27 septembre 2010

La fête à Billard... et à Paco de Lucia

(27 septembre 2010) Un petit bout de blogue après deux mois et demi de silence: les gens heureux n'ont pas d'histoire… ou ils sont trop béats pour la raconter!
Le long séjour à Montréal s'est bien terminé. Le nouvel appartement a pris forme peu à peu, on s'y sent de plus en plus chez nous.
Autant pour le plaisir de la vue sur la ville et de la luminosité que pour le confort et la bonne organisation des lieux. Maintenant que les rideaux (luxueux, je dirais presque luxurieux) sont installés et les tapis de Perse déroulés, ça ressemble à un vrai chez-soi. Ça aurait même un petit air cossu, n'était ma foutue bibliothèque, encore empilée dans une grosse douzaine de caisses au milieu de la place, que je n'ai pas eu le coeur de ranger.
En revanche, je profite au maximum de la piscine-jacuzzi-sauna pour me remettre en forme, un peu moins de la salle d'exercices avec toutes ses machines qui m'intimident. J'ai par ailleurs eu droit à un spectacle unique: un formidable orage électrique aux multiples éclairs et roulements de tonnerre, contemplé à travers le plafond vitré de la piscine où je faisais la planche. Magique.
Azur, elle, fait surtout de la marche dans le (joli) jardin derrière. Mais la présence d'un dépanneur, d'une pharmacie et d'un coiffeur sur place, sans parler du bar qui fait bistrot le midi et de la bibliothèque assez bien garnie, incite à la paresse. Il faudrait aussi essayer les ressources ludiques du sous-sol, où ce qui m'attire le plus est l'atelier de beaux-arts et photo.
À la mi-août, une belle fête à la campagne pour les 80 ans de Jean-Antonin Billard, un vieux de la vieille qui était l'inséparable de Patrick Straram tout au long des années 1960. J'avais pour lui un cadeau unique:
l'immense copie du "Dos de Mayo" de Goya qui trônait jadis face au bar de l'Asociacion espanola de Pedro, que Lucia m'avait donnée à son intention. Plus une bouteille de chinchon seco, venue de Barcelone.
Y avons retrouvé plein de vieilles connaissances, notamment le cinéaste Arthur Lamothe, diminué physiquement mais pas du tout mentalement, la graveure et éditrice Monique Dussault, en pleine forme, l'ancien ministre du Travail et animateur radio Jean Cournoyer (échange de souvenirs sur la grève de la Presse de 71-72, où il avait agi comme médiateur) et deux des "Trois Métèques" de la vieille Casa, Duke et George, accompagnés de la toujours belle Pauline Aubut, ex-égérie de Vittorio. Sans compter un tas d'autres qui nous sont tombés dans les bras, dont nous reconnaissions les têtes, mais dont nous n'avons jamais pu retrouver les noms. Et vous ne les verrez même pas, j'avais oublié d'apporter un bon appareil-photo.
Quelques jours plus tard, Billard est venu prendre un verre à la maison avec l'ex-Montréalais redevenu Parisien Michel Euvrard, de passage ici comme tous les deux ans. Le même soir, une piquante pieuvre grillée et un somptueux homard
à la grecque chez Milos, avenue du Parc, avec notre presque-voisin languedocien Jean-Pierre Dréan et son copain Bruno, tous deux baba -- ils ne pouvaient pas croire qu'un restaurant grec puisse être aussi bon!
Pour nous rendre la politesse, Dréan nous a entraînés hier sous les murs de Carcassonne (je saute le voyage Montréal-Montpellier, sans histoire) où nous avons dégusté, dans l'antique salle du Château Saint-Martin, ce que notre copain -- pas très porté sur la modestie, il faut l'avouer -- nous vantait comme le meilleur cassoulet au monde… et après coup, nous ne sommes pas loin de le croire. Accueil hyper-gentil du chef Jean-Claude Rodriguez, de Jacqueline, de leur fils Emmanuel… et du reste de la famille, qui mettent
tous la main à la pâte.
Dans un décor d'un charme fou environné d'un foisonnant jardin, ce qui ne gâte rien.
Ah! un détail, mais important. Pendant l'escale à Charles-de-Gaulle, avant de reprendre le TGV pour Montpellier, nous avons mangé une petite mais bonne sole normande avec Gisèle Maia au resto du Sheraton incrusté dans l'aéroport. Elle va mieux, mais demeure profondément en deuil de sa fille Dominique, disparue l'an dernier. Espérons que ça finira par lui passer.
De retour à la Résidence des Palmiers, toujours un peu étouffée par les multiples chantiers de la nouvelle Mairie et de la troisième ligne de tramway, nous avons eu la surprise de constater que l'appart nous paraissait soudain plus exigu et plus vieillot que les dernières fois. Sans doute un effet du changement de logis à Montréal.
Peu importe, grâce à la gentillesse d'Ingrid, qui avait tout remis en ordre et approvisionné le frigo, nous nous sommes peu à peu réacclimatés et avons repris le rythme montpelliérain. Avec un coup de main des voisins du dessous: les Chantefort, à leur habitude, nous ont invités à un pot de bienvenue qui s'est prolongé en soirée par de joyeuses discussions.
Et j'oubliais le plus beau! J'ai découvert au dernier moment que le coup d'envoi des Internationales de la Guitare, vendredi dernier, était donné par Paco de Lucia. Par chance, il restait de bons billets, et nous nous sommes précipités à la FNAC pour mettre la patte dessus. L'ambiance "plastique-rock" du Zenith Sud n'était certes pas taillée sur mesure pour ça, mais le maître de la guitare flamenco et sa bande (Duquende à la voix, un extraordinaire harmoniciste dont je n'ai pas saisi le nom et surtout Farruco à la danse) nous ont vite fait oublier l'environnement pour deux heures de pur enchantement.
C'était d'autant plus fascinant que nous n'avions vu Paco qu'une fois, dans sa prime jeunesse à la Noche Flamenca de Cadix en '79; ce qui nous permettait de confronter nos souvenirs du jeune guitariste tout feu tout flammes d'alors avec le virtuose beaucoup plus serein (mais un peu pelé) qu'il est devenu... sans rien trahir! Quelle soirée!
Pour le moment, nous sommes surtout braqués sur les préparatifs de la prochaine aventure: une mythique croisière de trois semaines qui, à partir du 12 octobre, nous mènera d'un bord à l'autre de l'Europe centrale en remontant le Danube depuis Constantia sur la Mer Noire, puis en descendant le Main et le Rhin jusqu'à Amsterdam sur la Mer du Nord. Roumanie, Bulgarie, Serbie, Croatie, Hongrie, Slovaquie, Autriche, Allemagne et Pays-Bas, autant de contrées que nous ne connaissons pas, ou à peine. Et tout ça sans avoir à refaire et défaire nos valises, à partir du confort d'une spacieuse cabine sur une péniche géante!
Rendez-vous au prochain chapitre pour le compte-rendu…

13 juillet 2010

Roland-Garros à Paris, le LUX à Montréal

(12 juillet 2010) Au bout du compte, l'interruption de cette page aura été beaucoup plus longue que prévu. Il a fallu la combinaison d'un déménagement épique et d'une finale du Mondial sud-africain satisfaisante, sinon grandiose, pour que je reblogue après plus de deux mois.
Il faut dire que notre passage en France pour l'Omnium de tennis n'a pas vraiment tenu ses promesses. Nous avons débarqué à Montpellier dans un printemps maussade et froid, qui faisait un frissonnant contraste avec la chaleur antillaise et qui s'est prolongé pendant tout le coeur du mois de mai.
C'est seulement à la veille du départ pour Paris que le temps est soudain passé au beau et chaud. Nous avons même eu droit à une pleine semaine de Ville-Lumière ensoleillée! Pas très courant, même en cette saison.
De notre hôtel préféré près du Trocadéro à Roland-Garros, il y avait un bus (presque) direct: parvenus à Porte de Saint-Cloud ou Porte d'Auteuil, nous prenions une navette plutôt confortable qui nous déposait à l'une des entrées du Stade.
Là, une procédure complexe et tarabiscotée validait nos billets électroniques acquis sur Internet. On nous a expliqué que ceci était nécessaire pour contrer les resquilleurs et "scalpers" -- qui venaient quand même avec une belle persistance nous "achaler" partout dans le voisinage des stations de métro les plus proches.
Le Stade lui-même est immense, comprenant quatre courts principaux avec tribunes et une vingtaine de terrains secondaires, plus des buvettes, des snacks, un restaurant assez correct, un musée-galerie d'art et une section VIP soigneusement cordonnée à l'écart du reste.
Mais Azur elle-même, toute franco-française qu'elle soit, doit admettre que ça n'a pas le charme quasi-champêtre de Wimbledon. Ni son confort. Pas d'ascenseurs, seulement d'interminables escaliers externes pour grimper au haut des gradins, à des sièges étroits avec un espace minimal pour les jambes; j'imagine que c'est dû au fait que le Gaulois moyen est statistiquement plus petit et plus mince que le Britiche… ce qui est de moins en moins évident.
Contrairement aux promesses de la billetterie Web, nos places pour les demi-finales, qui auraient dû être à mi-hauteur du court (principal) Philippe-Chantrier, étaient juchées tout en haut, sous la batterie de haut-parleurs du système de P.A. qui diffusait un rock assourdissant -- en anglais bien sûr -- entre les matches et même entre les sets.
Azur avait eu la curieuse idée d'apporter un parapluie par un temps sans nuages. Bien nous en a pris, car il a fait office de parasol sous le soleil plombant. À chaque changement de côté, on le déployait pour prendre une petite minute d'ombre… ou la partager avec nos voisins reconnaissants!
Et le tennis? Décevant aussi, à une exception près. Federer avait été éliminé sans gloire en quart de finale par Soderling, tandis que Nadal écrasait au rouleau compresseur tout ce qui se présentait devant lui, avec un triste minimum de beau jeu.
Du côté féminin, les soeurs Williams et Justine Henin (ma favorite) avaient déjà disparu du tableau avant les semi-finales. Ces dernières ont été expéditives, l'australienne Samantha Stosur réglant le cas de la serbe Jankovic en deux sets, ne concédant que trois jeux, tandis que la favorite restante, la russe Dementieva, déclarait forfait après avoir perdu un premier bris d'égalité à l'étonnante italienne Francesca Schiavone.
C'est d'ailleurs cette dernière qui a sauvé "notre" Roland-Garros par sa prenante et spectaculaire victoire contre Stosur en finale. À près de trente ans, elle se comportait comme un lutin bondissant partout sur le terrain, multipliant les coups rocambolesques dans un style attaquant à la volée qu'on n'avait pas vu depuis les beaux jours de Navratilova. On la devinait portée par une passion et une joie de jouer communicatives qui ont tôt fait de retourner en sa faveur un public d'abord favorable à l'Australienne.
Longtemps avant le point final du tie-break du deuxième set, tout le monde avait vu qu'il se passait là quelque chose d'exceptionnel: Schiavone, en état de grâce, jouait le match de sa vie et ne pouvait pas perdre. Après le dernier coup de raquette, elle s'est jetée à genoux pour embrasser le terrain puis, le bas du visage tout rouge de poussière de brique, a grimpé dans les gradins comme un petit singe pour sauter au cou de sa famille et de son équipe.
L'autre image inoubliable qu'il m'en reste est celle, prise un instant plus tard par un caméraman inspiré, de Schiavone s'arrêtant dans l'escalier du vestiaire des joueuses pour se marteler le front de coups de poings incrédules: "J'ai gagné Roland-Garros. Moi! Moi!"
À côté de ça, les semi-finales masculines nous ont paru plutôt ternes, Soderling se débarrassant de Berdych (éventuel finaliste surprise de Wimbledon) en quatre sans le moindre suspense, et Nadal écrabouillant l'autrichien Melzer en trois. Il devait d'ailleurs faire subir le même sort au Suédois deux jours plus tard, une finale que nous avons regardée à la télé du bar de notre hôtel, sans le moindre regret de n'avoir pas pu la voir sur place.
Un effet collatéral assez imprévu du tournoi est que la passion d'Azur pour son "Vamos" majorquin s'est brusquement éteinte en indifférence. Autant voir jouer Federer en direct à Wimbledon l'an dernier a été pour elle une découverte qui l'a obligée à reviser son opinion assez méprisante du Suisse, autant la vision de Nadal écrasant sans pitié un adversaire puis l'autre en les obligeant à déjouer l'a fait brusquement déchanter. Verdict sans appel: "Pour moi, c'est pas du tennis."
De mon côté, j'en suis sorti convaincu que Federer est en bout de course -- ce que Wimbledon devait confirmer trois semaines plus tard. Non qu'il n'ait plus le talent ni la forme physique, mais je pense qu'à 28 ans, marié et père de famille, ce garçon trop intelligent a perdu le feu sacré, la rage de gagner qui lui faisait supporter la vie nomade et les entraînements durs et interminables qui étaient son lot sans interruption depuis une douzaine d'années. Il avait déjà annoncé sa retraite à trente ans, je ne serais pas surpris qu'il devance cette échéance.
Le reste du séjour à Paris s'est passé plutôt agréablement mais sans histoire, à profiter du beau temps pour flâner à Saint-Germain, à tenter de joindre les vieux copains (en vain la plupart du temps, sauf pour Gisèle Maia que nous sommes allés trouver chez elle derrière les Batignolles), à errer dans la Foire des Antiquaires place Saint-Sulpice, à bouffer des repas assez moyens dans des bistrots choisis au hasard. Deux exceptions notables:
- Un restaurant familial comme il ne s'en fait plus, Chez Géraud, succulente cuisine bourgeoise et spécialités de gibier en saison, dans une petite rue du côté de La Muette.
- Un repaire italien de fanas du tennis avenue Kléber (à dix pas de notre hôtel), Fra Diavolo, dont le patron non seulement nous a servi des pizzas exemplaires, des osso bucco fondants et des foies de veau tendres et parfumés, mais encore nous a offert un délicieux marsala aux amandes pour célébrer la victoire de sa compatriote Schiavone. Grazie!
Le retour à Montréal le 10 juin s'est fait sans douleur, American Express ayant même envoyé une voiture avec chauffeur nous cueillir à Dorval pour nous amener rue Wilderton. Ce que c'est que d'être des clients dépensiers!
Mais dès le décalage horaire un peu résorbé, il a fallu accélérer le rythme, car il restait moins de trois semaines pour régler tous les détails de notre premier déménagement depuis 18 ans.
Après réflexion, nous quittons Wilderton et nous installons dans un ensemble locatif grand confort "pour retraités actifs". C'est juste en face du Village Olympique, en diagonale de l'hôpital Maisonneuve-Rosemont, donc assez loin dans l'Est; nous aurons un 4 1/2 au 9e avec terrasse et vue sur la ville (sud-ouest). Un peu plus petit (90 m2) que notre logement actuel, mais mieux divisé: cuisine avec comptoir-dînette donnant sur le grand salon double, coin bureau entre les deux chambres. Appareils ménagers fournis, y compris lave-vaisselle et mini-salle de lavage équipée. Sécurité blindée lorsque nous partirons en voyage.
Pourquoi maintenant? L'immeuble de Wilderton était de moins en moins bien entretenu et ils refusaient de faire les travaux de rafraîchissement qui s'imposaient même si nous partagions les frais. La côte était de plus en plus difficile à monter et à descendre en hiver, surtout pour Azur. Enfin, c'est mieux d'agir pendant que nous sommes relativement en forme, que d'attendre d'y être obligés par des problèmes de santé. Qui sait comment nous nous sentirons dans un, deux ou cinq ans?
Là, nous aurons tout sous la main dans l'immeuble même: piscine intérieure-extérieure, jacuzzi-sauna-fitness, massage et coiffeur, pharmacie, dépanneur, bar-salon, même un restaurant potable qui peut livrer aux appartements. Plus des salons privés pour recevoir les copains, une salle de cinéma "apportez-vos-DVD", une bonne bibliothèque gérée par les résidents, un atelier de beaux-arts et photo avec moniteurs et (riez pas!) une zone de loisirs de groupe abritant un "golf range" virtuel et deux allées de quilles!
Ajoutez à ça un assez beau jardin dehors, une infirmière sept jours/semaine (aide-infirmière la nuit) qu'on peut appeler en appuyant sur un bouton, la visite hebdomadaire d'un médecin spécialisé en gériatrie et médecine préventive, une navette pour aller faire les courses au centre d'achats (avec livraison).
Nous avons fait appel à un déménageur "all-dressed" qui est venu emballer les caisses avant le déplacement et est revenu les déballer à destination. En principe, on ne touchait à rien. On n'allait pas pour autant pouvoir se tourner les pouces: il fallait choisir ce qu'on apporte et ce qu'on laisse dans le fatras accumulé depuis 30 ans et plus; acheter ce qui manque (rideaux, stores, tapis, éclairage, quelques meubles); planifier où tout va aller; disposer du trop-plein (cuisinière, frigo 2-portes, plafonniers-ventilateurs, vieux tapis et meubles, etc.); faire le changement d'adresse pour les services (télé, Internet, téléphone, courrier, banque) et les amis...
De surcroît, puisque nous avons engagé le déménageur à la dernière minute, il lui était impossible d'effectuer toute l'opération en même temps. Une équipe est donc venue emballer nos effets quatre jours avant le temps, une autre les déballer trois jours après. Si bien que nous avons dû camper au milieu de montagnes de carton pendant une semaine, ne conservant que le minimum nécessaire pour survivre! Un peu dur surtout par cette canicule, mais ça ne s'est pas si mal passé, d'autant plus que le neveu Vincent (fils de mon frère Antoine et bon comédien) est venu nous prêter une main secourable.
Enfin, les meubles commandés arrivent au compte-gouttes, les fournisseurs et livreurs étant eux aussi débordés en cette saison de renouvellement des bails. D'abord les lits (un nouveau lit d'eau "dernière génération" pour moi, un matelas de "mousse-mémoire" pour Azur), puis les tapis (d'Iran, magnifiques mais pas encore déroulés), une première bordée de fauteuils, de lampes et de bureaux suivie d'une seconde de chaises, tabourets et re-bureaux une semaine plus tard.
Quinze jours bien comptés après notre arrivée, la nouvelle maison est devenue presque habitable; le grand salon-salle à dîner est agencé à notre goût, la télé et la chaîne audio fonctionnant correctement, la cuisine assez bien rangée, le coin bureau (un peu exigu mais on s'y fera) peuplé d'ordinateurs en état de marche. Il reste les fenêtres vierges de rideaux et stores -- une douillette suspendue à des anneaux de douche en tient lieu dans la chambre d'Azur en attendant que le tout soit livré dans un mois -- et surtout ma chambre, qui offre un aspect original mi-caravansérail, mi-entrepôt, car nous y avons entassé un tas de cartons demi-vidés plus un vrai mur de boîtes contenant la moitié de la bibliothèque, dans laquelle je ne m'étais pas résolu à faire le tri avant le départ de Wilderton.
En plein milieu de tout ce branle-bas, les voisins et amis Chantefort sont débarqués de Montpellier pour visiter leur fille Caroline et leur petite-fille Eliza, montréalaises. J'ai trouvé le tour d'aller déguster avec André un gazpacho et un chorizo grillé au El Gitano de l'avenue du Parc une chaude soirée de la semaine dernière, et toute la famille est venue prendre l'apéro dans le nouvel appartement hier, juste avant un lunch de homard et la finale du Mondial de foot.
Je ne sais trop par quel miracle, nous sommes parvenus à voir la quasi totalité des matches sud-africains, vivant au rythme des multiples péripéties de ce tournoi hors du commun. Azur a vécu comme un affront personnel le comportement absurde de ce qu'on a appelé (bien à tort) "l'équipe de France" et qui n'était en réalité qu'un agglomérat d'égotismes. Ce triste assemblage est d'ailleurs sorti du jeu par la petite porte, tout comme le groupe de l'âge d'or italien, qui s'est avéré essoufllé et perclus dès la seconde demie de son premier match. Un sort bien mérité dans les deux cas.
Nous nous sommes habitués au bourdonnement incessant des "vuvuzelas", avons compati aux malheurs des Bafana Bafana sud-africains puis des si agiles et braves Sud-Coréens, nous avons applaudi les déboires d'Anglais talentueux mais peu sympathiques, pleuré l'incroyable défaite du Ghana alors qu'il avait une victoire historique à la pointe du soulier, regretté l'écrasement par les Allemands de la bande argentine à ce Rigoletto de Maradona.
Parmi le dernier carré d'as, notre choix était fait depuis longtemps -- avant le début du tournoi dans mon cas, au lendemain de l'élimination de la France dans celui d'Azur. Viva Espana! Quel joli jeu propre et élégant, quelle cohésion, quelle belle entente (apparente, en tout cas) entre des individualités fortes et diverses. Avec en plus une détermination et une solidité nouvelles dans la défense et face à l'adversité, incarnées dans la gueule expressive du sélectionneur Vicente Del Bosque. Et puis, nos copains Pépine et Pedro veillaient sur eux de là-haut.
Malgré tous les commentaires peu flatteurs des experts (qui visiblement n'y croyaient pas et se laissaient éblouir par le brio des Brésiliens et des Allemands), je n'ai jamais tremblé -- sauf peut-être un court instant, au début de la demi-finale contre la Mannschaft. Mais dès la partie bien engagée, il est devenu clair que c'est le style espagnol qui allait dominer chaque engagement, le résultat final n'étant que le couronnement de la démonstration. Pour moi, même si je ne suis pas grand clerc en la matière, tous ces matches gagnés un but à zéro étaient la signature d'une grande équipe, capable chaque fois de hisser son jeu exactement au niveau qu'il fallait pour l'emporter.
Je regrette seulement que les Néerlandais aient trahi leur beau parcours et leur forme fluide et sympathique de football en adoptant pour la finale un mode brutal d'antijeu indigne de leur tradition, pire encore que ce qu'ils avaient fait contre le Brésil. Ils auraient bien mieux paru -- et peut-être eu des chances de l'emporter -- s'ils avaient été eux-mêmes.
Quoi qu'il en soit, l'Espagne a de bonnes raisons de célébrer cette victoire méritée grâce à laquelle, comme l'a souligné Didier Roustan sur le Web de L'Equipe, "le football revient de loin". Olé!

02 mai 2010

Fête du Travail… et fête tout court

Après une semaine assez ennuyeuse à tout remettre en ordre, à réparer les petits défauts découverts sur le Bum pendant les trois semaines de mer et à compléter les chiffres d'impôts liés au bateau pour le comptable de Montréal, nous avons décidé que nous avions bien droit à une gâterie. De taille. Ça a pris la forme d'un délicieux lunch chez Brédas qui, comme à la même époque l'an dernier, a ouvert ses portes spécialement pour nous et notre dizaine d'invités, de marque cela va sans dire. Cette fois, nous avons amené surtout nos copains et voisins du Marin: Michel et Florence de la "Marie-Joseph", le monocoque qui nous fait face sur le ponton, Philippe, le fana de jazz (et de rhum - il m'a offert en plus d'une série de disques locaux un curieux et bon Fajou blanc de la Guadeloupe) qui entre ses loisirs gère l'occupation des pontons pour la Marina, Pancho qui tient la boutique du Marin-Pêcheur, vieil ami et complice de notre ami disparu Jean-Marie Deschamps, plus deux couples de revenants de l'année dernière, Raymond Marie et sa Ginette, et Léna et son Jean-Yves québécois. Saluez, tout le monde!
Cette table on ne peut plus conviviale (pour ne pas dire bruyante) a eu droit à un menu dessiné sur mesures, dont la pièce de résistance était un mignon de porc aux légumes pays dont personne n'a laissé une seule miette, même après une débauche de foie gras avec ignames et bananes jaunes en entrée! Léna, experte en la matière, avait choisi un joli blanc semi-liquoreux de Tariquet pour démarrer, puis un chateauneuf-du-pape au-dessus de tout reproche. Et je ne parle même pas du chaud-froid en dessert, arrosé d'un rhum Saint-Étienne hors d'âge!
Pendant ce temps, la conversation roulait sur tous les sujets possibles, de Georges Frêche (Florence est originaire de Montpellier) aux indépendantistes antillais (Raymond en est), en passant par les aventures de voyage, les incidents de voile et de pêche, les ports et les marinas des pires aux meilleurs, les souvenirs des passages de Deschamps en Martinique (plusieurs du groupe l'avaient connu) et inévitablement le manger et le boire. Lorsque le groupe s'est dispersé peu avant le crépuscule, la moitié de la bande est redescendue vers Le François où se tenait une soirée de guitare jazz pour laquelle notre afficionado attitré nous avait réservé des places.
Celles-ci comprenaient non seulement les prestations d'une bonne demi-douzaine de formations éclectiques, mais également le bar ouvert et de gigantesques marmites odorantes de paella et de saucisses aux haricots épicés.
Parmi les combos à noter, deux bons guitaristes et surtout un virtuose de l'orgue Hammond, José Privat, qui faisait swinguer toutes les formations auxquelles il participait. Nous avons retrouvé là un vieux copain, Jacky, qui a passé plusieurs années à Montréal, en particulier avec notre amie africaine Monique, emportée par le cancer dans la fleur de l'âge. À part ça, pas grand-chose à signaler ces derniers jours… Ah oui, une redécouverte sympa: le resto de bord de mer Chez Filin, installé sur la très jolie plage de l'Anse Figuier, parfait pour un bain de mer suivi d'un fameux poisson grillé. Et la patronne Ghislaine a des liens de parenté avec Azur, ce qui ne gâte rien. Prochaine étape, Montpellier jeudi prochain… et la suite du blogue ira sans doute au début juin, lorsque nous serons à Paris pour Roland-Garros. Vamos!!!

01 mai 2010

Régatte de voiliers classiques

(22 avril 2010) «Jonas dans la baleine disait: "J'voudrais ben m'en aller"», la comptine idiote qui me trottait dans la tête au départ des Saintes m'a incité à surnommer Jonas le magnifique cachalot qui nous attendait patiemment juste après la Passe du Sud, avant-hier au coucher de soleil.

C'est à la suite d'un assez vif débat sur la durée du voyage et l'opportunité de retrouver le plus vite possible notre port d'attache que j'ai insisté pour que nous nous mettions en route à cette heure inhabituelle, afin de rallier en une seule étape de nuit le Marin, sans effectuer l'escale habituelle à la Dominique.
Pourtant, le second arrêt à Antigua a été un succès. La descente de Barbuda samedi dernier, pluvieuse au début, s'est faite plutôt rapidement et le choix de Marc de contourner Antigua par l'est (la "Côte au vent") a
été amplement justifié par une bonne brise qui nous a amenés en milieu d'après-midi dans la baie d'English Harbour, que nous avions choisie de préférence à Falmouth par crainte -- justifiée -- que cette dernière ne soit hyper-achalandée à l'occasion des régattes du week-end.
Le petit port-musée (déjà décrit) était lui aussi plutôt occupé, mais nous avons quand même trouvé à nous loger au ponton du carénage, où nous devions effectuer des vérifications et peut-être des réparations à l'annexe et au guindeau (treuil motorisé de l'ancre principale).
Pendant qu'un technicien triturait le moteur du guindeau dans son atelier voisin et qu'un mécanicien en faisait autant de l'annexe le long du quai le lendemain matin, nous sommes partis au large contempler un spectacle unique: une cinquantaine de voiliers "classiques" démarraient juste à la sortie du port pour se disputer une course de vingt milles en quatre "bords" entre deux bouées.
Ils se divisaient en cinq classes, dont les deux plus étonnantes étaient les "grands classiques" à coques de bois ou de fer et deux ou trois mats à gréements traditionnels, certains datant des années 1940, et les "esprit de la tradition", immenses bateaux modernes mais conçus et construits dans la lignée des yachts classiques.
Certains portaient jusqu'à une douzaine de voiles, manoeuvrées par des équipages de vingt à trente-cinq marins.
Le virage face au vent autour de la bouée "de terre" et l'empannage vent derrière autour de la bouée "du large" étaient de véritables ballets durant à peine quelques secondes, mais orchestrés avec une extraordinaire précision. Nous avons passé trois bonnes heures à suivre les péripéties de la course, au milieu d'une flottille d'autres amateurs, dont un étonnant deux-mats à voiles rouges gréé en jonque chinoise. Quel spectacle!
De retour au ponton, pendant que nous dégustions à bord un lunch concocté par Twiggy, nous nous sommes trouvés aux premières loges d'un gracieux défilé des participants, qui venaient effectuer un tour d'honneur dans la baie d'English Harbour sitôt leur course terminée. Nous y avons reconnu plusieurs de nos anciens voisins de quai lors de notre précédente escale à Antigua.
Le clou du spectacle était un joli yacht rose, manoeuvré par une dizaine de naïades en bikini... Très hollywoodien!
En fin de journée, le technicien (prénommé curieusement "Mandela") est venu réinstaller le guindeau rafistolé, si bien que nous avons pu nous remettre en route pour la Guadeloupe dès lundi matin. Pendant la première heure de la traversée, nous avons d'ailleurs eu l'occasion d'admirer le premier "bord" de la dernière régatte du week-end, mettant aux prises plusieurs des mêmes voiliers que la veille, mais sur un parcours différent.
Nous avons passé une nuit peu mouvementée au mouillage de Deshaies, puis sommes descendus, en grande partie à moteur et par calme plat, jusqu'aux Saintes, où nous avons découvert (a) que notre réservoir d'eau était vide et (b) que la réparation du guindeau n'avait pas tenu. Par bonheur, le quai des marins-pêcheurs du bourg de Terre-de-Haut, normalement réservé aux professionnels, nous a accueillis et ravitaillés.
C'est à ce moment que, constatant que nous n'avions plus de guindeau (donc des possibilités de mouillage bien réduites) et que de plus Azur commençait à être très fatiguée et impatiente du voyage, j'ai décidé d'imposer un retour immédiat "à la maison" au lieu des trois étapes prévues initialement. Une fois le premier choc passé, et calmées les inquiétudes face à la navigation de nuit, la bonne humeur est revenue et le goût de l'aventure nous a repris.
C'est sous l'éclairage dramatique d'un gros soleil rouge frôlant l'horizon que nous avons franchi la passe menant des derniers îlets des Saintes vers la Dominique, distante d'une quinzaine de milles. Tout-à-coup j'entends Marc crier: "Attention, épave devant!" qu'il corrige aussitôt par "Baleine! Baleine!"
L'apparence première de Jonas était en effet un peu ambiguë: une sorte de longue barre noire luisante flottant au ras de l'eau, juste au travers de notre route. Ce pouvait aussi bien être un grand canot renversé qu'une grosse pièce de bois détrempée. Il fallait quelques secondes pour constater que c'était vivant et que ça se déplaçait, lentement, par ses propres moyens.
Marc réduit les moteurs et nous nous arrêtons à peut-être 25 mètres du monstre, dont le dos arrondi et strié, avec son moignon d'aileron caractéristique, dépasse la longueur du Bum chromé. Si on ajoute la queue, actuellement invisible, le tout doit bien faire dans les 17-18 mètres, sinon plus! Belle bête.
Pendant une dizaine de minutes, nous en faisons le tour à vitesse réduite: on a l'impression qu'il nous observe lui aussi, ou bien qu'il pose pour la photo! Deux ou trois fois il lance des jets de vapeur vers l'avant, et puis il fait le dos rond et plonge comme au ralenti. La dernière vue que nous laisse notre ami Jonas est son énorme queue battant l'air, teintée des couleurs du soleil couchant.

22 avril 2010

Les Antilles snob du nord

(16 avril 2010) La remontée vers Statia avait débuté tout doucement le long de la côte sud-ouest de St. Kitts -- que nous avions visitée et trouvée sans grand intérêt il y a deux ou trois ans. Mais à mi-chemin de l'île, nous nous sentons brusquement soulevés par un fort vent de côté soufflant en rafales de 25, parfois 30 noeuds. Il y a tellement d'air que même en prenant un ris (raccourcissant les voiles), nous filons bientôt à plus de neuf noeuds, d'autant plus que la côte proche nous protège de toute houle importante.
C'est donc au bout d'à peine plus de trois heures, au lieu des cinq prévues, que nous contournons la dernière pointe sud de Statia pour mettre l'ancre devant le cimetière de la "capitale", Oranjestad. Celle-ci est à peine plus qu'une grosse bourgade nettement stratifiée en deux niveaux, le port et la haute-ville, reliés par deux côtes dont la plus abrupte a gardé le nom évocateur de "Slave Hill".
Tandis que nous préparons un repas à bord, Marc s'acquitte des formalités et revient nous informer qu'il n'y a pas grand-chose d'intéressant à voir à terre… et que Statia est une des rares îles des Antilles sans une seule plage digne de ce nom. Prometteur!
Comme de plus le mouillage est assez agité, c'est sans grand regret que nous hissons les voiles le lendemain matin pour piquer vers le nord et Saint-Martin. Le long trajet, en bonne partie contre le vent et mouillé de quelques averses, est tout de même assez rapide pour que dès 16 heures, nous contournions la "pointe aux Oiseaux" qui cache la baie de Marigot, capitale de la partie française de l'île (l'autre partie étant néerlandaise).
Bravo, qu'on se dit, on aura tout le temps de pénétrer de jour dans la curieuse et un peu déroutante mais confortable marina circulaire de Port Louis. Tu parles, Charles! Un vent de tête de 25 noeuds et une houle courte et hachée nous accueillent à l'entrée de la baie et ne nous lâchent plus, les moteurs nous traînant à guère plus de trois noeuds. Il faut donc une grande heure pour enfin pénétrer à l'abri du brise-lame en demi-lune, où nous découvrons que les pontons sont fort achalandés, notamment d'une vingtaine au moins de grands motor-yachts.
La place était presque vide la dernière fois, mais il faut dire que la marina venait alors d'ouvrir et n'avait même pas terminé ses aménagements.
Entre-temps, la capitainerie a fermé ses portes pour la nuit et plus personne n'est là pour nous accueillir et nous guider dans ce qui est déjà le crépuscule. Tant bien que mal, nous dénichons une place à quai. Un ou deux voisins compatissants (dont un jeune couple de Brésiliens) nous aident à nous amarrer convenablement le dos au ponton, dans un espace plutôt restreint. Une planche trouvée sur le quai nous sert de passerelle pour débarquer et aller manger un repas bien mérité dans un resto du centre-ville voisin.
Au matin, en nous inscrivant au bureau, nous découvrons que notre zone d'amarrage est consacrée aux bateaux américains, et donc que le voltage, les formats des prises de courant et des prises d'eau ne correspondent pas aux nôtres. Il faudra toute une journée pour que nous soyons enfin alimentés correctement. Et l'accès Internet, acheté à prix d'or -- il était gratuit jadis --, ne fonctionnera jamais à une vitesse acceptable.
Enfin, une vraie passerelle pliante de débarquement, gentiment signalée par un skipper, nous est refusée par la direction de la marina: "C'est une propriété privée, qui appartient à un autre bateau! Nous allons vous en fournir une autre." Avec un sourire un peu gêné, le préposé aux services nous revient une heure plus tard… avec la même passerelle. Mais cette fois c'est OK, puisqu'il s'agit d'un prêt "officiel". Allez donc comprendre la logique saint-martinoise.
La seconde journée au ponton est entrecoupée d'une belle série d'averses, qui perturbent sérieusement notre programme de shopping (quoi faire d'autre à Saint-Martin?) et de visite. Nous louons quand même une voiture pour descendre faire les courses dans un centre commercial "frontalier" solidement stocké, puis remonter luncher à "la Main à la Pâte", agréable et bon restaurant de bord de quai tenu par le plus hexagonal des Français. Vingt pas plus loin, Azur a le bonheur de trouver un marchand de journaux correctement fourni en publications françaises.
C'est donc le lendemain que nous partons en milieu de matinée pour une tournée dans le nord de l'île, creusé de jolies baies auxquelles leur vocation intensément touristique n'a quand même pas enlevé leur beauté, parfois à couper le souffle.
La balade, qui nous fait traverser au moins quatre fois la frontière franco-hollandaise zigzagante et toute virtuelle, se termine par un repas sans façon dans une recommandation du Routard, Ô Plongeoir, tout près de l'entrée de la marina.
Vu la date où nous sommes, la température plus ou moins clémente et une certaine fatigue avouée par Marie-José, nous jugeons préférable de renoncer à poursuivre vers les Îles Vierges, ce qui demanderait une semaine supplémentaire, et surtout au moins une très longue étape d'une centaine de milles, partiellement de nuit. À la place, nous en profiterons pour voir deux îles que nous ne connaissons pas, et nous arrêter de nouveau à Antigua au moment des Classic Regattas dont nous avions vu les impressionnants préparatifs la semaine dernière.
Jeudi midi, nous faisons donc escale à Saint-Barth, la plus huppée et une des plus petites des Antilles françaises. À l'entrée du port, assez encombré, nous sommes fascinés par une curieuse bête, moitié goélette, moitié multicoques. Nous apprendrons que le "Pilar Rossi" est la douce folie du coureur automobile Nelson Piquet, qui a transformé graduellement ce qui était un motor-yacht de 39 mètres en un super-voilier hybride de 64 mètres!
La chauffeure de taxi qui nous fait visiter s'empresse de nous pointer d'abord les centres commerciaux les plus cossus, puis les boutiques de luxe (Dior, Armani…) et enfin la résidence de Noureyev et celle de Johnny Hallyday, qu'elle prétend même apercevoir à la terrasse d'un café. Azur s'abstient de lui signaler que d'après le Paris-Match acheté la veille, le grand copain de Sarkozy est actuellement hospitalisé, en Algérie semble-t-il. Mais quoi? Il y en a bien qui voient encore Elvis déambuler dans les rues de Vegas!
Ce soir, dodo très hâtif, car il faut lever l'ancre au point du jour si nous voulons arriver avant la nuit à notre prochain étape, Barbuda. La première partie du trajet consiste à contourner le nord de Saint-Barth, ce que nous faisons par un vent de face combiné avec une houle très creusée. Heureusement, dès que nous mettons le cap vers le sud-est, la vitesse grimpe de quatre à huit noeuds, ne faiblissant que lorsque nous croisons des grains, assez fréquents.
Barbuda est une grande île coralienne, donc plate et sans le moindre relief (son "sommet" n'atteint pas les 60 mètres) mais bordée de magnifiques et interminables plages blanches, parfois même roses. Une bonne partie de l'intérieur est occupée par un immense lagon où vivent de multiples espèces d'oiseaux et d'animaux aquatiques. Le seul village, Codrington, dépasse à peine les 1200 habitants et n'offre même pas un port digne de ce nom.
Nous jetons l'ancre à l'extrême sud le long de Cocoa Point, le seul endroit relativement à l'abri de la brise de nord-est, qui n'a pas molli. Un mouillage "sauvage" s'il en est: avec trois autres bateaux, nous avons pour nous seuls une plage blonde longue d'une dizaine de kilomètres, que nous nous promettons de mettre à profit au matin.
Hélas, nous nous réveillons sous un ciel chargé de nuages sombres qui commencent à nous crever au-dessus de la tête dès le petit déjeuner. La baignade anticipée prend plutôt des airs de douche! Dans ces conditions, aussi bien lever les voiles et descendre illico vers Antigua, où un bon vent nous pousse de toute façon.