21 janvier 2019

Mme Duceppe

Nous sommes très touchés par la mort de la maman de Gilles Duceppe. C'était la femme du comédien Jean Duceppe, j'ai plusieurs fois été invité à manger chez eux quand j'étais jeune célibataire bohème à mon arrivée à Montréal; plus tard, Azur a joué avec lui au TNM. Des gens merveilleux. Dire qu'elle habitait la tour voisine de la nôtre, sans qu'on soit au courant... et mourir de froid dans un appartement de luxe, quelle atroce ironie! (note: en réalité, elle est morte parce qu'elle est sortie dans le jardin derrière la maison en chemise de nuit en plein hiver, sans que personne ne s'en rende compte) Je ne parviens pas à comprendre ce qui s'est passé. C'est sans doute arrivé pendant que nous faisions le pied de grue dans la bibliothèque du rez de chaussée de la résidence LUX, dans la nuit de dimanche: il y avait une panne du chauffage qui a répandu du monoxyde de carbone dans notre immeuble, nous obligeant à le quitter sur l'ordre des pompiers entre 4 et 9 heures du matin!

Trump et le «branding»

Un des défauts majeurs de M. Trump comme président est que, puisque chez lui tout est dans la façade et l'apparence (le «branding»), c'est là tout ce qu'il regarde chez les autres, en particulier chez ceux qui sont soupçonnés d'être hostiles aux États-Unis: Corée, Chine, Russie... Or ce sont des États qui sont passés maîtres dans l'art de déguiser leurs véritables stratégies.
Le cas de la Corée du Nord est typique. Kim Jong Eun fait semblant de respecter ses engagements envers Trump: fin des tests nucléaires –– dont les experts disaient déjà qu'ils avaient été concluants –– et poursuite de négociations (un second sommet au Vietnam), qui jusqu'ici n'ont mené à aucun résultat concret. En parallèle, il ne se gêne pas pour poursuivre presque ouvertement le développement de son programme nucléaire militaire et pour mener une double offensive diplomatique visant à consolider ses positions avec la Chine et à resserrer ses liens avec son voisin sud-coréen, dans tous les cas en directe contradiction avec les intérêts américains.
Mais cela permet à la Maison Blanche de clamer devant sa base conservatrice des «gains» alors que les spécialistes (de droite comme de gauche), qui évaluent surtout ce qui se passe derrière la façade, sont unanimes à estimer que c'est Kim qui gagne à chaque étape de la relation.

27 décembre 2018

No collusion!!!

La dissolution de la Fondation Trump pour fraude, les peines de prison à Papadopoulos et Cohen, les mensonges de Flynn au FBI, les combines de Manafort, les manoeuvres suspectes de la famille Trump auprès des Russes et des Saoudiens convergent très précisément sur un point. Toutes les enquêtes menées ou provoquées par le procureur spécial Bob Mueller démontrent ce qui paraît maintenant évident, qu'Il y avait aux USA mêmes une véritable conspiration de tout l'entourage du Président avec un double objectif: (a) profiter de la position financière et des relations d'affaires de Donald Trump pour infléchir plus ou moins légalement en sa faveur la campagne à la Présidence, (b) profiter de la campagne de Donald Trump à la Présidence pour favoriser plus ou moins légalement son enrichissement et celui de sa famille.
L'ironie suprême de la chose serait que, comme le clame le Président, les enquêtes échouent sur un seul point: qu'elles n'arrivent pas à prouver la chose même pour laquelle elles ont été déclenchées, une collusion entre la campagne de Trump et les hackers russes pour influencer le résultat de l'élection.
No collusion!!!

Logique trumpienne
Tout le monde parle de "théorie du chaos" quant au style de gouvernement de Donald Trump. Je me demande si la logique trumpienne, ce n'est pas en réalité la théorie du chaos à l'envers: une série de bouleversements majeurs à la Maison blanche dérangent à peine le vol d'un papillon en Amazonie!
Je ne puis que m'incliner encore une fois devant la rigueur intellectuelle de la stratégie de défense du Président des USA: sur la question cruciale de la collusion entre sa campagne et les hackers russes, Donald Trump est forcément innocent puisque non seulement ses accusateurs, mais tous les membres de son propre entourage mentent et que lui seul dit la vérité. Oublions le détail insignifiant que sur tous les sujets possibles et imaginables (y compris celui-là), il a été pris en flagrant délit de mensonge ou au moins d'inexactitude quelque 3108 fois en 600 jours de pouvoir... soit en moyenne cinq fois par jour.

02 octobre 2018

Drôle d'élection...

Par la magie d'une bonne connexion Internet et de l'Apple TV, nous avons passé cette nuit montpelliéraine (because le décalage horaire) à suivre sur grand écran la soirée électorale québécoise à Radio-Canada, comme si nous étions au Québec.
On ne peut qu'être déçu de voir triompher la CAQ, le parti le moins prêt à gouverner, avec le programme le plus vétuste. Mais il faut aussi reconnaître trois résultats positifs:
(a) On se débarrasse d'un régime libéral usé, profiteur et dépassé tant au niveau des idées que des manières de gérer l'État.
(b) La débâcle du Parti Québécois impose non seulement un changement de personnel dirigeant, Lisée en tête, mais une véritable refondation impliquant la reconnection du parti avec le peuple et surtout avec la jeunesse, ainsi que du projet souverainiste avec les besoins réels de la population et l'évolution politique et économique de la planète.
(c) La renaissance, avec la montée en force et en étendue de Québec Solidaire d'une véritable gauche militante, jeune et dynamique qui, malgré ses erreurs de jeunesse, apporte un souffle d'intelligence et d'imagination dans le paysage politique.
La surprise a été majeure face à l'ampleur du changement imposé par les électeurs, mais à la réflexion on peut y trouver trois causes principales: le manque de franchise et de propagande explicative sur la nature et la nécessité de la souveraineté, l'erreur stratégique énorme de chercher la vaine résurrection d'un Bloc fédéral qui n'a fait que diviser les forces en pleine période de crise, enfin le choix aberrant d'un chef vaniteux, inconscient des dangers de la situation dont il héritait et braqué sur son ambition personnelle.
Je faisais déjà ces critiques bien avant la campagne électorale, mais des amis péquistes habituellement lucides (Gilbert Paquette, Jacques Lanctot...) m'accusaient de ne pas être réaliste! On a vu le résultat.
Pour le reste, pas grand-chose à dire du dernier mois, passé à faire la paresse dans le climat plutôt chaud pour la saison du Languedoc. Quelques sorties, un souper gastronomique sous les voûtes du XIVe siècle de La Diligence pour fêter l'anniversaire d'Azur, des moules au roquefort et au cari chez le copain Régis, une virée à Palavas-les-Flots pour renouer avec la Mer de Trenet, quelques scotchs avec le voisin du dessous Chantefort... Et pour finir, une orgie de chansons d'Aznavour après son décès subit hier matin. Nous rentrons à Montréal dans quelques jours, au moins pour attraper la fin de l'Été indien –– s'il y en a un.

03 septembre 2018

Fin d'épisode

Et voilà déjà que l'épisode Martinique est terminé. Mercredi nous sommes passés à la banque nous assurer que tout était en ordre financièrement pour les prochains mois, puis à l'agence de voyage voisine pour confirmer nos réservations sur Air Caraïbes vers Orly et acheter nos billets de TGV de Paris à Montpellier. Jeudi, visites d'adieu de Philippe Ursulet et Charles Larcher et dernier repas créole «gastronomisé» au Zanzibar.
Vendredi matin, Twiggy et Henrietta sont venus ranger nos affaires et nous donner un coup de main pour préparer les bagages, encore une fois réduits au minimum. À midi, taxi de Rodolphe jusqu'au Lamentin, embrouillamini pour la remise du fauteul roulant et l'assistance-embarquement, suivis d'une longue attente assez orageuse au Salon Madras pour un départ retardé d'une heure. Pour une fois, cuisine décevante à bord malgré les efforts d'un personnel chaleureux. Samedi matin à Orly, autre taxi (un tunisien ultra-loquace) pour la Gare de Lyon, où nous sommes arrivés juste à temps pour prendre le TGV vers Montpellier. En milieu d'après-midi, nous retrouvons enfin l'appartement voisin de la Mairie qu'Ingrid, notre Chilienne de prédilection, nous a douillettement aménagé comme si nous l'avions quitté hier plutôt qu'en juillet de l'an dernier. Grand repos complet...
La semaine dernière, nous avions finalement pris la mer pour une ballade de quatre jours, assez mouvementée. Le nouveau skipper, Ignace, est un Diamantinois d'âge mur, joyeusement porté sur le rhum, qu'il enfile blanc et sec, en-dehors des heures de travail, heureusement. Mardi matin peu avant neuf heures, nous avons largué les amarres pour sortir du Cul-de-sac du Marin et mettre les voiles à l'ouest, poussés vers Sainte-Luce et le Diamant. Beau temps et brise légère, entrecoupés d'averses brusques mais courtes.
À la demande de Marie-José, nous avons longé la plage du Diamant et passé entre le Rocher et la pointe du Morne Larcher. Comme le clocher sonnait midi, nous avons accosté au quai des Anses d'Arlet. Baignade rapide au milieu d'un mélange détendu de touristes et de locaux, puis bon lunch les pieds dans le sable d'une paillotte familiale de bord de plage. Comme Azur ne se sentait pas en forme pour la courte ballade à son village natal, farniente à bord, petit souper et nuit bercée par la houle lente du mouillage bien protégé.
Peu après le lever du soleil, nous avons levé l'ancre par une brise assez surprenante de constance et d'intensité tout le long de la Côte Caraïbe jusqu'à l'anse de Saint-Pierre, où nous avons débarqué juste à temps pour que Twiggy puisse se précipiter au marché faire des provisions de produits frais, de boulangerie et d'amuse-gueule pour le ti'punch du midi.
Une fois ce cérémonial expédié dans les règles, nous avons gravi en taxi les contreforts de la Montagne Pelée jusqu'au grandiose portail bordé de puissants palmiers royaux de la distillerie Depaz, toute de bâtisses d'une élégance ancienne nichées dans des champs de canne vallonneux d'un vert rutilant. Après un bon repas dans un Moulin à Cannes transformé en temple de la gastronomie antillaise, j'ai refait mes habituelles provisions de rhum vieux (millésimes 2002 et XO) et paille, que nous avons ramenées à bord.
La sieste d'après-midi nous a ménagé une fâcheuse surprise: j'ai été tiré de ma somnolence par un piaillement de voix discordantes -- une bonne douzaine d'invités aussi imprévus qu'indésirés, mélange de pierrotins, diamantinois et métropolitains, avaient envahi le cockpit et Azur, avec son incorrigible bonhommie, avait cru bon de leur offrir un verre. Brusquement réveillé, j'ai piqué un crise que Twiggy, diplomate dans l'âme, a déguisée en urgence: «Désolé, mesdames et messieurs, mais le patron vient de se rappeler que le bateau doit appareiller dans quelques minutes pour rentrer dans la Baie de Fort-de-France avant la nuit.» Dix minutes plus tard, nous nous détachions du ponton et, après une courte et vive discussion, décidions de rentrer dare-dare au Marin, quitte à naviguer de nuit.
Paradoxalement, le voyage de retour dans le crépuscule et une obscurité constellée a été un enchantement. Il était près de minuit quand nous avons choisi de ne pas tenter une délicate rentrée, à l'aveugle ou presque, dans la marina, mais de jeter l'ancre pour la nuit sous la falaise du cimetière de Sainte-Anne, où est enterré le père de ma compagne.
Au lever du jour, conciliabule: pourquoi retourner au bercail, alors que la capitainerie ne nous attendait pas avant au moins deux jours? Nous sommes donc repartis vers le sud et l'ouest, doublant la pointe des Salines, l'Ilêt Cabrit et la Table du Diable; après avoir hésité un moment devant la tentation d'une plongée dans le miroitement turquoise des eaux éternellement calmes de la Baie des Anglais, nous avons remonté la Côte Atlantique, longeant le Vauclin protégé par sa ceinture de récifs de corail, pour pénétrer dans le chapelet de petits îles semi-désertes qui enserrent les Fonds Blancs du François et la mythique Baignoire de Joséphine.
Là, nous avons mis l'ancre assez loin du bourg, avec l'intention de rendre visite au cousin Daniel Philémont-Montout. Mais ce dernier étant indisposé, nous avons plutôt expédié Twiggy au restaurant de Leroy Mongins, sur l'Islet Thierry, d'où il nous a rapporté un plantureux déjeûner, pris dans le cockpit après la traditionnelle baignade apéritive sur les fonds de sable immaculés. Re-plongée dans les irrésistibles eaux-miroirs avant le coucher du soleil, puis contemplation béate d'un ciel brillamment étoilé (grâce à l'éloignement de toute agglomération éclairée et malgré une quasi-pleine lune) et sommeil sans histoire.
Vendredi enfin, retour à notre ponton du Marin après une dernière escale face à la plage de Sainte-Anne pour savourer les délices de la Cour Créole, un comptoir de cuisine traditionnelle à emporter dont on nous avait vanté les mérites, avec raison. Et pour mettre un terme agréablement harmonieux à cette virée, Azur et moi nous sommes laissés séduire par une voix «bluesy» un peu rauque qui nous parvenait de la rive dans l'obscurité. Rhabillés à la hâte, nous nous sommes retrouvés attablés devant une pierrade d'agneau de l'Annexe, à écouter, sur les accords d'un bon guitariste barbu grisonnant, une talentueuse chanteuse locale (dont le nom nous a hélas échappé) qui égrenait un répertoire éclectique dans un style à mi-chemin entre notre Marjo québécoise et ma vieille copine folk américaine Melanie Safka.
À la prochaine?