18 janvier 2025

Tournant d’année sur les chapeaux de roue

 Le lendemain du coup de vague à l’âme ressenti à la mort de ma vieille connaissance Jimmy Carter, ma sœur Marie et Jean sont venus m’apporter le réconfort d’un réveillon anticipé: délicieuses huîtres charnues sur un lit de glace qu’ils avaient apportées d’un bon poissonnier, suivies de somptueuses pâtes noires au homard que j’ai fait venir de Pizza Gusto, le tout avec un champagne millésimé et un excellent cava catalan. Pour finir avec de bons fromages et un fondant gâteau de mousse au chocolat, coiffés d’un espresso et d’une grappa Cleopatra. 

Le Jour de l’An a été plutôt calme, mais ponctué d’échanges chaleureux de voeux avec les parents et amis d’ici et d’ailleurs: France, Baléares, Roumanie, Belgique, Washington, Californie, Martinique, Colombie, Brésil… les heureuses séquelles de notre passé d’incorrigibles vagabonds!

Quelques jours plus tard, après une gourmande escapade moules-frites (sauce madagascar) à l’Académie d'Anjou, une bonne nouvelle côté santé: je serai enfin opéré à la hanche droite à la fin du mois! Coup sur coup, mon neveu Vincent m’avise de garder libre la soirée du samedi prochain, pour une surprise qu’il refuse de dévoiler. En milieu de semaine, un appel de l’équipe d’EDU («En Direct de l’Univers» à Radio-Canada) m’éclaire un peu. 

Samedi 11 janvier, l’ex-confrère Michel Lacombe m’appelle pour me convier à une conviviale après-midi de football américain chez lui le lendemain, que je suis bien obligé de refuser – je me doute bien que je ne serai pas en forme après la nuit qui vient. Une fois en route vers un studio de télé dans un coin perdu non loin de la Cité du Havre, je m’offre un caprice-souvenir du bon vieux temps: je me rappelle que le restaurant Devi de la rue Crescent, juste en face de la ruelle nommée pour notre vieux copain et complice Nick Auf Der Maur, offre un des meilleurs agneaux korma en ville, que je vais déguster à la va-vite avec une bonne bière indienne un peu amère.

J’arrive donc aux studios tout juste à temps pour prendre place à côté de ma soeur Marie sur une banquette inconfortable, face au plateau tournant où s’amène en boitillant mon neveu-vedette (qui vient d’être opéré, lui aussi de la hanche) pour une heure de charme absolu. C’est à la fois un impressionnant hommage de ses collègues à sa carrière de comédien –de Séraphin à Dumas–, un panorama d’une musique pop contemporaine dont je me rends compte que je la connais peu, et une surprenante et attachante fête de famille grâce à une série de numéros offerts par sa soeur Geneviève (ramenée en cachette d’Europe pour l’occasion), par sa compagne Mélanie («La Vie en rose» chantée avec une émotion à fleur de peau), par sa tante Marie à la guitare (le prenant «De la main gauche» qu’elle avait aussi interprété aux funérailles de ma belle-sœur Hélène), par mon frère Antoine qui, en vrai papa-gâteau, avait paraphrasé en son honneur la «Ballade des gens heureux» de Lenormand, enfin par un «feu de camp» réunissant ses copains d’adolescence du camp de vacances de Nominingue…

Le hic, c’est que malgré la gentillesse et la débrouillardise de l’animatrice France Beaudoin, la lourdeur complexe de l’appareil technique moderne d’une télédiffusion en direct non seulement rendait assez difficile de suivre ce qui se passait en scène, mais me rappelait vivement les raisons pour lesquelles j’avais jadis délaissé la télévision pour retourner à la presse écrite!

Mais ce n’était pas fini. Après un chaotique  mais sympathique cocktail en coulisses une fois les caméras éteintes, tout le monde ou presque a déménagé dans un bar irlandais branché de Verdun, le Trèfle, où la fête s’est prolongée aux petites heures. J’ai eu la plaisante surprise d’y croiser une de mes rares authentiques idoles, le chef d’orchestre Nézet-Séguin, une séduisante comédienne ancienne élève de mon amie Sonia del Rio, Tanya Henry, et un costaud comédien (dont j’oublie le nom) qui avait travaillé sur scène avec un autre brillant ami de la belle époque, Paul Hébert.

J’avais à peine eu le temps de récupérer (l’âge n’aidant pas du tout!) que je devais repartir de chez moi mercredi pour un de ces délicieux lunchs intimes qu’adore organiser (et cuisiner) mon ami Claude Normand, cette fois à la québécoise: fèves au lard et rôti de porc. Nous n’étions que cinq, mais les échanges avec le peintre Jacques Léveillé et sa charmante Marilyn sont toujours pétillants, d’autant plus que l’ajout d’une très vive et amusante Huguette-Isabelle (que je n’avais que croisée aux funérailles de Sonia il y a un an) y mettait une dose d’imprévu.

Pas besoin de dire que depuis, je ne fonctionne qu’au ralenti, attristé en plus par la disparition d’un autre «vieux de la vieille» qui avait fait partie de la bande de mes amis chansonniers avant de s’illustrer comme auteur-compositeur au service de grands interprètes, Stéphane Venne…