04 novembre 2026

Écrit de taverne...

 Je me retrouve ce mardi 3 novembre au coin des rues Rachel et Mentana sous une pluie grise, dans un décor intemporel de taverne de quartier. Derrière la fenêtre à ma gauche, un feu de circulation passe interminablement du vert au jaune au rouge, se fichant bien de mes états d’âme. Je viens de dédicacer mon dernier livre à une ancienne collègue que je n’avais jamais rencontrée; je contemple une troisième bière un peu amère sur la petite table ronde où s’étalent aussi, invisibles mais bien présentes, un paquet d’idées éparses. Et je me prépare mentalement, sans grandes attentes ni enthousiasme, à suivre tard dans la soirée les résultats d’une élection américaine de mi-mandat qu’on prédit grosse de changements – des changements que personnellement je juge bienvenus mais peu durables. 

Me fiant à mes expériences passées, je dois admettre que ce qui me trotte dans la tête ne sont pas des hypothèses ou des élucubrations dues à un mélange d’âge et d’alcool, mais des images quasi prophétiques, incontournables, de ce que sera l’avenir d’une planète que je n’habiterai même plus. Je n’ai jamais bien compris pourquoi ce genre de prémonitions, que j’ai connues quatre fois dans ma vie, ont toujours été confirmées par la suite des évènements: lors du Printemps de Prague en 1968, à la naissance de la micro-informatique vers 1976, à la chûte du Mur de Berlin vers 1990 et pendant le Printemps Arabe de 2011. La dérive de la “gauche caviar”, l’explosion d’une Société de l’information, les vices de la démocratie représentative se sont manifestés sans faille, l’absence d’optimisme du discours public marque fortement le début chaotique du 3e millénaire.

Mon premier constat est que ni la récente élection du PQ au Québec, ni la turbulence des manifs en France, ni la résurgence surprenante des Démocrates à Washington ne s’attaquent aux défis de fond que nous pose le siècle en cours. Référendum ou pas, sort des itinérants et “Troisième lien” ici, désordre dans les systèmes d’éducation, de santé et de retraites chez les Gaulois, tarifs douaniers et excès absurdes et nocifs de Trump et du MAGA à nos portes sont des épiphénomènes ennuyeux, mais qu’une gestion rationnelle et lucide des affaires publiques devrait avoir déjà réglés sans en faire l’objet d’élections dramatiques ou de rues en ébullition.

Mon livre est la suite tardive mais logique de “La Démocratie cul-de-sac”, publié en 1993 au lendemain de l’écroulement de l’empire soviétique; il a germé des grandes protestations populaires de 2011 à 2013, a évolué et pris un tournant non plus critique mais d’un optimisme têtu en réplique à la désolation de l’ère Macron en France et de l’ère post-Obama aux USA, pour prendre la forme actuelle, que je dois à mon ami Louis-Philippe Hébert.

Il repose sur le constat de trois défis majeurs non résolus qui affectent l’ensemble de la planète: la crise écologique, la rupture causée par les technologies du numérique, les migrations chaotiques de populations du sud au nord. Et sur deux obstacles à leur solution: l’égoïsme rapace et myope de la plupart de nos élites dirigeantes et la nécessité de dépasser le clivage capitalisme-socialisme. Et il fait le pari non pas de critiquer, mais de proposer une formule cohérente, sans doute incomplète et un peu utopique, mais à la fois positive et ouverte à une discussion urgente.

La plus vraisemblable alternative à un tel débat est peut-être la vision apocalyptique qui hante mes pensées ces jours-ci: que la “génération Z” née au début du millénaire justifie vraiment le nom qu’on lui donne: celui de la dernière de l’histoire humaine?