18 octobre 2009

Adieu, mon ami Belaye

(16 octobre 2009) Un dur choc nous attend à l'arrivée à Montréal, sous la forme d'une courte lettre de Shirley Belaye de Sainte-Lucie. Elle nous annonce le décès subit de son ex-mari, notre vieil et cher ami Robert Belaye, victime d'une crise cardiaque à la Guadeloupe alors que nous voguions vers les Grenadines au début septembre.

Robert était de ces amis qu'on ne croise qu'une fois tous les deux ou trois ou cinq ans, sans que ces intervalles, ni les malentendus ni les querelles occasionnels, entament en rien le profond sentiment qui nous unissait. À chaque rencontre, la relation reprenait comme si nous nous étions quittés la semaine précédente, et dans les meilleurs termes.
Il avait débarqué ici à l'époque de l'Expo '67, membre de ce contingent d'Antillais cultivés et brillants qui ont tant apporté au Montréal de la Révolution tranquille: les Martiniquais Sansann Bertrand (peintre) et Marius Cultier (pianiste), les Guyanais André Salvador (musicien) et Doudou Boicel (animateur de jazz), les Haïtiens Carlo d'Orléans Just (tenancier de bars à poètes), Serge Legagneur, Anthony Phelps et Roland Morisseau (poètes), Dany Laferrière (romancier)...
Robert était journaliste et animateur culturel, brouillon mais foisonnant d'idées et de projets. Il a d'abord ouvert avec son complice de toujours Georges Brival un café-terrasse au Pavillon français de l'Expo, puis, ayant décidé de s'installer au Québec, est entré comme réalisateur-reporter à Radio-Canada International. Il y est demeuré une dizaine d'années, animant entre autres avec Marie-Hélène Poirier une émission radio sur ondes courtes appelée "Spécial-Jeunes".
Mais Guadeloupéen avant tout, férocement nationaliste, il a fini par choisir de rentrer dans son île avec Shirley et leur bébé Anthony. Marie-José l'avait alors supplié de prendre la nationalité canadienne avant de partir "au cas où" (il y avait bien droit), mais en vain.
À Pointe-à-Pitre, il a d'abord connu des succès, notamment en créant la première station créolophone, Radio Caraïbes. Mais à la longue, son indépendantisme virulent marqué au coin de francophobie, son intransigeante honnêteté et sa santé fragile ont joué contre lui et l'ont isolé dans une position inconfortable. À l'exception d'une dernière réussite éclatante à la fin des années 1990, la réorganisation des transports publics guadeloupéens dont il a été le principal artisan même si d'autres en ont retiré la gloire et les profits, il végétait.
Nous l'avons visité à quelques reprises ces derniers dix ans, dans le petit appartement du quartier de l'Assainissement qu'il partageait avec son fils, devenu un colosse doux et souriant.
La dernière fois que nous nous sommes vus, c'était en Martinique à bord du Bum chromé, où il était venu passer deux ou trois jours avec nous à la fin de 2007. Robert, tu vas nous manquer...
Mais je reviens à notre départ de la Martinique, qui s'est fait en douceur puisque du Bakoua, il fallait à peine un quart d'heure pour se rendre à l'aéroport Aimé-Césaire, d'où un vol d'Air France nous a déposés à Orly mardi matin dernier.
La Ville-Lumière étant encombrée de visiteurs, autant touristes que professionnels, la plupart des hôtels étaient pleins et nous avons dû nous rabattre sur un Concorde très "business-minded" derrière la gare Montparnasse. Chambre un peu étroite mais très confortable, excellent service... mais pas un atome de charme ni de personnalité.
Notre fenêtre (scellée) donnait sur la Place de Catalogne, qui avait un air de déjà-vu. Normal, elle fait partie du quartier entièrement redessiné par l'architecte catalan Ricardo Bofill, le même qui a réalisé le nouveau quartier Antigone de Montpellier, et dans un style très voisin -- mais avec moins de bonheur à mon avis: on n'y trouve pas l'heureux mélange de familier et de monumental, de commerces et de résidences, de fontaines et de bancs publics qui donne une toute autre atmosphère à Antigone.
Heureusement, quelques pas de l'autre côté de la place nous font déboucher sur le vieux quartier Pernety-Plaisance, tout de vieilles maisons, de petits commerces, de bistrots et de petits restos, qui continue de vivoter en se renouvellant tout doucement, entre l'avenue du Maine et Alésia.
Nous en avons profité pour faire une débauche de petites bouffes bien parisiennes "au coude-à-coude" chez des Italiens (pâtes), des Portugais (poisson), des Marocains (couscous méchoui-merguez) et des Parigots pure-laine (rognons à la moutarde, escalope de veau à la crème).
Après avoir récupéré d'un pas trop pénible décalage horaire, nous avons flâné au hasard des avenues et des boulevards, profitant d'un beau et doux temps atypique pour la saison.
Jouant aux touristes, malgré les protestations d'Azur que "Je suis Parisienne, moi!", nous avons entre autres grimpé sur la Butte à bord d'un Montmartrebus bondé, pour nous mêler à la foule polyglottte et rigolarde du week-end de la "Fête des Vendanges" et redescendre vers Pigalle par le funiculaire.
Dimanche soir dernier, nous avons longuement zigzagué dans un autre bus à travers tout l'est parisien, pour finalement passer une très belle soirée dans un coin perdu de Pantin, à l'atelier de peintre de Marine Karbowski, la fille de Jacqueline Dolonne et belle-fille de Bernard Savonet.
La famille éclatée y était, pour une fois réunie en toute bonne entente, autour d'un pot de vin rouge et au milieu d'un étalage de tableaux d'un réalisme onirique; nous en avons acheté un superbe pour Montpellier, intitulé "Les oiseaux préfèrent marcher".
Pendant que nous étions là, j'ai reçu un retour d'appel d'un vieux copain ex-montréalais d'origine franco-russe, Hervé Fuyet. Ce dernier des Mohicans communistes, traducteur de son métier, est maintenant installé avec sa fille Peggy à Montrourge-Malakoff, d'où il dirige les destinées des éditions virtuelles anglaise et russe du quotidien "l'Humanité".
Nous nous sommes retrouvés le lendemain midi autour de splendides plats de poisson d'un beau restaurant de l'Avenue du Maine, où Peggy, maintenant une belle grande métisse athlétique, est venue nous rejoindre après sa pratique de judo (elle fait partie de l'élite française de ce sport).
L'autre événement du séjour a été la visite à l'extraordinaire exposition "Renoir au XXe siècle" au Grand Palais. À travers une quinzaine de salles, on y retrouve la quasi-totalité
des chefs d'oeuvre du peintre, dans une organisation thématique qui éclaire intelligemment sa démarche et sa progression, de l'impressionisme des débuts au jaillissement de couleurs des années 1910.
Je suis en particulier impressionné par la sûreté et l'économie de sa technique. Lorsqu'on voit ses oeuvres en reproduction, la richesse des tons donne l'impression d'une matière dense, intensément manipulée. Alors qu'en réalité, c'est le contraire: Renoir travaillait en couches très minces, presque diaphanes d'une peinture liquide qui laisse transparaître presque partout le grain de la toile! Deux heures d'immense plaisir.
Amusante coïncidence, dans le bus que nous prenons à la sortie de l'exposition, nous font face deux gamines Parisiennes qui pourraient être les petites filles des modèles de Renoir pour sa célèbre "leçon de piano"! La ressemblance était assez frappante pour mériter une photo...
La veille de notre départ, nous avons rejoint Gisèle, la très ancienne amie de Marie-José, qui vient de perdre sa fille unique Dominique, et qui se trouve encore sous le choc. En soirée, je suis passé chez les Euvrard, Michel et Janine, qui à mon grand soulagement vont beaucoup mieux que lorsque nous les avions vus au début de l'année. Ils revenaient tout rayonnants d'une belle excursion de deux semaines à Gênes et sur la Côte Ligure (les Cinqueterre), dont leur description me donne une envie irrésistible d'y emmener Azur dans les plus brefs délais. On verra.
Comme notre avion ne partait qu'en début de soirée jeudi, nous avons eu le temps d'un dernier lunch "bistrotier" dans un délicieux boui-boui du Faubourg Poissonnière, près de la Gare de l'Est, le Granvillais (à noter dans vos carnets, les gourmands): oeuf mayo et confit de canard-pommes sarladaises, céleri rémoulade et omelette aux champignons-frites, on ne fait pas plus classique ni plus savoureux, surtout aux mains d'une serveuse-maîtresse d'école pressée mais chaleureuse, comme on n'en trouve que dans des endroits du genre.

08 octobre 2009

Le Pas du chat noir sur le sable du Bakoua

(4 octobre 2009) Dans un ciel noir liquide, piqué d'étoiles toutes proches, la pleine lune trace à larges et lents pinceaux d'aquarelle des nuages bleu clair aux formes fantasques et harmonieuses. Sur fond sonore de vaguelettes et d'une grenouille syncopée, je me laisse bercer par les musiques raffinées, parsemées de silences à la Satie, du "Pas du chat noir" d'Anouar Braheim.
Ce disque étonnant est un cadeau de ma soeur Marie que je n'avais jamais trouvé la bonne ambiance pour écouter. C'est ici que je la découvre par pur hasard, sur cette plage blonde de l'Anse Mitan, face au scintillement du front de mer de Fort-de-France. Panorama rayé de quelques mats de voiliers au mouillage et occasionnellement égayé par le clignotement tricolore d'un avion long courrier qui descend se poser à l'aéroport du Lamentin. Et dire que demain, nous repartons vers Paris et Montréal!
Depuis le retour des Grenadines, il y a deux semaines, pas grand-chose d'intéressant à raconter. Le climat est plutôt sec pour la saison, à peine ponctué de courtes averses imprévues. Une bonne part de nos journées ont été consacrées à la mise en ordre du Bum chromé, en prévision de sa sortie de l'eau au Carénage pour nettoyage des coques, antifouling et réparations diverses, inévitables après plus de trois ans d'utilisation.
Après consultation et longues discussions animées par les avis divergents d'experts et d'autres plaisanciers, nous avons décidé d'adopter la nouvelle technique du revêtement de cuivre OceoProtec, dont l'inventeur Michel Desbois, un métro sympathique et bon vendeur rencontré au Mango Bay, prétend qu'il est pratiquement indestructible et efficace pendant au moins dix ans. On verra bien.
Parallèlement, il fallait trouver un remplaçant à Jean-Sébastien, notre sorcier charlevoisien de l'entretien, empêché de continuer par des problèmes de santé. Nous en avons profité pour redéfinir les rôles de tous les membres de l'équipe: le skipper Marc, les cousins Daniel et Charles et surtout le grand copain Raymond Marie, qui a désormais la charge principale. Il a fallu refaire un feuillet publicitaire, reviser le contrat de charter, rédiger un inventaire d'avant-après location, etc. Un tas de pensums incontournables dont je me serais bien passé.
Heureusement, il y a eu des moments plus agréables, surtout ces débuts de soirées où nous nous étendions paresseusement sur la trampoline avant, pour voir le soleil descendre sur les collines de Rivière-Pilote et la lune enfler graduellement au-dessus de Sainte-Anne, occultant de plus en plus les myriades d'étoiles.
Mardi soir dernier, à l'invitation du copain Philippe de la Marina, nous sommes partis à Fort-de-France assister à un concert du fameux pianiste jazzman antillais Alain Jean-Marie. Comme la circulation était fluide sur l'autoroute du Lamentin, nous sommes arrivés en ville bien avant l'heure, ce qui nous a permis d'aller flâner du côté de la Savane.
Comme dans le bon vieux temps, nous nous sommes arrêtés pour prendre un verre face au parc, au bar de l'Hôtel Impératrice, qui vient d'être rénové mais en préservant son style "colonial" d'antan: fer forgé, marqueterie et fauteuils de rotin...
L'Impératrice, c'était l'incontournable point de retrouvailles de la belle époque, où nous tombions à tout coup sur les copains martiniquais Berly Glaudon (le fils du proprio), Alex Cressant, le chanteur Francisco, "Câlin", le peintre Sansann Bertrand, ou les Québécois Yves Gélinas (fils de Gratien, marin au long cours installé ici pendant un bout de temps), Diane Bonneau ou Jean-François Guité...
Cette fois encore, ça n'a pas raté: à peine mettions-nous le pied sur le trottoir que l'actuelle patronne, soeur de Berly, nous tombait dans les bras, me reconnaissant instantanément après bientôt trente ans! Échange de nouvelles et de coordonnées, promesses de se revoir bientôt, bisous, et en route pour le concert.
La petite salle de l'Atrium était pratiquement bondée lorsque Alain Jean-Marie s'est présenté seul en scène. J'ai ressenti un curieux sentiment de déjà vu tandis qu'il s'installait au piano pour jouer de sa magie, alternant temps forts et finesse de dentelle, sur une collection de classiques de son idole Ellington, "Bird" Parker, Coltrane, Thelonious Monk (Evidence), etc.
En seconde partie, son copain percussionniste Charly est venu se joindre à lui pour une magnifique excursion à travers la musique de la Caraïbe et de l'Amérique latine, de Cuba à l'Argentine en passant par Haïti, le gwo ka guadeloupéen et la biguine martiniquaise, bien sûr. Une soirée de trop court enchantement.
C'est seulement le lendemain, lorsque Philippe est arrivé à bord avec un collection complète des disques de Jean-Marie, que je me suis rendu compte de la raison pour laquelle il me paraissait étrangement familier: en voyant une de ses photos d'il y a 40 as, j'ai reconnu un jeune musicien que nous fréquentions à Montréal pendant et après l'Expo, chez notre presque voisin Marius Cultier ou dans les boîtes avec Francisco.
Comme nous n'arrivions pas à savoir à quel moment le bateau serait hissé hors de l'eau pour les travaux, nous avons décidé par prudence de passer notre dernière nuit antillaise dans le luxe du Bakoua, à la Pointe du Bout. Et comme l'hôtel est presque vide, la directrice nous a offert pour le prix d'une chambre une mini-suite donnant directement sur la plage. Belle façon de faire nos adieux (temporaires) à la Martinique!

21 septembre 2009

Un verre à Happy Island

(21 septembre 2009) Nous sommes rentrés au Marin tout doucement hier à la nuit tombante. Les voisins de ponton maîtres de la Marie-Joseph, Florence et Michel, étaient là pour nous aider à amarrer le Bum chromé à son emplacement habituel, toujours disponible, et pour nous faire part des dernières nouvelles de la Martinique, rien de bien excitant. La plus triste nous est venue de Paris, où la grande amie Gisèle Maia de Marie-José vient de perdre sa fille Dominique, victime d'un terrible cancer. Mais je reprends où je vous avais laissés. Après l'anniversaire d'Azur célébré de si belle façon à Mayreau il y a douze jours, pas question de reprendre la mer le même soir. C'est donc seulement le matin suivant que nous avons levé l'ancre pour Union, un saut de puce rendu nécessaire par les exigences un peu folkloriques des frontières grenadines: les îles de l'archipel se partageant entre deux pays, Saint-Vincent et Grenada, on passe son temps à visiter les douaniers et à hisser de nouveaux pavillons de courtoisie pour peu qu'on ait envie ou besoin d'aller d'un village à l'autre. Et comme toutes les localités n'ont pas des postes de douane, ça impose des parcours parfois fantaisistes qui sont un des rares désagréments de ce coin de paradis. De toute façon, cette courte escale m'a permis de contenter une vieille envie, celle de visiter ce qui est sans doute le bar-restaurant le plus "les pieds dans l'eau" de l'hémisphère. Happy Island est une île minuscule, en grande partie artificielle, construite à l'abri du récif coralien, au beau milieu de la rade de Clifton à partir de coquilles de lambi, de sable et d'un peu de béton par un rasta unionien imaginatif, Janti, qui y habite en permanence. La seule façon de s'y rendre est évidemment en bateau (annexe de voilier ou "water-taxi" disponible dans la rade). On accoste au pied de trois marches menant à une terrasse meublée de quelques tables et d'un douzaine de chaises dépareillées, devant une originale bicoque coiffée de feuilles de cocotier et de panneaux solaires qui alimentent deux frigos et un gigantesque système de son. Le sympathique patron, toujours en train de travailler avec un acolyte pour agrandir et améliorer son domaine, vous accueille avec une bière ou un excellent punch aux fruits avec ou sans rhum, et s'asseoit avec vous pour faire un brin de conversation. Il a récemment fini d'aménager son intérieur en un original mélange de pièce à vivre, discothèque et snack-bar où, dès que la phase actuelle de leur projet (un "pit" à barbecue qui s'ajoute à leur vivier de langoustes) sera terminée, il pourra faire des soirées de poulet et homard grillés aux accents de reggae, beau temps-mauvais temps. Le lendemain, nous nous sommes arrêtés à Carriacou, la première des îles appartenant à Grenada (donc re-douane), d'où nous sommes repartis presque aussitôt pour l'île principale. Contrairement à notre attente, la traversée a été ponctuée d'un grain rageur marqué de rafales de 25 noeuds et plus, accompagné d'une pluie diluvienne contre laquelle il a fallu déployer tous les coupe-vent et blousons inutilisés depuis la traversée de l'Atlantique. C'est donc avec un certain soulagement que nous nous sommes pointés en toute fin de journée dans la paisible rade de St. George, la capitale de Grenada, pour accoster à la nouvelle marina de grand luxe de Port-Louis, propriété de Camper & Nicholson, une société spécialisée dans la vente et la location de super-yachts. Les larges pontons s'étendent dans un lagon très calme à l'entrée étroite, presque au milieu de la ville. Les installations sont impressionnantes et les services variés et courtois, malgré quelques anicroches visiblement causées par le manque de rodage des équipements et le peu d'expérience d'une bonne partie du personnel. Il y a aussi le caractère très "américain" de l'ensemble: pas d'approvisionnement en alcools, charcuteries et fromages de qualité, menu du midi entièrement composé de hamburgers, sandwiches et salades, carte des vins inexistante, etc. En revanche, une superbe piscine entourée de transats et ombrée de parasols accueille les marins visiteurs, juste à côté d'un bar sympa, offrant un beau panorama sur le lagon et la ville. Et comme ledit bar est équipé d'un grand écran plat de télévision dernier cri et que ce week-end était précisément celui de la fin du U.S. Open de tennis, pas besoin de dire que nous y avons passé pas mal d'heures -- d'autant plus que, le mauvais temps à New-York aidant, le tournoi a débordé sur la semaine suivante. Nous avons donc eu droit aux demi-finales femmes (notamment à la crise de colère qui a coûté le match à Serena Williams) et hommes, et à des bouts des finales. En effet, la pauvreté du menu nous a chassés vers un resto plus intéressant au milieu du match des femmes, et le lendemain soir, c'est un black-out total de la marina qui nous a privés des deux derniers sets de la finale Federer-del Potro. Tant pis. Dans l'intervalle, nous avons pris une journée pour refaire connaissance avec l'intérieur de l'île. Un grand taxi presque confortable nous a d'abord amenés tout au sud, au Phare Bleu, un centre hôtelier doublé d'une petite marina bien cachés au fond d'une anse protégée par un îlot. Les bureaux de la marina partagent avec un élégant restaurant le pont d'un ancien bateau-phare amarré à la jetée. À terre, un second bar-restaurant ouvert sur la baie nous a permis de rencontrer un Québécois, Michel Gagnon, qui navigue dans la région sur son monocoque, le Graffiti. Nous avons ensuite remonté la côte atlantique, aux reliefs spectaculaires, jusqu'à la petite ville de Grenville, que nos avions beaucoup aimée lors d'un précédent passage. Le lunch, pris dans un joli boui-boui simplement intitulé "Good Food", a consisté en un plat unique de cuisine locale: une énorme platée de légumes et de riz relevés de piment et surmontés au choix d'une portion de poisson, de poulet ou de porc. Après nous être baladés dans le pittoresque et mouvementé marché du samedi, nous sommes rentrés en coupant par le centre de Grenada, traversant le parc national Grand Etang, aux montagnes et vallées à couper le souffle. En conséquence, c'est seulement mardi avant midi que nous nous somms remis en route vers le nord, le long d'une côte grenadienne quand même assez venteuse pour nous permettre de progresser à un bon rythme. Une fois à la pointe nord, nous avons dévié de notre route pour aller longer le petit archipel peu fréquenté qui entoure l'Île Ronde, du côté Atlantique. Une navigation assez sportive entre des rochers entourés de remous, dans laquelle Marc et moi nous sommes délectés mais qu'Azur a un peu moins appréciée. Surtout que le vent soufflait de l'est-nord-est en rafales atteignant les 25 noeuds, du bon air pour faire du près... mais aussi pas mal de brassage. Les mêmes conditions ont continué de régner pendant une grande partie de la remontée, jusqu'à l'arrivée à Blue Lagoon, jolie marina à l'extrême-sud de Saint-Vincent dans la soirée de vendredi. Le skipper était seulement un peu frustré de n'avoir jamais l'occasion de déployer le vaste gennaker du Bum, que nous avions hissé pour la première fois: ou bien les vents étaient trop forts, ou ils soufflaient dans la mauvaise direction Samedi soir, mouillage sans histoire dans l'anse entre les Deux Pitons, un de nos coins favoris de Sainte-Lucie. Presque personne sur les bouées et mer tranquille, à un endroit où le vent souffle parfois sérieusement. Hier, enfin, toute la remontée jusqu'à la Martinique s'est faite au moteur, avec le secours bien épisodique de la grand'voile. Voyant que de toute façon nous arriverions assez tard, nous sommes arrêtés à Rodney Bay pour douane, baignade et un buffet-lunch étonnamment bon dans un resto d'hôtel directement sur la plage. Une fois rentrés au Marin, nous nous sommes rendu compte que nous avions assez fait de bateau pour le moment; pendant quelques mois, nos prochains projets et voyages se passeront "sur le plancher des vaches", comme dit Azur.

13 septembre 2009

Réveil de fête en chanson

(8 septembre 2009) Azur a eu droit à une très jolie surprise ce matin. Nous étions encore couchés dans notre douillette cabine du Bum chromé lorsqu'une belle voix mâle s'est mise à chanter directement sous notre hublot: "Joyeux anniversaire, Joyeux anniversaire Marie-José!" Pas très étonnant ni très original en soi... sauf que nous étions au mouillage dans la baie de Mayreau, au beau milieu des Grenadines (pour savoir comment nous étions arrivés là, voir plus loin), et que personne de nos connaissances ne devait se trouver à moins de cent milles marins du bateau. Le temps d'ouvrir le rideau pour jeter un coup d'oeil dehors, le mystérieux chanteur avait disparu.

Deux heures plus tard, à la fin du petit déjeuner, nous avons eu le fin mot de l'histoire. Philippe, membre émérite du personnel de la Marina du Marin et fanatique érudit de jazz et de musique créole, se trouvait en vacances sur un cata loué par des amis, et il nous avait aperçus la veille au soir en entrant par hasard dans la même baie. Au lieu de venir nous trouver, se rappelant que ce huit septembre était le jour de naissance d'Azur, il a attendu le matin... et s'est pointé en annexe avec une des plus belles voix de la Martinique, Ralph Thamar (le chanteur du groupe Malavoy) pour lui pousser cette matinale sérénade! Philippe, Ralph et le capitaine du bateau, un sympathique traiteur de Ducos, ont donc rappliqué à bord du Bum vers les 9h30 (l'apéro peut commencer tôt sous les Tropiques) pour un ti'punch - ou deux - ou trois, enfin, vous me comprenez. Il va sans dire qu'une fête si bien commencée ne pouvait mal finir. Il s'en est donc suivi une baignade prolongée dans les eaux calmes et parfaitement turquoise de la baie, puis un barbecue de langoustes soutenu par un gentil riesling alsacien, des mangues bien mûres et un rhum vieux pour clore le tout. Nous étions arrivés aux Antilles il y a une douzaine de jours, au milieu de la semaine suivant notre week-end cévenol chez les Chantefort. Dès notre installation à bord du Bum, il était entendu qu'à la première occasion, nous prenions le large. Nous avons donc fait une tournée abrégée de quelques copains, téléphoné aux autres, mis fin au bail du mini-appartement qui devait nous servir d'entrepôt (mais ne l'avait jamais fait), rencontré notre virtuose charlevoisien de l'entretien Jean-Sébastien et notre skipper Marc, lequel nous a confirmé qu'il était disponible pour nous aussi longtemps que nous en aurions besoin. C'était précisément ce que nous avions envie d'entendre. Dès lundi dernier, nous avons foncé chez Annette (le supermarché Champion du coin) faire les provisions, avec la ferme intention d'appareiller le lendemain matin. Mais l'aube de mardi s'est levée toute grise et détrempée, victime d'une vilaine onde tropicale. De plus, l'annonce de la formation d'un futur ouragan Fred pointant dans notre direction nous obligeait à reviser notre projet de monter vers le nord (Guadeloupe, Antigua etc.). Nous avons donc attendu la mi-journée pour aller mouiller au large de Sainte-Anne, où Marc estimait qu'il devait s'arrêter quelques heures pour gratter des coques infestées d'algues et de quelques coquillages intempestifs. Le mauvais temps aidant, ce qui devait être un mini-nettoyage s'est prolongé jusqu'au lendemain matin. Par chance, le temps s'est remis au beau mercredi matin et c'est sous un ciel à peine nuageux et par bon vent que nous avons pu mettre le cap sur Sainte-Lucie.
Le reste du voyage jusqu'à ce matin a été pratiquement sans histoire, seulement émaillé de ces petits incidents qui ponctuent tout délicatement les jours heureux: deux nuits paisibles dans le confort inattendu de la nouvelle marina de Rodney Bay, presque déserte à cette saison sauf pour l'Unicorn, le "bateau pirate" qui a servi au tournage des "Pirates de la Caraïbe" et que nous avions comme voisin de ponton, des conversations amusantes et paresseuses autour d'une bière ou d'un punch, un poisson (sûrement un gros?) qui s'est échappé en cassant notre ligne, la découverte d'une très bonne marque de "beurre de pinottes" des Antilles anglaises, le petit regret que notre repaire sainte-lucien préféré, Dasheen's, soit fermé pour cause de rénovations, une rapide et confortable descente directement sur Bequia grâce à des vents atypiques frôlant les 25 noeuds alors que la météo prédisait presque calme plat; 
une bagarre épique entre mouettes et poissons-coffres des Tobago Cays autour des miettes de pain que leur jetait Azur; et ainsi de suite.
Un moment, ce sont des voiliers de poissons volants argentés qui lèvent sous la proue pour aller replonger cinquante ou soixante mètres plus loin. Souvent surveillés d'un oeil intéressé par les goélands et fous de bassan qui nous tiennent compagnie presque constamment. Ou alors de belles grandes tortues de mer dont les carapaces marron clair émergent entre deux vagues, suivies brièvement d'une tête au regard inquisiteur.
Ou (plus rarement cette fois-ci) de petites bandes de dauphins gris-bruns qui viennent longer les coques, apparemment attirés par les musiques qui sortent des haut-parleurs du skybridge, en particulier les binious de Soldat Louis et les Chants de la marine à voile de Raoul Roy.
De toute façon, après les festivités d'aujourd'hui, nous nous contenterons d'une nonchalante excursion aux Tobago Cays avant de rentrer à Mayreau pour une longue sieste et une seconde nuit au mouillage.

18 août 2009

Une (sainte) virée dans les Causses

(18 août 2009) La France est un pays laïque. Vous me le dites, je veux vous croire... encore faudrait-il qu'elle le prouve! Nous en avons fait de nouveau l'expérience samedi matin, au moment de partir pour Millau rejoindre nos voisins et amis Chantefort.

"Autobus à 8h45 du lundi au samedi - à 11h05 les dimanches et jours fériés...", dit l'horaire d'Hérault Transport. Nous étions donc à la gare routière bien avant 8h30 ce samedi 15 août, à attendre patiemment avec une bonne demi-douzaine d'autres voyageurs. À notre arrivée, pas un bus en vue.
Un quart d'heure se passe, il en pointe enfin un... ouf! Il décharge ses voyageurs, remplace son panneau "MONTPELLIER" par un disant "GARAGE" et se prépare à repartir. - "Vous n'allez pas à Millau?" - "Vous voyez pas, c'est écrit GARAGE." - "Alors où il est, le bus de Millau?" - "J'en sais rien, c'est pas mon boulot."
À 9h00, un autre bus arrive de Clermont-L'Hérault, dont le chauffeur est plus coopératif. Il ne va pas à Millau, mais il nous donne le No du bureau d'Hérault Transport. Qui aboutit à un message enregistré: "Bonjour, nos bureaux sont ouverts du lundi au vendredi, de 8h30 à 12h30 et de 14h30 à 18h..." Ça nous fait une belle jambe! Le chauffeur, décidément dans le club des gentils, fouille sur son portable et nous déniche le numéro du garage des bus de l'Hérault.
Par miracle, ça répond. Cependant, le type qui j'ai au bout du fil n'est au courant de rien; il promet de se renseigner et de me rappeler immédiatement. Contre toute attente, il tient parole... mais voyez l'entourloupe: "Désolé, il n'y a pas de bus ce matin. Je vous explique. Du lundi au samedi, c'est valable à condition que le jour ne soit pas férié; or, aujourd'hui, c'est samedi, mais c'est aussi l'Assomption de la Sainte-Vierge, donc jour férié, donc horaire du dimanche!" CQFD. Si j'étais la Sainte-Vierge, je serais tellement gêné que j'en endosserais la burqa.
Heureusement, face à la gare, il y a un stand où flâne un des taxis que nous connaissons. Par chance, en ce beau samedi matin, il a envie d'aller se balader dans la nature au lieu de faire le poireau en tête de ligne, si bien que nous négocions un prix correct pour l'assez long trajet (une heure et quart) jusqu'à Millau, où nous arrivons juste à temps pour que la copine Michelle vienne nous cueillir. Bien nous a pris de venir quand même, car elle et André nous ont concocté un week-end délicieux dans ce qui s'avère leur région de prédilection, et son coin natal à elle.
Ça commence par la contemplation obligée du Viaduc, qui est à la fois une prouesse technique et à mon goût une réussite architecturale: on dirait une collection d'éventails blancs déployés, flottant presque en apesanteur sur la vallée où se niche la ville. Loin d'enlaidir ou de dénaturer le décor, il faut avouer que ça y ajoute un élément d'élégance et de légèreté (je n'ai pas résisté à l'envie de piquer une superbe photo sur le Net).
Millau même, dont Michelle nous dit qu'elle a longtemps été un gros bourg à moitié endormi, en a clairement profité: beaucoup de constructions du vieux quartier ont été restaurées agréablement, les activités y sont en plein boum, le tourisme est ostensiblement florissant et le renommé marché du samedi, où nous nous arrêtons, montre autant de variété et de qualité dans les produits que de vitalité dans l'achalandage. J'y trouve un intrigant "pâté paysan aux trompettes de la mort" que je dédierai à ma soeur Marie, la plus mycologue de la famille.
Nous prenons ensuite la route grimpante et sinueuse du Causse Noir et du village de Lanuéjols, où se trouve la maison de campagne de nos amis. C'est un tout petit bourg (un peu plus 300 habitants) typique des hameaux semi-montagnards plus ou moins désertés de la région, dont cependant une bonne partie des maisons ont été joliment retapées et transformées en résidences secondaires par des citadins des villes les plus proches.
Celle des Chantefort est adossée à la propriété familiale des parents de Michelle, maintenant occupée par sa soeur. Le rez-de-chaussée sert de cave et d'entrepôt, le premier étage abrite la cuisine et la chambre principale, le second deux autres chambres (dont la nôtre), plus une salle de bain au plafond bien pentu et un bureau ouvrant sur un joli patio couvert, taillé dans la colline à l'arrière, qui joue le rôle de salle à dîner par beau temps. Le tout rénové grand confort, tout en respectant l'antique rudesse des murs. Le temps de nous installer, notre hôtesse a préparé un élastique et savoureux aligot pour accompagner trois sortes de saucisses grillées, dont nous nous régalons. La sieste vient tout naturellement après ça.
Au réveil, nous trouvons André rivé au petit écran qui diffuse la première corrida de la Fiesta de Bilbao. Notre copain, aficionado affirmé et sans complexes, a trouvé le tour de s'abonner à la télé espagnole par satellite, pour être sûr de ne rien rater des activités taurines d'outre-Pyrénées.
Une fois la dernière mise à mort exécutée et la dernière carcasse traînée hors de l'arène par le classique attelage de trois chevaux blancs, nous redescendons sur la place du village où, derrière une belle vieille fontaine, se déroule une partie de pétanque acharnée (si un jeu aussi civilisé peut être ainsi qualifié?).
Un court trajet nous dépose à l'entrée du Château d'Ayres, un ancien prieuré aux murs couverts de lierre tout naturellement transformé en hôtel de charme. Le patron Jean-François Demontjou tombe dans les bras de nos hôtes, visiblement des habitués, et nous accueille avec chaleur. Il nous fait rapidement visiter les lieux (c'est l'heure du "coup de feu") puis nous installe à une table toute rose dressée dehors sous d'immenses chênes et sequoias. Après avoir mangé (légèrement, because l'aligot du midi) et bu un fitou très parfumé, nous causons un moment avec notre amphitryon, maintenant plus libre de son temps, et complétons la visite d'une série de salons magnifiquement tapissés et meublés et d'une salle à dîner intérieure qui me fait irrésistiblement penser à celle de la Belle et la Bête de Cocteau!
Dimanche avant-midi, Michelle nous entraîne sur les petites routes du voisinage, visiter d'abord un très beau hameau voisin fait de bergeries anciennes coiffées de lauzes (toits de pierres plates), où se déroule une fête en l'honneur de la restauration du four à pain traditionnel. Une nouvelle série de côtes en lacets plonge dans la vallée voisine puis remonte sur l'autre flanc à travers la forêt de l'Aigoual, jusqu'à la montagne du même nom.
Sur le sommet pelé, parsemé de bruyère et exposé à tous les vents, se dresse une curieuse construction à tourelle qui est, de fait, une station météo. Il y a foule, moins pour le petit musée scientifique que pour le panorama spectaculaire embrassant les quatre points cardinaux (et, par temps clair, des paysages de treize départements). Malgré le brouillard de chaleur qui trouble un peu la vision, nous identifions facilement le Pic-Saint- Loup dans la direction de Montpellier au sud, les crêtes des Cévennes au nord, les ondulations du plateau du Larzac et même les vagues silhouettes neigeuses des Alpes à l'est.
La forêt que nous traversons en redescendant, en grande partie de conifères, nous fait fortement penser à certains paysages des Laurentides -- il n'y manque qu'un lac ou deux. Le temps de revenir à Lanuéjols, André a fait griller des côtes de mouton tout en causant avec son ami et complice tauromane Bernard, venu se joindre à lui pour les prochains jours.
Re-sieste un peu plus courte, et re-corrida à laquelle nous assistons cette fois presque en entier: le satellite nous a quand même lâchés temporairement au milieu du spectacle, déboussolé par une ondée aussi soudaine que vive. Commentaires assez acidulés de nos deux experts sur la qualité inégale des taureaux et celle, encore plus modeste à leur avis, des toreros.
À la demande d'Azur, changement de chaîne pour attraper la fin de l'Open de tennis de Montréal qui, ô surprise, oppose l'Argentin Del Potro à l'Écossais Murray, alors que tout le monde salivait dans l'attente de la première confrontation Nadal-Federer depuis Madrid. J'avoue que cela enlève pas mal de piment à l'affaire, qui fournit pourtant un assez bon match jusqu'au milieu de la troisième manche, où brusquement l'Argentin craque et s'effondre.
Hier midi, avant notre départ, Azur a invité tout le monde à l'hôtel voisin, dont André et Michelle nous vantaient avec raison les prouesses en matière d'omelette aux cèpes. Après un fort bon déjeuner consommé en toute lenteur (disons que le rythme du service était bien méridional), nous avons laissé nos deux aficionados assumer en célibataires leur passion tauromachique, tandis que Michelle nous ramenait à Montpellier en empruntant le chemin des écoliers qui conduisait à travers les paysages à couper le souffle des causses (hauts plateaux du Massif central) au Cirque de Navacelles.
C'est un immense canyon, "le plus grand d'Europe" se vante le guide touristique, qui forme un amphithéâtre descendant en pentes abruptes sur trois cents mètres de hauteur jusqu'au petit village de Navacelles et à la cascade de la rivière Vis, tout au fond. Quel paysage! Nous nous arrêtons longuement pour le contempler, d'abord en arpentant le belvédère qui en longe un flanc, puis en sirotant un rafraîchissement dans un café qui le surplombe. Assez curieusement, la seule oeuvre littéraire qui y soit liée (à ma connaissance du moins) est un poème du Québécois Jean-Guy Pilon que j'avais lu dans un des premiers numéros de Liberté, quand j'étais encore étudiant. Souvenirs de jeunesse...
Nous rentrons finalement à Montpellier en longeant les belles Gorges de l'Hérault, au moment où le soleil tombe sur une journée de vraie canicule (37° à l'ombre) qui, par chance, nous a épargnés en grande partie sur nos routes de montagne. Et puis tiens! Les multiples plaisirs du week-end nous ont même fait oublier les péripéties autobuso-religieuses d'avant-hier...