08 janvier 2007

Espagne et Portugal

(Mi-juillet 2006) Quelques épreuves et tribulations (ainsi que diverses réjouissances) nous ont affectés peu après le départ de Brest. Surtout, un problème de moteur intempestif nous empêche de piquer en pleine mer pour les Canaries; nous devons nous résoudre (ô combien péniblement) à flâner le long des côtes espagnoles et portugaises jusqu'à Huelva (Andalousie atlantique), où nous attendent les réparateurs de Lagoon et de Volvo.
Imaginez qu'après avoir folâtré avec quelques tribus de dauphins au large des Asturies, nous avons été forcés de faire escale cinq jours au fond de la ria de Vigo (découverte d'un fabuleux boui-boui familial qui sert la meilleure pieuvre et les meilleurs calamars "in the world" arrosés d'un petit blanc-pays pour moins de 10 euros par personne, tout compris -- nous y sommes retournés deux fois) avec détour vers Compostelle où nous récupérons le cousin Charles qui remplacera Daniel. Suivent deux jours à Porto (renouvellement de la cave à vins et bouffe de bacalao et autres jambons serrano) et, pire encore, cinq ou six jours à Cascais (banlieue de Lisbonne, sardines grillées, agneau rôti, bairrada 1983 et vinho verde 2005). Visite, qui correspond à mes souvenirs d'il y a vingt ans, du superbe monastère des hieronimos près de la Tour de Bélem. Excursion à Sintra, dont le Palacio de Pena remplit bien ses promesses d'être l'édifice le plus baroque et un des plus somptueux au monde -- Disney peut aller se rhabiller. Cela compense pour un pénible souper-spectacle de fado dans le Bairro Alto, où tout ce qu'il y avait d'authentique était l'âge des musiciens!
En mer, depuis la traversée du Golfe de Gascogne dans un décevant calme plat ("pétole", disent nos deux marins), nous avons eu de bons vents, de l'ordre des 15-25 noeuds; donc, beaucoup de voile, à des vitesses avoisinant les 8-10 noeuds, et même des pointes à 19 lors de rafales intempestives au large de Nazaré.

Tonnerre de Brest


(Début juillet 2006) Du côté de Cherbourg ("avait raison", ajoute la chanson), la mer se calme et nous nous faufilons sans dégâts dans le dédale d'îles, de récifs et de courants d'Ouessant pour entrer à Brest en pleine nuit -- merci Raymarine et le GPS, dit le skipper. C'est notre première escale dans une marina, expérience plutôt agréable, d'autant plus que les documents de Lagoon et la sympathie de l'agent des Affaires maritimes sont au rendez-vous pour nous mettre en règle. Ouf!
Ma soeur Marie et son compagnon Jean nous rejoignent, Daniel décide qu'il en a assez vu de ce côté-ci de l'Atlantique, et qu'il s'ennuie de son versant caraïbe. Il reprendra l'avion demain.
Le premier repas, dans un vieux bateau transformé en piège à touristes à côté de la marina, n'est pas un succès, mais Marie a découvert beaucoup mieux (la Maison de l'Océan, ça s'appelle) du côté du port, et nous y dégustons le lendemain un plantureux plateau de fruits de mer, avant de reprendre la route vers l'Espagne.

Mer du Nord


(Fin juin 2006) Passons par-dessus la période plutôt ennuyeuse mais essentielle des préparatifs, et venons-en aux faits. Après quelques embrouillamini administratifs, il a fallu que la mer fasse des siennes dès le départ.
L'enregistrement et la francisation du Bum chromé (autrefois nommé Axell et belge - flamand - de nationalité) s'étaient faits sans douleur dans un premier tenps à la douane de Dunkerque, grâce à un vieux douanier barbu, style pêcheur breton, qui ne voulait rien savoir des paperasseries et des complications. Il a même eu la gentillesse de nous appeler dans le bistrot du port où nous dégustions un bon waterzooi, pour nous dire que son guichet était réouvert.
Hélas, sa collègue des Affaires maritimes n'était pas de la même trempe; elle a failli nous empêcher de partir parce que le certificat de conformité de Lagoon n'avait pas été écrit sur un formulaire original mais sur une photocopie. "Je ne vois pas la bande tricolore, c'est pas bon", répétait-elle face à chacun de nos arguments, de nos objections. "Il faut absolument qu'il y ait du bleu-blanc-rouge!" De quoi nous faire prendre le tricolore en grippe "forever". Retour au douanier, qui nous conseille: "Bof, partez quand même, mais appelez les AM de Brest (notre prochaine escale) pour les avertir qu'il vous manque un tampon"...
Nous voguons donc vers la Bretagne en toute illégalité. Comme pour nous punir, la Mer du Nord et la Manche au large du Cap Gris-Nez nous garrochent un vent de face de 25-30 noeuds avec une houle à tout casser... ou du moins à tout secouer. Azur, moi et le cousin Daniel nous bourrons de pilules anti mal-de-mer et nous réfugions honteusement dans les cabines, tandis que le skipper Gérard et son acolyte Marco se les gèlent sur le skybridge!
Impossible même de faire la veille au chaud à la table à cartes du carré, puisque le logiciel de l'ordi refuse de communiquer avec le lecteur de cartes Raymarine du poste de pilotage. Je découvrirai plus tard que nos copains de ShipShop (Nieuwpoort) ont brillamment connecté les deux avec un fil ethernet droit au lieu d'un câble croisé, erreur de débutant que même moi je ne commets plus.

Les Bums chromés

(Mi-juin 2006)
En exergue, le sonnet-plan de retraite d'Yves et Marie-José (Azur),
qui est à l'origine du nom du bateau:

Les Bums chromés

Les Bums chromés prennent la route
Devine où nous serons demain:
Auberge au bord d'un vieux chemin?
Grand-voile au large de Beyrouth?

Les pigeons de Saint-Marc froufroutent
Nous quémandant leur part de pain?
Un bout de sieste sous un pin
Avec deux-trois chèvres qui broutent?

Le champagne avec un tapin?
Une tablée de bons copains
Chargée de bière et de choucroute?

De Bahia au Mur d'Hadrien
Nos godasses n'ont peur de rien:
Les bums chromés ont pris la route!

Et un souvenir ému pour Maman Leclerc, qui nous a quittés à 97 ans en août dernier, et dont l'esprit aventurier nous accompagnera quand même tout au long de cette odyssée...

Point de départ

(Juin 2006)
Grand récit de l'expédition
du catamaran Le Bum chromé
à travers la Mer Océane
en l'an de grâce 2006.