23 juillet 2008

29 juin 2008

Deux jours et deux nuits à Carcassonne, ça ne sera vraiment pas de trop. Autant pour avoir la chance de tout voir que pour le répit que ça nous offre après cinq jours sur la route.
Nous étions partis mercredi vers midi de Montpellier pour piquer ves les garrigues et l'arrière-pays. On voulait démarrer plus tôt, mais entre le temps qu'il a fallu à Marie et Jean pour récupérer la voiture de location (une immense Peugeot 807 hyper-automatisée), les bagages, la fermeture de la maison, etc., on a pris une bonne heure de retard sur l'échéancier prévu.
De plus, entre l'imprécision des panneaux routiers et les incertitudes d'un GPS tout neuf que nous ne maîtrisons pas encore, nous nous sommes deux fois trompés de route et nous sommes retrouvés à l'opposé de notre itinéraire planifié, sur le chemin du littoral menant à Frontignan et Sète. Joli-joli, mais imprévu et surtout beaucoup plus long. C'est finalement bien après 13h que nous retrouvons la nationale menant vers Gignac et notre premier arrêt souhaité, le lac de Salagou.
Sur la grand-place de Gignac, tous les restaurants sont en train de fermer. Par bonheur, la patronne du Brasier nous prend en pitié et nous offre de nos nourrir... à condition que tout le monde mange la même chose, un jambon paysan en entrée puis le canard aux olives, spécialité du chef et plat du jour, heureusement excellent.
Nous reprenons une petite route tout en lacets et en brusques virages, pour laquelle la carte routière n'est pas d'un grand secours malgré les efforts méritoires de Marie agissant comme co-pilote. Nous devons de plus en plus nous fier au GPS, dont les sautes d'humeur (dues en grande partie à notre manque de connaissance de son fonctionnement un peu idiosyncratique) nous incitent à le surnommer Fantasio, d'après l'inséparable complice du Spirou de notre enfance.
Le lac de Salagou est en réalité un réservoir de barrage, et nous avons de la difficulté à imaginer comment il a pu trouver place dans les guides touristiques. C'est strictement un plan d'eau artificiel sans personnalité, où les locaux peuvent faire la saucette et du pédalo. Ne valait décidément pas le détour.
Et dire que ce détour nous aura fait presque rater le Cirque de Mourèze, un dédale fantastique de rochers aux formes étranges que nous atteignons presque au coucher du soleil, bien trop tard pour effectuer une des balades fléchées à travers ses merveilles. Nous nous consolons avec la vue superbe du belvédère à l'entrée, avant de continuer jusqu'à notre première étape, Pézenas.
Le Grand Hôtel Molière où nous voulions coucher est plein à craquer; je dois faire tout plein de charme (ce qui impressionne Marie et Jean, peu au courant de cet aspect bien caché de ma personnalité) pour persuader la réceptionniste de nous dénicher une solution de rechange. Après trois ou quatre appels, elle nous trouve deux chambres à l'Hôtel Genieys, un deux-étoiles vieillot mais confortable et doté d'un parking intérieur, pas très loin. Le style "décor de vieux film" où on s'attendrait à avoir Louis Jouvet comme voisin de palier et Arletty comme réceptionniste!
Nous prenons une bouchée sous la marquise déployée au-dessus d'un coquet jardin intérieur. Marie et Jean, moins fatigués que nous, décident d'aller voir le centre-ville. Vers les 22h30, un vacarme se déclenche au-dessus de nos têtes, qui fait penser à un combat d'hélicoptères dans Apocalypse Now. 
Pas si fausse, cette impression: il y a bien combat, et il y a bien hélicoptères. C'est au petit déjeuner jeudi que Jean me raconte le fin mot de l'histoire, à laquelle lui et Marie ont assisté aux premières loges. Des bus chargés de vignerons en colère ont débarqué en milieu de soirée en plein coeur de Pézenas, en provenance de Montpellier. Ils se sont aussitôt mis à manifester bruyamment et parfois violemment, difficilement contenus par un cordon de CRS dépêchés d'urgence, tandis que des hélicos militaires surveillaient (et sans doute filmaient) la scène. Un joyeux brouhaha, dont nos compagnons de route n'ont pu s'échapper que vers une heure du matin pour rentrer à l'hôtel.
Pézenas est un très joli bourg médiéval où tout tourne autour de deux choses: Molière et les ateliers d'art. Ces derniers sont une variante moderne d'une tradition séculaire; une foule d'artisans de toutes sortes, ébénistes, relieurs, graveurs, ferronniers, luthiers, émailleurs, tisserands, etc. ont réinvesti le vieux quartier et transformé en boutiques élégantes et parfois un peu anachroniques les antiques échoppes qui constituaient les rez-de-chaussée habtuels de maisons des 13e-16e siècles très bien consevées et rénovées. Un vrai délice pour les yeux et le toucher. J'y passe une bonne heure avec Jean à flâner et photographier, tandis que Marie et Azur se prélassent au lit.
Quant à Molière, il a effectué ici quelques séjours avec sa troupe et y a écrit plusieurs de ses pièces des années 1650, qu'il jouait dans la cour de l'hôtel particulier de son protecteur, le Prince de Conti (si mes souvenirs sont bons).
Après Pézenas, Béziers, que nous explorons (trop) rapidement avant de déjeuner dans une délicieuse cour intérieure sous un bel olivier. Puis Narbonne, d'où nous piquons vers la mer et le port en "circulade" de Gruissan, dont la plage est hélas si achalandée et la mer si éloignée que nous décidons de ne pas nous baigner. Jean et Marie escaladent l'espèce de sentier de chèvre menant aux ruines du château-fort, tandis qu'Azur et moi devons endurer le verbiage bien gentil mais interminable d'un vieux du pays, d'autant moins compréhensible qu'il passe fréquemment sans s'en rendre compte du français à l'occitan et retour.
La Résidence, notre gîte narbonnais, est un bel hôtel ancien splendidement rénové, mais sans bar ni salle à dîner. Nous partons tous les quatre nous promener en ville, avec l'idée de prendre un verre et une bouchée sur la grand-place, que nous découvrons superbe avec ses arcs-boutants de cathédrale et la façade crénelée de son hôtel-de-ville médiéval. Hélas, à 19h30 à peine, tous les cafés sont déjà en train de rentrer leurs tables et leurs chaises. Drôle de ville, où les bistros ferment plus tôt que le Monoprix. M'enfin...
Azur et moi nous résignons à une pizzeria voisine (nous avons bien tort), tandis que nos co-voyageurs, plus aventureux, décident d'aller chercher un restaurant ouvert dans un autre quartier. Ils en trouveront un pas trop mal -- prétendent-ils. Adieu Narbonne.
Le lendemain avant-midi, la visite de l'Abbaye de Fontfroide est un enchantement. De la cour d'honneur à la très vieille chapelle romane, en passant par le réfectoire, la cour aux lavandes (et au vieux puits de fer forgé) et la nef abbatiale aux étincelants vitraux rouges et bleus, nous voudrions nous éterniser partout, malgré une chaleur redoutable (34° à l'ombre). Et la boutique de souvenirs regorge de trésors: disques peu connus de Jordi Savall, abondante documentation sur la période cathare, très belles reproductions d'herbiers de "plantes oubliées" qui feront un joli cadeau pour notre herboriste de nièce, Geneviève.
Cela fait que nous arrivons à notre étape la plus luxueuse et la plus gastronomique du voyage, Fontjoncouse, une fois le restaurant fermé pour la pause de l'après-midi. S'ensuit une vraie scène de comédie: Dans un premier temps, le réceptionniste de l'Auberge du Vieux-Puits veut bien nous loger, mais pas question de nous restaurer. Un maître d'hôtel et une serveuse, entendant nos éclats de voix indignés, viennent voir ce qui se passe et prennent notre cause en délibéré. Un émissaire est expédié en cuisine pour parler au chef. Ce dernier, Gilles Goujon, sort de son repaire pour constater par lui-même quelle gueule peuvent bien avoir ces clients tardifs.
Découvrant nos attaches martiniquaises, il nous confie avoir de bons copains en Martinique, notamment Glen Jean-Joseph, un des patrons de la marina qui abrite le Bum chromé. Bingo! D'un instant à l'autre, nous nous métamorphosons d'emmerdeurs de la pire espèce en vieux copains du patron, qui replonge dans sa cuisine et en ressort avec un magnifique loup de quelques kilos qu'il offre de nous préparer "selon une recette improvisée à ma façon". Comment dire non à une telle proposition, émanant non seulement d'un copain d'un copain, mais aussi d'un chef qui a deux étoiles au Michelin et trois toques chez Gault-Millau?
Gilles Goujon fait amplement honneur à sa réputation avec une improvisation qui tient de la haute voltige culinaire. Nous nous délectons sans retenue de tout ce qui passe sur la table, des amuse-gueule au dessert maison, le tout accompagné d'un remarquable muscat sec du pays, une découverte pour Marie et Jean.
Notre chambre est en réalité une suite appelée "Arum" au décor à saveur antillaise, donnant sur une jolie piscine dans laquelle nous descendons nous rafraîchir après une courte sieste. Re-restaurant en soirée sous les soins personnels du patron qui, décidément, nous a adoptés et qui est seulement un peu déçu que nous ne fassions pas plus grand honneur à sa somptueuse cuisine -- il oublie que depuis le matin nous nous sommes tapé quelques heures de route et que grâce à lui nous avons fini de déjeuner vers les 16h30! Pour lui remonter le moral avant d'aller dormir, nous promettons de revenir, peut-être en fin d'année.
Après un sybaritique petit déjeuner en bordure de piscine, nous nous remettons en route vers ce qui devrait être un des hauts-lieux de notre périple: Peyrepertuse, château cathare en ruines qui est une des cinq célèbres "citadelles du vertige", gloires de la région. Pour y parvenir, nous empruntons une nouvelle route en lacets qui grimpe et plonge au hasard des vallées profondes et des collines à demi dénudées.
Nous contournons le mignon village de Cucugnan, comme lové sur sa colline rondelette couronnée d'un moulin à vent actif et sous l'ombre d'un château médiéval haut-perché. Quelques kilomètres (et près d'une heure) plus loin, nous arrivons sous la falaise quasi verticale de Peyrepertuse, au sommet de laquelle se dressent trois ruines bien distinctes formant LE château cathare par excellence. 
Nous le contemplons d'en bas avec un mélange de fascination et d'inquiétude. La vue est absolument spectaculaire, mais le soleil tape comme un marteau sur une enclume, et la guichetière à l'accueil nous avise qu'il y a une bonne demi-heure de grimpette pour laquelle elle ne saurait trop conseiller de bons souliers de marche, des chapeaux et une provision d'eau. Compris. Seul Jean prend son courage à deux mains et décide d'escalader la montagne menant aux ruines. Pusillanimes, nous l'attendons en bas après lui avoir confié nos appareils-photo. Il redesend au bout d'une heure, enchanté mais quelque peu exténué.
Il est trop tard pour envisager de nous rendre à temps pour le déjeuner à notre prochaine étape, Carcassonne. Faisant confiance au hasard, nous faisons halte à la première enseigne rencontrée. La Batteuse est l'auberge méridionale dans toute sa splendeur folklorique. Murs de crépi jaunâtres, tuiles rouges, fers forgés et meubles de gros bois brun, le tout ouvert sur une cour-terrasse où picorent librement quelques poules sous l'oeil blasé d'une chèvre ou deux.
Au menu, des charcuteries locales en entrée, suivies au choix d'un ragoût de sanglier, d'une épaule d'agneau ou de boulettes de viande épicées, le tout accompagné d'une généreuse portion de haricots blancs parfumés. Un véritable délice, surtout marié à un corbières râpeux et presque noir provenant du village voisin. Vivent les auberges méridionales, folkloriques ou pas!

24 juin 2008

Jeudi midi dernier, nous sommes allés prendre Marie et Jean au débarquement de leur avion Montréal-Paris-Montpellier. Comme ils étaient un peu sonnés par douze heures de voyage, ils étaient plutôt contents de simplement déposer leurs valises à l'hôtel et de venir casser la croûte dans un restaurant près de chez nous. Il faut dire que nous avons un peu triché, car le "resto de quartier" était en réalité le Sequoia, un des bonnes tables de la ville dont la cuisine dite "métissée" leur en a mis plein la vue et plein les papilles.
Leur intention était de passer une semaine avec nous à Montpellier, avant de louer une grande bagnole dans laquelle nous parcourrions ensemble l'arrière-pays jusqu'à Toulouse. Là, nous leur fausserons compagnie pour rentrer à la maison tandis qu'ils poursuivront leur route vers les Pyrénées et la Catalogne pour le reste de leur mois de vacances.
Nous nous sommes retrouvés à la maison après le repas pour un digestif et un bout de planification. Comme c'était leur première visite, ils ont eu droit au tour du propriétaire, puis nous nous sommes entendus pour réduire au minimum les obligations et les horaires fixes. Ceux-ci se limitaient en gros à quatre points: samedi soir, Fête de la Musique dans les rues de la vieille ville piétonne; pendant le week-end, une courte virée à Palavas pour un plateau de fruits de mer et une saucette dans la Méditerranée; lundi, excursion à Sète, histoire de rendre visite aux cendres de Brassens, une de nos idoles à tous; enfin, mardi, veille du départ pour l'arrière-pays, déjeuner gastronomique au Jardin des Sens, une promesse que nous leur avions faite il y a fort longtemps.
Pour le reste, ils étaient libres de vagabonder seuls ou avec nous dans l'Écusson (l'immense centre piétonnier de Montpellier, un des plus beaux de France) et ailleurs dans la région, permission dont ils ont bien profité.
La Fête de la Musique a été un peu gâtée par une grève des transports publics qui a restreint nos déplacements au voisinage de la Gare et des Halles Laissac; elle a été sauvée par un bon spectacle de flamenco et de sévillane en plein air à la terrasse des Caracoles, une bodega sympa. Plateau de fruits de mer (surabondant et délicieux) et baignade à Palavas ont été un succès complet, la masse des estivants n'ayant pas encore complètement submergé la plage ni les restaurants.
Même si nous nous sommes mis en route un peu tard pour Sète lundi, la présence d'un chauffeur de taxi chaleureux et débrouillard a transformé l'expédition pourtant écourtée en réussite. Photos devant la maison natale de Brassens, arrêt prolongé sur le belvédère au sommet du Mont Saint-Clair, longue visite de l'Espace Brassens (revampé récemment avec grande intelligence) face à la plage de la Corniche et pour finir, bref détour par le Cimetière du Py où il est enterré.
Ce midi, jour de la Saint-Jean (mais qui de nous y avait pensé?), nous avons retrouvé une vieille copine, Emmauelle Jacques, pour un véritable banquet au Jardin des Sens, dont le personnel commence à nous connaître après trois ou quatre visites ces derniers mois. Il a beau avoir perdu un de ses macarons au Michelin et être en butte à pas mal de critiques, ça demeure non seulement un grand restaurant gastronomique, mais aussi une des plus belles, des plus agréables et des moins coincées parmi les tables "étoilées" de France.
Nous avions bien visé en invitant Emma. Celle-ci est l'ex d'un ami montréalais, avec qui elle a vécu plusieurs années au Québec, dirigeant une boîte de mutimédia tout en poursivant ses études à l'UQAM, avant de rentrer chez elle à Montpellier il y a quelques années. Dès le départ, Marie et elle se sont découvert des amis commun et diverses affinités, ce qui a donné au repas une texture particulièrement chaleureuse, le tout se terminant par un digestif à la maison -- et des promesses réitérées de se revoir bientôt.

25 mai 2008

23 mai 2008

Jeudi, au lendemain de l'enterrement, nous sommes partis nous installer à bord du Bum chromé pour une semaine de vacances imprévues. Il fait une chaleur écrasante, à peine tempérée par quelques souffles d'alizés au niveau de la marina. Nous nous consolons au moyen d'une savoureuse salade de langouste chez Ti-Toques. Seul véritable problème, la jambe de Marie-José qui la fait toujours souffrir, mais une visite au kinésithérapeute local lui fait le plus grand bien.
Ce qui fait que samedi, aux petites heures, nous quittons le ponton et hissons les voiles pour trois jours de bonheur en mer. Le programme, que nous suivrons presque à la lettre, est un tour de la Martinique en partant par la Côte Atlantique, la moins connue et la plus venteuse. Même si le vent du nord-est ne nous aide pas beaucoup (il faut faire du "près serré" une bonne partie du chemin, ce qui n'est pas l'allure idéale pour un cata comme le nôtre), nous progressons tout doucement au large de la Table du Diable, de la Baie des Anglais puis des récifs coraliens du Vauquelin. Arrivée vers les 14h30 sur les merveilleux Fonds blancs de Saint-François, où nous jetons l'ancre pour une baignade et un lunch de côtes d'agneau sur barbecue. Le repas se prolonge en sieste, et la sieste en mouillage pour la nuit: il est trop tard, de toute façon, pour doubler la presqu'île de la Caravelle et pénétrer de nuit dans la baie de Trinité, qui peut réserver de mauvaises surprises.
Dimanche, tout va nettement mieux. Non seulement une bonne brise nous permet de contourner à près de huit noeuds de moyenne la côte nord-atlantique jusqu'à Grand-Rivière, pointe extrême de l'île, mais les lignes que Gérard a lâchées derrière les deux coques ne cessent de siffler: en moins de deux heures, nous avons en réserve sous la trappe d'échelle de plongée deux jolis thons et deux barracudas, qui assureront abondamment nos repas d'aujourd'hui et de demain. De plus, le temps est superbe et la Montagne Pelée, habituellement voilée de nuages opaques, se dresse dégagée dans toute sa splendeur (photo).
Au large du Prêcheur, un scooter-des-mers nous croise à toute vitesse, puis revient sur ses pas: - "Vous n'avez pas vu une course de scooters?" - "Non, où ça?" - "Ben, il paraît que c'est en face de Saint=Pierre." - "Dans ce cas, vous lui tournez le dos: Saint-Pierre, c'est la prochaine commune en descendant vers le sud, justement d'où vous êtes venus!" Les deux jeunes hommes semblent peu enclins à nous croire, mais lorsqu'on leur explique que le seul endroit vers le nord où pourrait se tenir une compétition de scooters des mers est l'île de la Dominique, à deux bonnes heures de route (et hors de portée de leur réservoir d'essence), ils finissent par se rendre à l'évidence et rebroussent chemin en pétaradant de plus belle.
Nous les retrouverons une heure plus tard dans le bruyant tohu-bohu d'un grand rassemblement de tout ce que la Martinique compte sans doute de rutilants petits bolides noirs, jaunes, rouges, verts et oranges. Un tracé de régate a été dessiné au moyen de bouées jaunes au large du quai de Saint-Pierre, bloquant presque entièrement l'accès au mouillage -- au grand déplaisir de Gérard, pourtant grand amateur de courses de toutes sortes. Nous finissons par trouver à nous caser un peu plus loin en amont du grand bourg, là où le bord de mer est moins envahi par la fiesta qui accompagne la course. À notre surprise, malgré le hors-saison, le mouillage est très achalandé de voiliers venus de tous les coins du monde. Nous sommes entourés entre autres d'un danois, d'un brésilien et d'un britannique, sans compter un allemand, canadien, un acadien (probable), plusieurs français et quelques amerloques.
Une courte visite à terre pour nous approvisionner tant bien que mal (dimanche de la Pentecôte, tout est évidemment fermé sauf un snack de bord de plage qui n'a ni pain, ni légumes) est suivie d'une savoureuse grillade de thon accompagnée de pâtes à l'ail -- à défaut de riz ou de pommes de terre et malgré la vive opposition d'Azur.
Heureusement, la foire aux scooters prend fin peu après la nuit tombée, et nous pouvons dormir paisiblement au mouillage.
Lundi matin, petites provisions (cette fois, les épiceries sont ouvertes) et départ vers la dernière escale, l'Anse-à-l'Âne, ou nous allons plonger une dernière fois avant un dernier repas de poisson frais. Sitôt sortis de la Baie de Fort-de-France, le vent tombe complètement, et c'est au ronron des moteurs que nous complétons le tour de l'île autour du Rocher du Diamant pour rentrer au Marin.
Les deux jours suivants sont consacrés à de nombreux "milans" téléphoniques et à quelques visites. La copine martiniquaise Léna et son Québécois de mari Jean-Yves viennent faire un tour à bord. Lui a quitté son emploi de moniteur de plongée pour se lancer avec un nouveau patron dans une entreprise d'excursions aux baleines semblable à ce qui se pratique à l'embouchure du Saguenay. Ça démarre plutôt bien, comme nous avons pu le constater lorsque nous avons croisé leur zodiac rempli de clients exubérants lundi midi du côté de Schoelcher.
C'est finalement jeudi en fin d'après-midi que nous mettons fin à cet intermède martiniquais imprévu en reprenant l'avion pour Montpellier via Paris. Avec un petit regret, mais aussi un certain soulagement: il faisait vraiment un peu trop chaud sous les Tropiques à cette saison...

15 mai 2008

Gros changement au programme. Quelques jours après la mort d'Aimé Césaire, juste au moment où nous nous ajustions à une petite vie pépère en attendant les prochaines aventures de l'été, samedi après-midi dernier un coup de téléphone de la Martinique nous apprend une autre triste nouvelle, qu'à vrai dire nous appréhendions depuis quelque temps déjà: l'oncle Vincent d'Azur, son presque-grand frère, est décédé dans la nuit à l'hôpital La Ménard, après des années d'une vie quasi végétative. En ce week-end de la Pentecôte, vigoureusement chômé autant dans la laïque France que dans la catholique Martinique, pas facile de trouver moyen de se rendre de Montpellier aux Antilles dans les plus brefs délais. Mais Internet et le téléphone aidant, nous finissons par trouver une solution: avion de Montpellier à Charles-de-Gaulle aux petites heures du dimanche matin, navette vers Orly puis presque neuf heures de classe affaires sur Air France (à un prix exorbitant) jusqu'à Fort-de-France. Et aucune possibilité de retour avant une dizaine de jours -- le mois de mai ici est truffé de congés qui sont autant de prétextes à des départs massifs en courtes vacances. Finalement, dimanche en fin d'après-midi, nous débarquons à l'aéroport Aimé-Césaire, d'où le cousin Daniel nous emmène vers le seul hôtel que j'ai pu trouver à si courte échéance: le même Mercure Diamant où nous  avions passé une quinzaine avec ma soeur Marie, Jean et Mathieu il y a deux ans. Chambres très potables, piscine splendide et jolie vue, mais services inexistants. Et pourquoi pas nous loger sur le Bum chromé? Parce que ça voudrait dire d'incessantes navettes entre Le Marin, Fort-de-France et le Diamant pour la veillée funèbre, les funérailles et l'enterrement. Sitôt arrivé, je pique une tête dans l'eau tiède et turquoise de la piscine, histoire de me décrasser du décalage horaire. Lundi, repos et récupération grâce notamment à un très bon "matoutou" (fricassée de crabes au riz blanc), le plat traditionnel de la Pentecôte, concocté selon toutes les règles de l'art par la cousine Armande dans son resto "Chez Lucie" au bourg du Diamant. Mardi soir, c'est la veillée funèbre dans un salon derrière le cimetière La Joyaux, où vient d'être enterré Aimé Césaire. Il ne s'agit pas d'une veillée traditionnelle avec chants et contes, mais de la version moderne, qui se distingue fort peu de ce qu'on fait au Québec. Famille et amis défilent devant un cercueil à face de verre, puis s'agglutinent en petits groupes pour échanger des nouvelles et des souvenirs du défunt. La seule différence notable étant que ça se passe en grande partie dehors, par une chaleur dont nous avions perdu l'habitude. Ne connaissant presque personne, je me retire dans un coin, tandis qu'Azur est assaillie par une masse de parents ou quasi-parents dont, pour la plupart, elle ne connaissait qu'à peine l'existence et qu'elle aura oubliés le lendemain. Mais ça aussi, ça n'a rien de bien original. L'enterrement, le mercredi après-midi au Diamant, est bien plus typique et plus intéressant. Lorsque le corbillard portant le cercueil arrive devant l'église, la moitié de la population du bourg est rassemblée sur la place, la plupart soigneusement vêtue de noir et de blanc, les hommes en complet-cravate, les femmes portant souvent chapeau. Tout le monde entre derrière le cercueil sous la nef de bois typique en forme de bateau renversé, où le curé officie dans une cérémonie marquée de chants et d'un assez long éloge funèbre. Ce qu'on y apprend sur la piété et les vertus du défunt semble quelque peu étonner ses proches -- j'avais plutôt entendu parler de lui comme d'un bon vivant ayant semé des rejetons dans tous les coins de la Martinique, mais bon. M. le Curé prêchait sans doute (littéralement!) "pour sa paroisse". Au son du glas, le cortège se reforme derrière le corbillard et traverse lentement à pied une bonne moitié du bourg, jusqu'au pittoresque et fleuri cimetière en bord de mer, au quartier La Dizac. Là, on s'assemble autour du caveau familial de tuile blanche, dont la dalle fermant la crypte souterraine a été descellée. Les porteurs, aidés du personnel du cimetière, descendent précautionneusement le corbillard à travers l'étroite ouverture, dans un silence seulement meublé par le bruit de la mer voisine et par les sanglots de Gilberte, celle des enfants de Vincent qui est le plus affectée par le décès de son père. Graduellement, les conversations reprennent, d'abord à mi-voix. Des groupes se forment et s'en vont chacun de son côté, sans doute pour prolonger l'événement par quelques libations en privé, comme nous le faisons chez Jacques, le petit-fils de tante Marcelle, qui s'est fait construire récemment une jolie maison sur les hauteurs derrière le centre du village.Nous y retrouvons la tante, son fils Daniel et sa fille Yolande, ainsi que le compagnon de celle-ci, Valère.

08 mai 2008

8 mai 2008

En fin de compte, le temps à Montpellier n'a pas été si réjouissant. Une alternance de soleil doux et de vents forts et froids, sans rime ni raison, depuis bientôt un mois et demi. Un jour, on déjeune en terrasse sous un parasol au bord du bassin en contemplant une floraison incroyable de coquelicots (photo), le lendemain on se pelotonne dans l'appartement (heureusement confortable) sans la moindre envie de mettre le nez dehors.Résultat, nous avons pris l'habitude de manger au moins autant à la maison que dehors. Je finis de répertorier la mini-cave à vins que je m'étais constituée l'automne dernier à l'occasion de la Foire aux Vins annuelle: une centaine de bouteilles, bien réparties entre grands crus, vins des grandes régions et bons crus locaux. De plus, une série de petits pensums nous attendaient ici, dont le moindre n'était pas de compléter à distance les déclarations d'impôts canadiennes et québécoises, en y ajoutant les chiffres du Bum chromé que Gérard et Daniel nous ont fait parvenir de Martinique -- où, à ce qu'ils nous en ont dit, il y a eu encore plus de pluie qu'en France. Les bonnes nouvelles, c'est qu'on va avoir de la visite. Ici, où ma soeur Marie et son copain Jean viennent nous rejoindre à la mi-juin pour une semaine à Montpellier et une autre  se balader dans l'arrière-pays. Et en Martinique, où la nièce Geneviève et son nouvel ami Yves viennent passer une semaine à bord du Bum au début août.Un des charmes de Montpellier, ce sont les petits imprévus. Comme l'autre jour, après un apéro sur la Comédie pour renouer avec le copain guitariste algérien Fethi, nous avons eu droit, rue de la Loge, à un très bon concert de jazz impromptu d'un trio de musiciens de rue (photo). Et la semaine suivante, Festival des sports extrêmes (VTT, vélo acrobatique, rouli-roulant, batailles de "paintball", etc. ) juste sous notre nez sur les berges du Lez (autre photo)Dimanche dernier, petite virée au bord de la Méditerranée, au restaurant l'Artimon de Palavas, où la vue de centaines de voiles de plaisanciers s'ébattant au large nous a rappelé notre première sortie en mer en Belgique et m'a donné un petit coup de nostalgie pour le Bum chromé. Je me console en me disant qu'on y sera dans deux mois. C'est avec un plaisir un peu méchant, du genre "On vous l'avait bien dit", que nous avons lu cette semaine les bilans très critiques de la première année de Sarkozy au pouvoir. Avec ma vieille expérience de journaliste politique, je ne peux imaginer comment les gens ont pu croire que ce type-là pouvait se changer en homme d'État: tel il était comme comme maire de Neuilly et comme ministre de Chirac, tel il demeure comme Président. Égocentrique et tape-à-l'oeil, ambitieux sans retenue, incapable de faire la part des choses et de rassembler les gens même de son propre camp. Et comme dit Marianne: "Putain, encore quatre ans!".

Par contre, les dernières nouvelles de la campagne américaine nous ont réjouis: Obama a traversé sans trop de dommage la tempête médiatique (typiquement américaine) autour de ses liens avec un pasteur noir agressif, et il est sur le point de s'imposer comme le premier homme de couleur candidat sérieux à la Présidence. Souhaitons seulement que Hillary Clinton (et son ex-président de mari) cesse de s'accrocher en faisant flèche de tout bois; heureusement, ses deux derniers discours, le soir des primaires de l'Indiana et de la Caroline du Nord, et le lendemain en Virginie, ont un ton plus conciliant. Avant-hier, sortie exploratoire dans la région derrière Montpellier, en prévision du vagabondage avec Jean et Marie. Découverte de la très belle et très ancienne (804) Abbaye de Gellone (Saint-Guilhem-le-Désert, photo), étape importante sur la route méridionale du pélerinage vers Compostelle, et des gorges de l'Hérault voisines. Un vrai goût de "revenez-y".