22 février 2025

Triple péril

Ce qui se passe aux USA est inconcevable dans LE pays à qui une grande partie de la planète faisait confiance pour son avenir. Disons la chose crûment: on assiste à un triple affrontement d’incompétences et d’irresponsabilités. Aussi bien de la part des Démocrates dans l’opposition que des Républicains au pouvoir… et d’un électorat qui doit choisir entre les deux.

* Les premiers sont non seulement désemparés, ils refusent obstinément d’admettre que le problème n’en est pas un de personnalités (dans un camp comme dans l’autre), mais d’institutions dysfonctionnelles et de la sacralisation d’une Constitution vieillotte dont les principes sont sans doute vénérables, mais dont les règles pratiques et les mécanismes sont désuets, inadaptés aux défis de l’ère moderne et visiblement incapables de contrer l’ascension même d’un lunatique sénile.

* Les seconds sont tellement obsédés à la fois par une reconquête apparente du pouvoir et par la peur panique des rages d’un prétendant-dictateur populiste dont ils ont stupidement encouragé le retour contre leur propre intérêt, qu’ils ont perdu tout contact avec la réalité… et avec leur clientèle électorale, qui risque fort de se retourner contre eux à la première occasion.

* Mais le pire est le sort et le rôle des simples citoyens votants et consommateurs, qui vont payer très cher le prix d’un véritable enchaînement d’erreurs pourtant flagrantes et évitables:

 - Ils ont choisi de croire les promesses irréalistes d’un menteur congénital plutôt que la franchise d’une candidate moins aguichante, dont la vision n’était sans doute pas suffisamment audacieuse.

  - Ils ont préféré le mirage de leurs intérêts personnels à court terme à la certitude d’une prospérité collective qui, quoique réclamant des sacrifices temporaires, pouvait assurer leur confort à long terme.

 - Ils ont voulu réagir au déclin prévisible d’un pouvoir impérial insoutenable sur la planète par un retour vers le passé voué à l’échec, plutôt que d’affronter un avenir plus modeste mais parfaitement viable,  notamment grâce à des outils technologiques qui étaient à leur portée.

 - Ils ont répété leur dangereuse habitude de prétendre que parce qu’ils avaient élu un Président, il répondrait à leurs attentes malgré des lacunes flagrantes (comme Nixon, Carter, G.W. Bush et Joe Biden?).

La conséquence de ce constat est que le reste du monde doit cesser de regarder vers Washington pour faire face aux véritables et sérieux défis que pose le nouveau millénaire. Hélas, aucun des autres candidats au leadership n’est vraiment plus fiable:

 - L’Europe est indécise et divisée… et le sang-froid habituellement réaliste des Britanniques aux prises avec le Brexit lui fait tristement défaut.

 - La Russie est retombée dans ses vieux démons et se fiche bien du sort du monde pourvu qu’elle ait l’illusion de le dominer.

 - La Chine, pourtant l’option la plus prometteuse (elle a quarante siècles d’histoire non-agressive et non-impérialiste face au reste du monde), se retrouve sous la gouverne d’un quasi-dictateur atypique dont il est difficile de cerner les intentions réelles.

Si vous avez une meilleure solution que de faire confiance à un électorat plus instruit et mieux informé, bienvenue. Mais ça presse!

13 février 2025

Mea culpa…

 Ma réaction à une grande partie des informations dérangeantes qui circulent ici et ailleurs (dont une partie par ma faute, et je m’en veux!) est qu’elles sont vraies, mais pour la plupart de simples confirmations des craintes manifestées par les milieux progressistes depuis des mois. Je ne vois pas bien en quoi les répéter à satiété contribue à avancer vers une solution: il me paraît évident que la gravité de la situation exige bien plus que des regrets et plaintes stériles et des alertes dispersées sur des thèmes disparates. 

Nous devrions plutôt unir nos forces pour définir et mettre en place des initiatives et des projets d’envergure qui peuvent effectivement contrer ce qui se passe, dans l’immédiat et pour l’avenir.  Ce qui implique des actions concertées pour utiliser les moyens légaux existants, si peu efficaces qu’ils soient, en parallèle avec des manifestations et des mouvements populaires de contestation à l’intérieur des USA mais aussi dans les pays visés ou déjà victimes des politiques de Musk-Trump,  de Macron et autres réactionnaires... 

Par exemple, la volonté de boycotter les produits yankees est certainement louable, mais si elle se résume à un retour de flamme pour «l'achat chez soi», elle va vite montrer ses limites. Les acteurs socialement engagés du monde commercial (économie sociale et coopérative...) devraient d'urgence travailler ensemble à travers les frontières et profiter de l'occasion pour développer des réseaux de circulation et de distribution entre leurs organisations, en mettant l'accent sur l'échange de produits qui existent ou peuvent être produits plus naturellement dans un pays ou une région et pas dans d'autres.

Il faut aussi (moins évident mais tout aussi nécessaire) réfléchir sur le fond du problème et proposer des réformes pratiques, d’abord politiques mais avec des implications sociales et économiques, qui répondent aux angoisses et insatisfactions justifiées de masses de citoyens qui se sentent impuissants et infantilisés par le système existant. Sans un volet positif, porteur d’espoir, les mesures purement défensives et les protestations ne régleront rien… comme l’ont démontré les malheureux échecs à moyen et long terme du Printemps arabe, des Indignados, d’Occupy Wall Street, des Nuits blanches et autres mouvements populaires pourtant forts et bien intentionnés.

Par ailleurs, j'ai passé une bonne partie de la journée à prendre connaissance sur le Web et dans divers médias des réactions des dirigeants et chefs d'État du reste du monde à ce qui se passe à Washington. Mon constat alarmant est qu'à l'unanimité (s'il y a des exceptions, elles sont loin d'être visibles) cela consiste en une défense pure et simple du statu quo politique accompagnant des bordées de mesures économiques foncièrement néo-libérales. Pas un seul geste en faveur d'une évolution de la démocratie dans le sens des aspirations populaires, et tout plein d'actions qui prétendent protéger le niveau de vie des peuples, mais qui relèvent en réalité d'une préoccupation quasi maniaque pour le bien-être des entreprises... et de leurs relations privilégiées avec les gouvernements. Ce qui, si ma lecture de la situation est correcte, est bien plus de nature à aggraver la conjoncture qu'à l'améliorer.

11 février 2025

Et si c’est nous qui avions tort?

 Il me vient un désagréable mais lancinant soupçon, sans doute issu de la confiance que trente ans d’analyse et de réflexion m’ont convaincu d’accorder malgré tout au gros bon sens du «monde ordinaire»de notre planète. Et si le peuple américain avait voté comme il l’a fait en novembre non par aberration ou sur la base de promesses fallacieuses et irréalistes, mais parce qu’il avait pris conscience, plus ou moins confusément, de la nécessité d’un urgent volte-face dans l’orientation et la structure des institutions publiques face aux très réels défis, la plupart inédits, que pose le 21e siècle? 

Dans ce cas, la tragédie n’est pas que le peuple soit idiot ou irresponsable, mais que l’incapacité de ses élites «démocratiques» traditionnelles de percevoir cette nécessité et de l’affronter positivement l’ait poussé dans les bras du seul camp qui semblait ouvert à un réel changement de direction. Un camp qui hélas  s’avère le plus vicieux et le moins capable d’envisager l’indispensable transition dans un sens progressiste et équitable, précipitant au contraire son pays (et peut-être le monde) dans un stérile retour vers un passé déplorable. On  peut probablement appliquer le même raisonnement à la décision des Britanniques de risquer le Brexit contre le conservatisme figé de l’Union européenne, et à la confusion ubuesque qui règne en France depuis une bagarre sur l’avenir des retraites où aucun des camps en présence n’a su offrir de solution humaine et réaliste à ce qui est un gigantesque problème dans un pays rapidement vieillissant.

Et dans les trois cas, malgré leur évidentes différences, il est dramatique de voir que l’ensemble des «respectables» dirigeants et des faiseurs d’opinion, au lieu de s’attaquer au problème de fond, débattent superficiellement et sans fin de responsabilités et culpabilités individuelles qui ne sont probablement, en réalité, que des symptômes et des effets secondaires. Je rappelle que ces trois cas sont ceux des trois pays qui sont les inventeurs et les défenseurs les plus marquants de la Démocratie telle que nous la connaissons.