Un constat qui me dérange sur le processus électoral, en particulier ces jours-ci au Québec et aux États-Unis mais aussi ailleurs de manière plus générale: alors que dans presque tous les domaines (travail, vacances, alimentation, vie familiale et sociale…), nous vivons à une cadence non seulement accélérée, mais continue, le rythme suivi par le monde politique est non seulement beaucoup plus lent, mais il a conservé un caractère périodique sinon saisonnier hérité d’une autre époque. Comme si nos élus vivaient toujours au temps des diligences et des chemins de terre, où la distance et la longue durée des trajets et du courrier postal dictaient l’espacement des actions dans le temps… et comme s’il était normal que cela oblige les citoyens à faire de même dans la sphère des affaires publiques.
Cela affecte le fonctionnement des sessions des Parlements, bien sûr, mais encore plus celui de l’opinion publique. Les moments de décision populaire dépendent non des évènements et des urgences, mais de dates la plupart du temps prédéterminées, espacées de deux, quatre ou cinq ans, et ne durant que quelques semaines, quelques mois tout au plus. Entre ces périodes électorales ou référendaires, l’attention et l’avis des citoyens ne sont pas sollicités par le système même, mais de manière plutôt aléatoire par d’une part les manchettes des médias (qui ont leurs propres priorités et leurs propres critères pour choisir ce qu’ils doivent mettre en évidence, quand et pendant combien de temps) et d’autre part les maisons de sondages qui répondent moins aux besoins de l’actualité qu’à des commandes de clients aux intérêts bien spécifiques, aussi bien quant aux sujets traités qu’au moment des consultations. En-dehors de ces périodes et de ces moments, la préoccupation des citoyens pour la chose publique, et donc leur capacité d’influencer le cours des choses, est nettement moins forte, parfois inexistante. Et je ne vois pas comment on peut y voir une bonne chose pour la démocratie.
Le cas du référendum sur l’indépendance au Québec est symptomatique: il est clair que la majorité qui s’y oppose n’est pas consciente d’agir contre ses propres intérêts à long terme et contre la santé de la démocratie elle-même. Et que la quasi-totalité des dirigeants politiques qui l’encouragent en ce sens parce qu’ils croient que cela leur est profitable à court terme manquent aussi bien de vision que d’honnêteté intellectuelle. Il ne s’agit pas là d’une échéance artificielle, imposée pour des fins partisanes, mais au contraire d’une rare instance de préoccupation objective pour le bien commun et pour l’opinion du peuple formulée à l’abri des distorsions de privilèges et d’avantages acquis.
La proposition de consultation prolongée sur quatre ans de Ruba Ghazal est sans doute bien intentionnée, mais elle traduit tristement cette perception désuète de la fréquence et de la durée que doivent désormais avoir de telles initiatives.
Malgré mes réserves sur Paul Saint-Pierre Plamondon à d’autres égards, je suis en revanche impressionné par le fait que d’une part il est prêt à ajuster son calendrier aux circonstances et au contexte global, mais que d’autre part il accepte de prendre le risque démocratique de laisser l’opinion publique s’exprimer, au moment approprié et sans assurance que le résultat sera en sa faveur.
Qu’on lui reproche précisément deux positions qui démontrent son respect pour le principe démocratique et sa vision lucide de l’évolution du monde en dit long sur la santé et la probité de notre milieu politicien en général.
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