Pour marquer le 4e anniversaire du décès d’Azur, j’étais hésitant. Le vivre seul avec mes souvenirs, ou réunir un groupe de proches qui l’ont bien connue? Pas évident, car famille et intimes sont dispersés en ces jours du début de septembre qui n’est presque plus les vacances mais pas encore l’automne. Mon ami Claude Normand a résolu le dilemne initial et mes instincts ont fait le reste.
Claude m’attendait chez lui sur les flancs du Mont-Royal pour un délicieux festin à deux dans le soir veillissant, au milieu de nos mementos mélangés, lui de sa Sonia del Rio, moi de ma Marie-José, amies et disparues à un an d’intervalle. À défaut d’un introuvable chinchon secco (leur poison favori à toutes deux), champagne à l’appéritif (leur second choix), suivi d’irrésistibles os à moëlle au four assaisonnés de thym et de gros sel, puis de cuisses de canard confites bien fondantes avec petits légumes, le tout accompagné d’un très bon vacqueyras. Dessert, café, après quoi j’entraîne mon hôte un peu dubitatif dans mon temple personnel de la mémoire, le pas très chic mais chaleureux P’tit Bar en face du Carré Saint-Louis.
Là, coup de chance… pour nous du moins. Ce mardi soir grisonnant, la terrasse est peu animée, la salle presque vide… et la diseuse-accordéoniste Ariana Nasr, l’artiste à l’affiche, fait la moue devant un bric-à-brac de chaises vides. On se salue entre vieilles connaissances, je lui présente mon compagnon, et lui explique pourquoi nous sommes venus. “Oh! Ta femme, la grande Martiniquaise?” - “Oui, et j’ai une demande spéciale: tu peux faire la Chanson des vieux amants de Brel? C’était NOTRE chanson pendant des décennies!”
Elle jette un coup d’oeil à son copain et co-chanteur: “Et si on vous faisait un show sur mesures, seulement pour vous deux?” Et pendant trois-quarts d’heure, c’est de la nostalgie à l’état pur, la plupart du temps guidée par nos choix: non seulement Brel et et Brassens, et Pauline Julien, et Piaf et Ferland, et “Lili Marlene”, et… mais j’en oublie – bien sûr! À peine deux ou trois autres habitués sont venus s’égarer dans le vide du bar-couloir, sans dire un mot. Je sens presque la tête frisottée d’Azur nichée au creux de mon épaule…
Rideau.
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