
25 décembre 2008
16 décembre 2008

11 décembre 2008


8 décembre 2008



4 décembre 2008
Samedi matin, nous étions allés avec Habib, le second chauffeur de Pape, louer pour le lendemain une immense et confortable quatre-quatre Toyota "Prado" déjà réservée en notre nom par notre précieux ami. Une fois les papiers remplis, le propriétaire de l'agence nous a offert de partir tout de suite avec la voiture. Pourquoi pas? Habib nous a donc déposés directement à l'hôtel et est reparti chez lui avec la Toyota, qui devait revenir nous prendre dimanche matin pour une semaine de vagabondage à travers le Sénégal.
Notre première expérience de la grand-route, quoique bien typique, n'aura pas été très réjouissante: une bonne heure d'embouteillage odorant et bruyant sous un soleil d'enfer, seulement pour sortir de Dakar et atteindre la route de Thiès. Il faut comprendre que la capitale est construite sur une presqu'île, le Cap-Vert, dont le seul débouché véritable est la route du port de pêche de Rufisque, que toute la circulation du pays doit emprunter, peu importe d'où elle vient et où elle va! Recette certaine pour un bouchon monstrueux presque nuit et jour dans un site qui est, de plus, un bol de poussière brûlante et tournoyante dominé par les grues de multiples chantiers de construction.
Par bonheur, une fois sortis de ce traquenard, nous nous sommes retrouvés sur une nationale en bon état, pas trop encombrée, bordée de bouquets de palmiers et d'énormes baobabs plus ou moins chauves. Dépaysement garanti. Comme c'est dimanche, le gros de la circulation autour de nous consiste en ces omniprésents petits autobus locaux et régionaux bondés d'une clientèle colorée, hétéroclite, souvent suspendue au-dessus du vide à l'arrière du véhicule brinquebalant, peint en blanc ou en jaune et bleu, à l'avant presque toujours orné d'une invocation "Alhamdoulilah" (Merci à Dieu).
Un des premiers spectacles qui nous a surpris a été de voir quatre jeunes femmes balayer le parking de terre à côté du marché d'un village de bord de route. Pas le fait qu'elles balaient (en soulevant des nuages de poussière), mais le costume dans lequel elles le faisaient: chacune portait une élégante et très propre robe traditionnelle brodée de couleurs vives, aussi pimpant



Heureusement, la ville assez somnolente n'est pas trop peuplée (un quart de million), mais cette concentration de la circulation en deux points donne quand même de jolis embouteillages. Notamment à l'heure de notre arrivée. C'est donc à la queue d'une lente procession que nous sommes parvenus de l'autre côté du Pont Faidherbe, sur la Place de la Poste, à la brunante.
Le mythique Hôtel de la Poste, à notre droite, est pareil à ses photos des années 1930, sauf pour une marquise qui abrite désormais un café donnant sur la place. À l'intérieur, le patron fait toujours visiter avec fierté la chambre 219, où Jean Mermoz se reposait entre les étapes Casablanca-Sénégal et Sénégal-Brésil du vol de l'Aéropostale. Il n'y avait cependant pas de place pour nous pour les trois prochaines nuits; dommage, la petite suite qu'on nous a montrée, quoique un peu rudimentaire, était bien sympathique.

On y pénètre par une belle porte cochère donnant sur une cour intérieure (rose, quoi d'autre) fleurie et surplombée de galeries à arcades, qui se termine sur un escalier monumental. Nous avons hérité de la très jolie suite nommée "Crack" à l'étage, décorée dans un style qui fait fortement penser à un ryad de Marrakech, jusqu'à la salle de bains réalisée en tadelakt. Et tout ça à prix




Nos deux accompagnateurs avaient choisi d'aller dormir chez un copain d'Habib, pour faire des économies sur leur per diem, et venaient nous récupérer le matin. Hier avant-midi mercredi, après être passés au guichet automatique et chez un marchand de journaux qui offrait des publications françaises avec une semaine de décalage (Azur tenait mordicus à son "Marianne"), nous nous sommes remis en route vers le nord pour le Parc naturel de Djoudj, célèbre pour sa concentration d'oiseaux migrateurs. Juste à la sortie du faubourg de Sor, après le Pont Faidherbe, barrage de gendarmerie: il y a une manif de grévistes face à l'Université qui menace de tourner à la violence, il faut donc faire le tour par derrière, empruntant des rues de terre qui sont à peine mieux que des pistes de brousse. Nous remercions le ciel pour la robustesse et la suspension solide de la Toyota.
De fait, nous remarquons à peine la différence quand nous quittons la "route" pour une piste transversale qui va nous amener au Djoudj. La distance n'est que d'une soixantaine de kilomètres, mais le gérant de l'hôtel qui nous avait prévenus de prévoir au moins deux heures de trajet était même en-deçà de la réalité. Heureusement, les paysages de savane parsemés de jolis (quoique sans doute très inconfortables) villages de huttes de paille aux toits coniques, ceinturés de clôtures de vannerie parfois artistement travaillées, font gentiment passer le temps.
À l'entrée du Parc, une agréable surprise: l'hôtel de brousse dirigé d'une main de fer par un Libanais est non seulement joli (deux rangs de chambres portant des noms d'oiseaux, encerclant une belle piscine claire ombragée de cocotiers), mais confortable, et l'accueil est plein de gentillesse.


12 décembre 2008
30 novembre 2008

Une halte prometteuse au café La Palmeraie, avenue Georges-Pompidou, tourne à la déception: ce qui était jadis le meilleur pâtissier-glacier artisanal du Sénégal, mené de main de maître par un Belge formé à Paris chez Berthillon et par sa femme québécoise (une fille de Pointe-aux-Trembles, chaleureuse et dynamique), a été vendu et s'est mué en une brasserie-pizzeria pas désagréable, mais sans originalité.

Heureusement, le lunch et l'après-midi chez Pape et Oumou compenseront plus que largement pour ces deux expériences médiocres.
Notre vieil ami habite maintenant une grande maison neuve de deux étages en plein coeur de Ngor, à quelques centaines de mètres de la plage. D'un côté de la rue étroite et non pavée, une rangée de résidences bourgeoises à étages, flanquées de petits jardins abondamment fleuris, comme la sienne. De l'autre, des cahutes de parpaings non peints, couvertes de toits de tôle ondulée maintenus en place tant bien que mal par des pierres ou des briques, dans les courettes desquelles des enfants criards nourrissent quelques poules et chèvres. Un contraste fréquent à Dakar, où bon nombre de quartiers font avoisiner la pauvreté, presque la misère, avec un confort parfois un peu gênant.
Oumou nous accueille chaudement et nous installe dans un joli petit salon en contrebas de la salle à dîner, où elle nous offre une eau minérale en attendant le retour de Pape du bureau. Parallèlement, une nièce dresse la table pour quatre; comme nous sommes des hôtes de prestige, le reste de la famille mangera à part dans une pièce voisine.
L'arrivée du maître de maison donne lieu à un vif débat: il insiste, secondé par sa femme, pour que nous buvions du vin, nous nous efforçons de refuser par égard pour leurs convictions religieuses. Il finit par l'emporter et nous partons lui et moi acheter une assez bonne bouteille de beaujolais-village au supermarché le plus proche. Pendant notre absence, Oumou a apporté les plats: riz au poisson (tiéboudienne) traditionnel, suivi de viande de mouton et de légumes bouillis. Le tout délicieux, complété par un panier de fruits.
Après ce repas copieux et prolongé, c'est le défilé des trois enfants du couple et de quelques neveux et cousins -- la famille élargie est ici une réalité incontournable -- pour nous serrer la main. Puis nous grimpons trois escaliers jusqu'à une grande terrasse aménagée sur le toit. Une partie est recouverte d'un auvent sous lequel de vastes divans et fauteuils nous tendent les bras autour d'une table basse.

Les jours suivants, nous nous baladons en voiture et en taxi à Dakar et dans la région immédiate, effectuons quelques courses, et passons une joyeuse demi-journée sur la belle plage de Ngor, presque déserte en ce vendredi. Je me baigne, Azur non; il est vrai que l'eau à cette période l'année est relativement fraîche (pour le Sénégal, soit environ 20 degrés). Suit un bon déjeuner de poisson à la Madrague, un resto qui existait déjà plus modestement dans les années 1980 et qui s'est agrandi en coquette auberge de tourisme avec une grande piscine face à la mer. Si attirante, en fait, que nous réservons immédiatement une chambre pour venir y passer nos derniers jours en Afrique: avantage supplémentaire, l'aéroport ne sera qu'à trois ou quatre kilomètres au moment du départ.
Samedi midi, notre dernier jour à l'hôtel Lagon, nous parcourons finalement les quelque cent pas qui nous séparent du restaurant du même nom. Il a beaucoup changé depuis ma dernière visite en compagnie de Magatte Diouf, frère de l'ancien président du pays (devenu président de la Francophonie), mais le principe demeure le même: une plate-forme au décor marin ultra confortable, luxueuse même, construite sur pilotis au-dessus de la mer, si bien que les repas y sont rythmés par le bruit des vagues qui se brisent sous nos pieds. Clientèle huppée composée surtout de gens d'affaires.
Je me contente d'un très bon poisson au four, mais Azur ne peut résister à l'attrait d'un immense plat de langouste grillée. Les deux bêtes qu'on lui sert font bien 800 grammes en tout et sont exactement à point, bien cuites mais encore tendres à l'intérieur. Je compte bien qu'elle va "caler" avant la fin et me laisser le reste de son plat. Crois-tu? Elle nettoie les quatre demi-carapaces jusqu'à la dernière particule de chair! Tintin, je suis.
26 novembre 2008
Le Lagon 2 est une excroissance récente d'un restaurant renommé donnant sur la mer. Ses deux étages à flanc de falaise ont été dessinés et décorés pour imiter les coursives et les cabines d'un paquebot. La réception même rappelle l'atrium des yachts de croisière Seabourn que nous avions pris ces dernières années, avec les mêmes boiseries exotiques et le même escalier central en spirale à main-courante en cuivre.
L'hôtel ne contient qu'une cinquantaine de chambres, si bien que nous sommes vite familiers avec sa topologie et jouissons presque instantanément d'une relation de confiance avec le personnel réduit: le gérant de la salle à dîner, Yoro, sa serveuse principale (dont la coiffure, à notre amusement non déguisé, change tous les jours), les garçons d'étage -- un grand jeune et un petit vieux --, le couple de la réception seront devenus des copains au bout de deux jours.
Notre chambre est très confortable en plus d'être élégante, offrant un mur entièrement vitré ouvrant sur une terrasse d'où nous apercevons la Plage aux Enfants, la jetée sur la pointe de la Corniche et un peu plus loin derrière, le bout le plus élevé de l'île de Gorée. Seule réserve, un manque d'espaces de rangement qui va nous obliger à des prodiges d'ordre et d'organisation. "C'est pas fait pour rester ici plus qu'une nuit ou deux", commente Azur.
En revanche, en nous levant dimanche matin, nous pouvons contempler à nos pieds une flottille de bateaux de pêche hauts en couleurs que croisent des kayaks de mer pagayés par d'énergiques touristes, sur un fond de pétroliers et grands cargos qui font du sur-place au large, attendant de pénétrer dans le port très achalandé. Au-dessus de cette animation maritime, des vols d'aigles-pêcheurs tournoient inlassablement pour tout-à-coup plonger en rase-mottes à la poursuite d'un menu fretin que les pêcheurs auraient négligé. Un de ces majestueux oiseaux viendra même se reposer quelques minutes sur la balustrade de notre balcon.
Nous passons le gros de la journée à l'hôtel pour récupérer et nous installer, nous hasardant à peine quelques minutes dehors pour explorer un voisinage immédiat sans intérêt, envahi de gamins vendeurs de cigarettes, mouchoirs de papier et surtout cartes téléphoniques Orange. Nous avions envisagé d'aller manger au chic restaurant Lagon 1, situé sur un ponton à 200 mètres en contrebas, mais la paresse nous incite à nous contenter du menu, par ailleurs excellent, de la salle à dîner intérieure de l'hôtel.
En début de soirée, notre vieil ami Pape Touré s'annonce à l'entrée. En grimpant l'escalier en colimaçon pour l'accueillir à la réception, je suis saisi d'un doute: il y a près de vingt ans que nous ne nous sommes pas vus, allons-nous au moins nous reconnaître et, malgré la chaleur de nos récentes conversations au téléphone, l'amitié et la complicité de jadis auront-elles survécu? Il suffit d'un moment et d'un regard pour me rassurer pleinement. En premier lieu, il n'a presque pas changé (beaucoup moins que moi, en tout cas), sauf pour un peu d'embonpoint et le poivre-et-sel qui saupoudre sa courte chevelure au-dessus d'un de ses immenses boubous blancs -- descendant de Peuls, il fait à peu près deux mètres de haut. Et sitôt qu'il me voit, sa tête un peu sévère se fend de cet immense sourire bon enfant qui le transforme en grand gamin espiègle.Nous tombons dans les bras les uns des autres (Azur n'étant pas en reste) et descendons à la chambre lui remettre nos petits cadeaux et renouer le fil d'une conversation dont on dirait qu'elle vient d'être interrompue il y a quelques jours au lieu de deux décennies. Ce serait l'occasion d'une joyeuse libation... si Pape n'était le plus scrupuleux des Musulmans pour lui-même, tout en se montrant d'une belle largeur d'esprit pour les autres. Et le thé à la menthe, sa seule passion en ce domaine, ne nous paraît pas vraiment approprié à l'occasion.
Nous nous entendons pour qu'il nous laisse reprendre nos forces une autre journée, avant d'envoyer son chauffeur et un neveu homonyme (immédiatement surnommé Pape le Jeune) nous prendre mardi matin afin de nous emmener à Gorée. Et mercredi, nous déjeûnerons chez lui avec sa femme Oumou, que je n'avais rencontrée qu'une fois à la veille de son mariage et que Marie-José ne connaît pas du tout. Pour la suite, on verra bien...
Lundi, nous en avons vite assez de l'hôtel et en fin de matinée prenons un taxi jaune et noir vieillot vers un premier contact avec la ville. Dakar a bien changé. Physiquement bien sûr, elle doit avoir doublé de population et de superficie depuis mon dernier séjour, en plus de s'être dotée d'une collection de tours à bureaux ultra-modernes qui tranchent, pas toujours avec succès, sur la vieille architecture coloniale française élégante, quoique un peu déglinguée.
Mais c'est surtout l'atmosphère qui s'est modifiée, et pas pour le mieux. D'abord cet engorgement bruyant, polluant et chaotique de voitures de tous les types et de tous les âges, bien pire que ce dont je me souvenais. Ensuite la presse et la bousculade nerveuse sur tous les trottoirs, qui a remplacé la nonchalance anarchique mais bon enfant de jadis. Étals improvisés, vendeurs de rue accrocheurs et agressifs, piétons méfiants et impatients qui écartent d'un geste rageur la multitude de mendiants pitoyables et insistants. Là où on circulait autrefois dans une bonne entente et un calme relatifs sur de larges espaces, on doit désormais se livrer à une course à obstacles nerveuse et inconfortable au milieu d'une foule compacte.
La ville n'a pas perdu entièrement son charme, mais elle se rapproche de plus en plus des autres métropoles africaines surpeuplées et difficiles à vivre. Pour moi, c'est la déception, et pour Azur, le choc: elle refuse résolument de descendre du taxi même pour s'approcher d'un guichet distributeur de billets (dont nous avons pourtant grand besoin) et je vois pointer le moment où, malgré son vieux désir de voir Gorée et le continent de ses ancêtres, elle va regretter d'avoir entrepris ce voyage. Heureusement, nous rentrons dans le nid rassurant de notre hôtel avant que cela ne se produise... et une visite particulièrement réussie à Gorée le lendemain rétablira la situation.
Sitôt après un déjeuner du matin copieux, Pape Touré "le Jeune" vient nous prendre au Lagon 2 avec un chauffeur dans une rutilante quatre-quatre japonaise pour nous amener à l'embarcadère. Dans une salle décorée de fresques naïves sur le thème de l'histoire de l'île, nous attendons une petite demi-heure avant d'embarquer sur un traversier assez moderne pour une balade qui dure à peine une vingtaine de minutes. Au débarquement, passage obligé au "bureau de tourisme" qui ne fait rien d'autre que nous vendre des billets et nous soumettre aux sollicitations d'une foule de guides, officiels et officieux.
L'"Île aux Esclaves" s'est bien requinquée depuis qu'elle a été élevée par l'Unesco au statut de "Patrimoine de l'Humanité", peu après mon dernier passage au milieu des années 1980. Tout est loin d'être parfait, mais un grand nettoyage a été effectué sur la plage et la jetée d'arrivée, sur les places sablonneuses et dans les rues. Beaucoup d'anciennes maisons autrefois laissées à l'abandon ont été réparées et repeintes de couleurs vives dans le respect de leur style originel pour devenir de coquettes résidences, des ateliers d'artisans ou des musées et centres d'histoire et d'art.

Première étape obligée, la Maison des Esclaves transformée en mémorial un peu artificiel mais tout de même poignant. Le rez-de-chaussée sombre est troué de cachots de pierre nue, chacun destiné à une "clientèle" spécifique: hommes, enfants, femmes, récalcitrants, inaptes (esclaves mâles pesant moins de 60 kilos et soumis à un engraissement forcé), etc. Au fond, la Porte de non-retour par où était convoyée la "marchandise" vendue vers les navires négriers accostés à un quai privé... et où on jetait les cadavres et parfois sans doute les révoltés vivants, que des requins attendaient en contrebas.
Un guide compétent et bien imbu de sa mission réussit à être didactique

Les signares étaient les femmes indigènes des colons blancs, dont la plupart laissaient en France femme et enfants et, pendant les 10 à 20 ans qu'ils passaient ici, fondaient souvent une seconde famille métissée. Les femmes noires qu'ils "épousaient" sans bénéfice de clergé n'étaient pas esclaves mais libres, elles avaient même le droit d'être propriétaires d'une résidence dans le quartier blanc (Gorée dans le cas de Dakar, le nord de la ville à Saint-Louis) et de tenir commerce. Leurs enfants naissaient libres et les filles pouvaient à leur tour devenir signares, épouses locales d'une autre génération de colons. Si bien que certaines, signares de mère en fille sur plus de deux générations, étaient presque blanches... et parfois fort riches pour peu qu'elles aient la bosse des affaires!
En route vers la pointe sud de l'île, la plus élevée, nous arrêtons prendre un thé sur une petite place, face à un atelier où oeuvrent des peintres de sable. Concentrés au-dessus de planches enduites de colle, ces artisans composent des tableaux, souvent réussis, en faisant tomber avec grande dextérité des filets de sable plus ou moins fins de plusieurs couleurs, qui adhèrent à la surface. Ils travaillent une teinte à la fois, et des aides vont faire sécher leurs oeuvres au soleil au bord de la mer jusqu'à ce qu'elles soient prêtes pour la prochaine couche. Nous les regardons opérer avec fascination, mais pas de photos: ils demandent pour le privilège un prix exorbitant.
Retour vers la jetée par un dédale de rues tortueuses et colorées, jusqu'à une petite place centrale autour d'un kiosque à musique. Tout près, une collection de paillottes-restaurants offrent cuisine locale et menus touristiques. Nous choisissons la plus sympathique, "Chez Tonton", où j'ai droit à mon premier (très bon) poulet maffé depuis près de vingt ans, Azur ayant préféré malgré mes conseils un poisson grillé -- dont je dois admettre qu'il était aussi succulent. Pape le Jeune dévore un poulet-frites, dont nous comprendrons vite qu'il est son plat de prédilection.
En début d'après-midi, nous faisons une courte tournée du côté ouest de l'île et le soleil de plomb nous incite à nous réfugier dans la fraîcheur du Fort d'Estrées, citadelle ronde et basse transformée en un instructif musée historique couvrant le passé non seulement de Gorée, mais de tout le Sénégal, y compris trois salles voûtées fascinantes consacrées aux confréries musulmanes, qui sont une spécificité de l'Islam d'ici. La chaleur aidant, nous nous hâtons de prendre le prochain bateau pour rentrer à Dakar.
23 novembre 2008
Le court séjour à Montpellier s'est passé agréablement, malgré la fraîcheur et le temps incertain des premiers jours. Dès le retour du soleil, nous sommes allés prendre un apéritif sur la Place de la Comédie, où nous avons retrouvé le copain algérien Fethi, guitariste de rue émérite, qui s'est immédiatement fendu de nos airs préférés: 2e mouvement du concerto d'Aranjuez, Jeux interdits (Yepes) et une chaconne de Fernando Sor, avant de venir déguster une bière avec nous à la terrassse du café "les Trois grâces", son quartier-général habituel.
Une fois résorbé l'effet du décalage horaire, nous nous sommes baladés à travers la ville en tramway et en bus, avons pris un taxi vers la mer pour longer les plages quasi désertes de Palavas-les-Flots et de Carnon, et nous avons renoué avec quelques-uns de nos restos préférés -- en particulier la somptueuse sole meunière de la Brasserie du Théâtre et les plus prolétaires moules à la belge de la brasserie Chez Félix, Place Jean-Jaurès.
La télé et les journaux français partageaient leurs manchettes entre l'élection d'Obama et les déboires du Parti socialiste local. Sur le premier thème, la réaction d'enthousiasme commune à presque toute l'Europe et au reste du monde était entachée d'un certain embarras, le régime en place ayant joué jusqu'à la limite la carte Bush et néolibérale (avec quelques bémols vers la fin). Sur le second, personne n'osait se réjouir trop ouvertement de la décomposition de ce qui aura quand même été un grand parti de gauche modéré pendant un tiers de siècle; à moins d'un renversement de vapeur bien imprévisible pour l'instant, la réélection de Sarkozy est assurée... et elle risque d'être catastrophique pour le pays, à l'image de ce qu'aura été celle de son idole G. W. Bush pour les États-Unis. Même certains analystes de droite commencent à s'en inquiéter.
C'est avec un mélange de regret et d'anticipation que nous avons repris mardi dernier le TGV vers Paris, où nous allions passer trois ou quatre jours avant de nous envoler vers l'Afrique. Azur tenait mordicus à une dernière séance chez son coiffeur chouchou, Marc (rue de Longchamp), dont l'assistante est paraît-il la seule à savoir discipliner sans l'abîmer sa crinière rétive. Moi, il me fallait compléter ma garde-robe tropicale, car je m'étais rendu compte que presque tous mes vêtements légers étaient en Martinique, à bord du Bum chromé!
Il s'agissait aussi d'acheter quelques présents pour les amis sénégalais Pape et Oumou: pour elle, un assortiment complet de produits de l'Occitane, emballé dans un très joli coffret-cadeau, et une collection de revues de mode et journaux à potins artistiques; pour lui, une véritable bibliothèque de référence sur Barack Obama (livres, revues et magazines d'actualité) et un appareil-photo numérique à l'épreuve de l'eau, du sable et des chocs, fait sur mesures pour le climat africain. Par la même occasion, Azur s'est dotée d'un minuscule ordinateur-bijou de la dernière génération, un Asus tout blanc bien équipé mais aussi léger que peu encombrant, idéal pour le voyage. Heureuse inspiration, car le Macintosh portable sur lequel je comptais pour le séjour en Afrique m'a laissé tomber dès le second jour du voyage. Du coup, le joujou de Madame obtenait le statut de lien principal avec le reste du monde!
De fait, nous n'avons vu personne de nos amis parisiens, nous contentant de salutations téléphoniques. La seule exception a été un déjeûner gastronomique au Passiflore, le restaurant étoilé de Roland Durand,

Enfin, samedi midi, en route vers Roissy où nous nous allons nous embarquer sur le vol Air France 718 Paris-Dakar. Étant surclassés en première (grâce aux bons soins de notre agence de voyage canadienne, merci Monique!), nous avons droit au plein traitement VIP. Au lieu de faire la queue au comptoir comme le vulgum pecus, nous sommes guidés en douceur par une blonde hôtesse vers un "salon d'enregistrement" où nous n'avons qu'à remettre billets et passeports aux préposés qui se chargent de tout, y compris d'étiqueter et de manipuler nos bagages.
On nous escorte ensuite à travers une série de passages privés (où, miracle, il n'y a ni douaniers, ni policiers, ni fouille de sécurité) dans une partie réservée du salon d'attente, où nous nous abstenons à regret de picorer dans un buffet très "nouvelle cuisine" arrosé de vins fins et d'un vaste choix d'alcools. Quelques minutes à peine avant le décollage, une seconde hôtesse vient nous rapporter billets et passeports avant de nous amener prendre nos sièges à bord.
Pour tous ceux qui n'auraient pas encore eu l'occasion de goûter aux délices du nouvel "Espace Première", une courte description s'impose. La première classe, sur les moyens-courriers d'Air France, comporte au plus une douzaine de places, chacune étant délimitée par un cocon en forme d'oeuf au coeur duquel un grand fauteuil peut s'étirer entièrement à l'horizontale, formant un véritable lit (pyjamas et douillette fournis, s'il vous plaît). Chacun a son propre compartiment à bagages, un vaste tiroir vide-poches et même une banquette dotée d'une ceinture de sécurité pour accueillir les éventuels visiteurs! Sans compter bien sûr une étagère à journaux garnie, un écran plat de télé escamotable, un plateau à boisson, trois éclairages (plafond, liseuse et veilleuse) et une grande table amovible pour le dîner. Service et prestations sont à la hauteur, un steward et deux hôtesses s'occupant en exclusivité de notre confort, le couvert et le menu étant dignes d'un restaurant de grand hôtel.
Nous en regrettons presque que le vol ne dure que six heures, d'autant plus que dès l'aterrissage à l'aéroport de Yoff, le registre change du tout au tout. Retour brutal à la réalité d'une descente en vrac sur le tarmac, d'un autocar bondé vers l'aérogare et, surtout pour Azur donc c'est la première expérience du genre, du brusque contact avec l'oppressante foule anarchique des espaces publics africains.
Dans la chaleur moite et l'odeur poussiéreuse et épicée qui succèdent à la clim presque trop fraîche de l'avion, on se bouscule pour pénétrer dans la salle d'immigration, où nous nous rendons compte qu'il faut remplir un long et tâtillon formulaire d'arrivée -- personne ne nous avait prévenus, évidemment, et nous en perdons notre place prioritaire dans la file. Heureusement, les policiers sont polis et compréhensifs, la proverbiale gentillesse sénégalaise primant sur leur autoritarisme de fonctionnaires imbus de leur pouvoir.
Une fois cet obstacle franchi, le tapis d'arrivée des bagages est inaccessible derrière une masse compacte d'"assistants", de "guides" soi-disant officiels et de porteurs auto-désignés dont chacun porte un badge aux allures impressionnantes mais probablement de fabrication maison. Il faut lutter pied à pied pour nous emparer de caddies, les arracher presque brutalement des mains "secourables" qui se tendent de toutes parts et les guider centimètre par centimètre jusqu'aux abords du tapis où les valises déboulent sans la moindre attention aux priorités fixées par la ligne aérienne.
Nous parvenons tout de même à récupérer les nôtres, moi plutôt amusé de ce tohu-bohu que j'avais oublié, ma compagne nettement plus nerveuse et même insécure. Nous nous frayons ensuite un chemin vers la sortie, après un rapide détour vers un "bureau de change" improvisé, caché au fond de la boutique exiguë d'un vendeur de souvenirs qui transforme quelques euros en francs CFA à un taux des plus fantaisistes (à son avantage bien sûr). Azur est un peu scandalisée que je me sois laissé ainsi arnaquer, mais comme je m'y attendais et qu'en conséquence je n'avais sorti de ma poche qu'un montant minime, il n'y a pas grand dommage.
Je "récompense" un peu l'auto-préposé à l'accueil qui avait tenu à nous accompagner à travers le passage (sans douleur) à la douane, seule façon de nous en débarrasser. Il faut ensuite affronter la cohorte vociférante et serrée des chauffeurs de taxi et de leurs rabatteurs, à qui j'ai beau expliquer qu'une voiture doit venir nous prendre de l'hôtel, rien n'y fait. Chacun, en effet, se prétend notre chauffeur désigné en tant que cousin par alliance du beau-frère du réceptionniste du Lagon 2.
Par bonheur, je trouve l'argument massue pour leur clouer le bec: "Si l'hôtel vous a envoyés pour nous prendre en charge, vous connaissez évidemment notre nom. Alors, comment je m'appelle?" Grand silence soudain, échange de regards consternés. Encore une fois, la gentillesse nationale prend le pas sur la rapacité, et deux d'entre eux nous indiquent l'endroit où, habituellement, les chauffeurs des navettes d'hôtels attendent leurs passagers. Effectivement, au bout de deux minutes de recherche, j'aperçois une affichette tendue à bout de bras par un jeune homme, "Leclerc - Lagon 2". Cette fois, c'est clairement le bon.
Un long zigzag à travers l'encombrement et les stridents klaxons des voitures et des taxis qui bloquent la sortie nous amène au stationnement où se trouve le minibus de l'hôtel, propre et confortable. Un bout d'autoroute (que je reconnais à peine) jusqu'à un rond-point menant vers la route de la Corniche, et nous nous retrouvons assez rapidement à la porte de notre pied-à-terre dakarois, assez curieusement invisible de la route: il a été construit en contrebas sur pilotis, surplombant la baie de Dakar dont les longues et lentes vagues, passant directement sous notre chambre, berceront notre première nuit africaine.
6 novembre 2008
Reprise du blogue après un long hiatus montréalais sans grand intérêt, ponctué seulement par la nouvelle d'un ouragan tardif (8 octobre) et atypique qui a frappé la côte Caraïbe de la Martinique et causé pas mal de dommages, en particulier du côté de l'Anse Mitan, comme le montre la photo que nous en ont transmise Léna et Jean-Yves.
Nous allions repartir pour Montpellier lundi le 3 novembre, mais Azur devait parler à Évelyne, son médecin, et moi attendre des nouvelles de mes examens de check-up annuel. Cela nous donnait une excellente excuse pour retarder le départ de deux jours, le temps de suivre dans les meilleures conditions la soirée électorale américaine depuis Montréal.
La plupart de nos amis et connaissances étaient inquiets, habités d'une crainte quasi maladive qu'au dernier moment un quelconque coup du sort empêcherait la réussite d'Obama, unanimement souhaitée. Curieusement, pas moi: les circonstances me rappelaient trop celles de la première élection gagnée par le Parti québécois, le 15 novembre 1976.
Cette fois-là comme maintenant, tout concordait pour laisser prévoir une facile victoire, non seulement les sondages et le climat général, mais aussi la fébrilité et les gaffes de dernière heure du parti adverse. Cependant, les indépendantistes avaient été tant de fois déçus au moment où le succès semblait à leur portée, qu'ils se montraient exagérément défaitistes, comme pour se prémunir contre une autre déception. Je percevais le même sentiment trente-deux ans plus tard chez les Démocrates en général et surtout chez les Américains de couleur.
C'est certainement le consensus qui s'en dégageait autour de la table quand nous avons lunché la semaine dernière au Mas des Oliviers -- un des lieux quasi mythiques de notre folle jeunesse, ex-discothèque devenue bon restaurant de cuisine traditionnelle française -- avec deux de nos plus vieux et plus fidèles amis, Ingrid Saumart et François Piazza (avec sa compagne Andrée). Le ton n'était certes pas à l'optimisme, même si le repas s'est déroulé sur une note bien festive, accentuée par la présence derrière le bar d'une autre vieille copine, l'ex-comédienne Élise.
Pour ma part, ce mardi soir, dès que les animateurs plutôt conservateurs de CNN (que nous suivions principalement, pour la rapidité et la diversité de ses informations) ont annoncé, mi-figue-mi-raisin, un triomphe net d'Obama en Pennsylvanie, où les Républicains avaient tout misé en fin de campagne, j'étais prêt à célébrer...
Cinq minutes à peine après que les réseaux américains ont prédit avec un beau synchronisme la victoire certaine du candidat démocrate, le téléphone sonne: c'est ma soeur Marie qui veut être la première à partager notre plaisir. C'est donc par ligne téléphonique interposée que nous trinquons ensemble au succès de Barack Obama, elle et Jean au champagne américain dans leur condo du Plateau, nous dans Côte-des-Neiges au porto blanc (Azur, à sa grande frustration, ne digère plus le champagne!).
Même si le résultat dès lors ne fait plus de doute, mes vieilles passions de journaliste politique m'ont tenu éveillé devant l'écran jusqu'au beau milieu de la nuit, aussi bien pour évaluer les derniers résultats que pour écouter les commentaires des analystes, pour la plupart abasourdis de l'ampleur de la déroute républicaine malgré tous les signes avant-coureurs. Ils devaient avouer que ni les sombres prédictions d'un racisme latent dans les régions sudistes (le fameux "effet Bradley" espéré par les uns, craint par les autres) ni les tentatives pour semer le doute sur le manque d'expérience ou le patriotisme d'Obama n'ont eu prise sur un électorat dont l'idée était faite depuis quelques semaines déjà.
Entre-temps, j'avais écouté avec intérêt et une certaine surprise le beau discours dans lequel John McCain non seulement admettait avec grâce la victoire de son rival, mais encore s'en réjouissait presque, soulignant le caractère historique de l'événement et les immenses espoirs que portait le candidat métis. Il terminait en s'engageant de façon catégorique, émotive même, à collaborer sans arrière-pensée avec son futur président. Je me disais que s'il avait fait preuve du même fair-play et de la même élégance d'esprit pendant la campagne, le résultat aurait pu être tout autre.
Azur, réveillée juste au bon moment, est venue me rejoindre pour entendre l'intervention de Barack Obama face à la gigantesque foule rassemblée au Grant Park de Chicago. Quand il s'est avancé tenant par la main sa femme Michelle et ses deux fillettes, j'imagine que bien d'autres que nous avaient les yeux humides. Un moment que la plupart ne croyaient pas voir de leur vivant.
Nous avons écouté le discours plutôt deux fois qu'une: d'abord directement en anglais sur CBS ou NBC, puis en traduction simultanée sur Radio-Canada. Sans nous lasser le moins du monde, l'éloquence habituelle du candidat étant au rendez-vous, aussi bien que la qualité du contenu. Si les premières heures suivant sa victoire sont un juste aperçu de son action future, Barack Obama promet d'être un remarquable Président.
Mieux encore, je sens que son avènement marque plus et mieux que la fin du désastreux épisode G. W. Bush: combiné à la prise de conscience provoquée par la crise économique en cours, il sonne le glas de l'hyperlibéralisme économique bébête à la Bush-Thatcher. Les États-Unis n'en deviennent pas pour autant un pays de gauche, mais en choisissant un Président modéré, certes, mais à la sensibilité et aux convictions nettement progressistes, ils s'écartent enfin de la pensée unique de droite qui y régnait sans partage depuis près de trente ans. L'État cesse d'être LE problème pour redevenir au moins un élément clef des solutions, l'économie n'est plus le seul critère et maître du jeu, elle se retrouve un outil pour réaliser ou améliorer le bien-être du peuple autrement que par les effets indirects et aléatoires d'un quelconque "tricke-down effect".
Pas besoin de dire que mercredi, jour du départ pour Paris et Montpellier, nous étions plus ou moins en forme. Dans un premier temps, pas de problème: nous étions logés en classe affaire sur Air France, donc enveloppés dans un superbe cocon de confort et de service. Nous avons même dormi quelques heures en route vers Charles-de-Gaulle... où les choses, hélas, se sont gâtées.
D'abord, l'avion nous a déposés loin de l'aérogare de destination, vers laquelle il a fallu prendre un car bondé puis une série d'interminables couloirs. Le temps de récupérer nos bagages, nous avions raté le TGV direct de 7h25 que nous espérions prendre vers Montpellier. Patatras, le train suivant de 9h45 est complet, et le prochain direct n'est qu'à 13h30.
Nous n'avons pas envie de passer cinq heures en état de quasi-zombies écrasés au salon de l'aéroport. Il faut donc nous résigner à faire le trajet en deux étapes, avec une escale de près de deux heures dans la petite gare froidement moderne d'Orange, au milieu d'un terrain vague, loin de toute agglomération. Heureusement, nous y trouvons un café assez correct qui offre des sandwiches chauds et des salades... et des voisins de table sympa, dont la conversation distrait une Azur au bord de l'énervement.
Mais c'est seulement vers 16 heures que nous parvenons enfin dans notre appartement du chemin de Moularès que, selon sa belle habitude, la fidèle Ingrid a rendu tout à fait hospitalier, stockant même le garde-manger et le frigo en jus, eaux minérales, lait et beurre frais, pain, confitures, fromages, etc. Un goûter copieux arrosé d'un bon verre (le bar était resté bien garni) a contribué à nous remettre en forme et à nous prédisposer à une (longue, très longue) nuit réparatrice.
5 septembre 2008
La veillée funèbre et l'enterrement de tante Marcelle ont été reportés de quelques jours, surtout pour permettre à sa fille Colette de venir de Guyane. C'est finalement le mardi soir 19 août que s'est tenue la veillée à La Ménard, dans la même salle que pour son frère Vincent en mai.
Nous nous y sommes rendus avec Raymond Marie et sommes arrivés parmi les premiers. Colette, que nous n'avions pas vue depuis près de 30 ans, était néanmoins immédiatement repérable: de tous les enfants de Marcelle, c'est de loin celle qui lui ressemble le plus. Elle est arrivée avec sa fille, et Azur et elle se sont immédiatement mises à échanger tous les potins des trois dernières décennies qu'elles n'avaient pas eu l'occasion de se raconter.
Entre les parents proches et éloignés, les vieilles connaissances de la tante, les amis de ses enfants et les relations "officielles" de Yolande (membre du Conseil général et de l'entourage du député Alfred Marie-Jeanne), il y a eu rapidement beaucoup de monde autour du cercueil et sur le portique.
Il y a également eu une foule impressionnante le lendemain matin à l'église du Diamant pour la cérémonie précédant l'incinération. De fait, la nef était pleine à craquer et l'événement nous a paru plus émouvant que celui de Vincent, sans doute parce que nous étions plus près de Marcelle et plus sous le choc de son décès imprévu. Tout le monde s'est dispersé immédiatement après l'église, l'incinération devant avoir lieu à Fort-de-France.C'est donc le dimanche suivant que nous avons revu la famille, lors d'un dîner que Marie-José a voulu leur offrir au beau et bon restaurant de l'Hôtel Valmenière, au-dessus de la route du Lamentin. Échange de souvenirs, propos de circonstances -- et quelques blagues, cela fait toujours partie des méthodes qu'on invoque partout au monde pour éloigner le spectre de la mort.
Évidemment, le décès de Marcelle et ses suites nous ont obligés à retarder de quelques jours le départ pour Montréal, qui a finalement eu lieu peu après la Fête du travail (nord-américaine), début septembre. Cela signifiait aussi reporter notre retour à Montpellier et notre départ pour l'Afrique, prévus respectivement pour la mi-octobre et le début novembre, afin de nous laisser le temps de régler les affaires courantes, et notamment de nous occuper de notre santé.
26 août 2008
18 aout 2008



