Je soupçonne qu’il l’a fait exprès de mourir aujourd’hui pour ne pas voir Donald Trump revenir à la Maison Blanche.
Jimmy Carter est le seul Président des USA que j’ai fréquenté… avec plaisir et avant qu’il soit élu, bien sûr. En janvier et février 1976, La Presse m’avait envoyé couvrir la primaire du New Hampshire, toujours un des prologues incontournables de la «vraie» campagne présidentielle.
Même si le favori Démocrate initial contre le Président en titre Gerald Ford était un bizarrement progressiste Mormon de l’Utah, Morris Udall, j’étais fasciné par un «outsider» atypique, le Gouverneur de Géorgie, producteur d’arachides et chrétien évangélique qu’était Carter. C’est ce qui m’a amené à fréquenter deux membres de son entourage, son directeur des communications Hamilton Jordan et son sondeur Richard Ham (fanatique des échecs par ordinateur et grand copain d’un des gourous du jeu que je connaissais, Monty Newborn de l’Université McGill). Je les intriguais sans doute, étant un des rarissimes journalistes «étrangers» à m’intéresser à sa candidature.
C’est comme ça que je me suis retrouvé à boire et souper avec eux trois un soir d’hiver à Manchester, NH. À mon accent, ils ont compris que j’étais francophone et m’ont proposé une sorte d’échange difficile à refuser: je leur servais d’interprète informel auprès des électeurs franco-américains de l’État (nombreux, influents et tous d’origine québécoise), et ils me fournissaient quelques infos confidentielles sur la pré-campagne démocrate.
Ce qui a fait que dans les semaines suivantes nous nous sommes revus à quelques occasions, parfois à discuter en tête-à-tête devant une Bud dans les bars des petites villes de la région… avec une improbable franchise! Je lui ai même affirmé, dans ma naïveté de l’époque qui était au moins comparable à la sienne, que je ne pensais pas qu’il ferait un bon Président, étant beaucoup trop moral et pas assez retors pour prendre la succession de Richard Nixon – ce avec quoi, à ma surprise, il s’est dit d’accord.
Le plus drôle, c’est que nous avions raison: il aura été un infiniment meilleur ex-Président pendant plus de 40 ans que Président pour un seul terme.
Requiescat in pace!