Dans un voyage, bien des étapes ne vous réservent aucune surprise; elles correspondent plus ou moins à ce que vous aviez imaginé, en bien comme en mal. D'autres vous déçoivent. Je n'oublierai jamais l'air dépité de Marie-José quand elle s'est rendu compte que les pyramides de Gizeh, loin d'être enchâssées dans les dunes du désert, étaient en réalité prisonnières des tristes tours d'habitation d'une banlieue bruyante du Caire.
Parfois enfin — et c'est pour moi l'essence même du plaisir de voyager —, tout se conjugue pour créer l'émerveillement dans un lieu dont on n'attendait rien. C'est ce qui nous est arrivé à Auckland.
Tout a commencé quand, par le petit matin frisquet et venteux, je suis sorti sur le pont du dixième pour assister à l'entrée dans l'immense rade parsemée d'îles basses mais remarquablement variées. L'agglomération urbaine se dressait en quasi-silhouette dans le soleil à peine levé, puis découvrait peu à peu son relief particulier à mesure que nous approchions du port de commerce, niché en plein coeur du centre-ville entre deux marinas où se balançaient des centaines de mâts de voiliers.
Après un petit déjeûner assez tardif, voyant que le soleil avait réchauffé le temps, nous sommes descendus à terre prendre au hasard un taxi que conduisait un charmant et calme Coréen. Dans cette ville relativement jeune, peu de grands monuments ou de sites grandioses, mais une succession de parcs paisibles et de beaux quartiers dispersés en longueur entre deux étendues d'eau, au hasard d'un relief assez accidenté.
Notre chauffeur, après nous avoir offert la vue d'ensemble spectaculaire depuis les bords du cratère de l'ancien volcan de Mount Eden, nous a baladés en douceur dans des rues vertes et ombragées, qui grimpaient et plongeaient sur les flancs de la vingtaine d'autres collines d'origine volcanique, parsemées de coquettes maisons coloniales très «british» aux jardins semi-tropicaux soigneusement manicurés.
Puis nous avons traversé le grand pont qui enjambe le port et la baie vers Northland, pour aller flâner dans le vieux quartier de Devonport, un des lieux de naissance de la ville avant qu'elle ne s'étende surtout sur l'autre rive. Un «village» qui n'est pas sans rappeler à la fois la partie riveraine de Sausalito face à San Francisco et les plus jolis coins de notre Outremont montréalais, mais avec un charme à l'anglaise d'autant plus marqué qu'il est dénué du snobbisme qui l'accompagne souvent. Au contraire, Auckland baigne dans une atmosphère détendue, où tout se fait sans hâte, avec une civilité bon enfant.
Retour vers le centre-ville, avec le détour obligé vers le solennel City Museum, pour aboutir sur le délicieux square qui borde la cathédrale catholique St. Patrick's. Sans grandes attentes, nous entrons dans ce qui est réputé comme un des meilleurs restaurants de la ville, The Grove. Tables classiquement dressées en blanc dans un décor élégant s'étirant en camaïeu de beiges et de bruns jusqu'à une petite salle aux immenses fenêtres donnant sur un parterre ombré. Une demi-douzaine de tables sont occupées.
Première surprise, notre hôtesse et serveuse, nous entendant parler français, s'adresse à nous dans notre langue avec un accent cultivé mais typiquement québécois. Probablement pakistanaise d'origine, elle a été élevée à Saint-Lambert avant de se retrouver en Nouvelle-Zélande depuis quatre ans. Pour compléter ce dépaysement à rebours, nous avons comme voisins une famille de Vietnamiens francophones venus de Tahiti, dont la timide mais remuante gamine a vite gagné le coeur de Marie-José.
Le menu abonde en énoncés originaux, promettant des combinaisons de saveurs peu communes — mais en soi, dans un établissement de cette classe, ça ne veut pas dire grand-chose. Un premier plaisir inattendu vient avec l'apéritif, dans une soucoupe d'olives presque chaudes qui rappellent, en plus charnu, les délicieuses picholines de Montpellier.
Le «cannelloni of crayfish with goat cheese» d'Azur embaume... et le palais, quand elle y goûte, tient avec finesse toutes les promesses du nez. Quant à mon «bavarois d'huîtres» aérien accompagné d'une gélatine de crevettes recouverte d'une carapace de lamelles de pieuvre marinée, c'est du grand art.
Nous nous regardons, interloqués. Ces entrées, servies avec une gentillesse sans prétention, sont du niveau des meilleures tables que nous avons fréquentées en France, et nous serions en peine de leur trouver un équivalent à Montréal. Pas possible que la suite soit à la hauteur?
Nous avons la réponse lorsque nous parviennent la perdrix au four sur lit de bettes en purée et d'épinards de ma compagne et mon canard croustillant en deux façons, poitrine en magret et cuisse pressée avec haricots verts aux lardons grillés. Le volatile désossé d'Azur offre une tendre chair presque rosée enrobée dans une peau craquante mince et diaphane, couleur de caramel. Quant au mien, il dépasse toutes mes espérances, un cran même au-dessus du caneton de Challans de Manuel Martinez, jadis chef de la Tour d'Argent à son heure de gloire! Nous dégustons avec délice, dans un silence pratiquement religieux, en sirotant un pulpeux Destiny Bay 2006, excellent rouge du pays à base de cabernet-sauvignon.
Pour une fois, Azur refuse le dessert (je pense qu'elle a peur d'être déçue au dernier moment) et c'est moi qui me risque à prendre un soufflé à la rhubarbe qui pique ma curiosité. Et qui se fait espérer pendant un long quart d'heure... mais il ne perdait rien pour attendre. Comme notre copine-serveuse le sert avec deux cuillers (et un sourire en coin), je suis presque obligé de me battre pour en avoir ma part. Moëlleux comme pas possible, parfumé mais légèrement sûr, flanqué d'un délicat sorbet au citron vert, c'est un péché majeur... et un digne couronnement à l'un des meilleurs repas que nous ayons pris depuis des années.
Comme dit M. Michelin, «vaut le détour»... l'ennui étant, bien sûr, que ce détour-là se chiffre à une bonne bonne vingtaine de milliers de kilomètres, que ce soit de Montréal ou de Paris! Mais une fois sur place, hein?
31 janvier 2014
Ah! Nouvelle-Zélande...
30 janvier 2014
Mauvais temps — beau temps
Peu après le départ de Rarotonga, le vent s'est élevé, encore chaud mais persistant. Deux jours plus tard, le ciel devenait gris fer, des rafales de pluie commençaient à s'abattre sur le navire, qui tanguait de plus en plus sous une houle croisée, malgré les stabilisateurs.
La brise, presque directement de face, dépassait les trente noeuds, la mer d'un gris-vert sombre se couvrait de franges d'écume et il fallait un certain courage pour mettre le nez dehors même bien habillés. Plus question de bain de soleil ou de piscine. La nuit, les cognements de la houle sur la coque et les craquements de la membrure étaient assez forts pour nous réveiller en sursaut.
Heureusement, j'avais d'abord réussi à compléter mon premier tableau à peu près à ma satisfaction. C'est une vue de la rade de la Baie de Cook à Mooréa — au début, je voulais prendre une approche impressionniste, mais ça ne traduisait pas correctement le primitivisme grandiose du lieu, les couleurs spectaculaires des montagnes, ni le jeu des reflets sur la profondeur et la limpidité de l'eau.
J'ai donc passé près de deux jours à tout retravailler, la terre dans un sens plus structuré, un peu à la Cézanne mais dans une palette voisine de celle de Gauguin (des bleus-verts, des violets avec des taches d'orange et de jaune sur fond azur), la mer en y projetant un ciel massivement bleu clair, sur lequel j'ai patiemment étalé, couche après couche, des glacis transparents traduisant la rėflexion à peine déformée des montagnes abruptes et des quelques bateaux mouillés dans la rade.
Merci à la science moderne pour l'acrylique (et à Masterson pour la palette Stay-Wet qui me permet de conserver mes mélanges de couleur d'un jour à l'autre): à l'huile il m'aurait fallu des semaines sinon des mois pour parvenir au même résultat. Il y aurait sans doute moyen d'améliorer encore, mais j'ai l'impression d'avoir atteint la limite de mes talents graphiques, j'aime mieux ne plus y toucher.
Ce qui est bon signe, c'est qu'Azur — qui au début rechignait un peu quand j'ai déployé mon chevalet et mes tubes sur le balcon — trouve maintenant que je manque d'ambition et que je devrais me lancer dans de plus grands formats. Je vais donc profiter de l'escale à Auckland pour voir ce que je trouve comme blocs de papier toilé...
Ensuite, sitôt que le temps et les loisirs le permettent, je veux m'attaquer à plus audacieux encore: l'incroyable entrelacs de troncs et de branches tordus du parc de Lahaina à Maui. J'ai déjà deux bonnes photos et un croquis assez satisfaisant, mais j'ai la frousse de transposer ça sur la toile.
Pour le moment, je laisse dormir la patronne et je grimpe sur le pont supérieur pour déguster un premier café et contempler l'arrivée en Nouvelle-Zélande sur fond de soleil levant.
27 janvier 2014
Du Paradis impossible à Jules Verne
Rarotonga, vue du large, ça semble une sorte de Paradis perdu ou, du moins, improbable. La «capitale» des Îles de Cook est une petite île verdoyante relativement montagneuse et très compacte (ni baies profondes, ni promontoires avancés, ni longues pointes) bordée de plages éclatantes de blancheur dorée et étroitement enserrée dans une ceinture de récifs coraliens percée de quelques passes si étroites que même notre modeste Seabourn Sojourn est incapable de les emprunter.
Pas d'édifices élevés ni «modernes» (la loi locale interdit de construire plus haut que les frondaisons d'un cocotier!), pas d'industries, pratiquement pas de pollution; une vie à l'ancienne au milieu d'une nature généreuse — le seul anachronisme à rebours étant un aéroport par lequel s'écoulent les exportations de fruits, légumes et produits marins d'une qualité renommée. Ce qui suffit apparemment, conjugué avec un tourisme modeste et peu apparent, à assurer une vie confortable et sans le moindre stress aux quelque 13000 habitants — le pays tout entier en compte à peine 20000.
Nous nous arrêtons donc en pleine mer, à quelques encablures du miroir lapis-lazuli du lagon, et ce sont des navettes orange qui cabriolent joliment sur les vagues bleu outremer pour emmener à terre les passagers de la croisière. Malheureusement pour nous, une houle croisée au large rend l'embarquement assez mouvementé, trop pour l'équilibre encore chancelant de Marie-José. Nous nous contenterons donc de quelques photos prises à distance, alors que nous nous faisions une fête de parcourir l'Ara Tapu, la «route sacrée» qui ceinture l'île, et d'emprunter une barque à fond de verre pour admirer la faune et les coraux du mini-lagon de Muri.Tant pis.
En soirée, agréable spectacle de Heather Clancy, mezzo-soprano de qualité aux goûts éclectiques. En plus d'extraits de Carmen, de la Traviata, de Cosi Fan Tutte et de Porgy and Bess, elle interprète quelques airs de jazz, de comédie musicale et même un rock des années soixante.
Le lendemain, souper sur le pont à côté de la piscine avec Dimitri, un des musiciens de l'orchestre de bord. Français — originaire de la région parisienne, son père habite près de Toulon —, il s'est installé depuis quelques années à New York où il rêve de faire jouer une comédie musicale de sa composition.
Au menu, de jolies mousses de saumon fumé et de foie de poulet, puis d'excellentes côtelettes d'agneau grillées sauce béarnaise. Pour moi, le chef Graeme a prévu une «traite» exceptionnelle: un véritable haggis ( hachis de tripes de mouton admirablement parfumé) servi traditionnellement avec des «mash» de pommes de terre et de navet, pour lequel il a fait venir les ingrédients d'Écosse. C'est une merveille que j'avais découverte il y a cinq ans à Édimbourg, dont c'est le plat emblématique, et dont je rêvais depuis.
On nous a remis la liste des passagers qui effectuent au complet le World Tour jusqu'à Venise le 1er mai. Parmi les 76 «survivants» (sur un total de 415 voyageurs à bord), il n'y a qu'un autre couple francophone, les Suisses de Neuchatel avec qui nous avons sympathisé à quelques reprises. Tous les autres débarquent en cours de route, en Australie, à Hong Kong ou en Inde. Mais j'imagine qu'il va en embarquer d'autres pour combler les vides...
Aujourd'hui, nous perdons une journée en traversant la ligne internationale de changement des dates: nous passons donc directement du 27 au 29 janvier. Cela me rappelle paradoxalement un des émerveillements de mes lectures de jeunesse, le coup de théâtre final du «Tour du monde en 80 jours» de Jules Verne, quand Phineas Fogg découvre qu'en effectuant son périple en sens contraire, il a gagné une journé supplémentaire, ce qui lui permettait de remporter son pari.
Terminé, le vagabondage dans les Îles du Pacifique. Nous sommes en mer pour encore trois jours, jusqu'à Auckland, Nlle-Zélande. Donc, tout le temps de nous reposer... et de me prendre pour le Gauguin du balcon de la cabine #511.
25 janvier 2014
Si un jour j'arrivais à Tahiti... Tahiti!
Note: Comme je le craignais, l'Internet de bord nous joue des tours; il a presque disparu sans laisser de trace ces trois derniers jours, me laissant deux fois en plan en plein milieu d'un message courriel ou Facebook. Ce qui suit avait été écrit avant-hier.
23 janvier 2014 — Arrivée à Bora Bora ce matin vers 7 heures, entrée dans le lagon azur et bleu vert sous un soleil éclatant. Quel fond de scène pour prendre le premier café!
«La plus belle île du monde» ne fait pas mentir sa réputation. Malgré un développement touristique qu'on dit forcené, elle a su préserver au moins les apparences d'un site naturel paradisiaque et intouché. Une seule passe assez étroite dans la mer d'un bleu profond permet de franchir l'anneau de corail de l'atoll, décoré de vagues d'un blanc éclatant déferlant avec langueur sur un fond turquoise et jaune brillant. Cette ceinture est parsemée de «motus», des îlots coraliens panachés de palmiers et ceinturés de sable blond-rose sur lesquels s'étalent, assez discrètement, des résidences princières ou des «resorts» de paillotes faussement rustiques strictement pour milliardaires.
Le village d'accueil de Vaitape, seul port de la petite île, se niche sous une montagne aux reliefs spectaculaires. Notre paquebot, trop grand pour y accoster, jette l'ancre au large d'une marina habitée de yachts impressionnants — que sa luxueuse élégance ne dépare pas.
Mais une fois le déjeûner pris, les choses se gâtent, juste au moment où nos co-passagers prennent d'assaut la plate-forme d'où les navettes doivent les emmener en promenade à terre. Une averse tropicale aussi brusque qu'abondante dévale de la falaise en face pour les tremper jusqu'aux os, au point que plusieurs rebroussent chemin.
La pluie s'interrompt à l'heure du lunch, que nous prenons sur la véranda arrière, et me laisse juste le temps de trois tours de piscine et de jaccuzzi, avant de reprendre en force, masquant presque entièrement Bora Bora d'un opaque rideau grisâtre qui met fin à toutes nos velléités de visite.
Nois avons eu plus de chance les jours précédents. Avant-hier, malgré la santé encore chancelante de Marie-José, nous avons pris une voiture avec un chauffeur-guide francophone et charmant (comme semblent l'être à peu près tous les Tahitiens), Richard. Il nous a d'abord promenés dans la circulation assez dense de Papeete pour jeter un coup d'oeil à l'impressionnante mairie, au spectaculaire et grouillant marché, à la modeste et sympathique «maison de la reine» et au beau parc Bougainville dont les kiosques à toits de chaume et la foisonnante végétation bordent le front de mer.
Puis nous avons pris la route, moins touristique, de l'ouest pour une trop rapide visite au Musée de Tahiti et ses îles (superbes pirogues creusées dans des troncs et canots à balancier faits de planches littéralement cousues ensemble!) où se tient une expo «la Peinture tahitienne après Gauguin» d'intérêt inégal. Dommage que le «vrai» musée Gauguin soit fermé pour rénovations. Un peu plus loin, Richard et moi avons gravi à pied le sentier menant au plus impressionnant mara'e (temple polynésien) de Tahiti, puis nous avons repris la voiture jusqu'au Jardin botanique avant de rebrousser chemin pour nous arrêter, au hasard, dans un petit café de bord de route, sans autre nom qu'une affiche de bière locale.
L'idée était juste de nous rafraîchir, mais la patronne était si joviale et les odeurs de la cuisine ouverte si tentantes que nous avons fini par nous attabler à la bonne franquette avec notre chauffeur. Nous avons eu droit à un délicieux — et copieux — repas maison: sashimi et riz blanc, mahi-mahi aux amandes grillées avec patates sautées et curry de thon et crevettes sur un lit de haricots verts et riz jaune. Plus, pour finir, de délectables pêches melba pochées maison.
Ce détour gourmand imprévu nous avait mis en retard, si bien que nous sommes rentrés directement à bord sans compléter notre programme, qui comprenait notamment l'étonnant Musée de la perle noire.
En soirée, nous nous sommes repris en nous régalant de l'excellent spectacle de danse folklorique du groupe Tahiti Ora. Sur scène, une vingtaine de danseuses, danseurs et musiciens athlétiques et élégants — leur tamouré bien au-dessus de celui que nous nous efforcions de pratiquer dans les discothèques montréalaises des années soixante! «Un peu plus jeune, je m'y serais bien mise!» a pourtant commenté Azur qui, décidément, prend du mieux.
Hier, à Moorea, nous n'avions rien prévu de spécial, mais un succulent steak d'espadon au risotto de parmesan le midi nous a inspiré une descente à terre quelque peu acrobatique: la pluie a surpris Azur sur sa chaise roulante, que l'espèce de monte-charge qui devait la faire descendre jusqu'à la navette de débarquement refusait bêtement de transporter.
Nous avons fini par nous rendre sous l'averse au stand de taxi, où nous avons été pris en charge par une dame d'une remarquable gentillesse. Elle nous a fait faire un demi-tour de sa fort belle île (le temps s'étant remis au beau) avant de grimper par un spectaculaire chemin en lacets bordé de bambous et de fougères géantes jusqu'à un belvédère central, d'où on pouvait voir en même temps les trois pics et les deux profondes baies qui sont la marque distinctive de Moorea. À couper le souffle.
En redescendant, elle nous a emmenés jusqu'à un petit centre d'achat assez folklorique, où nous avons pu nous approvisionner, pour la première fois du voyage, en lectures en français: journaux et magazines locaux, hebdos parisiens de la semaine dernière et un ou deux polars. C'est Azur qui a apprécié... même si le gros de l'actualité semblait se résumer aux déboires conjugaux du couple Hollande!
20 janvier 2014
Ouf! Je respire...
Vendredi matin, dans une mer assez agitée, Marie-José a perdu pied en sortant de la cabine et s'est durement heurté la tête sur le cadre de porte. Depuis deux jours déjà, elle montrait des signes de faiblesse et des pertes d'équilibre qui m'inquiétaient.
On l'a amenée à la clinique du bord, où je l'ai rejointe quelques minutes plus tard. Heureusement, car ni le médecin philippin, ni l'infirmière (suédoise?) ne parlent un mot de français. Je joue forcément les interprètes. Examen sur toutes les coutures, prises de sang, de pression, et pour finir un électrocardiogramme en bonne et due forme.
Le diagnostic est assez rassurant, son état général est bon, mais elle a une jolie bosse sur le derrière du crâne et souffre de déshydratation, donc d'un affaiblissement des muscles moteurs (jambes et bras). Le médecin lui prescrit des paracetamol, des compresses glacées sur l'hématome, un régime fortement liquide... et une chaise roulante pour quelques jours.
Samedi et dimanche, la mer est plus calme, mais elle est toujours dangereusement chambranlante et a besoin d'une main amie pour se lever et se rasseoir. Une chance que j'ai connu le même genre d'expérience assez humiliante l'hiver dernier au moment de mon opération aux genoux, ça me rend plus compréhensif.
Un appel en catastrophe samedi midi à sa copine-médecin à Montréal a eu un effet revigorant. Évelyne a immédiatement confirmé le diagnostic du médecin de bord, en remettant même encore un peu. Mais la médecine formellement imposée, au moins un verre d'eau toutes les heures, a suscité chez sa patiente une belle rébellion qui a duré une pleine journée.
C'est seulement en soirée hier qu'elle a commencé à reprendre de son chien habituel, tout en se résignant à suivre la prescription. Ce matin, par mer plus calme et un soleil magnifique sous l'équateur, elle s'est levée par ses propres moyens et m'a poussé à l'amener déjeûner au Seabourn Square du 7e. Très bon signe.
Ensuite, excellent lunch philippin sur la terrasse arrière de la Colonnade. Soupe aux crevettes à l'ail dans un bouillon de porc. Remarquables boulettes genre dim sun farcies de viande très finement épicée, travers de porc grillé dans sa peau croustillante, riz frit à l'ail et pâtes fines de soya légèrement salées. Pour conclure, un surprenant (dans le meilleur sens du mot) flan de lychees.
Retour à la suite pour la sieste, aux accents de Jean Ferrat — La Montagne, Ma Môme, Pablo Neruda, Aimer à perdre la raison, Nous dormirons ensemble, Nuit et Brouillard, Potemkine... — plus on l'écoute, plus grand il est!