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11 octobre 2017

Bye, les Açores

Exquise Saõ Miguel, feuillue, moussue, envoûtée d'allées de grands arbres aux troncs lisses, bordée de bosquets fournis aux racines tordues comme des bronzes de Giacometti, explosant d'énormes boules d'hydrangées blanches, mauves, bleues, rose saumon...
Après une courte ballade à pied et en taxi il y a trois jours à Madère, nous allions faire l'impasse sur l'escale suivante de Ponta Delgada hier (après tout, une île est un peu comme une autre, non?), quand un compagnon de voyage montréalais nous a convaincus de notre erreur. «Nous, ça fait trois fois que nous venons ici, disait-il, et nous ne nous en lassons pas. Les Açores, et celle-ci en particulier, sont vraiment un monde à part. Au minimum, prenez un taxi et allez voir les Sete Cidades par les petits chemins de campagne.»
Bon, je lui devais au moins de me renseigner auprès de l'agent de tourisme qui siégeait à la réception du paquebot. La dame quinquagénaire qui m'a accueillie, entendant mon nom, s'est immédiatement adressée à moi en un excellent français et m'a offert de nous organiser une excursion privée à travers l'île pour l'après-midi. «Donnez-moi une demi-heure, je vous appelle à votre cabine.»
Si bien qu'à midi et demi, traînant presque Azur qui grognait en poussant sa marchette, je sors du Terminal maritime... et prends la mauvaise direction pour chercher en vain le chauffeur qui devait nous attendre «tout près» avec sa 4X4. Après dix minutes de marche le long des quais, il est devenu évident que nous nous étions fourvoyés. Retour sur nos pas, pour apercevoir juste à côté de l'AUTRE sortie du terminal une Toyota gris fer style jeep, vers laquelle un jeune homme à l'air dépité fonçait tête baissée. C'était bien notre guide, qui, nous ayant ratés à la première sortie, croyait que nous lui avions fait défaut et se préparait à filer.
Il était donc près de treize heures quand nous sommes sortis de la petite ville de Ponta Delgada pour grimper le long des chemins biscornus, souvent mal pavés et criblés de trous, qui serpentent à travers une des campagnes les plus luxuriantes que nous ayons jamais vues. Des champs soignés comme des pelouses de tous les tons de vert sont découpés par des murets de pierre brunâtre envahis de végétation. Ici poussent du maïs, des betteraves et autres légumes, là se dressent orangers et citronniers, et partout paissent de grasses vaches blanches et noires, autour de curieux édicules de tôle bleu clair.
«Ce sont les trayeuses, explique le guide. Le lait, la crème et le fromage sont une grosse industrie ici, et le climat doux et égal fait que les bestiaux passent leur vie au grand air, tout comme la machinerie de ferme. Quand le fermier vient matin et soir démarrer la génératrice qui alimente les machines, les vaches s'approchent et se mettent d'elles-mêmes en rang pour se faire traire, c'en est même rigolo!»
Après trois quarts d'heure de route sinueuse, tout en montées et redescentes souvent sous une voûte de verdure impénétrable, nous surplombons notre principale destination, le minuscule village de Sete Cidades, niché au creux d'une immense caldeira elle-même hérissée de sept plus petits cônes volcaniques, certains arides et d'autres abritant de ronds étangs sombres. Au centre, la curiosité majeure du lieu, deux jolis lacs séparés par un vieux pont de pierre... mais dont l'un est tout bleu, tandis que la surface de l'autre est d'un bel émeraude. Pourtant, tous deux partagent les mêmes eaux. L'explication légendaire est qu'elles proviennent des pleurs d'un couple d'amants séparés, elle aux yeux bleus, lui aux yeux verts. La réalité plus prosaïque est qu'un lac, peu profond, est tapissé d'algues vertes et entouré de collines abruptes à la végétation verdoyante qui s'y reflète, alors que l'autre, beaucoup plus creux, ne renvoie que la couleur du ciel.
Après avoir fait une partie du tour du cratère géant sur un étroit chemin bordé de deux précipices vertigineux qui donnent la frousse à Marie-José, nous descendons au rustique bistrot du village où, pour cinq euros tout compris, nous avons droit à une eau minérale, deux cafés, deux verres de porto et un bon brandy portugais. Tu parles d'un attrape-touristes! À Paris, New-York ou Londres, la seule bouteille d'eau aurait coûté ce prix-là.
Pendant la conversation entre le guide et le patron du café, j'apprends un petit bout de la mathématique des croisières. Pour une demi-journée d'excursion comme la nôtre, le service-client du navire charge à un couple 500 dollars US ou 450 euros. Il verse 200 euros à l'agence qui fournit la voiture, laquelle paie son chauffeur 80 euros. Si bien qu'en rémunérant notre guide 100 euros (la dame du tourisme local l'a contacté personnellement, sans passer par l'agence), il gagne en fait 20 euros de plus que si nous l'avions engagé par le bateau! Mais chut! Faut pas le dire...
L'autre beau côté de la chose est que, pour la première fois en deux semaines, je retrouve mon Azur de jadis avant sa chûte, la femme toujours de bonne humeur, curieuse et dynamique malgré une certaine fatigue. Et dire que la croisière s'achève...
Nous rentrons en ville, cette fois par la route principale, qui rejoint une autoroute achalandée en arrivant au bord de mer. Arrêt, qui devait être bref, dans un centre commercial pour acquérir quelques souvenirs. Je trouve sans peine le supermarché, en cinq minutes le rayon des vins et portos et celui des fromages (faut quand même tester les spécialités locales) et me présente à la caisse, derrière trois dames aux paniers peu garnis. La chance!
Tu parles! La première n'a pas trouvé exactement un produit qu'elle cherchait, il faut envoyer un commis l'échanger, et... non, c'est pas encore ça, retournez-y. Après trois aller-retours, elle découvre que son coupon-rabais n'est plus valable cette semaine, elle ne le prendra pas... et puis après tout oui. La seconde a une carte de crédit qui ne passe pas, elle doit farfouiller longuement dans son sac encombré pour trouver deux billets froissés et quelques pièces. La troisième paie par chèque, la banque refuse d'avaliser, on fait venir le gérant qui rappelle le banquier qui finit par céder après un pourparler prolongé et strident... Je sors de là épuisé et furieux après 43 minutes bien comptées à faire le pied-de-grue devant la caisse.
Sur un coup d'oeil à ma compagne, j'enjoins à regret le guide de passer outre à la visite de Ponta Delgada que nous nous étions promise. La ville en vaut pourtant la peine, avec son architecture à la portugaise de proprettes maisons souvent couvertes de tuiles vernies (toutes de gris et blanc,sans les couleurs vives de Lisbonne ou Portimao) et aux rues étroites et enchevêtrées pavées de pierres et de tuiles aux motifs géométriques frappants.
Mais tout compte fait, pour cette seule demi-journée, les Açores vont demeurer un des beaux souvenirs du voyage...


11 septembre 2017

Ballade en mer... houleuse

Arrivée cahoteuse ce midi à Helsingborg, Suède. Même protégée par un long brise-lames, la zone portuaire demeure agitée de vagues écumantes et balayée d'un fort vent. Nous accostons avec près de deux heures de retard (dû au traitement prioritaire accordé par les autorités à un cargo en difficulté) et une fois à quai, le 7-Seas Navigator demeure secoué par le ressac.
Il fait gris et pluvieux, et comme l'escale n'a rien d'exceptionnel (c'est surtout le point de jonction avec le voisin danois, Helsingbor, à 2-3 km par traversier), nous avons décidé de faire l'impasse sur les excursions du jour. D'ailleurs, depuis une bonne semaine, la croisière a pris pour nous des allures de longue ballade en mer, tout juste agrémentée de sorties rapides dans quelques ports.
À Reykjavik, Islande, un taxi d'une grande courtoisie mais à l'anglais rudimentaire (nous aurions dû choisir son collègue d'origine ghanéenne, beaucoup plus explicite) nous a fait faire un vaste tour de la ville, avec des arrêts au musée municipal, à l'immense mais austère cathédrale luthérienne de béton nu, à l'Althing, le «plus vieux parlement du monde», créé en 930, et dans un très joli parc, mais avec bien peu d'explications. J'en ai tout de même profité pour m'équiper d'un minimum de matériel de dessin (acrylique, feutres et aquarelle), qui me manquait cruellement. Trouvé pour Azur une paire de pantoufles de feutre brodées de bleu et blanc d'un confort luxurieux, je m'en veux de n'en avoir pas pris aussi pour moi.
Akureyri, le centre urbain le plus au nord du pays (tout près du cercle polaire), est une jolie petite ville de 18 000 habitants au climat assez tempéré, bien à l'abri au fond d'un fjord. Un centre-ville coquet doté de plusieurs bistrots et terrasses — chose assez rare en Islande — rayonne sur des rues assez abruptes dont les places et les trottoirs forment un extraordinaire musée en plein air de sculptures modernes de très bon niveau, où je me suis promené avec grand plaisir, seul (Azur n'était pas trop en forme) et en partie à pied.
Ballade à pied également à Torshavn, surprenante et avenante mini-«capitale» des Îles Féroé, un des trois «pays» du Royaume du Danemark. Le temps était doux, et la bière Okarra prise avec un demi-sandwich de viande de mouton sur une terrasse de vieille brasserie, excellente; d'ailleurs, nos barmen en ont fait provision sur le bateau, et plusieurs voyageurs l'ont aussitôt adoptée.
Les premières escales norvégiennes, Alesund et Bergen, que nous avions déjà visitées par le passé, étaient affectées d'un temps froid et incertain, peu propice aux sorties — nous nous sommes contentés de les contempler du haut du pont supérieur.
À Bergen, nous devions descendre à terre pour un souper de gala et un concert de piano à la résidence-musée du grand compositeur local Edvard Grieg, mais la brusque averse qui s'est abattue sur le port juste au moment de sortir nous a fait changer d'idée; dommage, car un compatriote de Gatineau qui s'y est rendu nous a dit que le concert avait été très bon et le repas succulent... et que le temps s'était amélioré pendant la soirée.
Tant pis, nous avons quand même dignement célébré le Xième anniversaire d'Azur par un souper au champagne de grande qualité au Compass Rose, la principale salle à dîner du bord. Je vous fais grâce du menu, ma soeur Marie dirait encore que c'est «à faire ch...».
Par contre, j'ai ensuite trouvé le tour de me perdre dans l'écheveau de rues tortueuses et pittoresques de Stavanger où se tenait une vigoureuse foire en plein air... et dans le fascinant dédale des étalages de Sostrene Grene, un immense bazar exotique d'accessoires et décorations domestiques qui mélange des productions artisanales locales élégantes et peu coûteuses avec des montagnes d'importations de tous les coins du monde. Je suis remonté à bord tout juste à temps pour le départ, complètement vidé par deux bonnes heures de marche.
Ce qui fait que la journée d'hier à Oslo, que nous connaissions déjà, en a été une de grand repos, autant pour cause de fatigue que d'averses brusques et violentes. Je regrette seulement de n'avoir pas pu retourner au Parc Vigeland, le quasi monstrueux chef d'oeuvre du plus grand sculpteur norvégien, qui y a semé des centaines de massives statues de granit et de bronze dépeignant pratiquement toutes les étapes et variétés de la vie et de l'expérience humaine. Nous y avions passé une bonne demi-journée à notre précédent passage, mais ce n'était pas assez pour moi.
Nous avons d'abord été soulagés de voir que le féroce ouragan Irma a dévié vers le nord, épargnant Martinique et Guadeloupe... puis atterrés des dégâts et des pertes de vie qu'il a causés à Saint-Martin, Saint-Barthélémy, Barbuda et maintenant en Floride. Décidément, la saison des tempêtes 2017 aura été une des plus dramatiques de l'histoire récente.

29 août 2017

C'est reparti

(Écrit dimanche matin) J'ai attendu quelques jours que la croisière se mette vraiment en marche pour en parler. Je profite donc du temps frais et gris ce matin au large de Paamiut, Groënland, pour me reprendre.
Nous avions raté le départ «officiel» à Montréal le 18 août pour un petit problème de santé. Heureusement, les effort combinés d'Évelyne, le médecin d'Azur, du pharmacien du rez-de-chaussée et surtout de notre agente de voyage Antonella, nous ont sauvé la mise, au prix d'une galopade assez épuisante.
En effet, il a fallu aller courir après notre paquebot, le 7-Seas Navigator de Regent Cruise Lines, pour le rattraper cinq jours plus tard au port de Saint-Jean, Terre-Neuve. Heureusement, le trajet en avion s'est bien passé, malgré la quantité de bagages à charrier (nous partions pour deux mois), et le temps à Terre-Neuve mercredi soir était étonnamment beau et doux.
Une fois installés au Newfoundland Sheraton — qui n'a rien à voir avec son homonyme édouardien que j'avais fréquenté dans les années 70-80 —, nous sommes ressortis sur Duckworth, une des deux rues qui longent le spectaculaire port de pêche, prendre un succulent souper de fruits de mer au Saltwater, un nouveau restaurant de qualité mais sans prétention, à la clientèle aussi jeune et animée que le personnel. Hélas, la fatigue et le manque d'appétit nous ont empêchés de faire honneur à des portions aussi gargantuesques que savoureuses de moules, de salade de crabe et de plateaux de coquillages variés. Pas de homard, malheureusement, la courte saison étant déjà terminée.
Au lever jeudi peu après 10 heures, notre fenêtre du 6e étage ouvrait sur un brillant soleil éclairant les activités du port où j'apercevais tout juste le nez blanc de notre navire. Un sympathique chauffeur de taxi marocain nous a baladés pendant une bonne demi-heure à travers le petit centre-ville coloré et sur les rives du havre tout en longueur, bordé de collines abruptes et protégé de la houle atlantique par un sévère goulot d'entrée serré entre deux caps.
J'ai depuis longtemps une attirance particulière pour le port de Saint-Jean, toujours grouillant de cargos et de chalutiers venus de tous les coins du monde, et ceinturé de bars et de bistrots bourrés de marins et de pêcheurs costauds parlant toutes les langues imaginables.
Pour finir, le taxi a grimpé Signal Hill et traversé le quartier typique de Battery, accroché au flanc d'un des promontoires qui gardent la sortie du port, pour s'arrêter à côté de la Tour Marconi, d'où en saison (juin et début juillet) on peut voir défiler à quelques kilomètres au large des troupeaux d'icebergs scintillants de toutes les tailles et de toutes les formes. C'est aussi de là que l'inventeur Marconi avait échangé les premiers signaux de radio sans fil avec l'Europe il y a une centaine d'années, inaugurant l'ère des communications modernes.
En début d'après-midi, nous nous sommes finalement embarqués sans trop de problèmes, et avons pu nous installer dans la mini-suite à balcon qui sera notre résidence jusqu'à la mi-octobre. Le Navigator est un petit paquebot qui prend moins de 500 passagers, mais dans un luxe impressionnant. Quatre restaurants, une demi-douzaine de bars dont un grand cabaret à spectacle, piscine, mini-casino, spa, boutiques...
Nous avons raté les premières escales, Québec, Saguenay, Charlottetown, sans trop de regret, sauf pour les îles françaises caillouteuses de Saint-Pierre et Miquelon, qu'Azur n'a jamais vues et où je n'ai pas remis les pieds depuis plus de 50 ans — et dont je ne garde pratiquement aucun souvenir, pour cause: j'étais avec deux copains chansonniers, aussi bohèmes que moi, et au premier bistrot que nous avons rencontré, nous avons découvert qu'un cognac pris au comptoir coûtait à peine la moitié du prix d'un café! Je vous laisse imaginer le reste du séjour.
Au coucher de soleil, le Navigator a appareillé, se glissant entre les deux lèvres escarpées et rocailleuses qui ferment le port pour mettre cap au nord, sur une mer grise et plutôt agitée qui allait nous secouer pendant deux jours et trois nuits.
C'est donc avec une plaisante surprise que dimanche matin, ouvrant les rideaux de la cabine, j'ai pu admirer la vue de Nuuk, «capitale» du Groënland, sous un clair soleil qui faisait miroiter une mer d'un calme plat, à peine égratignée par les sillages entrecroisés des nombreux speedboats et bateaux de pêche en goguette qui zigzaguaient au large de la côte.
Nuuk, avec ses 16 000 habitants, est à peine plus qu'un gros village de pêche dont les deux quartiers de petites maisons traditionnelles de toutes les couleurs sont bizarrement séparés par une douzaine de blocs d'habitation de béton gris reliés par des passerelles, qui font vaguement penser au style de Le Corbusier à son plus utilitairement austère. Derrière se dressent d'abord des collines dénudées, et un peu plus loin de spectaculaires pics tachetés de neiges éternelles.
Le passage probablement inhabituel d'un paquebot de luxe attise visiblement l'intérêt des habitants, un mélange de danois blonds et d'inuits sombres aux yeux bridés; la plupart des embarcations qui nous croisent ou nous longent ralentissent brusquement et leurs occupants nous fixent avec une curiosité marquée. Les plus insistants sont un groupe de kayakeurs (sans doute membres d'un club) qui passent un bon quart d'heure à tourner autour de nous, faisant ici et là quelques acrobaties pour attirer notre attention. Le tout dans un climat hospitalier et bon enfant.

28 mai 2007

Madrid et retour au Marin

Après quatre mois d'interruption, l'odyssée du Bum chromé reprend.
(Mi-mai 2007) Nous nous étions laissés à la mi-janvier, lorsque nous avions quitté à regret le catamaran amarré à son ponton du Marin pour rentrer en France. Ont suivi un mois et demi sans histoire à Montpellier, puis presque deux mois à Montréal, après un charmant intermède de deux semaines sur la Gran Via de Madrid, à l'hôtel De Las Letras. Il s'agit d'un nouveau 4-étoiles "boutique" niché dans un immeuble typique de la fin du XIXe, élégamment et intelligemment restauré, en plein centre de la ville. Pour donner une idée de l'esprit du lieu, il n'y a pas de tableaux ou de gravures: les murs sont décorés de citations littéraires (Cervantes, Calderon, Garcia Lorca, mais aussi Hemingway, Malraux, Montherlant et autres étrangers ayant écrit sur l'Espagne). Par exemple, face à la cage du bel ascenseur ancien (mais dysfonctionnel) de bois verni et cuivre rutilant près de la réception, on lit un texte d'un humoriste des années 30 intitulé "Méthode infaillible pour monter un escalier". De toute façon, hautement recommandé, d'autant plus que pour sa catégorie, l'hôtel offre de belles grandes chambres à des tarifs fort raisonnables... à moins que vous décidiez de vous payer une des six suites du dernier étage, avec terrasse et jaccuzzi extérieur donnant sur la Gran Via (voir photo)!
Sans compter quelques fort bonnes bouffes (ah! le cochon de lait à peau croustillante de la Meson Botin et le chevreau rôti du Café Gijon!), l'autre bonheur, encore plus grand, du séjour à Madrid a été la découverte d'un monument, mieux, d'un lieu de vie unique. Les "Royales déchaussées" ou Descalzas Reales sont un monastère de carmélites en plein coeur de la ville, qui se parcourt comme un fabuleux musée, mais surtout qui respire pratiquement au rythme de l'Espagne pieuse et austère de Philippe II. Une de la vingtaine de religieuses qui continuent d'habiter dans le cloître pilote une quinzaine de visiteurs à la fois à travers un étonnant labyrinthe datant en bonne partie de l'époque classique. Murs, escaliers et couloirs sont décorés d'oeuvres de maîtres, en particulier d'une série de gigantesques tapisseries flamandes sur des cartons de Raphaël qui recouvrent et réchauffent les murs du dortoir, mais aussi d'objets rococo souvent bizarres et biscornus, parfois même involontairement cocasses. Et l'on se sent magiquement transporté pendant près de deux heures dans un autre temps, un autre univers. À ne rater sous aucun prétexte.
En repartant de Montréal donc, nous avons pris l'avion pour les Antilles samedi dernier. On s'était juré de voyager léger, mais comme il fallait apporter une foule de "petits riens pour le bateau, qu'on ne trouvera pas là-bas", il a fallu payer 20 et quelques kilos d'excédent de poids... qu'il a aussi fallu charrier d'un avion à un autre, puisque le vol d'Air Canada s'arrêtait en Guadeloupe, d'où nous avons dû nous embarquer sur une navette d'Air Caraïbes pour la Martinique.
Ramenés à bord par le skipper Gérard après des retrouvailles émues à l'aéroport du Lamentin, nous nous sommes rapidement réacclimatés à la vie en marina. Nos voisins d'en face, les petits Nino et Lila de "L'Escampette", nous ont fait la fête, obligeant même Azur à danser un tango à trois sur le ponton, à l'ébahissement de leurs parents. Pour célébrer le retour, nous sommes allés dès le lendemain piquer une tête dans les eaux tièdes de la baie de Sainte-Anne, avant un ti-punch et une langouste grillée au Touloulou, bon resto en bord de plage. Dans l'intervalle, Sarkozy avait été élu Président de la République française, mais bon, rien n'est parfait dans ce bas monde.
Le Bum chromé est en excellent état, la poulie cassée du gennaker a été remplacée, les voiles remontées et le moteur défaillant réparé tant bien que mal et réinstallé. Il restait à récupérer nos affaires personnelles entreposées chez un copain du Marin, et nous avons pu reprendre la vie à bord. Comme souvent dans les marinas, la plupart des voisins avaient changé: en diagonale, au lieu du rondelet voilier de bois soigneusement gratté et reverni par ses proprios à la retraite, nous avons maintenant un fin monocoque de course-croisière habité par un couple de jeunes Italiens, et devant nous, un rutilant et énorme cata Privilège 61.5 de location à bord duquel ne se trouvent pour l'instant que le skipper et l'hôtesse, pas très causants.

07 février 2007

Débarquement au Marin

(17/12/2006) On s'était juré qu'en arrivant, on irait passer quelques jours dans le luxe à la Plantation Leyritz... mais on se trouvait si bien sur le bateau (force de l'habitude, sans doute) qu'on a décidé de demeurer à bord au moins pour le moment.
De toute façon, il y a pas mal de détails à régler, surtout après un aussi long périple: les formalités d'inscription à la marina, la location d'une place de ponton à long terme, l'examen du bateau et des équipements: voiles, gréement, radar (défectueux), etc. Les deux premiers jours, on assiste à un défilé d'experts... tous plus coûteux les uns que les autres. Bof.
De plus, nous avions compté sans le comité d'accueil. Dès le premier midi, la femme et les deux fils de Charles sont arrivés à bord en même temps que notre copain Raymond Marie (par qui nous avions connu le skipper) et le cousin Daniel, qui avait fait un bout avec nous de Belgique en Bretagne l'été dernier. Après la distribution des jambons "pata negra" amenés d'Espagne, ça tourne -- bien sûr -- en party au restaurant Ti-Toques, le meilleur du Marin – bien arrosé au champagne.
Puis c'est le tour de la mère et du frère (gigantesque) de Gérard, qui viennent visiter le bateau. Enfin, il faut communiquer avec la cousine Armande du Diamant pour régler les détails du réveillon de Noël que Marie-José a promis d'offrir à sa famille.
Le lendemain vendredi, nous nous réveillons avec le soleil, pour contempler un spectacle fascinant: une nuée de superbes aigrettes blanches quittent à tire-d'aile les bords de la mangrove où elles ont passé la nuit pour s'égailler dans toutes les directions. Féérique.
La suite est moins drôle. Il faut aller dédouaner le bateau à Fort-de-France, et là, on en apprend une bonne: pour garder le Bum chromé en permanence en Martinique, il faudrait payer un "octroi de mer" s'ajoutant à d'autres taxes, une bagatelle de plus de 50 000 €! Heureusement, un douanier compatissant nous indique qu'il existe une possibilité d'éviter cela: à creuser dans les plus brefs délais.
Au retour à la marina, nous rencontrons Pancho, patron de la boutique "Le Marin pêcheur", grand copain de notre vieux pirate d'ami franco-californien Jean-Marie Deschamps; échange de nouvelles et de promesses de se revoir.
Samedi et dimanche, rythme un peu plus relax: grand ménage à bord avec Cynthia, une jeune femme trouvée par Gérard, récupération de la valise d'effets qu'on avait laissée chez Charles (dont la femme Raphaëlle nous avait préparé un super dîner martiniquais pour l'occasion), flânage dans le bourg et Internet par WiFi au café Mango Bay de la marina.

08 janvier 2007

Fin de traversée

(14/12/2006) C'est en fin de soirée hier que nous avons enfin aperçu le feu du phare de l'Îlet Cabrit, premier jalon de notre entrée dans le cul-de-sac du Marin. Depuis quelques heures déjà, nous devinions à l'horizon les lueurs aussi bien de Sainte-Lucie au sud que de la côte martiniquaise au nord. Un peu plus de seize jours, c'est un temps plus que respectable pour une traversée qui ne cherchait à battre aucun record -- de fait, la plupart des voiliers participants à la course de l'ARC en sont encore à un jour et plus de leur destination, alors qu'ils avaient mis la voile un jour avant nous.
La fin du voyage s'est terminée fort paisiblement, la plus grande partie du temps à moteur sous un vent faible et parfois capricieux, accompagné d'averses occasionnelles plutôt rafraîchissantes. À cause d'une impatience croissante, le temps nous a paru anormalement long, seulement meublé de conversations à bâtons rompus et de la visite d'un couple de dauphins folâtres.
Enfin, peu avant 2h du matin, Gérard se faufile entre les sihouettes des nombreux voiliers mouillés dans la Baie de Sainte-Anne, non loin de l'entrée de la marina du Marin, et jette l'ancre dans un silence et un calme auxquels nous n'étions plus habitués depuis plus de deux semaines. "C'est trop tranquille, comment je vais faire pour dormir", remarque Azur... qui ne tarde pas à roupiller tout de même.
Au lever du soleil, je prends l'annexe avec Gérard pour une descente en règle sur la première boulangerie du bourg: "Des croissants et du pain frais, d'urgence!" réclamons-nous. Une heure plus tard, après avoir à peine balayé les miettes du petit déjeûner, nous entrons à la marina, point final d'une splendide aventure.

Douche et alizés


(7/12/2006) Enfin une bonne douche! Le vent s'est quelque peu calmé ce matin, mais de gros nuages à l'arrière annoncent un grain qui se pointe bientôt agrémenté d'une abondante averse d'eau presque chaude. Tout le monde sur le pont en maillot de bain, savon et éponge à la main. C'est plus agréable, et surtout plus efficace, que l'eau de mer dont nous avions tendance à nous contenter par mesure d'économie.
Depuis quatre jours, nous avons mis le cap directement à l'ouest pour profiter des alizés, enfin rejoints autour du 19e parallèle. Mais il faut naviguer "en ciseaux", c'est-à-dire une voile d'un côté, une de l'autre, une configuration pour laquelle le cata n'est pas vraiment fait. Cela rend le pilotage délicat, car au moindre changement dans la direction du vent, soit le génois, soit la grand-voile change de bord avec fracas, et il faut corriger d'urgence si on ne veut pas perdre le gros de notre vitesse et de notre élan. Aprés quelques essais, Gérard descend la grand-voile et adopte une formule peu orthodoxe: le génois d'un côté, le gennaker de l'autre, ce qui nous donne autant de vent et bien plus de stabilité. Nous continuerons à naviguer ainsi pendant plusieurs jours.
Il ne reste plus de pain frais et peu de fruits, à part quelques oranges, des pommes un peu ridées qui ne goûtent pas grand-chose et de savoureuses dattes nord-africaines dont nous regrettons de ne pas avoir fait plus ample provision à Tenerife. Par contre, grâce à l'imagination d'Azur et de Gérard, les menus demeurent succulents et variés: riz noir au fruits de mer, poivrons farcis, tortilla espagnole, poisson frais (pêché presque quotidiennement) à toutes les sauces, sans compter des entrées dont nous ne nous lassons pas d'un jambon jabugo qui semble s'améliorer de jour en jour, exposé au grand soleil et au grand vent sur son support dans le cockpit arrière. La seule véritable inquiétude alimentaire est la baisse des réserves d'eau, que Gérard surveille avec un soin jaloux. À son avis, si le voyage dure encore plus d'une semaine, il faudra penser à nous rationner.
Heureusement, de savants calculs et d'optimistes prévisions sur la météo nous convainquent qu'on arrivera à la Martinique au plus tard le 14 décembre. Charles, qui ne se sent pas bien depuis deux ou trois jours, commence à compter les heures qui le séparent d'un débarquement au Marin. Il s'est tapé une crise de foie, qui semble s'être muée en mal de mer. Une éventualité qu'il rejette avec fureur, lui qui, fils de pêcheur et pêcheur lui-même, n'a jamais connu cette maladie honteuse entre toutes pour un marin.
On décide que demain, nous changerons officiellement de fuseau horaire: depuis le départ des Canaries, nous en étions restés à l'heure de Greenwich, alors que le soleil prenait de plus en plus de retard sur nous. Il en est rendu à se lever vers les 9h30 et à se coucher vers les 9 heures du soir, ce qui nous déphase, et pas qu'un peu. Le plus logique serait de se mettre dès maintenant à l'heure de la Martinique, qui correspond à une heure près à celle de notre longitude actuelle. Ce que nous ferons dans la matinée.

Au large de la Barbade

(11/12/2006) Encore environ 400 milles marins à faire, mais ça risque de prendre plus de temps que prévu. Le vent est en train de nous lâcher, après deux semaines d'une remarquable constance. Au rythme des derniers jours, nous arriverions en moins de 48 heures... mais il ne faut plus y compter. Avec à peine 10-12 noeuds de brise légère, le Bum se traîne les pieds et pour la première fois depuis les Canaries, le moteur sert à autre chose qu'à alimenter les batteries.
De plus, à force de jouer les grands-voiles en ciseaux sous des vents de plus de 20 noeuds, le gennaker a arraché sa poulie de tête de mât et ne tient plus que par celle, moins solide, qui permet de manoeuvrer sa drisse. Il ne peut donc plus servir que par petit temps, et en prenant les plus grandes précautions.
Le côté positif de la chose, c'est que grâce aux vents vigoureux jusqu'ici, nous n'avons pratiquement pas dépensé de gasoil: même en tournant à plein régime jusqu'à l'arrivée, nous nous retrouverons au Marin avec des réservoirs plus qu'à moitié pleins.
Charles a fini par accepter que son malaise "ressemblait" à un mal de mer et Azur est parvenue à lui faire avaler deux comprimés de Biodramina, avec un résultat quasi magique. En 48 heures, il a retrouvé le plus gros de son énergie et de sa bonne humeur.
Gérard, pour sa part, est brusquement porté à une forte dérive mentale vers le sud et la Barbade, pour des raisons qui nous restent mystérieuses. Mais ses multiples allusions à l'opportunité d'une escale dans cette (sans doute) charmante île anglaise se heurtent à un veto obstiné autant d'Azur que de Charles, chacun pour des motifs qui lui sont propres. J'aime autant ne pas m'en mêler.

Apprentissage de l'Atlantique

(4/12/2006) Bonjour, les poissons volants! Ils sont une bonne demi-douzaine qui se sont échoués sur les trampolines de la proue pendant la nuit. Tous morts, et déjà en train de se déssécher, si bien qu'il n'y a rien d'autre à faire que de les rejeter à l'eau. Dommage. C'est délicieux frit, et paraît (dixit Azur) que ça fait un excellent blaff.
Depuis le départ, nous avons du vent pour faire de la voile, mais irrégulier. Ça change de direction entre le franc est et le nord-est, et de vitesse entre 10-12 et 25 noeuds. En quittant El Hierro, nous avons viré vers le sud pour tenter d'en profiter au maximum, c'est-à-dire, avec le type de gréement du Bum chromé, par trois-quarts arrière. Nous descendons donc cap au sud-ouest jusqu'aux environs du 20e parallèle, à la recherche des alizés.
Quelques ennuis d'équipement: les batteries ne se rechargent pas autant que souhaité, même si nous faisons tourner les moteurs de temps à autre et que les panneaux solaires sont bien éclairés; le radar fait des caprices, et le modem de l'Iridium refuse de se brancher sur Internet. Heureusement, la radio ondes-courtes de Gérard nous permet de capter la météo quotidienne de RFI, qui deviendra notre rite religieux quotidien tous les midis jusqu'en Martinique.
Comme la course transatlantique de l'ARC démarrait de Las Palmas (île des Canaries voisine de Tenerife) vers Sainte-Lucie (voisine de la Martinique) la veille de notre propre départ, nous nous attendions à côtoyer presque constamment quelques-uns des 270 voiliers de toutes tailles et de toutes formes qui avaient pris le départ. C'est le cas pendant les trois premiers jours, où nous croisons une bonne quinzaine de monocoques (surtout) et de catas, en particulier pendant la nuit -- ce qui, avec un radar plus ou moins fiable, nous cause de petits problèmes et oblige à des veilles particulièrement vigilantes.
Mais par la suite, la mer autour de nous se vide. Nous ne verrons plus qu'un cata Privilège anglais au nom inattendu de "Coco de mer" (souvenir des Seychelles) et un 51-pieds américain luxueux mais un peu plus lent que nous. Tous deux, curieusement, se montrent encore plus affamés de météo que nous. On aurait cru que des gens qui s'embarquent pour un trajet (qui plus est, une course) trans-océanique seraient plus prévoyants et mieux équipés à cet égard!
En attendant, la bonne pêche se poursuit, surtout des daurades qui se prennent parfois deux à la fois, une sur chacune des lignes. Mais les thons se font rares: ils sont peut-être trop costauds pour notre fil de nylon, au moins deux fois ils parviennent à casser la ligne et à s'échapper.
Sous les coups de boutoir d'un vent particulièrement déstabilisateur, le téléviseur ACL tombe et se pète la gueule sur un coin de marche de la coque babord. Tant pis pour nous qui avions oublié de le fixer. De toute manière, il y a un bout de temps que nous ne recevions plus aucun signal. L'iPod d'Azur et son kit de haut-parleurs Altec Lansing à batteries nous diffusent Brel, Brassens et Moustaki, ce qui compense amplement. Et un lunch de poisson frais frit avec pommes vapeur et bière espagnole achève de nous consoler.
Si l'Iridium refuse toujours de nous brancher sur Internet, il permet quand même de téléphoner aux parents et copains, ce dont nous ne nous privons pas (on avait acheté des centaines de minutes d'antennes, faut bien les dépenser!). Salut tout le monde, on est en plein milieu de l'Atlantique, à écouter nos musiques préférées en contemplant des vagues hautes comme des maisons de deux étages. Ça devrait les rassurer... s'ils ne nous prennent pas pour des vrais fous!

Merveilles des Canaries

(29/11/2006) Après quatre jous d'une escale enchanteresse, nous avons repris la mer hier midi.
Au matin de notre arrivée, nous sommes allés accomplir les formalités d'enregistrement. La préposée, semant partout autour d'elle de grands sourires, gérait trois clients en même temps avec un minimum de paperasse et de perte de temps. Un quart d'heure plus tard, toutes formalités remplies, nous sortons de la capitainerie avec les adresses de trois accastilleurs, un plan de la ville, une liste de restaurants et de supermarchés et les noms et les prix des deux meilleurs loueurs de voitures du quartier. Wow! Dans la plupart des autres marinas où nous avons accosté, nous serions encore en train d'attendre notre tour.
Gérard grimpe au mat dans sa chaise de calfat pour récupérer la poulie cassée, et nous montons en ville chercher un remplacement et faire provision, surtout, de pain frais. Le seul défaut de Tenerife est de ne pas offrir une seule laverie digne de ce nom. On se débrouillera avec les moyens du bord. Petite bouffe sur le pouce.
Samedi matin, nous louons une bagnole (Opel break) pour aller faire des courses au Carrefour géant non loin de la marina et explorer un peu les environs. Nous prenons un repas correct dans un resto de la rue Emilio Calzadilla, sauf Marie-José qui, sur les conseils que nous avait donnés avant le départ mon cousin grand voyageur Claude Aubin, commande des cigalas, sorte de croisement entre la crevette géante et l'écrevisse. Totalement succulent, nous en bavons d'envie -- surtout Gérard, qui a insisté pour prendre un steak dans un pays qui n'y connaît rien en viande.
Dimanche, probablement la plus belle journée de notre expédition après la mosquée de Cordoue, nous escaladons les contreforts du Teide à partir de Puerto de la Cruz, sur le flanc nord. Arrêt aux Magnolias, recommandés par Michelin (avec raison) comme le meilleur resto de l'île, avec en prime une réserve apparemment inépuisable d'un fabuleux "cava" catalan et une vue plongeante sur toute la côte. Puis l'Opel s'enfonce dans une cotonneuse brume de nuages gris et opaques... pour en ressortir 3-400 mètres plus haut sous un ciel d'un bleu parfait, au grand soleil.
Ébahis, nous nous arrêtons dans un tournant de la route pour contempler l'océan de nuages qui s'étend sous nos pieds jusqu'à l'infini. Vision magique, qui le sera plus encore quand nous redescendrons en fin de journée par le sud-ouest, et que la surface moutonneuse sera peinte de jaunes, de roses et d'orangés par les rayons du soleil couchant!
En approchant les 2500 mètres d'altitude, la route sinueuse quitte une forêt de pins et de sapins pour s'engager dans un mini-désert qui ressemble au Colorado ou à l'Arizona: barrières de rocs nus de toutes les couleurs, étendues de sables ocres, cactus, squelettes de grandes fleurs qui se dressent à près de deux mètres au-dessus des cailloux, et plus loin et plus haut, jaune grisâtre et sculptural, le pic du Teide nous domine de ses 3700 et quelques mètres. Lorsque le jour (et le froid, à cette hauteur) tombe, nous redescendons à regret vers la marina.
Lundi matin, les réparations étant terminées et les provisions complétées, nous rendons la voiture en un temps record: "Vous avez les clefs? Merci. La voiture est dans le parking? Parfait. Bon voyage."; dans le même esprit, nous effectuons les dernières formalités de départ. Même les flics sont sympa! Ils acceptent sans un mot le formulaire à moitié rempli que nous leur remettons ("OK, c'est pas grave, je compléterai moi-même")... et nous en remettent une photocopie, avec comme explication: "Vous montrerez ça aux collègues des Antilles s'ils vous cherchent des problèmes, ils sont plus chichiteux que nous." Ça, comme dit Gérard, c'est extra-sûr. Faudrait envoyer nos copains martiniquais qui s'occupent des touristes faire un stage par ici!
Le seul détail qui reste à régler, c'est si Azur va continuer le voyage avec nous. Au départ de Belgique, tout le monde aurait parié contre. Au retour à Huelva, nous mettions les chances à cinquante-cinquante. Mais bien avant l'arrivée aux Canaries, sa décision était déjà prise et nous la communiquer n'était plus, de fait, qu'une formalité. "Ça passe ou ça casse", déclare-t-elle, "Hélène, je t'emmène!" Pour ceux qui ne sont pas de la famille, un mot d'explication: Hélène, c'est la belle-soeur bien-aimée, disparue trop tôt en lui léguant un bracelet, qu'elle emporte en souvenir dans tous nos voyages. En avant toutes, donc.
Après avoir fait le plein de gasoil à la pompe voisine de Radazul, nous mettons les voiles par bon vent, et choisissons de longer les autres îles des Canaries plutôt que de piquer vers le sud comme le recommandent les guides de navigation. C'est donc finalement mardi matin au large d'El Hierro, au lever de soleil, que nous disons adieu à cet archipel béni, non sans un certain regret. Ce n'est qu'un au-revoir, sans doute.

Aux Canaries sur une mer de lumière


(24/11/2006) Trop beau temps pour les deux premiers jours de mer. On ne peut faire que du moteur le long des côtes du Maroc. Seule consolation, les lignes de pêche à la traîne qui étaient restées muettes jusqu'ici se mettent à siffler. Dès le premier jour, nous attrapons une bonite et un thon, pas gros mais respectable, et deux chatoyantes daurades le lendemain. Délicieux repas de poisson frais, en plus de deux pots de marinade de thon à l'huile, recette secrète de Gérard.
Véritable ballet offert par une cinquantaine de dauphins d'une espèce différente de celle que nous voyions en Espagne: ils ont le ventre clair mais tacheté, et le dos brun presque chocolat noir. Ils viennent frôler les flancs du cata, certains même se glissent entre les deux coques pour ressortir par l'autre bout.
Mardi, le vent se lève en furieuses rafales et nous hissons les voiles. En mettant le nez dehors le lendemain matin, Gérard découvre que la grand-voile a disparu! Mystère bientôt éclairci: la poulie en tête de mât qui tenait la drisse a dû péter pendant la nuit, et la voile est descendue se cacher à l'intérieur de son sac le long de la bôme! Moi, qui étais de garde, n'ai rien entendu... ce qui permet aux autres de bien rigoler à mes dépens. Et puis après? On fera avec le gennaker et le génois.
Dès jeudi midi, on aperçoit le pic du Teide, sommet des Canaries et amer incontournable de Tenerife, notre prochaine escale. Mais les apparences sont trompeuses et malgré un bon vent, il nous faudra jusqu'au coucher de soleil pour nous approcher de la première des "Îles fortunées". Pendant que nous longeons le nord de l'île en route vers la marina de Santa Cruz, la mer s'illumine de centaines et de milliers de petits poissons phosphorescents: nous avons l'impression de naviguer sur des vagues de lumière!
Il est finalement près de minuit quand nous accostons, avec l'aide d'un jeune gardien de nuit aussi charmant (et polyglotte) que serviable. Il n'est que le premier d'une succession ininterrompue de Canariens aimables et efficaces, un trait de caractère national que nous pourrons apprécier pendant tout notre séjour.

Départ de Mazagon

(19/11/2006) Voilà, c'est reparti.
Le 13 novembre, nous nous sommes retrouvés à Orly, en provenance de Montréal; arrivé en même temps de Fort-de-France, Charles nous y attendait assis sur son bagage, pour prendre avec nous un navette particulièrement surchargée vers Séville. Deux heures plus tard, nous étions sur la route de Huelva dans une Hyundai de location pilotée par Gérard.
Deux jours au paisible et bucolique parador de Mazagon pour récupérer du décalage horaire (et bouffer d'appétissantes gastronomies locales), et nous faisons les cent pas devant la porte de l'hôtel en attendant la voiture de Gérard, tandis qu'un joli minet tigré surveille nos bagages. Quoi, vous n'avez jamais entendu parler d'un chat de garde? Voir photo à l'appui.
Mazagon n'a pas trop changé (si, le comptoir de churros et amandes grillées est fermé, trois fois hélas), le bateau non plus. Nous réintégrons nos pénates et passons quelques jours à tout remettre en ordre à bord: pendant notre absence, Pepe de la Luz et compagnie n'ont pas fait grand chose!
En profitons pour fraterniser avec René et Jeannine, un couple de Belges qui, sans la moindre expérience préalable, ont acheté un voilier d'une trentaine de pieds au nom prédestiné, le "Mañana", à bord duquel ils vivent à quai ici, quand ils ne vont pas se balader en Méditerranée. Avec eux, nous dégustons une admirable paëlla commandée au restaurant Europa de Mazagon, accompagnée d'un rosé pétillant joyeux et frais, spécialité de la région.
Le vendredi, en prévision du départ imminent, nous allons au Corte Inglès et au Carrefour de Huelva refaire des provisions. Puisque le jambon pata negra initial s'est retrouvé à Montpellier, où il ne perd rien pour attendre, faites-moi confiance, il faut bien le remplacer. LE? Les, plutôt. Car il en faut un pour le bateau (avec le support approprié), un pour la fête de la Noël en Martinique, un pour la famille de Charles, un pour celle de Gérard et un ou deux pour les cousins d'Azur. Donc, passage obligé à la Meson del Jamon, déjà repérée par notre astucieux -- et gourmand -- skipper.
Encore un peu, nous serons accusés de contrebande de pattes de cochon, crime d'autant plus grave qu'un des derniers numéros de l'Express annonce en grande pompe l'ouverture dans le 16e à Paris (enfin!) d'un temple du jabugo, défini comme (devinez?) "le meilleur jambon du monde".
C'est donc lestés d'une bonne cinquantaine de kilos de porcin plus ou moins fumé que nous avons repris la mer hier; j'imagine que Christophe Colomb, partant presque exactement du même point, avec quelque cent bouches de plus à nourrir, n'était pas mieux approvisionné. Et il ne savait sans doute pas plus que nous à quoi s'attendre.

Intermède vide

(15/11/2006 - long entracte québéco-montpelliérain, sur lequel il n'y a rien à raconter)

Ayamonte et Mazagon

(2/08/2006) Barbate aura été une des rares déceptions du voyage. Le somnolent village sardinier d'antan s'est mué en une grouillante marina à la mode, bien équipée mais tapageuse et sans personnalité particulière. Nous y avons passé la soirée au balcon du Yacht Club (plutôt sympa tout de même), pour en repartir à la première heure le matin suivant.
Retour vers Huelva, que nous dépassons pour mettre l'ancre vers une des plus charmantes surprises de toute l'expédition, la petite ville frontière d'Ayamonte, où la marina se trouve en plein coeur d'un bourg à la fois vivant, relax, typique et accueillant! Bonnes petites bouffes -- en particulier les freiduras (morceaux de poissons et de fruits de mer légèrement frits), et acquisition d'un fabuleux "pata negra" de Jabugo, village voisin célèbre pour ce produit qui se définit modestement comme "le meilleur jambon du monde", sans que personne d'ailleurs n'ose trop protester, même à Bayonne et à Parme.
Nous décidons de laisser le Bum en gardiennage à Mazagon jusqu'à notre retour en novembre: la Grande-Motte était bien tentante, mais ça voulait dire une semaine de plus pour s'y rendre, et surtout une autre semaine pour revenir au point de départ à l'automne, avant de se mettre en route vers les Canaries et les Antilles. D'autant plus qu'avec Pepe de la Luz en charge de la surveillance, rien à craindre, hein?

De Lisbonne à Pepe de la Luz

(26 juillet 2006) Et la saga du Bum chromé se poursuit.
A la fin du dernier épisode, nos intrépides héros se retrouvaient en rade de Cascais, près de Lisbonne, où Marie et Jean décidaient de quitter le bord, cédant aux charmes cachés du Portugal.
Le Bum chromé devait ensuite reprendre la mer pour Portimao, Algarve, dont j'avais gardé un souvenir impérissable lors de ma première et unique visite, en 1984, en compagnie de mon cousin Claude Aubin et du grand syndicaliste et écrivain Pierre Vadeboncoeur.
Mais le sort et les vents -- ou plutôt leur absence -- en ont décidé autrement: notre valeureux cata a dû poursuivre sa route en pout-poutant tant bien que mal jusqu'à Huelva (Andalousie, tout près de Palos d'où était parti Christophe Colomb), dans le voisinage de laquelle se trouve une base du constructeur de notre nef, Lagoon. Comme les mécaniciens et autres spécialistes nous ont annoncé qu'ils en avaient pour au moins quatre ou cinq jours à lui fouiller les entrailles, il a été décidé d'explorer les régions environnantes.
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Dans l'intervalle, en l'honneur du plus vaillant de nos travailleurs de la marina de Mazagon, près de Huelva, nous avons écrit:

La grande complainte de Pepe de la Luz
(à chanter sur un air de flamenco)

Qui c'est qui traîne sur le tas
On croit qu'il trime comme douze
Mais y'a jamais de résultat?
Pepe de la Luz, Pepe de la Luz
C'est notre ami de Mazagon
L'Andalou dont le nom résonne
Pepe de la Luz

Qui promet de venir à temps
À midi à l'heure andalouse:
Demain soir encore on l'attend!
Pepe de la Luz, Pepe de la Luz
C'est notre ami de Mazagon
L'Andalou dont le nom résonne
Pepe de la Luz

Qui grimpe au mât comme un héros,
Mais redescend sitôt qu'ça bouge
En disant: "Tout va bien là-haut!"
Pepe de la Luz, Pepe de la Luz
C'est notre ami de Mazagon
L'Andalou dont le nom résonne
Pepe de la Luz

Qui zyeute les filles sur la plage
Mais faut pas penser qu'il les "cruise":
Il a peur de se mettre en nage!
Pepe de la Luz, Pepe de la Luz
C'est notre ami de Mazagon
L'Andalou dont le nom résonne
Pepe de la Luz

Qui a fait tous les océans
Comme Monsieur de la Pérouse?
Chut! Il repose maintenant...
Pepe de la Luz, Pepe de la Luz
C'est notre ami de Mazagon
L'Andalou dont le nom résonne
Pepe de la Luz

Qui donc, quand il trépassera
Bien enterré sous sa pelouse,
Personne ne s'en apercevra?
Pepe de la Luz, Pepe de la Luz
C'est notre ami de Mazagon
L'Andalou dont le nom résonne
Pepe de la Luz
Pepe de la Luz
Pepe de la Luz

Lisbonne et Cascais


(20 juillet 2006) Comme on nous a avertis que la saison des tempêtes commence maintenant tôt dans la zone des alizés (grand merci à George W. et au réchauffement de la planète), plus question de traverser l'Atlantique cet été. Il va falloir nous résoudre à traîner dans des coins aussi désagréables que Séville, Cadix, Valence, Minorque ou Barcelone -- on va quand même essayer d'éviter Drummondville et Saint-Ouen, y'a une limite à tout! Avec possible remisage du "Bum chromé" soit en Andalousie, soit du côté de Sète ou la Grande Motte (because proximité de notre petit home de Montpellier) jusqu'en novembre. La désolation totale, quoi.
Et comme si ça ne suffisait pas, nous perdons nos passagers. Après Daniel à Brest, Marie et Jean, coincés entre la nécessité de rentrer un jour à Montréal (fin de vacances) et l'emprise des charmes du Portugal, nous quittent à Cascais mais continuent à vagabonder dans le pays pendant 5-6 jours. Et le dernier survivant, Charles Larcher, rentrera en Martinique depuis Huelva la semaine prochaine.
Hier soir, on a dignement (et quelque peu bruyamment) fêté la réussite au bacc français de la fille de notre matelot Marco. Au lieu de gueuler, notre Anglais de voisin (capitaine d'un "Grand Banks" trimoteur de 1973 requinqué) est venu trinquer, et les Robinsons Suisses d'en face (habitants d'un voilier monocoque de 41 pieds gréé spécialement pour le tour du monde) se sont joints à nous, contribuant une bouteille... de rhum martiniquais: Rafi, Cathi (tous deux médecins du Valais), leur fils de 17 ans et leur fille de 15 ans. Ce qui avait débuté au champagne et au "cava" catalan s'est terminé au planteur antillais et au conhac portugais. Heureusement, le mal de tête de ce matin s'est dissipé avant que je me remette à écrire.
J'ai aussi fait la conaissance (trop rapide, hélas) d'un duo de pick-pockets lisboètes qui, dans un tramway brinqueballant et plutôt surchargé d'Alfama, m'ont soulagé d'un portefeuille bien trop lourd. Ils me l'ont rendu, par l'intermédiaire d'une boîte à lettres et de l'escouade "tourisme" de la police locale, allégé d'une centaine d'euros et de trois cartes de crédit (dont ils n'ont pas réussi à profiter), mais toujours rempli des clés du bateau, de mes papiers d'identité et de mon carnet d'adresses. Comme quoi les voleurs portugais sont habiles, peu astucieux et civilisés à la fois. Je dois donc attendre ici des cartes de remplacement pour que nous puissions reprendre la mer, mais ça aurait pu être bien pire.
Et puis après, comme disait je ne sais plus qui de célèbre, tant qu'on a la santé...

Espagne et Portugal

(Mi-juillet 2006) Quelques épreuves et tribulations (ainsi que diverses réjouissances) nous ont affectés peu après le départ de Brest. Surtout, un problème de moteur intempestif nous empêche de piquer en pleine mer pour les Canaries; nous devons nous résoudre (ô combien péniblement) à flâner le long des côtes espagnoles et portugaises jusqu'à Huelva (Andalousie atlantique), où nous attendent les réparateurs de Lagoon et de Volvo.
Imaginez qu'après avoir folâtré avec quelques tribus de dauphins au large des Asturies, nous avons été forcés de faire escale cinq jours au fond de la ria de Vigo (découverte d'un fabuleux boui-boui familial qui sert la meilleure pieuvre et les meilleurs calamars "in the world" arrosés d'un petit blanc-pays pour moins de 10 euros par personne, tout compris -- nous y sommes retournés deux fois) avec détour vers Compostelle où nous récupérons le cousin Charles qui remplacera Daniel. Suivent deux jours à Porto (renouvellement de la cave à vins et bouffe de bacalao et autres jambons serrano) et, pire encore, cinq ou six jours à Cascais (banlieue de Lisbonne, sardines grillées, agneau rôti, bairrada 1983 et vinho verde 2005). Visite, qui correspond à mes souvenirs d'il y a vingt ans, du superbe monastère des hieronimos près de la Tour de Bélem. Excursion à Sintra, dont le Palacio de Pena remplit bien ses promesses d'être l'édifice le plus baroque et un des plus somptueux au monde -- Disney peut aller se rhabiller. Cela compense pour un pénible souper-spectacle de fado dans le Bairro Alto, où tout ce qu'il y avait d'authentique était l'âge des musiciens!
En mer, depuis la traversée du Golfe de Gascogne dans un décevant calme plat ("pétole", disent nos deux marins), nous avons eu de bons vents, de l'ordre des 15-25 noeuds; donc, beaucoup de voile, à des vitesses avoisinant les 8-10 noeuds, et même des pointes à 19 lors de rafales intempestives au large de Nazaré.

Tonnerre de Brest


(Début juillet 2006) Du côté de Cherbourg ("avait raison", ajoute la chanson), la mer se calme et nous nous faufilons sans dégâts dans le dédale d'îles, de récifs et de courants d'Ouessant pour entrer à Brest en pleine nuit -- merci Raymarine et le GPS, dit le skipper. C'est notre première escale dans une marina, expérience plutôt agréable, d'autant plus que les documents de Lagoon et la sympathie de l'agent des Affaires maritimes sont au rendez-vous pour nous mettre en règle. Ouf!
Ma soeur Marie et son compagnon Jean nous rejoignent, Daniel décide qu'il en a assez vu de ce côté-ci de l'Atlantique, et qu'il s'ennuie de son versant caraïbe. Il reprendra l'avion demain.
Le premier repas, dans un vieux bateau transformé en piège à touristes à côté de la marina, n'est pas un succès, mais Marie a découvert beaucoup mieux (la Maison de l'Océan, ça s'appelle) du côté du port, et nous y dégustons le lendemain un plantureux plateau de fruits de mer, avant de reprendre la route vers l'Espagne.

Mer du Nord


(Fin juin 2006) Passons par-dessus la période plutôt ennuyeuse mais essentielle des préparatifs, et venons-en aux faits. Après quelques embrouillamini administratifs, il a fallu que la mer fasse des siennes dès le départ.
L'enregistrement et la francisation du Bum chromé (autrefois nommé Axell et belge - flamand - de nationalité) s'étaient faits sans douleur dans un premier tenps à la douane de Dunkerque, grâce à un vieux douanier barbu, style pêcheur breton, qui ne voulait rien savoir des paperasseries et des complications. Il a même eu la gentillesse de nous appeler dans le bistrot du port où nous dégustions un bon waterzooi, pour nous dire que son guichet était réouvert.
Hélas, sa collègue des Affaires maritimes n'était pas de la même trempe; elle a failli nous empêcher de partir parce que le certificat de conformité de Lagoon n'avait pas été écrit sur un formulaire original mais sur une photocopie. "Je ne vois pas la bande tricolore, c'est pas bon", répétait-elle face à chacun de nos arguments, de nos objections. "Il faut absolument qu'il y ait du bleu-blanc-rouge!" De quoi nous faire prendre le tricolore en grippe "forever". Retour au douanier, qui nous conseille: "Bof, partez quand même, mais appelez les AM de Brest (notre prochaine escale) pour les avertir qu'il vous manque un tampon"...
Nous voguons donc vers la Bretagne en toute illégalité. Comme pour nous punir, la Mer du Nord et la Manche au large du Cap Gris-Nez nous garrochent un vent de face de 25-30 noeuds avec une houle à tout casser... ou du moins à tout secouer. Azur, moi et le cousin Daniel nous bourrons de pilules anti mal-de-mer et nous réfugions honteusement dans les cabines, tandis que le skipper Gérard et son acolyte Marco se les gèlent sur le skybridge!
Impossible même de faire la veille au chaud à la table à cartes du carré, puisque le logiciel de l'ordi refuse de communiquer avec le lecteur de cartes Raymarine du poste de pilotage. Je découvrirai plus tard que nos copains de ShipShop (Nieuwpoort) ont brillamment connecté les deux avec un fil ethernet droit au lieu d'un câble croisé, erreur de débutant que même moi je ne commets plus.

Point de départ

(Juin 2006)
Grand récit de l'expédition
du catamaran Le Bum chromé
à travers la Mer Océane
en l'an de grâce 2006.