mercredi 9 décembre 2009

9 décembre2009

"La camargue qui ne (nous a pas) pardonné D'avoir semé des fleurs dans les trous de son nez (Nous) poursuit d'un zèle imbécile…", comme dit Brassens.

Après le cinéaste Gilles Carle la semaine dernière (et trop d'autres depuis quelques années), c'était au tour de Jean-Marie Deschamps, notre pirate californien préféré et le compagnon programmé de notre prochaine fête des Rois à Sonoma, de nous fausser compagnie aux petites heures hier matin. Son ex-compagne Véronique, que nous lui avions présentée il y a pas loin de 40 ans, nous a téléphoné en larmes dans la soirée pour nous donner la nouvelle. Merdre de merdre!
Deschamps, l'indomptable infirme avec sa patte folle et sa main recroquevillée, l'indécrottable globe-trotter encore plus vagabond que nous, l'irréductible anarchiste partisan de toutes les causes ingagnables (notamment celle des autochtones américains), s'est endormi lundi soir pour ne pas se réveiller, après une soirée passée à dicter à Véro et à sa dernière femme Monica le menu de la fête de Noël pour ses enfants et petits-enfants. Je me permets de citer le dernier message de Véro:
"Il m'a donné un bout de carton qui traînait par là, et il m'a dit: "Écris Véro":
Quelques pâtés, un petit foie gras
deux canards rôtis, pommes de terre sautées/champignons haricots verts
un dessert, une bûche de Noël
Du champagne
En famille avec ma tribu."
Véro encore:
"Chers amis son corp lapidé n'en pouvait plus, mais quel esprit l'habitait! Tenace et courageux il l'a été (…)
Il l'a fait avec courage et volonté, il a continuer à diriger son bateau à tribord et babord en se rattrapant des mauvaises manoeuvres ô combien de fois....
"Le corp médical, tous ses medecins (car il y en avait une palanquée, cardiologue, eurologistes,nefrologues, etc.) avaient tous une grande admiration pour lui, il ne leur faisait pas de quartier, les engueulait, et ils sont tous devenus ses copains.
"Je me souviens de son dernier séjour à l'hôpital au mois de juin dernier où il a failli passer l'arme à gauche, avec des tubes de partout, où l'"intensive care unit" était en effervescence car "it was touch and go", mais notre Jean-Marie s'en est sorti de justesse. Tous étaient intrigués par son personnage et son vif esprit, quel homme c'était, Jean-Marie Deschamps, pas ordinaire, oui; je sais, j'ai partagé sa vie pour 32 ans, et nous ne nous sommes pas lâchés quand bien même nous ne vivions plus ensemble. (…)
"Qui était Jean-Marie? Une entité rare, il occupait une grande place dans la vie de ceux qui l'aimaient, il n'était pas facile à prendre, mais on ne pouvait pas ne pas l'aimer."
On ne peut pas mieux l'exprimer.
Moi, qui disais toujours de lui, de son refus de se fixer : "Deschamps, il y a un seul endroit au monde où il se sent bien: ailleurs!", voici les images qui me reviennent et me gonflent un motton dans la gorge:
- le même 20-dollars qu'on se refilait tant de fois quand on était fauchés vers '62-63 au Bistrot ou à l'Assoç;
- ces insolubles débats politico-philosophiques avec Straram et cie, autour d'une caisse de bière hissée à force de bras depuis le seuil de l'épicerie Bernier jusqu'au balcon d'un 2ème de la rue Closse;
- la rencontre avec Véro organisée par Azur à la Nouvelle Casa (Crescent), d'où il avait entraîné sans hésitation sa nouvelle conquête à l'appart voisin de François de Lucy;
- un week-end avec Azur au Vivoir, la délicieuse et célèbre auberge-resto de ses parents sur les hauteurs de Sausalito;
- une visite à San Francisco dans leur espèce de caravansérail de la rue de Castro, étape décapante dans ma couverture (pour La Presse) de la campagne électorale de '76;
- une longue soirée de '78 en Martinique avec Gilles Vigneault, à se paqueter au rhum en chantant à tue-tête assis dans le sable de la plage des Trois-Ilets, près de son bar-resto;
- d'autres nuits blanches à caler des cruchons de rosé de Napa en rebâtissant le monde dans un quatre-pièces de Marin County en attendant de partir au Japon en '79-80;
- la première à Montréal, un peu plus tard, du joli film-témoignage-réconciliation que sa fille Bénédicte lui a consacré, "Sierra Leone, bonsoir", avec tous les vieux copains qui se sont ensuite rassemblés chez sa première femme Laurette;
- deux ou trois retrouvailles à Paris, dont cette mémorable soirée de vieux célibataires avec Euvrard vers 2005, qui s'était terminée à Pigalle, à l'heure de la "levée des compteurs" des filles et des marlous;
- la dernière visite à Montréal avec sa soeur il y a deux ans, où nous avions fait le tour de leurs lieux de mémoire avant de l'amener revoir François Piazza, Jean Antonin Billard, Arthur Lamothe, Vittorio Fiorucci
(lui aussi disparu il y a pas si longtemps - photo piquée à Time mag.)…
Bon. On va quand même faire ce voyage en Californie, et on sera à Sonoma aux alentours des Rois pour une fête en sa mémoire… où je ne doute pas qu'il viendra prendre un coup avec tout son monde, les vivants comme les fantômes!
Salud.

2 commentaires:

Corto a dit...

Depuis quelques temps mon vieux Renard de Jean-Marie trottait beaucoups dans mes pensées, il est vraie que nos quatres années partagées en Martinique au Last Resort furent hautes en couleurs!!! Et nous ne sommes pas revues par la suite, alors mon vieux Pirate je suis trés triste de te savoir parti voguer dans une autre dimension. Ton souvenir occupera toujours une place dans mon coeur....
à plus mon Vieux Potos
Le Manouche
Me plus sincères condoléances à Véronique et ses proches

Corto a dit...

Depuis quelques temps mon vieux Renard de Jean-Marie trottait beaucoups dans mes pensées, il est vraie que nos quatres années partagées en Martinique au Last Resort furent hautes en couleurs!!! Et nous ne sommes pas revues par la suite, alors mon vieux Pirate je suis trés triste de te savoir parti voguer dans une autre dimension. Ton souvenir occupera toujours une place dans mon coeur....
à plus mon Vieux potos
Le Manouche
Mes plus sincères condoléances à Véronique et ses proches