses rivaux à la présidence, Bernie Sanders, doit sonner une cloche d'alarme. Vladimir Poutine n'a certainement aucune affinité pour le Sénateur «socialiste indépendant» du Vermont, mais il le considère sans doute comme celui ayant le moins de chance de détrôner Trump en novembre. Cette manoeuvre s'apparente donc à celles, dévoilées par l'enquête d'«impeachment», qui consistaient pour Moscou à exploiter la piste ukrainienne afin de déstabiliser ce qui fut l'adversaire probable le plus dangereux de Trump, Joe Biden.
Le seul côté positif de l'affaire est que le Président russe pourrait bien se tromper là-dessus: Sanders est sans doute un idéaliste à tendance socialiste, mais c'est aussi un politicien professionnel d'expérience, rusé, éloquent et beaucoup moins aveuglé par une idéologie de gauche classique que ne l'affirment ses adversaires. En témoignent ses premiers résultats dans les primaires, le solide soutien d'une base relativement large qui va de l'extrême-gauche au centre modéré, sa capacité d'une part d'enrichir sa caisse de campagne de dons de toutes tailles, et d'autre part de présenter un programme qui répond à bon nombre des problèmes de la classe moyenne, et surtout le fait souvent négligé que non seulement récemment, mais sans interruption depuis le milieu de la campagne présidentielle de 2016, les sondages lui ont donné sur Donald Trump un avantage assez mince, mais réel, dans la faveur populaire.
Face à ce constat d'ensemble, la seule option envisageable non seulement pour les Américains progressistes, mais pour les modérés et les conservateurs lucides et patriotes, est de tout faire pour qu'au lemdemain du scrutin de novembre, ce Président indigne du pouvoir ne soit pas en mesure de poursuivre encore quatre ans son saccage d'une démocratie américaine qu'on découvre bien plus fragile qu'elle ne se prétendait. De fait, le pire danger pour Sanders pourrait venir non des Russes ou de Donald Trump, mais d'un leadership du parti Démocrate qui interviendrait pour nuire à un candidat «trop progressiste» à son goût

12 février 2020

Réactions «post-impeachment»

J'ai attendu une semaine après la fin abrupte du processus d'«impeachment» de Donald Trump pour permettre à mon esprit de décanter un peu les multiples réactions qui me provenaient de toutes parts et les réflexions que cela m'inspirait. Maintenant que je crois y voir un peu plus clair, voici:
1. Les Démocrates ont commis plusieurs erreurs importantes dans leur approche; certaines étaient évidentes dès le départ, d'autres sont plus perceptibles après coup. Certaines n'ont trait qu'à l'«impeachment» même, d'autres pourraient affecter les suites électorales de l'évènement. (a) En voulant jouer à coup sûr, ils ont été trop restrictifs dans le choix et la rédaction de leurs articles d'accusation. Ceux-ci ne tenaient pas compte de la variété et de la multiplicité des transgressions du Président: mensonges éhontés et souvent ridicules, défense opiniâtre de collaborateurs clairement coupables, obstructions répétées et attaques publiques contre la Justice et les magistrats, détournement de fonds votés par le Congrès pour d'autres fins (notamment «le Mur»), infractions aux lois du financement électoral, utilisation évidente de sa fonction pour son profit personnel et celui de sa famille, etc. Il aurait à tout le moins fallu ajouter un article d'«entraves à la justice» exploitant les découvertes contenues dans le second volume du Rapport Mueller. (b) Ils se sont limités à des offenses ayant trait à la politique étrangère, un thème qui a peu de résonance dans la masse de la population. Leurs efforts pour lier cela à la politique intérieure en alléguant un effet néfaste sur le processus démocratique étaient insuffisants et peu convaincants pour les partisans de Trump et les indépendants. Par le fait même, ils n'insistaient pas suffisamment sur le caractère criminel de plusieurs actes du président et de l'entourage immédiat sur lequel il avait le controle direct et dont il était responsable juridiquement. Ces deux premières lacunes ont empêché une population souvent politiquement peu informée de voir la taille réelle du problème. (c) Malgré le risque de prolonger le processus, il était probablement nécessaire qu'ils testent devant les tribunaux au moins certains des multiples refus de Trump et de son administration de collaborer à leur enquête; même sans aboutir, de tels efforts auraient mis en lumière la duplicité de l'entourage présidentiel et auraient privé les défenseurs de la plupart de leurs arguments contre les défauts du processus d'«impeachment». (d) Ils ont sous-estimé la partisanerie des élus Républicains, faisant trop confiance à leur habituel puritanisme conservateur et aux précédents des épisodes Nixon et Clinton. Ce faisant, ils n'ont pas fait tous les efforts possibles pour rendre l'ensemble de la démarche bi-partisane; il aurait fallu trouver les bons arguments et effectuer les démarches nécessaires pour attirer et conserver dans leur camp au moins un petit groupe de dissidents du GOP, aussi bien à la Chambre qu'au Sénat. Je crois qu'ils n'avaient pas bien pris la mesure du changement de mentalité dans le parti adverse ni de l'emprise qu'y exerçait Donald Trump.
2. Je soupçonne que les Républicains, par opportunisme à courte vue, ont gravement endommagé la réputation de leur parti auprès de l'électorat en général. D'une part, ils se sont montrés pusillanimes, laissant voir la terreur que leur inspire la simple menace d'un courroux présidentiel. De plus, leur refus systématique d'aborder le fond du problème et leur mauvaise foi dans la critique de la démarche des Démocrates devraient entacher leur crédibilité auprès des électorats (majoritaires) qui ne leur sont pas déjà acquis. Le tout a culminé dans leur refus d'intenter à Donald Trump un véritable procès, limitant la session du Sénat à un simple échange de plaidoiries, sans la moindre présentation de preuves matérielles ni de témoignages; leur argument que les preuves avaient déjà été présentées à la Chambre par les Démocrates était d'une faiblesse désolante, d'autant plus qu'ils avaient eux-mêmes vertement critiqué la manière dont cela s'était passé. Le «cas Bolton», celui d'un ex-proche du Chef d'État qui se disait prêt à prêter serment comme témoin direct de faits pertinents à l'accusation, était particulièrement flagrant. Les effets de cet épisode sur le Parti républicain se feront sans doute sentir surtout après que le Président Trump aura quitté le devant de la scène, et donc relâché le contrôle qu'il exerce sur ses partisans. Peu importe que ce soit dans un an ou dans cinq.
3. En même temps, les deux partis auront contribué à démanteler l'équilibre des pouvoirs qui est au coeur du système politique américain, en particulier la tension salutaire qui existe entre les pouvoirs propres au Congrès et ceux de l'administration sous l'autorité de la Maison Blanche. La faute des Démocrates est involontaire; c'est d'avoir échoué dans leur tentative de destitution d'un Chef d'État qui le méritait pourtant mais qui a maintenant les mains beaucoup plus libres pour agir sans contrainte ni opposition. Celle des Républicains, plus grave à mon avis, est d'avoir sciemment (quoique sans doute à regret pour plusieurs) collaboré à cet échec. Le «Troisième Pouvoir», celui des tribunaux, ne s'en sort pas non plus indemne, victime d'une part des attaques vicieuses du Président contre son intégrité, d'autre part du soupçon de partisanerie aggravée qui plane sur lui, dû à une série de nominations douteuses et biaisées par Donald Trump de magistrats de haut niveau.
4. Les suites immédiates de l'«impeachment» raté n'ont pas tardé à apparaître: basses vengeances de la Maison Blanche contre certains des témoins les plus crédibles de la poursuite, recul de la Justice sur la sentence réclamée contre Roger Stone, un complice de longue date du Président; dommage évident à la candidature de celui qui apparaissait comme le rival le plus crédible à la réélection présidentielle, Joe Biden. Il fait peu de doute que d'autres feront surface dans un proche avenir qui s’annonce plutôt inquiétant, mais riche en rebondissements.

18 novembre 2019

La fausse piste ukrainienne

Pourquoi la thèse d'une interférence ukrainienne dans l'élection américaine de 2016 est-elle un leurre?
a) La pénétration dans les serveurs des Démocrates n'est qu'un élément relativement mineur dans l'ensemble des interventions étrangères dans la campagne. Voir les paragraphes (f) et (g) ci-dessous.
b) Le Rapport Mueller offre des preuves factuelles et techniques très crédibles que cette opération a été le fait de hackers russes: les noms des responsables, les adresses utilisées, le logiciel employé, les dates et les lieux d'où est partie l'attaque cybernétique.
c) En contre-partie, les partisans de la thèse ukrainienne n'offrent que des preuves circonstancielles et limitées.
d) Le candidat Trump lui-même a invité les Russes, non les Ukrainiens, à dévoiler les e-mails de Hillary Clinton et du DNC. On peut supposer qu'il savait de quoi il parlait.
e) Le président russe Poutine n'a jamais caché sa détestation de Mme Clinton et son désir de voir Donald Trump l'emporter; en revanche, les dirigeants et les oligarches ukrainiens ont toujours ménagé, sinon flatté, quiconque était au pouvoir à Washington, peu importe son parti.
f) Les multiples publicités pro-Trump et anti-Clinton sur Internet ont été créées et payées par des entreprises et des groupes russes, notamment l'IRA, ce qui est solidement documenté. On n'a aucune preuve de publicité ou de propagande comparable de la part d'Ukrainiens.
g) Des milliers de tweets favorisant Trump contre Clinton sont venus d'intervenants russes clairement identifiés et de leurs complices et ont été repris par Trump et son entourage; aucune activité de ce genre n'a été créditée aux Ukrainiens, même par les plus fervents défenseurs de la thèse conspiratoire.
h) L'idée même d'une responsabilité ukrainienne a été suggérée non par des observateurs objectifs, mais par des agents russes, notamment Constantin Kilimnik.
Face à cet ensemble de faits, il est impossible de nier que, même si quelques activités suspectes sont venues d'Ukraine, la véritable opération massive d'interférence a été commandée et effectuée par Moscou. La théorie ukrainienne ne peut être qu'une fausse piste.

30 septembre 2019

La faute à qui?

Quand Trump et les Républicains accusent les Démocrates de «perdre du temps» sur le processus d'impeachment au lieu de s'occuper des priorités, ils oublient ceci:
1. La dernière année, en particulier, a montré que les agendas législatifs sur l'économie, le social, l'international, l'environnement, etc. sont paralysés par une crise constitutionnelle provoquée presque exclusivement par les actions et les déclarations de Donald Trump et l'ineptie partisane de ses alliés.
2. Le Président, au lieu de chercher à unir les Américains dans des objectifs consensuels, a massivement bloqué les initiatives sur lesquelles des ententes étaient possibles, pour tenter d'imposer par la force un programme de droite: le mur contre l'immigration, les mesures néolibérales d'appauvrissement de l'État, les tentatives de sabrer dans les politiques sociales (santé, retraites, aide aux démunis), le déni de la crise écologique, le refus de s'attaquer à la violence interne par les armes à feu, etc.
3. Le discours présidentiel est volontairement divisif, insultant pour ses adversaires politiques et idéologiques, pour les minorités visibles, pour les femmes... Il est parsemé de mensonges évidents, d'accusations injustifiées, de contradictions, de promesses et de fausses ouvertures trahies.
4. Même si les preuves ne sont pas toujours concluantes, beaucoup des actes présidentiels sont à la limite de l'illégalité, de la malhonnêteté personnelle et politique, de la complicité avec des puissances étrangères pour fausser l'exercice de la démocratie en sa faveur.
Il en résulte un climat où plus personne dans la sphère politique ne fait plus confiance à la sincérité et à l'honnêteté de Donald Trump, même ses partisans inconditionnels. Face à cette situation, il est difficile d'imaginer comment les États-Unis peuvent retrouver un climat politique «normal» et positif sans d'abord faire le pénible exercice de crever l'abcès d'une crise de la loi et des institutions qui non seulement n'est pas une création artificielle des Démocrates, mais s'avère clairement le fait d'un Président sans moralité soutenu par des Républicains qui, par opportunisme, ont renoncé à leur patriotisme et à leur constitutionnalisme traditionnels.
Et les Américains doivent se rappeler que le monde entier surveille ce qui se passe chez eux.

25 septembre 2019

Et maintenant le Kievgate?

Réactions à chaud sur les révélations de ce matin quant à la conversation Trump-Zelensky du 25 juillet:
- L'effort flagrant de Donald Trump d'impliquer en sa faveur un gouvernement étranger dans sa campagne électorale donne une toute autre crédibilité au Rapport Mueller: la manoeuvre ressemble de près aux attaques contre Hillary Clinton en 2016, sauf que cette fois, les mots sont ceux du Président lui-même. Cela réduit presque à rien la possibilité que le Russiagate n'ait été que le résultat d'un complot anti-Trump.
- La transcription partielle et ses effets secondaires (le rapport et le témoignage imminent du lanceur d'alerte) sont une première fissure dans le mur de défense de la Maison Blanche; ils pourraient bien mener à une brèche plus large qui exposera d'autres manoeuvres condamnables.
- Et si la Présidence ukrainienne avait, elle, enregistré l'appel téléphonique au complet? Je ne serais pas étonné que les commissions du Congrès sur l'«impeachment» tentent d'en obtenir la transcription de Kiev.
- Trump a probablement commis cette gaffe parce qu'il se sentait faussement en sécurité, vu le peu d'impact du Rapport Mueller sur l'opinion publique. 
- Trump ne peut compter avec certitude sur le soutien des élus républicains. Ils l'ont appuyé jusqu'ici par peur et par opportunisme, mais leur loyauté est suspecte, car beaucoup le détestent en réalité. S'ils sentent qu'il devient un obstacle à leur réélection et que sa capacité de leur nuire ne survivra pas au processus de destitution, ils pourraient bien déserter son camp en masse en peu de temps.

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(Jeudi midi le 26:) Le début de la fin pour Trump?
Difficile de ne pas être captivé par le témoignage du directeur de la sécurité des USA devant le Congrès. Avec quelques réserves, Joseph Maguire valide en grande partie la signification de la conversation Trump-Zelensky et le sérieux du rapport du lanceur d'alerte (maintenant rendus publics). 
Son explication du retard à publier l'alerte, la possibilité d'un «privilège exécutif» de la Maison Blanche, est plausible – et n'affecte en rien la crédibilité de l'accusation, qu'il reconnaît à fond. Il révèle aussi, ce qu'on ignorait, que l'affaire était jugée assez sérieuse pour qu'une demande d'enquête à ce sujet soit immédiatement envoyée au FBI. Enfin, il insiste lourdement sur le caractère exceptionnel de l'affaire et sous-entend clairement que si le suspect n'était pas le Président des États-Unis mais un membre de la communauté du renseignement, l'alerte aurait été aussitôt soumise aux commissions pertinentes du Congrès.

Il est au moins aussi remarquable qu'à mesure que la séance progresse, la défense du Président Trump par les Républicains est de plus en plus incertaine et, dans certains cas, réticente.

08 juin 2019

Le «Russiagate», un complot?

Beaucoup de nos amis progressistes européens -- et quelques Américains marginaux -- ont cru que parce qu'il n'était pas un politicien traditionnel, Donald Trump serait en tant que Président une bonne chose pour son peuple. Hélas, ses actes démontrent le contraire: il demeure à la Maison Blanche le même type menteur, malhonnête et rapace qu'il était comme homme d'affaires, d'autant plus qu'au lieu de conseillers compétents qui pallieraient à ses évidentes lacunes comme gouvernant d'un grand État, il s'entoure principalement de personnages douteux et réactionnaires. Nos amis de gauche ont de la difficulté à l'admettre et sont donc alléchés par l'idée que l'enquête à son sujet n'est qu'un complot destiné à salir un brave homme... alors qu'en réalité, il s'agit d'une guéguerre entre deux bandes rivales plus ou moins tricheuses.
La raison pour laquelle la classe politique américaine est si captivée par le sujet est simple: la nature humaine. Lorsqu'un pickpocket ou un cambrioleur se fait voler à son tour, il est cinq fois plus choqué qu'un honnête homme: «Vous ne pouvez pas me faire ça, c'est moi qui suis censé vous le faire!» Comme les États-Unis ont l'habitude d'intervenir sans vergogne dans la démocratie des autres peuples, ils sont encore plus insultés quand ce sont les Russes haïs qui leur jouent le même tour.
Enfin, même si d'autres acteurs ont pu jouer un rôle mineur dans les manipulations qui ont marqué l'élection de 2016, le Rapport Mueller, en particulier sa description des analyses techniques des opérations frauduleuses sur Internet, démontre clairement que ce sont bien des Russes, aux ordres de leur gouvernement, qui sont les principaux coupables. C'est confirmé indirectement par le fait que Vladimir Poutine a répété à maintes reprises qu'il souhaitait que Hillary Clinton perde ce scrutin.
Je me demande aussi si mes amis européens ne sont pas plutôt contents de laisser ce sujet les distraire des résultats fort décevants pour eux de la récente élection au Parlement européen.

29 mai 2019

Mueller clarifie

Dans son intervention publique au Ministère de la Justice à Washington ce matin, Robert Mueller résume en 10 minutes son rapport, sans la moindre ambiguïté: (a) il confirme l'intrusion russe dans la campagne pour nuire à la candidate démocrate, (b) il rejette une probable complicité de l'équipe Trump dans cette action, (c) il refuse d'innocenter le Président quant à une obstruction à la Justice, enfin (d) il affirme l'intégrité et l'objectivité de son personnel et de son enquête. Deux choses me frappent: 
Un, Mueller contredit directement ceux qui voient le «Russiagate» comme un complot du Deep State de Washington: il met toute sa réputation d'intégrité dans la balance en insistant que son équipe et leur travail ont été scrupuleusement honnêtes, sans influence externe, et qu'il y a indubitablement eu des efforts multiples et illégaux de la Russie pour influencer l'élection contre Hillary Clinton (et donc, forcément, en faveur de Donald Trump). 
Deux, il renvoie la balle au Congrès en disant qu'il lui était impossible de poursuivre le Président pour obstruction à la Justice, mais qu'il ne pouvait non plus le blanchir de cette accusation; donc, le seul recours est politique, sous la forme d'une procédure de destitution.
Pour répondre à la mention de «documents ukrainiens et italiens» selon lesquels la campagne de Mme Clinton aurait infiltré chez Trump des agents pour fabriquer des preuves d'intervention russe, il faut préciser ceci: (1) Ces documents «prétendent montrer», ils ne présentent pas des faits concrets, jusqu'à preuve du contraire. (2) Le mandat de Mueller (donné par des dirigeants républicains pro-Trump du Ministère de la Justice à un enquêteur lui aussi républicain) le limitait à examiner des interventions RUSSES -- toute tentative portant sur des actions internes aurait outrepassé ce mandat et vicié son rapport, lui donnant un biais partisan. (3) Les actions russes ont été si nombreuses, si variées et si bien documentées que tout effort des démocrates pour en ajouter n'aurait pas changé grand chose à la réalité.
Il faut en déduire que la seule façon dont les promoteurs d'un complot du Deep State washingtonien pour fabriquer un Russiagate peuvent faire avancer leur cause est désormais une attaque frontale sur l'intégrité de Robert Mueller.
Enfin, parce que Mueller n'a pas trouvé de preuve formelle de «collusion» de la part de Trump, cela ne veut pas dire qu'il n'a rien trouvé d'important. Au contraire, il a accumulé des preuves nombreuses et solides, consolidées par plusieurs témoins et éléments matériels, d'activités russes pour influencer la campagne, soit secrètes (vol de courriels, fausse représentation de messages de citoyens américains...), soit ouvertes (publicités sur Internet et convocation d'assemblées publiques pro-Trump); il documente aussi clairement au moins onze cas d'obstruction à la Justice par le Président Trump et son équipe qui, normalement, seraient jugés des «crimes». Le rapport comprend plus de 2000 notes factuelles et est accompagné d'une masse de documentation d'appoint à l'appui de tout cela. Impossible de le comparer, comme le voudraient certains critiques, aux preuves limitées et peu documentées de la présence d'armes de destruction massive chez Saddam Hussein en 2003.

07 avril 2019

Un trou noir politique?

Même à la retraite, je suis toujours tenté de céder à mes vieux instincts de journaliste politique -- local, national et international. Mais voici que sur les trois plans, je me trouve devant des situations absurdes ou impossibles à débrouiller.
Au Québec, le débat sur la laïcité dégénère en une bordée d'insultes auxquelles je n'ai aucune envie d'en rajouter. Il me semble pourtant que la question est facile à résoudre: les seules passions qu'elle suscite prouvent qu'une législation sur le sujet est indispensable; et malgré toutes mes réserves à l'égard de François Legault et de son gouvernement, la loi qu'ils proposent est de loin ce que nous avons vu de plus raisonnable et de plus clair jusqu'ici, que ce soit de la part des Libéraux ou des Péquistes. Elle n'est pas parfaite, mais elle ne comporte aucune injustice flagrante ni effet à long terme qu'il soit impossible de corriger par la suite; rien n'empêche de l'améliorer à mesure que l'usage en montrera les failles. Les hurlements actuels sont injustifiés, et de longs délais de discussion ne changeront pas grand chose.
À Ottawa, le régime Trudeau confirme toutes les inquiétudes que j'avais à son sujet dès le lendemain de l'élection. Le premier ministre n'a ni l'autorité naturelle, ni le jugement, ni la profondeur de pensée qu'exige notre époque de changements chaotiques dans un pays divers et complexe à la Constitution dysfonctionnelle. Et les Libéraux démontrent tous les défauts des «vieux partis», ce qu'ils sont, sans en montrer les qualités de constance et de modération. Mais l'opposition conservatrice ne promet rien de mieux, et le NPD a poursuivi sa course suicidaire vers l'insignifiance, notamment en choisissant un chef respectable, mais impensable comme Premier ministre pour la majorité des Canadiens et des Québécois.
À l'international, de multiples conflits régionaux au Moyen-Orient, en Asie, en Afrique ne sont pas plus près d'une solution qu'il y a dix ans, et de nouveaux apparaissent en Amérique latine: Vénézuéla, Brésil...
À Washington, la folle cavalcade de Donald Trump va se poursuivre encore deux ans, les efforts désorganisés des Démocrates étant bien incapables d'en bloquer la plupart des effets désastreux et les Républicains piétinant leurs principes les plus chers pour conserver des miettes d'un pouvoir dont ils ne savent que faire. Un rare signe encourageant: la qualité et la variété étonnantes des multiples candidats qui se pressent à la barrière de la course Démocrate à l'investiture pour la Présidentielle de 2020. L'effet est pour l'instant brouillon, mais il me semble que les électeurs yankees auront pour une fois un choix intéressant face à un adversaire qui n'a aucune bonne raison d'être réélu.
L'Union européenne se trouve confrontée à un Brexit non seulement inévitable, mais horriblement mal préparé, aux effets imprévisibles et catastrophiques pour les Britanniques, bien sûr, mais probablement aussi pour le reste du continent -- sans doute plus qu'on ne le prévoit. Et ce ne sont pas des élections parlementaires européennes sans véritable passion ni enjeu qui vont faire quoi que ce soit pour améliorer la donne. Il y a bien sûr l'inconnue d'une alliance des «vraies» gauches autour du mouvemement DiEM 25 de Yanis Varoufakis qui met un peu de piment, mais elle risque peu d'avoir un impact significatif, d'autant plus que son programme manque clairement d'audace et de promesse de vrai changement. À l'échelle nationale, pas grand chose à attendre de gouvernements soit usés, soit incapables: que seront l'Allemagne post-Merkel, l'Angleterre post-May, la France post-Macron, l'Italie post- Conte/Salvini, l'Espagne sans tête, la Grèce sous tutelle financière, une Europe centrale déboussolée et tentée par le populisme, etc.? Bien fin qui peut se hasarder à leur prédire un avenir quelconque, encore moins un qui soit positif.
Tout ça est bien de nature à me faire baisser les bras. C'est bien le temps que je prenne des vacances à bord du Bum chromé, aussi loin de l'Internet que des télés et des journaux. Pourvu que la santé nous le permette.