Il reste moins d’une semaine jusqu’à une élection américaine qui risque d’avoir des effets nocifs sur l’ensemble de la planète. Clairement remise en cause est la validité d’une «démocratie» dont, à tort ou à raison, les États-Unis sont considérés un des trois pays fondateurs (avec la Grande-Bretagne de la Magna Carta et la France de la Prise de la Bastille), probablement son promoteur le plus important et le plus constant dans son parcours.
Si j’étais Américain, je n’aurais pas d’autre choix que de choisir le camp Démocrate, le plus respectueux des idéaux de ce système, le plus étranger aux pulsions dictatoriales qui motivent Donald Trump et le MAGA; pas d’autre choix que de taire des réserves que le contexte justifie pourtant. Mais en tant que voisin sans pouvoir d’intervention dans le scrutin (même celui, microscopique, d’un bulletin de vote), j’ai le luxe de pouvoir jeter sur ce qui se passe un regard plus critique, inspiré par des considérations à plus long terme. Un luxe qui me fait considérer comme un devoir, en tant que citoyen de la planète et bénéficiaire de près de quatre générations d’expérience, de faire part des profondes inquiétudes que la situation m’inspire.
En premier lieu, le seul fait que le résultat anticipé soit chaudement contesté et relativement incertain doit être perçu comme un signal d’alarme dans tous les autres États qui se prétendent démocratiques. Un signal qui s’ajoute à ceux déjà émis en moins d’une décennie par les deux autres «ancêtres» du régime: le Brexit britannique provoqué par l’hubris des dirigeants des grands partis, la faillite des «partis de gouvernement» et le chaos résultant en France. Ce sont les trois piliers historiques de la formule dominante du «pouvoir du peuple» exercé par des élites élues qui s’avèrent d’une navrante fragilité. Je trouve plus que risqué, irresponsable, de considérer comme une simple coïncidence que dans les trois cas, le principe même d’une alternance pacifique entre camps rivaux ne soit plus une certitude.
De plus, comme dans plusieurs autres pays «avancés», deux tendances opposées (populistes d’extrême-droite, contestataires et manifestants de gauche) se rejoignent sur un seul point: leur méfiance, pour ne pas dire leur rejet, de la capacité et de la volonté des élites dirigeantes de prendre leurs décisions en faveur du bien commun. C’est le «contrat social» de Jean-Jacques Rousseau, ce fondement du système démocratique dominant, qui est remis en cause.
Une des causes de cette convergence des extrêmes est mon troisième motif d’inquiétude: le manque évident de vision des castes dirigeantes élues face aux défis nouveaux que présente le 21e siècle. Ce sont en premier lieu la crise de l’environnement de plus en plus évidente et urgente (catastrophes naturelles imprévues, dépérissement lent mais continu des ressources vitales…), les ruptures sociales et économiques causées par la croissance explosive des nouvelles technologies (intelligence artificielle, entorses à la vie privée, capitalisme «virtuel», impact sur l’emploi…) et les effets explosifs d’une mondialisation purement préoccupée de résultats commerciaux (conflits internes sanglants, inégalités croissantes, migrations désordonnées et perturbantes des persécutés et des démunis…).
Il faut évidemment espérer que le danger réel d’une seconde présence de Donald Trump à la Maison Blanche sera écarté la semaine prochaine… mais l’avènement du tandem Kamala Harris-Tim Walz ne fera pas disparaître ces problèmes: le programme Démocrate y offre peu de solutions à moyen et à long terme.