14 août 2026

Fin de mission (4)

Tout ça, c’est la faute à la guacamole. Et ça va faire que cette suite (pourtant logique) du blogue ne regardera pas vers le passé comme les précédentes, mais vers le présent et l’avenir… et qu’elle risque de se prolonger en conséquence. Première étape:

Il faut comprendre que pour moi, il n’y a pas d’un côté les grands principes et de l’autre les entorses  que le quotidien y effectue sans qu’on s’en rende compte: ma vie ne se fracture pas entre deux ou plusieurs niveaux distincts et imperméables. Si je triche contre l’un, ce n’est pas au nom des autres, mais à cause d’une faille que je perçois et dont je profite entre deux ou plusieurs et que j’assume. Et j'insiste pour que tous les grands principes tiennent le coup face aux inévitables coups de boutoir du quotidien.

Guacamole et margarita d’abord. Un et soyons clairs, je ne connais du Mexique que des corridors chaotiques d’aéroport, en route vers l’Amérique du Sud ou les Antilles. Peut-être trois heures au total? Bon, ajoutez-y la musique des mariachis, quelques écrivains chouchous, les invitations répétées de mes cousins Claude Aubin et sa femme Cécile à leur condo de Puerto Vallarta, ça ne change rien. 

Par contre, quelques enveloppes de poudre achetées au supermarché d’Hochelaga-Maisonneuve et une ou deux bouteilles acquises sur Internet ou à la SAQ me font croire, bizarrement, que je suis du pays. C’est sans doute mon côté “mondialiste” qui fait déguster tour-à-tour au Québécois tricotté-serré que je suis des Mol’ tablettes, des pisco sours péruviens, des grappas Poli, des ti’punchs martiniquais, des kirs de Bourgogne, des scotchs d’Islay, des portos du Douro et des sakés japonais aux prix fantaisistes. Dans le cas présent, je raisonne à partir d’une guacamole fabriquée de toutes pièces avec des avocats israéliens, du Tabasco de Trinidad, une huile végétale grecque et une enveloppe d’épices mexicaines directement de chez IGA. Arrosée abondamment d’une “blue rita” à la tequila mais trafiquée de curaçao bleu, de lime antillaise et de fleur de sel de Camargue. On ne fait pas mieux, et à votre santé!

Le plus étrange, c’est que ce curieux mélange me fait sentir responsable non pas intellectuellement, mais physiquement et viscéralement, du sort de la totalité d’un monde dans lequel nous survivons actuellement à grand’peine et malgré les efforts de toutes nos élites (ou presque?) pour le bousiller à leur profit immédiat. Ce n’est pas mon cerveau qui prend parti (ou si peu), mais mon ventre, mon coeur…et, au degré où elles sont encore pertinentes, mes couilles.

Et vous?