08 mai 2008

8 mai 2008

En fin de compte, le temps à Montpellier n'a pas été si réjouissant. Une alternance de soleil doux et de vents forts et froids, sans rime ni raison, depuis bientôt un mois et demi. Un jour, on déjeune en terrasse sous un parasol au bord du bassin en contemplant une floraison incroyable de coquelicots (photo), le lendemain on se pelotonne dans l'appartement (heureusement confortable) sans la moindre envie de mettre le nez dehors.Résultat, nous avons pris l'habitude de manger au moins autant à la maison que dehors. Je finis de répertorier la mini-cave à vins que je m'étais constituée l'automne dernier à l'occasion de la Foire aux Vins annuelle: une centaine de bouteilles, bien réparties entre grands crus, vins des grandes régions et bons crus locaux. De plus, une série de petits pensums nous attendaient ici, dont le moindre n'était pas de compléter à distance les déclarations d'impôts canadiennes et québécoises, en y ajoutant les chiffres du Bum chromé que Gérard et Daniel nous ont fait parvenir de Martinique -- où, à ce qu'ils nous en ont dit, il y a eu encore plus de pluie qu'en France. Les bonnes nouvelles, c'est qu'on va avoir de la visite. Ici, où ma soeur Marie et son copain Jean viennent nous rejoindre à la mi-juin pour une semaine à Montpellier et une autre  se balader dans l'arrière-pays. Et en Martinique, où la nièce Geneviève et son nouvel ami Yves viennent passer une semaine à bord du Bum au début août.Un des charmes de Montpellier, ce sont les petits imprévus. Comme l'autre jour, après un apéro sur la Comédie pour renouer avec le copain guitariste algérien Fethi, nous avons eu droit, rue de la Loge, à un très bon concert de jazz impromptu d'un trio de musiciens de rue (photo). Et la semaine suivante, Festival des sports extrêmes (VTT, vélo acrobatique, rouli-roulant, batailles de "paintball", etc. ) juste sous notre nez sur les berges du Lez (autre photo)Dimanche dernier, petite virée au bord de la Méditerranée, au restaurant l'Artimon de Palavas, où la vue de centaines de voiles de plaisanciers s'ébattant au large nous a rappelé notre première sortie en mer en Belgique et m'a donné un petit coup de nostalgie pour le Bum chromé. Je me console en me disant qu'on y sera dans deux mois. C'est avec un plaisir un peu méchant, du genre "On vous l'avait bien dit", que nous avons lu cette semaine les bilans très critiques de la première année de Sarkozy au pouvoir. Avec ma vieille expérience de journaliste politique, je ne peux imaginer comment les gens ont pu croire que ce type-là pouvait se changer en homme d'État: tel il était comme comme maire de Neuilly et comme ministre de Chirac, tel il demeure comme Président. Égocentrique et tape-à-l'oeil, ambitieux sans retenue, incapable de faire la part des choses et de rassembler les gens même de son propre camp. Et comme dit Marianne: "Putain, encore quatre ans!".

Par contre, les dernières nouvelles de la campagne américaine nous ont réjouis: Obama a traversé sans trop de dommage la tempête médiatique (typiquement américaine) autour de ses liens avec un pasteur noir agressif, et il est sur le point de s'imposer comme le premier homme de couleur candidat sérieux à la Présidence. Souhaitons seulement que Hillary Clinton (et son ex-président de mari) cesse de s'accrocher en faisant flèche de tout bois; heureusement, ses deux derniers discours, le soir des primaires de l'Indiana et de la Caroline du Nord, et le lendemain en Virginie, ont un ton plus conciliant. Avant-hier, sortie exploratoire dans la région derrière Montpellier, en prévision du vagabondage avec Jean et Marie. Découverte de la très belle et très ancienne (804) Abbaye de Gellone (Saint-Guilhem-le-Désert, photo), étape importante sur la route méridionale du pélerinage vers Compostelle, et des gorges de l'Hérault voisines. Un vrai goût de "revenez-y".

23 mars 2008

Je reprends brièvement le blogue à l'occasion d'un court (et humide) intervalle parisien. Il y a huit jours, nous en avons eu assez de contempler la montagne de neige qui continuait de s'amonceler dans le parc derrière la maison de Montréal et nous avons avancé d'une semaine notre départ vers Montpellier. Par bonheur, nous avons pu retrouver notre hôtel chouchou de la rue Saint-Didier dans le 16e, toujours aussi agréable, avec son sympathique et débrouillard chasseur belge Pascal. Tout comme le coiffeur favori d'Azur, Marc (rue de Longchamp) et notre resto de fête maintenant presque attitré, le Passiflore de Roland Durand, où nous avons mangé jeudi avec Gisèle Maya, une amie de jeunesse de Marie-José qu'elle avait retrouvée récemment après un hiatus de plus de 40 ans. Autre plaisir parisien, un petit restaurant espagnol près de la Gare de Lyon, la Casa de Espaňa  que nous avons découvert avec le néo-Marseillais Bernard Savonet et dont le patron nous a servi une des meilleures paellas que nous ayons mangées hors d'Espagne. Nous envisagions un séjour de 10 à 15 jours à Paris, mais quatre jours consécutifs de temps gris, crachineux et frais nous ont fait changer d'idée. Dès samedi, veille de Pâques, nous avons bouclé les bagages et foncé sur la Gare de Lyon, le TGV et (espérons-le) le soleil de Montpellier. Fin de l'épisode.

05 janvier 2008

2 janvier 2008

De la suite des choses, pas grand-chose à dire. Pour la nuit de la Saint-Sylvestre, nous étions invités dans un café-cabaret où ni le menu, ni le spectacle ne nous ont vraiment enchantés. Nous sommes rentrés à la maison aussitôt que nous le pouvions sans froisser nos hôtes. Pour le Jour de l'An, nous nous sommes offert notre repas traditionnel depuis au moins une vingtaine d'années, dont nous ne nous lassons jamais: foie gras au torchon et huitres malpèques sur un lit de glace, arrosés de champagne (un bon "rosé de saignée" de Duval-Leroy), suivis d'une pièce de stilton bien mûr accompagnée d'un très beau porto vintage Graham's 1995. Le tout couronné d'un fin et savoureux rhum Clément hors d'âge. De quoi nous consoler amplement de la soirée plus ou moins réussie de la veille.
Au moment de terminer ceci, le hasard fait bien les choses (il fallait bien qu'il y ait quelque part un lien avec le Bum chromé), car nous avons un appel de Gérard, qui vient de rentrer en Martinique après une dizaine de jours de charter dans les Grenadines avec des clients de Guadeloupe et de France. Ses passagers s'étant montrés très sympathiques et surtout très satisfaits du bateau et de son skipper, il est d'excellente humeur... ce qui tranche avec la grogne (justifiée, je l'admets) qui avait suivi les péripéties du travail en cale sèche à Trinidad et d'un retour en Martinique marqué par le mauvais temps et les retards. L'année, tout compte fait, commence bien.

27 décembre 2007

Tant qu'à passer Noël dans la neige, pourquoi pas plonger à fond? C'est ce que nous nous sommes dit en réservant une chambre pour quatre jours à l'auberge campagnarde La Goéliche de l'Île d'Orléans, que mon frère Antoine nous a chaudement recommandée. La seule incertitude quant à ce programme aura été due à la température: après trois semaines de froid et de neige ininterrompus, un redoux la veille du départ transformait en pluie verglaçante ce qui aurait dû être une Xième bordée de neige. Les montagnes de neige et de glace accumulées depuis notre retour au Québec commençaient à fondre à vue d'oeil, et nous avons hésité un moment. Mais il y avait bien assez de neige pour résister aux averses et nous assurer un Noël blanc, et la météo annonçait une nouvelle vague de froid, pas trop vif heureusement.
Nous avons donc pris le train dimanche le 23 de Montréal à Québec, près de quatre heures sur VIARail assez confortables, surtout en contemplant les bourrasques de pluie et l'autoroute couverte de glace qui longe la voie ferrée. Cependant, la comparaison avec le TGV Paris-Montpellier, dont nous sommes devenus des habitués, s'imposait: ce dernier parcourt dans le même temps presque trois fois plus de chemin, avec un niveau de confort comparable -- la seule différence importante étant que VIA sert un repas complet avec apéritif et vins au siège, comme sur les avions, alors que sur le TGV il faut aller chercher un équivalent plus rudimentaire dans le bar. De la belle vieille gare du Palais de Québec, un taxi jovial et disert nous a emmenés le long de la Côte de Beaupré, puis à travers l'étroit mais si joli Pont de l'Île, jusqu'à notre auberge.
Celle-ci, reconstruite récemment à la place d'un hôtel plus que centenaire, est plantée directement sur la rive à Sainte-Pétronille, l'extrême pointe sud-ouest de l'île. Notre chambre, "l'Étoile de Mer", donne donc sur un fabuleux paysage fluvial, que nous voyons à peine pour le moment, car la nuit est déjà tombée. La cuisine étant fermée ce soir et demain, la patronne nous sert un abondant (et très bon) plateau de fromages, charcuteries et saumon fumé et un verre de rouge dans un salon particulier offrant des baies vitrées sur trois côtés, le quatrième étant occupé par un foyer allumé. Puis dodo, sur un lit king size moelleux et dans un silence total comme on n'en connaît que l'hiver à la campagne.
Au petit déjeuner, pris dans la salle à dîner du sous-sol qui est une longue galerie vitrée longeant la rive, Azur est tellement fascinée par le mouvement des glaces qu'elle hasarde à peine un mot de temps à autre. Il faut dire que le spectacle en vaut la peine: d'où nous sommes, le courant qui descend le fleuve et la marée montante se rencontrent avec violence, format des remous et des tourbillons qui charroient en directions contraires des banquises de toutes formes et de toutes tailles qui se croisent, s'entrechoquent, parfois se grimpent dessus et se fractionnent, créant un ensemble de formes fantasmagoriques. Comme des enfants contemplant les nuages, nous croyons reconnaître ici et là un paquebot, un sous-marin, une baleine, un château-fort, un village riverain, etc. Un jeu auquel nous continuerons à nous adonner tout au long du séjour.
Le restaurant étant encore fermé ce midi, nous repartons à Québec -- superbe à voir depuis l'île, comme planant au-dessus du champ de glaces -- où un chauffeur de taxi français, nouvellement immigré et installé sur l'île, nous dépose au Café du Monde, une copie modernisée mais assez réussie de grande brasserie parisienne, où je mange un excellent boudin aux pommes et Azur une bavette à l'échalotte (plus menu de brasserie que ça, tu meurs!). Le même taxi nous reprend pour nous ramener à l'auberge, d'où nous avons l'intention de partir en fin de soirée pour assister à une Messe de Minuit traditionnelle avec cantiques et tout le tralala, suivie d'un réveillon à la québécoise. Mais l'âge se fait sentir et la chair est frileuse: voyant que la seule messe disponible se déroule à Saint-François, le dernier village à l'autre bout de l'île, et que la neige a repris en rafales, nous manquons de courage et demeurons à La Goéliche en mode cocooning au lieu d'affronter une heure de route rurale dans la nuit d'hiver. Bah.
Nous nous reprenons le soir de Noël (au moins pour le réveillon) en prenant au restaurant de l'auberge un délicieux souper dont une pièce de cerf forme le plat de résistance. Le lendemain mercredi est consacré en partie aux téléphones et aux courriels de voeux aux amis et parents égaillés aux quatre coins de la planète, en partie à une balade à pied sur les chemins de l'île, jusqu'à la petite église du village, par un soleil splendide malgré le froid sec et piquant. Et c'est pleins de plaisir et de sérénité que nous repartons pour Montréal le lendemain midi.

16 décembre 2007

Rien de bien sensationnel au retour de Trinidad, sauf la neige... qui était vraiment au rendez-vous! De fait, je m'étais plus ou moins promis de laisser le blogue en somnolence pendant un bout de temps, ne prévoyant pas avoir grand-chose à conter depuis Montréal. C'était compter sans les folies d'un début d'hiver hors normes. En une douzaine de jours depuis l'arrivée de Trinidad, nous avons eu droit à deux grosses "bordées" d'au moins 30 cm, sans compter de petites chutes de 3 à 5 cm tous les deux jours ou presque. Un peu "tannant" pour nous qui avions perdu le tour de marcher sur ces surfaces glissantes, mais superbe sous tous les autres aspects: le manteau d'une blancheur éclatante qui couvrait la ville avait à peine le temps de de salir un peu qu'il était aussitôt rafraîchi d'une pellicule immaculée, la circulation était ralentie pratiquement au pas d'une voiture à cheval d'antan, et les soirées étaient enveloppées d'un linceul de silence ouaté, propice à des nuits sans rêve -- sauf lorsque la voirie décidait de dégager les rues à trois heures du matin, précise Azur qui a le sommeil plus léger.
Après une semaine de sorties obligées dans les restos trinidadiens, il était normal que nous ayons le goût de bouffer à la maison, souvent en robe de chambre. La plupart du temps, c'était du Québécois "pure laine" genre saucisses, petits pois et purée, steak avec pommes de terre au four et choux de bruxelles, pâtes à l'huile et à l'ail, éperlans enfarinés sautés au beurre avec pommes vapeur, et ainsi de suite. Ce qui ne nous a pas empêchés d'entrecouper ces intermèdes domestiques d'une petite tournée de nos tables montréalaises favorites: l'italien Latini pour son prosciutto et mangue et son risotto aux fruits de mer et champignons, le portugais Ferreira pour son incroyable morue noire au porto et sa crème brûlée, et le franco-québécois Nantua pour ce classique mais inégalable saumon sauce hollandaise. On se garde en réserve le grec Milos et sa pieuvre fondante pour célébrer quelque chose un de ces prochains jours...
Aujourd'hui, nous devions aller chez Marie et Jean déguster la fameuse paella du beau-frère, mais comme la météo s'annonçait impraticable (surtout face à leurs deux étages d'escaliers abrupts, en bonne partie dehors), changement de programme: c'est nous qui les avons invités hier au restaurant, un autre portugais plus traditionnel mais tout aussi recommandable, la Casa Minhota du boul. Saint-Laurent. Aucun regret: les sardines grillées, le bacalhao façon Minhota, le porc aux palourdes et la seiche dans son ancre étaient bien au rendez-vous, complétés par des "flans" (crèmes renversées maison) moelleux et de ces cafés onctueux dont les portugais ont gardé le secret, surtout renforcés par un conhac de derrière les fagots que nous a déniché le patron. Jean nous a autographié un exemplaire de son récent et fascinant album d'affiches socio-politiques québécoises, Marie nous a offert un intéressant pastis artisanal, nous avons répliqué avec quelques souvenirs de voyage (dont un instrument à cordes russes dont j'oublie le nom) et nous avons passé trois belles heures à deviser de tout et de rien.