Disons dès le départ qu'il y a un bout de temps que je n'avais entendu un discours aussi élégant, aussi «écrit»… et même bien écrit, étonnamment structuré et littéraire surtout dans la bouche d'un politicien américain. Peut-être un peu rhétoricien, dans le sens formel du terme, mais à ce titre, mieux vaut un peu trop que pas assez — ce à quoi ses compatriotes nous ont tant habitués.
22 janvier 2013
Obama et son discours
29 décembre 2012
Bonjour l'hiver!
Pas grand-chose d'autre à raconter du séjour à Paris, sauf deux agréables découvertes, juste en face de la Gare Saint-Lazare. Le Marco Polo n'a d'italien que le nom. C'est l'archétype du grand bistrot parisien à voyageurs, toujours rempli, bruyant, pressé et brouillon, avec l'offre la plus classique: choucroute, bavette et entrecôte, saucisses grillées aux lentilles, mais le tout irréprochable...
Son voisin est une autre histoire: Mollard est une brasserie de fruits de mer datant de la Belle époque, qui vient d'être remise à neuf dans son style originel, absolument spectaculaire -- et délicieux en plus, des belons et bulots à l'île flottante, en passant par la sole meunière et les gambas cardinal.
Aussi, lors d'une balade en bus du côté des Invalides, rencontre d'un jeune couple de Gabonais dont la jeune femme a une des plus belles têtes d'Africaine que j'aie vues depuis longtemps, et que je ne puis me retenir de partager avec vous.Air France a aménagé à l'aéroport Charles-de-Gaulle une "voie express" pour ses passagers les plus choyés: non seulement une priorité à l'enregistrement, mais des raccourcis au contrôle des passeports et à la sécurité. Et un immense salon confortable près de la zone d'embarquement, desservi par un personnel non seulement empressé, mais presque jovial – à cause des Fêtes?
Même la veille de Noël, l'avion était rempli... mais à notre surprise ravie, pas de file d'attente à l'immigration à Dorval, puis un nouveau système automatisé (rapide) pour le passeport et le formulaire de douanes et moins de dix minutes d'attente au carrousel à bagages. Trois-quarts d'heure à peine après l'atterrissage, nous débarquions devant la maison en début d'après-midi.
Après dix jours du gris humide de Paris, ça faisait un peu bizarre de trouver une bonne couche de neige – déjà sale! – et un froid sec et piquant, mais ensoleillé et pas désagréable du tout. Ajoutez à cela le plaisir de retrouver de bons voisins et notre cocon confortable. Pour cause de décalage horaire, la célébration de Noël est réduite à sa plus simple expression: une bonne nuit de sommeil suivie d'un repas de Fête acheté au marché de Saint-Germain-des-Prés et amené dans les bagages: foie gras d'oie et confit de canard artisanal avec asperges vertes, enfin roquefort onctueux coiffés d'un superbe champagne blanc de noir d'une petite maison de l'Aude.
Nous avons à peine eu le temps de récupérer un peu du voyage que l'hiver nous est rentré dedans jeudi, avec une splendide tempête: vents tourbillonnants, 40 cm de neige aveuglante qui cachait même complètement le Stade olympique pourtant voisin. Et ce matin, bonheur: en ouvrant les rideaux, nous sommes inondés d'un soleil conquérant qui fait scintiller l'épais manteau de neige autour des blocs gris et rouges et sur les toits plats des immeubles, jusqu'au Mont-Royal dans le lointain.
«Tu vois comme on a bien fait de revenir maintenant», commente Azur.
Peu après midi, nous descendons appeler un taxi pour nous rendre à l'autre bout de la ville, à la fête que donnent le cousin Claude Aubin et Cécile. Le chauffeur marocain nous fait la conversation sans répit, tout en se fourvoyant sur une avenue encore peu déblayée où la circulation se fait à pas de tortue. À ce rythme, Dieu sait quand nous arriverons chez nos hôtes.
Nous y retrouvons, outre mon frère Antoine et sa compagne Lucie, deux couples d'universitaires et un autre d'enseignants originaires du Lac Saint-Jean comme Cécile.
Pour le fromage et le dessert, nous passons au lumineux jardin d'hiver que Claude a fait construire dans sa cour arrière, au coeur d'un magique décor d'allées, de buissons et d'arbustes enneigés. C'est là qu'au milieu d'un faisceau entrecroisé de conversations (voyages, cinéma, littérature, musique, souvenirs communs du personnage hors du commun qu'était notre ami Lucien Gagnon), Azur insiste pour se faire prendre en photo, juste comme le soleil disparaît...
20 décembre 2012
Petit blogue de fin du monde
Ah, c'est compliqué, Paris! On voulait réserver pour le grand show de l'Apocalypse du 21, mais on s'y est pris trop tard, y'avait plus de places à vendre même à la billetterie de dernière minute de la Place des Ternes. La fin du monde se passera donc de nous. Alors, si vous ne nous retrouvez pas demain soir au Jugement dernier, vous saurez au moins pourquoi! (Et gardez-nous une place au bar, dit Azur)
Le retour de Barcelone à Montpellier il y a déjà trois semaines s'est bien passé, surtout que la fin du séjour a été embellie par cette fameuse visite à la Sagrada Familia que je me promettais depuis toujours. La basilique est maintenant très avancée (fin des travaux dans une quinzaine d'années à peine, dit-on) et l'intérieur, que je n'avais vu qu'à l'état de chantier il y a des décennies, tient toutes les promesses de l'extérieur.
En l'absence d'Azur qui, en prenant de l'âge, apprécie un peu moins les hauteurs, je me suis tapé la grimpette (en ascenseur presque tout le long) dans une des tours de la façade, y compris les derniers mètres à pied dans un étroit escalier en colimaçon qui rappelle ceux de Notre-Dame de Paris. Dur-dur pour les vieilles jambes, mais la vue d'une des passerelles d'arc-boutant à 65 mètres d'altitude en valait la peine. D'un côté l'élan des tours, le jet des arches et les plans sinueux des toits écaillés, de l'autre la perspective à vol d'oiseau de Barcelone étalée entre le Tibidabo et la mer.
La veille du départ, je suis allé faire ma petite tournée habituelle au marché de la Boqueria, à cinq minutes de l'hôtel. Pas tout à fait aussi spectaculaire que la dernière fois (c'était la Semaine sainte), mais l'animation du début des emplettes de Noël valait le coup d'oeil. J'ai vertueusement résisté à l'envie de rapporter un des superbes "jamons de bellota" qui se balançaient partout au-dessus de nos têtes et me suis consolé avec quelques tranches translucides de lomo (soc de porc fumé, un délice!) et une fiole de conyac Lepanto XO -- non, vous n'y goûterez pas cette fois-ci, il reste dans notre réserve spéciale à Montpellier.
Débarquement au crépuscule, deux jours plus tard que prévu, à la Gare St-Roch dans un froid quasi hivernal; heureusement Ingrid avait eu la bonne idée de laisser tourner le chauffage de l'appartement à mi-régime. Un p'tit coup de réchauffant, et nous étions comme chez nous! La belle surprise de notre retour a été les retrouvailles avec les bons amis Mistouf et Yvelyne Mathias, ex-restaurateurs de haut vol à l'Arboisie devenus chômeurs (temporaires).
Nous avions gardé le contact par courriel et Facebook, mais nous ne nous étions pas vus sauf en coup de vent il y a un an à la fin d'un lunch avec les voisins Chantefort. Cette fois-ci ils avaient tout leur temps, leur seule occupation majeure étant de suivre des cours de "réinsertion au travail" -- en informatique et comptabilité, c'est ça qui va améliorer la finesse de leur fameuse sauce au beurre blanc! Mais le moral est bon, et je les soupçonne un peu d'en profiter pour reprendre leur souffle, après quinze années et plus d'efforts soutenus pour tenir à bout de bras un restaurant hors-norme.
Quoi qu'il en soit, après nous être retrouvés aux Trois-Grâces, Place de la Comédie où nous avons aussi croisé notre guitariste préféré Fethi, nous avons pu nous offrir le luxe de nous installer pour une belle et longue bouffe au Pescator, Place du Nombre d'or. Tout y a passé: souvenirs communs, jongleries philosophiques, élucubrations politiques, anecdotes journalistiques et culinaires... Au café, les jeunes patrons du restaurant, connaissant la réputation de Mistouf, sont venus se joindre à nous autour de deux bouteilles de fort bon "rhum traffiqué", et la conversation a nettement dévié "métier". Il faisait presque nuit quand nous sommes ressortis prendre le tram vers la maison.
Ne restait plus qu'à faire nos adieux aux voisins du dessous et aux patrons de la brasserie en face (cuisine fortement améliorée et tables remplies depuis la venue d'un nouveau jeune chef), puis jeter quelques effets dans deux petites valises pour Paris et Montréal.
Demain, si la planète est toujours là, nous rejoignons les vieux amis montparnassiens Janine et Michel Euvrard autour d'un joyeux couscous!
30 novembre 2012
Retour aux Ramblas
C'était une décision à brûle-pourpoint. Quand ma nièce Geneviève nous a annoncé sur Facebook à quelques jours d'avis qu'elle passait le week-end suivant à Barcelone, nous nous sommes regardés: "Et si on y allait aussi?"
Bingo! L'intérieur est en grande partie dans le même style et notre "suite junior" est un véritable appartement de 60 m2 avec grande chambre, joli salon et immense salle de bain-douche massage-jaccuzzi pour deux! Le tout pour moins cher qu'une chambre "standard" au Méridien.
Retour à l'hôtel pour rencontrer au bar Paolo Sapio, un grand type mince, velu et volubile dans la trentaine. Nous arrivons assez bien à communiquer dans une sorte de sabir à base d'anglais du Latium mâtiné d'espagnol et de français. Lui-même italien, il vit la plupart du temps dans la Rioja voisine avec sa compagne chanteuse, Silvia, et leurs jeunes enfants. Passionné par les mouvements sociaux et politiques, il suit depuis le début les "indignados" de Madrid et Barcelone dont il a abondamment illustré les péripéties sur Internet.
Dimanche matin bien tranquille. Nous attendons la nièce Geneviève, qui débarque avec deux collègues (ou ex-collègues? pas clair) juste à temps pour l'apéro. Ils admirent comme il se doit l'Hotel Montecarlo et notre géniale suite "junior", puis partent de leur côté tandis que nous entraînons Gen vers la calle Vergara (ou carrer Bergara, c'est selon) où nous lui faisons nouer connaissance avec les délices de Casa Agusti — joli mousseux "cava" et re-paëlla parellada, notamment.10 novembre 2012
La fête à Lyon
J'ai volontairement omis du chapitre précédent ce qui a pourtant été le clou de notre actuel séjour en France: une expédition de quatre jours à Lyon pour célébrer nos deux anniversaires. D'autant plus agréable que malgré l'octobre généralement maussade et les sombres avertissements de la météo, nous avons eu droit à trois jours de beau temps doux...
Nous avons pris le TGV de Montpellier la veille de ma fête pour débarquer à la Part-Dieu en fin d'après-midi. Nous avions choisi au hasard sur Internet un petit hôtel en plein centre-ville, directement sur la Place Bellecour. Coup de chance! Le Royal Lyon est un véritable bijou plus que séculaire, rénové avec goût dans un style "cocon bourgeois" de l'entre-deux-guerres. Immense chambre bien insonorisée et coin salon confortable. Un bar feutré avec vue sur la place et élégante musique de cool jazz. Sans compter le restaurant, Côté Cuisine, qui est l'atelier-école de l'Institut Paul Bocuse: une gastronomie de haut niveau à prix doux, dans une ambiance sans prétention!Le lendemain lundi, après nous être baladés un peu dans le quartier voisin de la Presqu'île, nous nous sommes dirigés vers le haut-lieu de notre séjour, le mythique restaurant de la Mère Brazier, repris depuis quatre ans par un chef bourré de talent (et d'ambition), Mathieu Viannay qui a déjà ramené dans ses chaudrons deux étoiles Michelin.

Au moment de régler la note en sortant, j'ai eu le plaisir de fixer, par la porte entrouverte, Mathieu Viannay lui-même officiant dans sa cuisine, sans doute pour préparer le service du soir. Vous vous doutez qu'après tout ça, une sérieuse sieste s'imposait.Les deux jours suivants, nous avons baguenaudé dans les quartiers de Lyon, une ville que nous connaissions peu et qui pourtant le mérite. Tantôt en minibus dans la Croix-Rousse, tantôt à pied le long des "traboules" et du Vieux-Lyon, tantôt en car panoramique sur les hauteurs de Fourvière, tantôt en tram dans la toute nouvelle Confluence, tantôt en taxi vers la Tête d'Or en soirėe.
Mangeant à la fortune du pot ici dans une grande brasserie, là dans un bistrot à moules ou un des fameux "bouchons" à la cuisine canaille. Une fortune sans grand risque, dans une ville qui se prétend, non sans raison, "Capitale mondiale de la gastronomie".
Deux haltes archi-touristiques, mais incontournables: la Maison des canuts, ces ouvriers de la soie qui ont fait la richesse de la ville aux 18-19e siècles avant d'y semer la révolte... et les premières graines du syndicalisme français et européen; et un amusant "Petit musée du Guignol" consacré non seulement à ces poupées animées proprement lyonnaises, mais à toutes les formes de marionnettes de tous les coins du monde. Ça m'a rappellé le beau temps où j'écrivais pour ce genre de théâtre des "Mains de Croquemitaine" qui n'ont jamais été jouées... que par des comédiens à la télé!
À Montpellier, nous avions déjà renoué avec nos voisins du dessous les Chantefort (dont la fille et la petite-fille habitent Montréal) et avec l'ami guitariste algérien Fethi, qui se produit tous les midis Place de la Comédie. Nous l'avons d'ailleurs entraîné à l'un des clous du Festival de la guitare annuel, le concert de l'exquis intrumentiste classique Aniello Desiderio.


