24 juillet 2024

Une élection pas comme les autres

Avec un peu de retard causé par l'agréable distraction d'un détour par la Martinique, une réflexion en deux temps sur la dernière péripétie électorale hexagonale, inspirée par une intéressante analyse d’expert qui m’avait été transmise par mon ami Yves Loiseau:

Après le 1er tour

  1. Ce ne sont pas les campagnes électorales (même écourtées) qui déçoivent, c’est tout un système construit sur une base élitiste qui ne donne aucune chance au peuple de vraiment s’exprimer.
  2. Le genre de coalition de dernière minute que représente le «front républicain» CONTRE qqn et non POUR un projet n’est qu’un pis-aller condamné à échouer… ou à éclater en pièces même s’il semble réussir. C’est la raison pour laquelle dès le départ je suggérais une approche de reconstruction de la gauche à moyen terme avec comme objectif plus réaliste le double scrutin de 2027.
  3. Le macronisme était déjà mort avant ce scrutin, c’était un cadavre ambulant digne des meilleurs films d’horreur, depuis le désastre de la «réforme des retraites». Ceci ne fait que de graver les détails sur la pierre tombale. Quant au «bloc central» dont on fait si grand cas, ce n’est toujours qu’une sorte de parking temporaire pour ceux qui ne savent plus où aller: par définition, il ne peut avoir ni véritable direction, ni programme cohérent, donc: dynamisme = 0. Droite ou Gauche finiront toujours par lui passer sur le corps en route vers soit un passé nostalgique, soit un avenir prometteur!
  4. Il est vrai que les dissolutions, comme toutes les situations troubles, sont plus ouvertes au changement que les scrutins «normaux». Mais cela implique qu’il existe au moins une force efficace et cohérente capable d’en profiter… et hélas, la seule chose qui ressemble à ça dans les circonstances, c’est le duo Le Pen-Bardella! 
  5. L’idée d’une assemblée constituante avancée par certains penseurs est séduisante… mais encore fallait-il qu’elle se voie proposer un projet de véritable reconstruction démocratique, non pas de simples rafistolages! Quant aux Gilets jaunes, mon constat après coup est qu’ils adressaient autant leurs reproches - bien justifiés - à la Gauche qu’à la Droite, mais que les progressistes n’ont pas voulu ou osé le comprendre.
  6. La probabilité d’une révolte populaire advenant une domination du RN au 2e tour est réelle, mais le système ne prévoit aucune façon d’y répondre utilement ou même pacifiquement - surtout après la tragi-comédie du cri d’alarme citoyen que constituait le référendum sur l’UE de 2005, dédaigneusement jeté à la poubelle par les élus, toutes idéologies confondues! Comme le note l’auteur de l'analyse, l’histoire n’a comme réponse que des images de barricades et de bains de sang…

Après le 2e tour

• La scission du Parlement français en trois blocs virtuellement égaux est un résultat prometteur mais dangereux. Il montre que le «plafond de verre» contre l’extrême-droite existe toujours, mais fragilisé. Il pousse aussi la gauche, en légère avance sur le centre et la droite, vers la tentation presque irrésistible de vouloir gouverner avant d’y être prête et donc de nuire à ses chances pour 2027.

• C’est aussi la démonstration des dommages probablement irréparables au système gaullien de la 5e République, dramatiquement aggravés par Macron mais existants déjà depuis Sarkozy et le passage mal réalisé du septennat au quinquennat. Il est clair qu’il n’y a aucune possibilité de coalition majoritaire  qui ne soit suicidaire pour chacun de ses membres… et que sans une telle alliance contre nature, et sans un Président dont l’autorité est jugée légitime par la classe politique et par les électeurs, est le pays est pratiquement ingouvernable.

• Enfin, le résultat indique fortement que les simples citoyens ne se sentent plus tributaires des «partis de gouvernement» et de leurs consignes – de toute façon sans pertinence depuis 2017 – et donc qu’ils sont (probablement sans en être vraiment conscients) prêts à assumer directement une partie ou la totalité du pouvoir décisionnel, ce dont doit tenir compte tout projet de «6e République», d’où qu’il vienne.