04 décembre 2024

Un Devoir de mémoire

En souvenir de l’amie de très longue date Sonia del Rio, née Boisvenu en Abitibi, justement célèbre en Espagne comme gran bailaora du flamenco et à Montréal comme patronne du charmant bar à musique et poésie La Chaconne dans le Quartier-Latin, qui est décédée volontairement au CHUM pour cause de grandes souffrances le 13 octobre 2023. 

Nous nous étions connus dans notre folle jeunesse au bar El Cortijo de Tex Lecor (rue Clarke), et nous sommes revus à diverses reprises avec toujours autant de plaisir au cours des décennies suivantes en Espagne, en France et au Québec. À la fin octobre 2022, octogénaire encore en grande forme, elle s’était jointe à moi avec son mari Claude Normand et mes neveux pour m’aider à fêter mon premier nostalgique anniversaire après le récent décès de ma chère Marie-José; nous avions assisté à la Place des Arts au spectacle de danse du brillant jeune gitan Farruquito… que Sonia et moi avions ensuite rencontré en coulisses, par faveur spéciale due à sa réputation et au fait qu’elle avait fait jadis partie avec son grand-père Farruco de la troupe de José Greco. Ils ont même esquissé ensemble des pas de flamenco!

Le 13 octobre dernier, Claude a tenu dans leur appartement sur les pentes du Mont-Royal un dîner-souvenir émouvant dont il m’a demandé de rappeler les détails… ce que jusqu’ici je n’avais pas eu l’énergie ni le temps de faire, coincé entre des problèmes personnels de santé et des trous de mémoire imprévus. J’essaie de me racheter, imparfaitement et tardivement.

Au menu, Claude avait lui-même concocté d’abord un beau gazpacho traditionnel froid avec ses garnitures hachées de poivron, oignon, tomates… suivi d’une classique paëlla valencienne abondante et goûteuse au poulet et fruits de mer, bien parfumée au safran et accompagnée de vins du rioja. Pure jouissance.

Nous n’étions que six – les proches de Sonia et nos amis Pomerleau ayant dû se décommander au dernier moment – avec le peintre Jacques Léveillé, sa pétillante Marylin et le couple Sylvie et Yvon Descormier; mais la qualité compensait le petit nombre, dans le décor chargé de souvenirs de Sonia et ouvert sur le panorama d’un bel après-midi d’automne sur le centre-ville. La conversation vagabondait agréablement entre les souvenirs que chacun  avait de la disparue, notre commune passion des voyages et des belles rencontres imprévues, nos découvertes en littérature et en musique, et des commentaires souvent ironiques sur l’actualité – notamment sur la fin de la campagne électorale américaine, où Léveillé a fait preuve d’un remarquable perspicacité. Le crépuscule commençait à pointer lorsque nous nous sommes quittés à regret.


29 novembre 2024

Générations, amitiés et «time travel»

Deux fois en à peine une semaine, je me suis retrouvé «décollé dans le temps». Un peu beaucoup comme le héros Billy Pilgrim du fabuleux roman «Slaughterhouse Five» d’une de mes idoles de jeunesse, Kurt Vonnegut: sa conscience sautait sans avertissement ni volonté expresse d’une époque de sa vie à une autre, du bombardement de Dresde par les Alliés pendant la 2e Guerre mondiale à une Amérique de 1968 sans aucun rapport sauf pour son enlisement dans une autre Guerre, celle du Viêtnam (si vous ne voyez pas la pertinence, lisez le bouquin, ça en vaut la peine!). Tout ça, c’est la faute d’un neveu heureusement revu et d’un vieux copain retrouvé.

Quand Vincent, fils de mon frère Antoine et comédien émérite, m’a appelé pour me proposer qu’on lunche ensemble ces jours-ci, je ne me suis pas méfié… J’aurais dû, mais rien à regretter! Il m’avait déjà procuré un remarquable voyage dans le temps il y a une dizaine d’années, lorsqu’il avait accédé à la gloire télégénique en incarnant le «méchant» Séraphin Poudrier des «Pays d’En-haut»… rôle légendaire jusque là monopolisé par le défunt Jean-Pierre Masson. Or Jean-Pierre avait été pour moi non seulement un ami et une sorte de mentor, mais mon Croquemitaine personnel, l’interprète du rôle-titre de la seule de mes pièces jamais jouées à la télé de Radio-Canada, un «Beau Dimanche» enchanté de juin 1961. Double coïncidence, quand c’est arrivé à Vincent, mes amis Sonia del Rio et son mari Claude Normand habitaient à Sainte-Adèle la maison du créateur de Séraphin, Claude-Henri Grignon – jadis patron de l’hebdo Le Petit Journal, qui me donna mon premier emploi à Montréal! Pas besoin de dire qu’en revivant dans les conversations aussi bien avec Vincent qu’avec Sonia mes souvenirs de cette époque, je flottais littéralement pendant des heures entre passé et présent, entre les espoirs naïfs et grandioses d’alors et les pièges imprévus de maintenant.

Et voilà qu’à peine assis à notre table du Molière sur Saint-Denis ce mardi, Vincent me précipite dans un nouveau saut spatio-temporel en cinq mots: «Parle-moi de Gérald Godin». Gérald, c’est pour moi une autre porte tournante vers un passé impossible à oublier. Nous nous sommes connus – et reconnus – peu après notre arrivée à Montréal, lui de Trois-Rivières et moi de Québec, comme journalistes néophytes du Nouveau Journal de Jean-Louis Gagnon. Tous les deux passionnés d’une Révolution tranquille à ses débuts, tous les deux avides d’écriture et de renouveau, tous les deux imbibés de chanson et partageant les mêmes amitiés (Denise Boucher, Gaston Miron, Gilles Vigneault, Claude Gauvreau, Langevin, Péloquin…), nous avons, presque en même temps, rencontré les femmes ex-Parisiennes de nos vies, Marie-José Azur dans mon cas, dans le sien Pauline Julien – avec laquelle j’avais depuis son retour de France un rapport méfiant et agressif, malgré notre commune amitié pour le génial ivrogne Lucien Gagnon (futur inventeur de la Francofête et précurseur des Franco-Folies) que nous hébergions tour-à-tour. Cela a donné quelques sorties pimentées à quatre Chez Clairette, au Press Club, au Théâtre-Club ou au Perchoir d’Haïti… Je n’ai qu’à fermer les yeux un instant pour me retrouver dans ces lieux sacrés d’une Révolution pas si tranquille!

Gérald, un peu à la façon de Sonia del Rio ou de Gilbert Langevin, était ce genre de vieux copain  qu’on aime mais qu’on ne revoit qu’épisodiquement et par hasard, à des années, parfois des décennies de distance. Après l’éphémère Nouveau Journal nous nous sommes croisés dans les couloirs de Radio-Canada et chez des amis chansonniers, dans les conférences de presse et rassemblements politiques, lui pour Parti-Pris et Québec-Presse, moi pour La Presse, ensuite sur le terrain quand j’ai couvert des campagnes électorales et qu’il était devenu politicien, un peu plus tard dans son bureau de Ministre de l’Immigration rue McGill (où il me convoquait pour un café ou une bière quand la paperasse administrative lui puait trop au nez), enfin dans ses dernières années grugées par le cancer, au hasard de déambulations sur Rachel ou au Carré Saint-Louis…

Nous avions bien des divergences, mais elles n’en rendaient les échanges que plus fructueux, pour tous les deux je suppose, puisqu’il en redemandait parfois. Sa passion politique était plus viscérale que la mienne, qui était endiguée par un effort d’objectivité teinté de neutralité que je croyais nécessaire à notre métier, mais un commun sens de l’humour critique et du ridicule nous mettait souvent d’accord; j’aimais le côté provocateur, parfois volontairement mal dégrossi de sa poésie alors qu’il se moquait gentiment du côté un peu savant et moins direct de la mienne; enfin nous étions quasiment jumeaux en partageant des confidences sur les éclats de nos femmes-tempêtes… 

Le vieux copain responsable de mon autre «time travel», c’est Irwin Block, vétéran journaliste de The Gazette avec qui je viens de renouer sur Internet puis en personne devant un verre et une assiette de frites au Café Cherrier (qui prenait dans ma tête, vous verrez pourquoi, des allures de parloir de la Prison Parthenais d’il y a 50 ans!). Il est un peu plus jeune que moi, mais après les trois-quarts de siècle, ça ne veut plus rien dire. Nous nous étions d’abord croisés à l’Expo-67, que nous couvrions pour nos journaux respectifs et qui nous a laissé de splendides souvenirs communs. Mais c’est la quasi-intimité partagée lors des audiences de la Commission Cliche de 1974 sur la pègre dans l’industrie de la construction qui constitue le solide fondement d’une amitié revigorée.

Avec Louis-Gilles Francoeur du Devoir, Irwin et moi avons probablement été les plus assidus à toutes les séances tenues dans les fins-fonds du Centre Parthenais, du début à la fin de l’évènement. Sans compter les coulisses captivantes que constituaient les lunchs-discussions à bâtons rompus avec certains des commissaires et des procureurs-enquêteurs, les soirées parfois bien arrosées et assez frivoles dans les suites réservées à la Commission à l’Hôtel Reine-Élizabeth, enfin l’incroyable fête finale offerte à tous les participants par le juge Robert Cliche dans une cabane à sucre de sa Beauce natale (où Irwin avait improvisé une session de jazz)! Il faut aussi rappeler qu’outre le personnage exceptionnel qu’était Cliche lui-même, le groupe comportait deux futurs premiers ministres du Canada et du Québec, Brian Mulroney et Lucien Bouchard, que nous fréquentions quasi quotidiennement et qui sont restés sinon des amis, du moins de chaleureuses connaissances au long des décennies suivantes! 

Le rappel de tout ça ne pouvait évidemment que me plonger dans un autre voyage temporel, d’autant plus qu’Irwin a réveillé en moi tout un lot de détails savoureux que j’avais oubliés.

05 novembre 2024

Surprises en vue

La campagne américaine n’est pas seulement atypique par les personnalités en présence. Elle se distingue aussi par des phénomènes inédits qui risquent fort de rendre tous les savants calculs et sondages sans pertinence… sinon carrément folkloriques. 

a) Il est vraisemblable que plus de la moitié des citoyens voulant voter l’auront fait avant la date prévue pour l’élection… donc avant même que le discours des candidats soit complété: plus de 79 millions de bulletins ont déjà été déposés, comparé à 74+81 millions (155 millions) tout compris en 2020, ce qui était déjà un  record. Ce qui veut dire qu’une majorité probable de votants s’étaient fait leur idée à une étape précédente d’une campagne chaotique qui a rebondi de gaffes absurdes en accidents violents et mensonges grossiers.

b) C’est la première fois dans l’histoire qu’un ex-Président défait se représente, et la première fois que sa rivale, vice-présidente en exercice, n’est entrée dans la course qu’à moins de quatre mois d’avis. L’un arrive clairement à bout de course épuisé et hagard, l’autre frénétique face au manque de temps.

c) C’est la première fois que les deux candidats ont aussi à défendre ce qu’ils ont réalisé (ou raté) dans une précédente présence à la Maison Blanche, au cours d’une pandémie hors-normes qui a grièvement affecté les deux mandats.

d) C’est la première fois, au moins depuis Nixon contre Kennedy en 1960, que l’essentiel de la campagne des deux côtés a porté non pas sur des programmes et des promesses, mais sur des thèmes complètement étrangers l’un à l’autre: préservation des libertés et des principes démocratiques d’un côté, culte de la personnalité et goût d’un retour au «bon vieux temps» de l’autre. Kamala a bien tenté de parler programme mais personne ne l’écoutait, alors que Trump refusait d’en parler malgré les efforts désespérés de son entourage.

e) Il existe une variété de clivages brutaux qui s’interpénètrent et se contredisent: masculin/féminin, blancs/minorités visibles, villes côtières/campagnes du centre, nord/sud, croyants/laïques, pro-Israël/pro-Palestine, etc. Bien fin qui peut deviner dans quel camp finiront par aboutir les millions de personnes qui se trouvent tiraillées entre plusieurs de ces appartenances…

À ces facteurs troublants s’ajoute le fait que la publication des résultats, à cause non seulement de la taille du pays mais de l’abstruse complexité du système électoral, s’étirera vraisemblablement sur plusieurs jours marqués d’une inquiète imprécision et de probables tentatives pour brouiller encore plus les cartes

30 octobre 2024

À courte vue…

Il reste moins d’une semaine jusqu’à une élection américaine qui risque d’avoir des effets nocifs sur l’ensemble de la planète. Clairement remise en cause est la validité d’une «démocratie» dont, à tort ou à raison, les États-Unis sont considérés un des trois pays fondateurs (avec la Grande-Bretagne de la Magna Carta et la France de la Prise de la Bastille), probablement son promoteur le plus important et le plus constant dans son parcours.

Si j’étais Américain, je n’aurais pas d’autre choix que de choisir le camp Démocrate, le plus respectueux des idéaux de ce système, le plus étranger aux pulsions dictatoriales qui motivent Donald Trump et le MAGA; pas d’autre choix que de taire des réserves que le contexte justifie pourtant. Mais en tant que voisin sans pouvoir d’intervention dans le scrutin (même celui, microscopique, d’un bulletin de vote), j’ai le luxe de pouvoir jeter sur ce qui se passe un regard plus critique, inspiré par des considérations à plus long terme. Un luxe qui me fait considérer comme un devoir, en tant que citoyen de la planète et bénéficiaire de près de quatre générations d’expérience, de faire part des profondes inquiétudes que la situation m’inspire.

En premier lieu, le seul fait que le résultat anticipé soit chaudement contesté et relativement incertain doit être perçu comme un signal d’alarme dans tous les autres États qui se prétendent démocratiques. Un signal qui s’ajoute à ceux déjà émis en moins d’une décennie par les deux autres «ancêtres» du régime: le Brexit britannique provoqué par l’hubris des dirigeants des grands partis, la faillite des «partis de gouvernement» et le chaos résultant en France. Ce sont les trois piliers historiques de la formule dominante du «pouvoir du peuple» exercé par des élites élues qui s’avèrent d’une navrante fragilité. Je trouve plus que risqué, irresponsable, de considérer comme une simple coïncidence que dans les trois cas, le principe même d’une alternance pacifique entre camps rivaux ne soit plus une certitude.

De plus, comme dans plusieurs autres pays «avancés», deux tendances opposées (populistes d’extrême-droite, contestataires et manifestants de gauche) se rejoignent sur un seul point: leur méfiance, pour ne pas dire leur rejet, de la capacité et de la volonté des élites dirigeantes de prendre leurs décisions en faveur du bien commun. C’est le «contrat social» de Jean-Jacques Rousseau, ce fondement du système démocratique dominant, qui est remis en cause.

Une des causes de cette convergence des extrêmes est mon troisième motif d’inquiétude: le manque évident de vision des castes dirigeantes élues face aux défis nouveaux que présente le 21e siècle. Ce sont en premier lieu la crise de l’environnement de plus en plus évidente et urgente (catastrophes naturelles imprévues, dépérissement lent mais continu des ressources vitales…), les ruptures sociales et économiques causées par la croissance explosive des nouvelles technologies (intelligence artificielle, entorses à la vie privée, capitalisme «virtuel», impact sur l’emploi…) et les effets explosifs d’une mondialisation purement préoccupée de résultats commerciaux (conflits internes sanglants, inégalités croissantes, migrations désordonnées et perturbantes des persécutés et des démunis…).

Il faut évidemment espérer que le danger réel d’une seconde présence de Donald Trump à la Maison  Blanche sera écarté la semaine prochaine… mais l’avènement du tandem Kamala Harris-Tim Walz ne fera pas disparaître ces problèmes: le programme Démocrate y offre peu de solutions à moyen et à long terme.

03 octobre 2024

Le Paradoxe du papier-cul

Dans une campagne présidentielle USA qui ne manque pourtant ni de piquant ni d’imprévu, un dernier sursaut est vraiment hors-norme: appelons ça le paradoxe du papier-cul. Terrifiées par le souvenir des pénuries dues à une Covid-19 mal maîtrisée et par le spectre d’étagères de supermarché dégarnies par une grève inopinée des débardeurs, les ménagères américaines se précipitent dans les centres d’achat pour créer une pénurie totalement artificielle – celle du papier de toilette, qui ne vient certainement pas au pays par bateau et n’a qu’un lien bien ténu avec la santé publique.

Pourtant, cet incident ubuesque est extraordinairement significatif, car il est symptomatique de presque tout ce qui cloche dans le fonctionnement social et les mentalités: la mondialisation, l’emploi et l’automatisation, la consommation, la vision politique. Si le papier-cul américain était récolté par des immigrants latinos ou haïtiens dans les champs du Midwest, le tableau serait complet.

D’abord, la grève sur les ports de l’Atlantique n’a pratiquement rien à voir, pour une fois, avec le manque à gagner et tout avec l’évolution globale du marché de la main d’oeuvre. Les débardeurs sont motivés bien moins par le besoin d’augmentations que par un maintien de leur emploi… qui est hélas aussi justifié que celui des cochers de fiacre et maréchaux-ferrants l’était à l’arrivée de l’automobile. Non seulement les grands ports d’Asie et d’Europe, mais ceux de la Côte Pacifique américaine démontrent abondamment les avantages du traitement automatisé et robotisé des cargaisons: efficacité, économie, rapidité, absence presque totale de vol et de contrebande de marchandises. Les armateurs, les consommateurs et la société dans son ensemble y gagnent. Les seuls perdants sont les travailleurs (syndiqués) peu instruits que la technologie met au chômage. Et la solution est non pas de leur préserver des emplois devenus inutiles, mais de leur permettre de survivre autrement… vraisemblablement dans bien des cas sans boulot rémunéré. Vous me direz que ceci a peu à voir avec le papier-cul, et vous auriez bien raison, n’était de la suite.

Le deuxième ingrédient de ce chaudron des sorcières est l’erreur (compréhensible) des consommatrices, qui ne peuvent imaginer qu’une pénurie quelle qu’elle soit n’est pas causée par la malice de fournisseurs mondialisés à l’autre bout du monde; en réalité, le produit en manque est essentiellement de fabrication locale, au pis originaire des forêts canadiennes voisines et transporté par camions. La courte vue des médias ne peut qu’encourager ce malentendu: ils sont si braqués sur l’au-jour-le-jour et la passion de compter les points de sondage dans une campagne présidentielle aux règles absurdes et désuètes qu’ils sont incapables de distinguer ce qui est un vrai problème de société… et donc ne font qu’exacerber la recherche par Mme Tout-le-monde de stocks inépuisables de papier-cul. Et cela est aussi vrai de CNN et MSNBC à gauche que de FOX à droite, et presque autant du discret réseau public PBS.

Troisièmement, comment un système politique à l’ancienne, rigoureusement bipartite et où un camp défend les patrons et l’autre les travailleurs, peut-il arbitrer un conflit où ni l’un ni l’autre n’a raison (ou les deux à la fois?). Kamala-Walz vont donc prendre le parti d’un syndicat qui résiste à une évolution à la fois utile et irréversible, alors que Trump-JD vont férocement défendre le droit des employeurs de créer des chômeurs, que seule la récupération de boulots sans intérêt jadis transférés vers les pays plus pauvres permettrait de réintégrer dans la main d’oeuvre active. 

Sauf que les rapports annuels d’IBM (qu’on peut difficilement taxer de marxiste) montrent que les deux pays du monde les plus affamés d’automation et d’informatisation sont… la Chine et l’Inde, comme par hasard les deux plus grands réservoirs mondiaux de main d’oeuvre à bas prix. Tous deux voient donc sans doute le siphonnage des emplois manuels de l’Occident comme une mesure de transition temporaire — et on peut supposer qu’ils seront bien contents de les renvoyer à terme, notamment aux USA, en échange d’un clair gain de productivité et des parts de marché qu'il leur procurera. Y’a quelque chose qui cloche sérieusement dans tout notre raisonnement, non? 

S’cusez, mais tout ça me donne furieusement envie d’aller à la toilette!